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d'une sorte de compassion pour lui; il lui dit deux ou trois fois de ne point retourner chez lui, et de coucher dans sa chambre; mais la Rochefoucauld répondit qu'il voulait aller trouver sa femme. Le roi ne l'en pressa pas davantage, et dit : « Qu'on le laisse aller; je vois bien que Dieu a résolu sa mort. » Ce jeune homme fut massacre deux heures après.
Il y en eut fort peu qui échappèrent de ce massacre général. Parmi ceux-ci, la délivrance du jeune la Force est un exemple illustre de ce que les hommes appellent destinée. C'était un enfant de dix ans. Son père, son frère aîné, et lui, furent arrêtés en même temps par les soldats du duc d'Anjou. Ces meurtriers tombèrent sur tous les trois tumultuairement, et les frappèrent au hasard. Le père et les enfants, couverts de sang, tombèrent à la renverse les uns sur les autres. Le plus jeune, qui n'avait reçu aucun coup, contrefit le mort, et le jour suivant il fut délivré de tout danger. Une vie si miraculeusement conservée dura quatre-vingt-cinq ans. Ce fut le célèbre maréchal de la Force , oncle de la duchesse de la Force, qui est présentement en Angleterre.
Cependant plusieurs de ces infortunées victimes fuyaient du côté de la rivière. Quelques-uns la traversaient à la nage pour gagner le faubourg Saint-Germain. Le roi le? aperçut de sa fenêtre qui avait vue sur la rivière : ce qui est presque incroyable, quoique cela ne soit que trop vrai, il tira sur eux avec une carabine. Catherine de Médicis, sans trouble, et avec un air serein et tranquille au milieu de cette boucherie, regardait du haut d'un balcon qui avait vue sur la ville, enhardissait les assassins, et riait d'entendre les soupirs des mourants et les cris de ceux qui étaient massacrés. Ses filles d'honneur vinrent dans la rue avec une curiosité effrontée, digne des abominations de ce siècle: elles contemplèrent le corps nu d'un
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gentilhomme nommé Soubise, qui avait été soupçonné d'impuissance, et qui venait d'être assassiné sous les fenêtres de la reine.
La cour, qui fumait encore du sang de la nation, essaya 3juelques jours après de couvrir un forfait si énorme par .es formalités des lois. Pour justifier ce massacre, ils imputèrent calomnieusement à l'amiral une conspiration qui ne fut crue de personne. On ordonna au parlement de procéder contre la mémoire de Goligni. Son corps fut pendu par les pieds avec une chaîne de fer au gibet de Montfaucon. Le roi lui-même eut la cruauté d'aller jouir de ce spectacle horrible. Un de ses courtisans l'avertissant de se retirer, parce que le corps sentait mauvais, le roi répondit : « Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon. »
Il est impossible de savoir s'il est vrai que l'on envoya la tête de l'amiral à Rome. Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'il y a à Rome, dans le Vatican, un tableau oij est représenté le massacre de la Saint-Barthélemi, avec ces paroles : « Le pape approuve la mort de Coligni. »
Le jeune Henri de Navarre fut épargné plutôt par politique que par compassion de la part de Catherine, qui le retint prisonnier jusqu'à la mort du roi pour être caution de la soumission des protestants qui voudraient se révolter.
Jeanne d'Albrefe était morte subitement trois ou quatre jours auparavant. Quoique peut-être sa mort eût été naturelle, ce n'est pas toutefois une opinion ridicule de croire qu'elle avait été empoisonnée.
L'exécution ne fut pas bornée à la ville de Paris. Les mènes ordres de la cour furent envoyés à tous les gouverneurs dos provinces de France. Il n'y eut que deux ou trois gouverneurs qui refusèrent d'obéir aux ordres du roi. Un entre autres, appelé Mootmorin, gouverneur
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d'Auvergne, écrivit à Sa Majesté la lettre suivante, qui mérite d'être transmise à la postérité.
« Sire, j'ai reçu un ordre, sous le sceau de Votre « majesté, de faire mourir tous les protestants qui sont « dans ma province. Je respecte trop Votre Majesté pour tf ne pas croire que ces lettres sont supposées ; et si (ce « qu'à Dieu ne plaise) l'ordre est véritablement émané « d'elle, je la respede aussi trop pour lui obéir. »
Ces massacres portèrent au cœur des protestants la rage et l'épouvante. Leur haine irréconciliable sembla prendre de nouvelles forces : l'esprit de vengeance les rendit plus forts et plus redoutables.
Peu de temps après, le roi fut attaqué d'une étrange maladie qui l'emporta au bout de deux ans. Son sang coulait toujours, et perçait au travers des pores de sa peau : maladie incompréhensible , contre laquelle échoua l'art et l'habileté des médecins, et qui fut regardée comme un effet de la vengeance divine.
Durant la maladie de Charles, son frère, le duc d'Anjou, avait été élu roi de Pologne : il devait son élévation à la réputation qu'il avait acquise étant général, et qu'il perdit en montant sur le trône.
Dès qu'il apprit la mort de son frère, il s'enfuit de Pologne, et se hâta devenir en France se mettre en possession du périlleux héritage d'un royaume déchiré par des factions fatales à ses souverains, et inondé du sang de ses habitants. Il ne trouva en arrivant que partis et troubles qui augmentèrent à l'infini.
Henri , alors roi de Navarre , se mit à la tête des protestants, et donna une nouvelle vie à ce parti. D'un autre côté, le jeune duc de Guise commençait à frapper les yeux de tout le monde par ses grandes et dangereuses qualités. Il avait un génie encore plus entreprenant que son père; il semblait d'ailleurs avoir une heureuse occasion d'at-
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teindre à ce faîte de grandeurs dont son père lui avait frayé le chemin.
Le duc d'Anjou, alors Henri III, était regardé comme incapable d''avoir des enfants, à cause de ses infirmités qui étaient les suites des débauches de sa jeunesse. Le duc d'Alençon, qui avait pris le nom de duc d'Anjou, était mort en 1584, et Henri de Navarre était légitime héritier de la couronne. Guise essaya de se l'assurer à lai-même, du moins après la mort de Henri III, et de l'enlever à la maison des Capets, comme les Gapets l'avaient usurpée sur la maison deChariemagne, et comme le père de Charlemagne l'avait ravie à son légitime souverain.
Jamais si hardi projet ne parut si bien et si heureusement concerté. Henri de Navarre et toute la maison de Bourbon était protestante. Guise commença à se concilier la bienveillance de la nation, en affectant un grand zèle pour la religion catholique : sa libéralité lui gagna le peuple; il avait tout le clergé à sa dévotion, des amis dans le parlement, des espions à la cour, des serviteurs dans tout le royaume. Sa première démarche politique fut une association sous le nom de sainte Ligue contre les protestants, pour la sûreté de la religion catholique.
La^ moitié du royaume entra avec empressement dans celte nouvelle confédération. Le pape Sixte-Quint donna sa bénédiction à la Ligue, et la protégea comme une nouvelle milice romaine. Philippe II, roi d'Espagne, selon la politique des souverains qui concourent toujours à la ruine de leurs voisins, encouragea la Ligue de toutes ses forces, dans la vue de mettre la France en pièces, et de s'enrichir de ses dépouilles.
Ainsi Henri III, toujours ennemi des protestants, fut trahi lui-même par des catholiques, assiégé d'ennemis secrets et déclarés, et inférieur en autorité à un sujet
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qui , soumis en apparence , était réellement plus roi que lui.
La seule ressource pour se tirer de cet embarras était peut-être de se joindre avec Henri de Navarre, dont la fidélité, le courage, et l'esprit infatigable, étaient l'unique barrière qu'on pouvait opposer à l'ambition de Guise, et qui pouvait retenir dans le parti du roi tous les protestants : ce qui eût mis un grand poids de plus dans sa balance.
Le roi, dominé par Guise, dont il se défiait, mais qu'il n'osait offenser, intimidé par le pape, trahi par son conseil et par sa mauvaise politique, prit un parti tout opposé ; il se mit lui-même à la tète de la sainte Ligue. Dans l'espérance de s'en rendre le maître, il s'unit avec Guise,, son sujet rebelle, contre son successeur et son beau-frère, que la nature et la bonne politique lui désignaient pour son allié.
Henri de Navarre commandait alors en Gascogne une petite armée, tandis qu'un grand corps de troupes accourait à son secours de la part des princes protestants d'Allemagne : il était déjà sur les frontières de Lorraine.
Le roi s'imagina qu'il pourrait tout à la fois réduire le Navarroi3,et se débarrasser de Guise. Dans ce dessein, il envoya le Lorrain avec une très-petite et très-faible armée contre les Allemands, par lesquels il faillit être mis en déroute.
Il fit marcher en même temps Joyeuse, son favori, contre le Navarrois , avec la fleur de la noblesse française, et avec la plus puissante armée qu'on eût vue depuis François I". Il échoua dans tous ces desseins : Henri de Navarre défit entièrement à Centras cette armée si redoutable, et Guise remporta la victoire sur les Allemands.