‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 108 sur 113 · CHAPITRE IX. — MILTON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — MILTON

y a souvent, dans des choses où tout paraît ridi:ule au vulgaire, un coin de grandeur qui ne se fait apercevoir qu'aux hommes de génie. Les sept Péchés mortels dansant avec le diable sont assurément le comble de l'extravagance et de la sottise; mais l'univers rendu malheureux par la faiblesse d'un homme, les bontés et les vengeances du Créateur, la source de nos malheurs et de nos crimes, sont des objets dignes du pinceau le plus hardi : il y a surtout dans ce sujet je ne sais quelle horreur ténébreuse, un sublime sombre et triste qui ne convient pas mal à l'imagination anglaise. Milton conçut le dessein défaire une tragédie de la farce d'Andreino : il en composa même un acter et demi. Ce fait m'a été assuré par des gens de lettres qui le tenaient de sa fille, laquelle est morte lorsque j'étais à Londres.

La tragédie de iMilton commençait par ce monologue de Satan, qu'on voit dans le quatrième chant de son poëme épique: c'est lorsque cet esprit de révolte, s'échappant du fond des enfers, découvre le soleil qui sortait des mains du Créateur :

Toi, siir qui mon tyran prodigue ses bienfaits ',

Soleil, astre de feu, jour heureux que je hais.

Jour qui fais mon supplice, et dont mes yeux s'étonnent.

Toi qui semblés le dieu des deux qui t'environnent;

Devant qui tout éclat disparaît et s'enfuit.

Qui fais pfilir le front des astres de la nuit ;

Image du Tïès-Haut qui régla ta carrière.

Hélas ! j'eusse autrefois éclipsé ta lumière ;

Sous la voûte des cieux, élevé p!us que toi,

Le trône où tu t'assieds s'abaissait devant moi.

Je suis tombé ; l'orgueil m'a plougé dans l'abîme.

Dans le temps qu'il travaillait à cette tragédie, la sphère de ies idées s'élargissait à mesure qu'il pensait. Son plan devint immense sous sa plume; et enfin, au lieu d'une tragédie qui, après tout, n'eiit été que bizarre et non intéressante, il imagina un poëme épique, espèce d'ouvrage dans lequel les hommes sont convenus d'approuver souvent le bizarre sous le nom du merveilleux.

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