LX IDÉE DE LA HENRIADE
Et que leur vers exact, ainsi que Mézerai,
Ait déjà fait tomber les remparts de Courtrai*.
On n'a fait n;ême que ce qui se pratique dans toutes les tragédies, où les événements sont plies aux règles du théâtre.
Au reste ce poëme n'est pas plus historique qu'aucun autre; Le Camoëns, qui est le Virgile des Portugais, a célébré un événement dont il avait été témoin lui-même Le Tasse a chanté une croisade connue de tout le monde, et n'en a omis ni l'ermite Pierre, ni les processions. Virgile n'a construit la fable de son Enéide que des fables reçues de son temps, et qui passaient pour l'histoire véritable de la descente d'Énée en Italie.
Homère, contemporain d'Hésiode, et qui par conséquent vivait environ cent ans après la prise de Troie, pouvait aisément avoir vu dans sa jeunesse des vieillards qui avaient connu les héros de celte guerre. Ce qui doit même plaire davantage dans Homère, c'est que le fond de son ouvrage n'est point un roman, que les caractères ne sont point de son imagination, qu'il a peint les hommes tels qu'ils étaient, avec leurs bonnes et mauvaises qualités, et que son livre est un monument des mœurs de ces temps reculés.
La Henriade est composée de deux parties; d'événements réels dont on vient de rendre compte, et de fictions. Ces fictions sont toutes puisées dans le système du merveilleux, telles que la prédiction de la conversion de Henri IV, la protection que lui donne saint Louis, son apparition, le feu du ciel détruisant ces opérations magiques qui étaient alors si communes, etc. Les autres sont purement allégoriques : de ce nombre sont le voyage de la Discorde à Rome, la Politique, le Fanatisme personni-