INTÉRÊTS LOCAUX
de Sixt aux voyageurs, qu'ils seront attirés à cette station par le futur chemin de Sixt à Chamonix par le col d'Anteme. Mais si Ton tient à mettre Sixt en faveur et à y créer un centre d'excursions, Torganisation d'un service de guides, régulier, sérieux, avec un règlement comme pour la compagnie de Cfiamonix, est indispensable. Cette institution fait absolument défaut.
La vallée du Giffre est fertile, revêtue d'excellents pâturages ; aussi les tomes de Sixt et le gratairon, fromages du pays, sont-ils renommés. Leur exportation est susceptible de s'étendre. La plaine serait excellente pour l'élève des chevaux. Dans l'intérêt de ces campagnes , surtout vers Samoëns, et au delà du côté de Taninges, la rivière du Giffre, bienfaisante en général , comporterait quelques endiguements, plus faciles à réussir que ceux de sa fougueuse parallèle, la* rivière d'Arve. Il serait opportun aussi de prolonger, en aval du pont de Clé vieux, un bon travail du siècle dernier, la digue sur ce torrent, qui menace encore le territoire de Samoëns. On couronnerait ces utiles améliorations, en refaisant et en rectifiant la route muletière de Champéry à Samoëns, dans le but d'ouvrir un chemin praticable sur notre vallée, aux voyageurs qui, arrivant par la Suisse, seraient tentés d'entrer en Savoie par le Valais, sans se détourner et sans quitter les montagnes. Ils prendraient alors, peu à peu, cette direction séduisante ; ils s'attarderaient dans cette sinueuse Thessalie ; les eaux ferrugineuses
de Mathonay, si souveraines contre les affections stomacales et lymphatiques, les sources sulfureuses el salines de Shuandaz, de la Golaise, exportées avec succès à Paris au début de ce siècle, verraient affluer les malades. « Sixt ne saurait être
trop recommandé aux touristes (écrit M. Joanne, dans son Itinéraire); sa situation permet de rayonner dans toutes les directions et, partout où Ton dirige ses pas, on peut entreprendre de magniflques et intéressantes excursions. »
C'est une des localités que ce voyageur a le mieux décrites; il a indiqué plusieurs de ces promenades dont les revers du vallon fourmillent ; mais il n'est guère possible de les énumérer toutes. Placé à la base d'une énorme chaîne de montagnes (lé massif qui sépare de Valorsine et de Chamonix le cours du Giflre), Sixt reçoit {outes les eaux qui se déversent sur la plaine. Les pentes énormes, les murs de rochers qui l'encadrent lancent des légions de cascades. Les plus remarquables sont le Jordane, alimenté par les neiges du Grenier, chute de quatre cents mètres, à la montagne des Granges; laGouille et le Fontany près du Nant-Bride , alimentés par un canal souterrain qui conimunique avec l'Avaudru; le Rouget, sur le chemin du Col d*Anteme; la Chauffa, la Pleureuse, le Trénant, trois bandelettes d'argent attachées à la mitre de la montagne de Sales ; la cascade d'Anterne, qui rebondit sur trois gradins magnifiques dans la gorge des Ponts. Ce ne sont là que les distractions du chemin ;. car ,
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outre le Buet, les motifs d'ascension sont très-nôînbreux. Celle du Pic de l'Avaudru (deiix mille sept cents mètres) o8re un point de Vue inférieur en étendue au panorama du Buet, avec defe premiers plans plus étranges et pltis splendîdes. On y monte par le Salvadon et, du côté de Sanioëns, par la gorge d'Oddaz. Citons encore la pointe, et surtout le plateau de Sales où sont perchés les pltis hauts chalets de tout le canton ; les cols d'Anterne et du Sageroux, l'un renommé par seîs tempêtes, Tautre retonibant sur le Valais au-dessus de Champéry. Ces belvéders offrent les échappées les plus saisissantes sur les réseaux montagneux du Chablais.
La vallée de Sixt présente, en outre, à l'exploration quatre glaciers d'un caractère particulier : celui du Buet, coupé à pic par des pans de glace d'une élévation vertigineuse; celui de l'Avaudru ou Grand-Névé , déployé comme utie onibrelle au nord de cette pointe; celui du Grenairon et le glacier dû Moht-Ruan qui, par sa transparente pureté j rivalise seul avec celui de Rosenlauï datis rOberlahd bérnoiis. Siit, au centre de ce iîche musée de curiosités naturelles, est entouré de montagnes de toutes les formes et de toutfes les nuances : les rochers, les forêts j les neiges, les eaux jaillissantes, les pâturage, les chalets escarpés, les hameaux épars sur des corniches, animent cette tentùi'e, aux lointains hauts et fuyants. Un bfas de la Vallée, qui forme uii F, tnonte à droite vers les Ponts ; l'autre, à gauche, du côté de la Gombe ; au
point de jonction,' la queue étranglée de la lettre est tracée par le Giffre, encaissé dans la gorge des Tines, jonchée de hêtres séculaires, de sapins, de trembles et de frênes.
Mais la merveille du pays, c'est le Fer à cheval, et le Pond de la Combe de Sixt, où mon hôte s'empressa de me conduire . avant déjeuner; car cette course n'excède pas quatre heures de marche, 'avais attendu son réveil en explorant sa trop vaste hôtellerie, où les chambres, parfois voûtées, s'alignent sur des corridors claustraux à parois épaisses, supportant des arcatures surbaissées. Je m'étais chauffé sous le manteau d'une cheminée pantagruélique du dix-septième siècle : l'ancienne cuisine des moines avait là un vrai boudoir à rôtir, impliqué dans la spacieuse officine, qui communique avec les étables et s'ouvre sur un jardin, où les fleurs de la montagne s'épanouissent sous des cerisiers et des noyers, bien que Sixt soit à sept cent soixante-huit mètres d'altitude. La salle la plus monumentale et la mieux conservée de l'abbaye, c'est son réfectoire, éclairé tristement par quatre fenêtres qui prennent le jour de haut, et dont le plafond, à soliveaux massifs ornés de médaillons et de cordons sculptés, est traversé de chevrons enrichis de filets et de moulures. -Une cheminée haute et sévère complète cette décoration, contemporaine de Charles-Emmanuel !•'. Autour de la corniche, soutenue sur une série de consoles à volutes, et où brillent de distance en distance les écussons