VI AU LECTEUR
d'autre arme que la sincérité, veulent être sans contrainte. Aussi nos compatriotes des Alpes furent-ils avertis que si, pour être plus vrai, j'étais forcé de les égratigner un peu, je ne faillirais point à ce devoir.
On me jeta la bride sur le cou, avec une intelligente facilité qui me fit entrevoir, société vraiment fantastique ! un aréopage de gens de lettres, qui seraient nés sans amour propre.... Ce n'était, au reste, que la fallacieuse illusion du premier quartd'heure.
Il fallut donc remonter sur le dos de ces montagnes, qui depuis Tenfance, m'ont si souvent porté! Résolu à tout voir, à ne parler de rien sans avoir vu, j'avais assez à faire d'arpenter la contrée, de visiter chacun et de contrôler les notes, que tous à l'envi m*avaient préparées. Châtelains, maîtres d'école, desservants, échevins, gardes- champêtres, guides chamouniards, greffiers des syndicats, chacun me gardait en réserve son petit manuscrit, souvent intéressant, de faits locaux, de notes historiques, d*anecdotes; et aussi, de statistique à dormir debout.
Pour n'être pas dupe de soi-même, on dut éliminer sans scrupule, et garder l'indépendance d'un vieux juge, en présence des passions égoïstes que chacun a pour son clocher. D'ailleurs, ne compter que sur