RETRAITE ; — CONCLUSION MORALE
dessus d'une cascade; je me souviens aussi d'un talus en terre glissante, foripant toiture sur un roc proéminent, et qu'il fallut doubler, en nous tenant enlacés l'un à l'autre. Balmat en reparla plus d'une fois.... Ici, la neige avait disparu, et l'on parfumait ses mains en se cramponnant aux touffes du genepi. Le brouillard ne s'était pas appesanti sur les plateaux, et déjà les nuages d'où nous arrivions formaient un ciel mouvant bien loin sur nos têtes.
Quelle distance, pourtant, nous séparait encore des régions alpestres où croissent les forêts ! Perchés au-dessus de la vallée dés Fonts, en face de la montagne de Sales, nous distinguions, à de terribles profondeurs, le rapide couloir qui plonge dans la vallée de Sixt. Un tertre, revêtu d'herbe fauve, forme au sommet de ce défilé un promontoire où nous dtnftmes d'une demi-douzaine d'œufs durs, arrosés d'un vin glacé. Il était près de quatre heures.
Du côté de Sixt, la descente du Buet, quoique rapide à ne pouvoir retenir une avalanche, est d'une interminable longueur. Sixt est beaucoup plus bas que Ghamonix, dont il est séparé par de si épaisses et de si peu accessibles murailles : il faut donc redescendre d'un seul coup tout ce qu'on a monté, de Ghamonix à Argentière, d'Argentière à la Poya, de l'Eau-Noire à la pierre à Bérard, et de là jusqu'au Buet ; plus, la différence d'altitude entre Ghamonix et le village de Sixt.
Après un repas d'un quart d'heure, égayé par des marmottes qui, tout en nous sifflant , se bichon-
i^ent dt Caisûent des fiingeries, aous [doublâmes les tours des Fonts, d'où s'éknceot des cascades. Plus loin, les premières forêts eurent à mes yeux le charme arcadien des bosquets de Compiègne, ou tl'Albano% Quelques pauvres masures, accrou-^ pies autoiur d'un chalet qui me parut un château, et qtt*un Anglais» touriste intrépide, a bâti pour lui seul, me firent l'effet d'une cité; la première charrette rencontrée dans un vrai chemin me cau^a la pks vive ^dmiratt<m. Nous avions quitté les nuages du Buet À midi et demi; V angélus du soir avait ini Je tinter quand nous entrâmes, morfondus, au prieuré de Sixt, sécularisé, dit M. Joaane : il l'est en efiPet, car ses cloîtres sont devenus une auberge. Voilà un récit moins riant, mais moins commun peut-être que je ae Tavais rêvé. Un Anglais laconique le résumerait dans cette moralité : «Nepasmonterau Buet par un temps superbe, quand on voit dans le ciel bleu un petit nuage ^ui ressemble à un poisson. Éviter d'accorder une aveugle confiance aux ho* roscepes des guides^ peu «upérieurs à Mat^eu de la firôme et exposés à se faire illusion sur le temps, pour peu qu'ils soient pressés de vous quitter, 4ans le but d'adieter des moutons à k foire de Saint^ Gervais..,*»
ÏX
Origine de Sixt ; échantillon da patois de la vallée. — Le bourg et son abbaye. — Aperça pittoTOsqtre et éôonottiqtte de la vallée du Gifilrè. — Ressources commerciales. — Énumération des courses. — Promenade au Per-à-cheval de Sixt et au fond de la Combe. -^ Samoëns et èes environs. — Avenir et passé du pay». — L'église et son porche. •— Le cardinal Gerdil et l'évéque Biord : anecdote sur Voltaire. — Mœurs et coutumes. — ÏM èrot tilleul et éw enfemts. — Gomment rauteur, en arrivant à Taninges, fut fait seigneur de Barataria, et ce qu'il «n advint. — Requête an prétoire d'un Juge de paiac poète. -— Quelques mots sur Tabbaye de Mélan. — ChâtiUon et ses ruines. ^ Taninges «t son horloge; les Jacquemarts, etc. ~ l)épart potir VOberland du Ghablati.
L'aspect des environs de l^xt, nom mystérieux et monacal, répond à l'idée d'une thébaïde; aussi quelques auteurs français n'ont^iis pas manqué d'attribuer au prieuré la désignation du village et de la portion supérieure de la vallée 4u 6iâre> Cependant) «i Ton se raiq)6lle que Ti^^ye était sous l'invocation tie Notre-Dame» on ne concevra guère pourquoi un couvent aurait retenu le nom d'une des quatre petites heures canoniales, qui sont: prime» tierce^ none et êee^. Au moyen âge, on
Vth LA HACTK SlTOIE.
dtfait également mi^ , Pierre Gnosorre ca Cût foi ; mais, aJors, notre fne^tré s'appelait Sise oo Str, forme peipétoée jusqu'à Griilet qui écrirait en 1807. Six oo siZfdansle patois du pays, déâgne une clôture ifarinaUSf une haie. Ce même patois réduit rortbograpbe de m à ces deux lettres : hi. Mais la lettre /i, aspirée fortement arec une rudesse germanique, siffle à peu près comme un i, et on l'a fait sonner dans l'expression francisée : d'où il suit que ce vocable du Nord doit remonter au même radical que le substantif haie^ devenu hi.
Cette étymologie probable est justifiée par l'aspect du lieu : de hautes montagnes le ferment de toute part comme un enclos, et la terre étant, sur leurs versants, peu profonde, elle dut, avant d'avoir été défrichée, apparaître couverte de haies ou de broussailles. G*est ainsi que Saint-Jean de Siz ou de Siwty autre commune, de la vallée du Grand-Bornand, se traduirait par Saint-Jean des haies. Il n'en est pas moins vrai que ce joli nom de Sixt tinte comme une cloche d'abbaye, à la trop poétique oreille de ces rimeurs qui font gémir le beffroi, en . prenant une charpente pour une sonnerie.
Le patois des gens de Sixt, ou des Sizerets (ils écrivent dé Hijeré), est assez étrange et dénbte^ diex les premiers colons, une origine saxonne. Ils prononcent, devant Ve muet, le j, le ch, le g y avec un sifflement rauque, et le th en l'aspirant comme les Anglais. Le mot chanstm (tenson dans le Midi) s'orthographie thoHphon : vemalhe^ pour vil-