AU LECTEUR
On s'est rarement proposé d'explorer à fond, dans rhistoire et dans la nature, dans les mœurs aussi bien que dans les aspects, d'arpenter par les sentiers et les bibliothèques, suivant toutes les directions de l'espace et du temps, un simple coin de terre, pour le copier de près, pour le saisir animé de sa vie propre et le faire apparaître aux lecteurs, de manière à leur donner Tillusion d'avoir séjourné-là.
C'est ce travail, trop difficile peut-être, mais attrayant et singulier, que nous avons entrepris,
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non pour une province, mais pour un seul de nos départements. A la vérité, nous avons bhoisi le plus souverainement beau, le plus célèbre ; le seul pourtant que personne n'ait parcouru tout entier, et la plus curieuse région de la France, sinon de l'Europe^
Dans le monde merveilleux des Alpes, aucun lac n'est si pur, n'est si vaste que le Léman, ni plus coquet que le lac d'Annecy; une des plus hautes cimes du globe, couronne, dans les airs, les labyrinthes neigeux du Mont-Blanc; la plaine est un verger d'abondance; chaque vallon présente une image de l'Éden, dans les replis verts des montagnes.
N'est-il pas surprenant, aussi, de trouver à notre porte, si près de l'extrême civilisation, l'a primitive Sauvagerie des peuples pasteufs; de reconnaître, au milieu d*une contrée, dont la physionomie est à ce point étrangère, nos mœurs avec d'autres usages, nos lois, avec d'autres coutumes, notre langage, et l'hospitalité d'autrefois , au foyer des plus jeunes fils de la famille française? Que d'oppositions piquantes et d'harmonies dont on est charmé I
D'autres, avant mai, ont été tentés par un sujet, où ils n'ont pris que la fleur. Si je me suis laissé engager à une étude plus complète, la cause en est à des circonstances particulières, qu'il est bon d'in-
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dîquer. Elles expliqueront seules, en effet, la nature de cet ouvrage où, sans oublier que le lecteur cherche avant tout son plaisir, on a dû entrevoir un résultat sérieux. L'auteur, bien entendu, n'expose que ses intentions et son plan : tout en faisant de son mieux il aurait voulu donner davantage.
On a parlée de circonstances particulières^ et ces mots semblent promettre une histoire. Celle-ci sera courte.
Peu de temps après que la Savoie eût été rendue
à la France, un homme d'esprit, d'un bon et libérjil esprit, un administrateur ami des lettres et qui les cultive; — en faveur de ce bon motif, Tatticismedu monde frondeur et intelligent, permettra peut-être, une fois par hasard, l'éloge d'un fonctionnaire, et même, d'un préfet.... — Un préfet donc, M. Ferrand, quelques mois après son installation à Annecy, eut une idée, qui n'est point commune. Il s'avisa qu'on ferait bien, d'appeler par un ouvrage de littérature et d'art, l'intérêt public sur une province qu'il avait été exposé à méconnaître, avant d'y être naturalisé par décret.
L'étude de ce pays, où les tournées ofQcielles ressemblent à des voyages de découvertes, le confirma dans un dessein qui devenait, à ses yeux, une œuvre de ralliement, une arme pacifique pour battre en brèche quelques préjugés et pour relever la Savoie