‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 24 sur 113 · XXXVIII ESSAI SUR LES GUERRES CIVILES · texte numérisé non relu

XXXVIII ESSAI SUR LES GUERRES CIVILES

mort déplorable- Elle était maîtresse absolue de son jeune époux, prince de dix-huit ans, sans vices et sans vertus, né avec un corps délicat et un esprit faible.

Incapable de gouverner par elle-même, elle se livra sans réserve au duc de Guise, frère de sa mère. 11 influait sur l'esprit du roi par son moyen, et jetait par là les fondements de la grandeur de sa propre maison. Ce fut dans ce temps que Catherine de Médicis, veuve du feu roi, et mère du roi régnant, laissa échapper les premières étincelles de son ambition, qu'elle avait habilement étouffée pendant la vie de Henri II. Mais, se voyant incapable de l'emporter sur l'esprit de son fils et sur une jeune princesse qu'il aimait passionnément, elle crut qu'il lui était plus avantageux d'être pendant quelque temps leur instrument, et de se servir de leur pouvoir pour établir son autorité, que de s'y opposer inutilement. Ainsi les Guises gouvernèrent le roi et les deux reines. Maîtres de la cour, ils devinrent les maîtres de tout le royaume : l'un, en France, est toujours une suite nécessaire de l'autre.

La maison de Bourbon gémissait sous l'oppression de la maison de Lorraine; et Antoine, roi de Navarre, souffrit tranquillement plusieurs affronts d'une dangereuse conséquence. Le prince de Condé, son frère, encore plus indignement traité, tâcha de secouer le joug, et s'associa pour ce grand dessein à l'amiral de Coligni, chef de la maison de Châtillon. La cour n'avait point d'ennemi plus redoutable. Condé était plus ambitieux, plus entreprenant, plus actif; Coligni étuit d'une humeur plus posée, plus mesuré dans sa conduite, plus capable d'être chef d'un parti : à la vérité, aussi malheureux à la guerre que Condé, mais réparant souvent par son habileté ce qui semblait irréparable ; plus dangereux après une défaite que ses ennemis après une victoire; orné d'ailleurs d'au-

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ant de vertus que des temps si orageux et l'esprit de action pouvaient le permettre.

Les protestants commençaient alors à devenir nom- )reux : ils s'aperçurent bientôt de leurs forces.

La superstition, les secrètes fourberies des moines de •e temps-là, le pouvoir immense de Rome, la passion les hommes pour la nouveauté, l'ambition de Luther et le Calvin, la politique de plusieurs princes, servirent à 'accroissement de cette secte, libre à la vérité de supertition, mais tendant aussi impétueusement à l'anarchie [ue la reli2:ion de Rome à la tyrannie.

Les protestants avaient essuyé en France les persécutions les plus violentes, dont l'effet ordinaire e.-t de muliplier les prosélytes. Leur secte croissait au milieu des chafauds et des tortures. Condé, Coligni, les deux frères le Coligni, leurs partisans, et tocs ceux qui étaient yrannisés par les Guises, embrassèrent en même temps a religion protestante. Ils unirent avec tant de concert Burs plaintes, leur vengeance, et leurs intérêts, qu'il y ut en même temps une révolution dans la religion et ans l'État.

La première entreprise fut un complot pour arrêter le« ruises à Amboise, et pour s'assurer de la personne du oi. Quoique ce complot eût été tramé avec hardiesse et onduit avec secret, il fut découvert au moment oii il liait être mis à exécution. Les Guises punirent les conpirateurs de la manière la plus cruelle pour intimider 3urs ennemis, et les empêcher de former à l'avenir ie pareils projets. Plus de sept cents protestants furent xécutés; Condé fut fait prisonnier, et accusé de lèselajesté; on lui fit son procès, et il fut condamné à mort.

Pendant le cours de son procès, Antoine, roi de îavarre, son frère, leva en Guienne, à la sollicitation de a femme et de Coligni, un grand nombre de gentils-

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