ORIGINE ET PATOIS DE SIXT
lage; /itoou, ceux-là ; thaune, jaune; himplCy simple; iraouy heureux, etc....
Iraou k'na pas la replothe Heureux qui n'a pas le reproche
De liandi son movairu I De manger son ,héritagel
Fenna, enfan, to fa bon frothe, Femme, enfants, tout fait bon profit,
I an touï la cranta de Diu. Ils ont tous la crainte de Dieu.
Beniraou kVa min de rohhes, Bienlieureux qui n'a point de rixes,
N'aoué mètre, n'aoué gnion, Ni avec maître , ni avec nul,
Ké fa son deveai.san blohhes, Qui fait son devoir sans saisies,
Couple, verbo, ne zzeron! Exploits, verbaux, ni serments!
Ce fragment d'une des chansons populaires de Jean-François du Gros, m'étant tombé sous les yeux pendant que je soupais chez maître Boson, à Tauberge des Cascades^ j'emportai dans ma chambre cette brochure. Gomme elle n'a que vingt-trois pages et que la fatigue me tint éveillé toute la nuit, je dus lire au moins vingt-trois fois la réimpression de ces thanphons hijerettes^ et je pris un singulier plaisir à écosser mot par mot ce dialecte, qui procède du nord par divers termes et par les intonations dures, du midi par la sonorité des désinences, par la suppression des diphthongues sourdes ; enfin des idiomes romans de la Bourgogne, par les termes vieillis et la plupart des radicaux. Sauvés de Toubli par un éditeur enthousiaste et avec cela fort sensé, ces petits poèmes, où la morale se déduit d'un langage salé parfoià, étaient précédés d'une noticôy à la fois critique et biographique, où l'on voyait de temps à autre le poète secouer ses ailes contre les barreaux de sa cage de prose. Le tout
était signé par un juge dç paix de Tanioges^ M. H. Tavernier. La trouvaille de cette brochure a été, ainsi qu'on le verra plus loin, une bonne fortune pour ce livre et pour son auteur.
Quand, après une nuit d'insomnie, j'éteignis mon flambeau pour ne pas humilier plus longten^ps l'aube naissante, et que je me levai, encore assom* bri des infortunes de la veille, l'éclat insolent du jour et rimpitpyahle limpidité du ciel redoi^blèrent mes regrets. Que n'avais-je insisté pour attendre vingt-quatre heures! Vain remords: mon guide, troublé par la vue des étoiles, s'était dérobé avant le cri du coq.
Ouverts à tous les vents, les cloîtres de l'hôtel résonnaient abandonnés sous mes pas. C'était un dimanche : l'ennui désœuvré régnait déjà sur le village, où criait une campène fêlée. Tournant par le jardin, j'allai visiter l'église, contiguô au prieuré : elle était à peu près emmaillottée d'édhiafaudages, des fonts baptismaux jusqu'au chevet. Sur la place, irrégulière et qui rappelle un peu celle du Grand-Bornand, s'élève un tilleul géant, qui a abrité les générations de quatre siècles : quelques vaches en liberté gardaient négligemment sous son ombrage, leurs pasteurs attablés devant leur première pinte. Je rentrai au prieuré, près duquel on a exilé, contre un mur sans porte ni fenêtres, une boite aux lettres qui > dépend du bureau cantonal de Samoëns, éloigné de plusieurs lieues. Chaque jour eUe est visitée par un facteur