‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 48 sur 113 · Chroniques, ch. lvii. — R · texte numérisé non relu

Chroniques, ch. lvii. — R

8. Histoire de France; Paris, 1646, in-folio, t II, p. 11. — R.

tout bonnement que saint Michel, le prince de la milice céleste, apparut à cette fille, etc. Quoi qu'il en soit, si les Français ont été trop crédules sur la Pucelle d'Orléans, les Anglais ont été trop cruels en la faisant brûler, car ils n'avaienlrien à lui reprocher que son courage etleurs défaites, (1723.)

16. Le cardinal Mazarin fut obligé de sortir du royaume en 1651, malgré la reine régente, qu'il gouvernait; mais le cardinal de Pvichelieu se maintint toujours, malgré ses ennemis, et même malgré le roi, qui était dégoûté de lui. (1730.)

17. Les opinions sur Colbert sont si opposées entre elles, ses admirateurs l'on placé si haut, ses détracteurs Tont ensuite tant rabaissé, qu'il n'existe peut-être pas un seul livre où il soit mis à sa véritable place.

Pour juger un ministre, il faut examiner ses lois et ses opérations, les rapprocher des circonstances, de l'histoire de son temps, et surtout des lumières de ses contemporains. Si un homme d'Etat a montré de l'humanité et de la justice; si, quoique gêné par les circonstances et par les événements, il a eu le bonheur du peuple pour premier objet; s'il a prouvé qu'il avait les mêmes lumières que les hommes éclairés de son siècle, on doit respecter sa mémoireetlui pardonner de n'avoir été ni supérieur aux événements, ni au-dessus de ses comtemporains.

Golberl, fils d'un marchand, d'abord commis d'un négociant, puis clerc de notaire, devint intendant du cardinal Mazarin. Fouquet avait été surintendant dans les dernières années delà vie du cardinal; son administration était également onéreuse et corrompue.

Des traitants inventaient de nouveaux offices, de nouveaux droits sur les consommations, réveillaient d'anciennes prétentions domaniales, inventaient des privilèges exclusifs, des lettres de maîtrise, faisaient revivre des arrérages d'impôts. Fouquet agréait ces projets et en vendait le produit aux inventeurs, moyennant une somme payée comptant. Le gouvernement, alors très faible, protégeait peu ces traitants; mais

comme ils ne donnaient qu'une petite partie de la valeur de ce qu'on leur accordait, ils gagnaient encore beaucoup. Des parts dans les profits ou une somme d'argent décidaient de hi préférence que 1' premier ministre et le surintendant accordaient aux faiseurs de projets. Ces emplois subalternes et les détails de cette corruption furent la première école de Colbert. Le cardinal le recommanda en mourant au roi comme un homme qui lui serait utile.

Le premier soin de Colbert fut de chercher à perdre Fouquet. 11 lai était aisé de montrer à Louis XIV que ce ministre n'était qu'un homme vain, uniquement occupé de soutenir ses profusions par des moyens ruineux, et ne sachant qu'emprunter. Mais ce n'était pas sa disgrâce, c'était sa perte que ses ennemis voulaient, parce que Fouquet, disgracié, eût pu éclairer le roi sur la conduite passée de Colbert et des autres ministres.

Cependant Fouquet était procureur général et ne pouvait être jugé que par le parlement. Ce droit n'est, à la vérité, que le droit commun de tout citoyen; mais il est bien moins facile de le violer contre un procureur général. On persuada à Fouquet de vendre sa charge et d'en faire porter le prix au trésor royal. La voix publique accusa Colbert de cette perfidie. On peignit ensuite Fouquet à Louis XIV comme un homme dangereux, qui avait fait fortifier Belle-Isle, qui avait des trésors, des troupes et des partisans. Louis le crut. L'indiscrétion de Fouquet, qui avait voulu acheter mademoiselle de La Vallière dans le temps môme où elle résistait au roi, lui rendait le surintendant odieux.

La perte de Fouquet fut donc résolue, et l'on employa pour l'arrêter une dissimulation qu'on aurait à peine pardonnée à Henri III, s'il eût voulu faire arrêter le duc de Guise : tant on avait trompé Louis XIV sur la prétendue puissance du malheureux surintendant! Il fut jugé par des commissaires. Séguier^ son ennemi déclaré, fut un de ses juges, ainsi que Pussort, allié de Colbert. Le Tellier le persécutait avec violence. On disait alors : « Le Tellier a plus d'envie que Fouquet soit pendu; mais Colbert a plus peur qu'il ne le soit pas. » La commission ne prononça qu'un bannissement perpétuel ; ceux

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des juges qui, par leur fermeté, empêchèrent les autres d'aller plus loin, furent disgraciés; et on obtint du roi que Fouquet, qui aurait pu du fond de sa retraite démasquer ses ennemis, serait mis dans une prison perpétuelle. C'est sous ces auspices que Colbert parvint au ministère.

Ses premières opérations furent la remise des arrérages des tailles. Le trésor ne sacrifiait, par cet arrangement, que ce qu'il ne pouvait espérer de recouvrer. A la vérité, ou joignit à cette remise une diminution de tailles ; mais elle fut bientôt remplacée, et au delà, sous une autre forme.

On retrancha le quatrième des rentes , c'est-à-dire qu'on fit banqueroute d'un quart de ce que le roi devait aux rentiers.

Depuis cette époque, on compta les années de Tadmiaistration de Colbert par des impôts et par des emprunts. Il est vrai que l'on prétend qu'il s'opposa aux emprunts ; que même le premier président ayant propesé à Louis XIV un emprunt au lieu d'un impôt qu'il voulait établir, et le roi l'ayant accepté, Colbert dit au premier président : « Vous venez d'ouvrir une plaie que vos petits-fils n»"? verront pas refermer. » Sj* ce trait est vrai, Colbert avait bi^n vu ; mais il n'en est pas plus excusable, à moins qu'on l'établisse comme un principe de morale qu'il o^t permis à un ministre de faire le mal, lorsque ce mal ]i'' est nécessaire pour conserver sa place.

Quant aux impôts, la forme la plus onéreuse au peuple fut constamment préférée. Le code des aides, celui des gabelles, que Colbert publia, sont un monument d'absurdité et de tyrannie; il est impossible de porter plus loin le mépris dos hommes; il est impossible que le ministre qui a écrit ce code eût conservé quelques sentiments d'humanité ou de justice: dans ses règlements sur les manufactures on érigea en loi ce qui n'était que l'avis des fabricants habiles sur la manière de fabriquer, et on soumit à des peines corporelles et infamantes les ouvriers qui ne se conformeraient pas à ces opinions. Enfin Colbert, n'ayant plus d'expédients, imagina de faire une opération sur les petites monnaies, et de soumettre à des droits les denrées qui servent à la subsistance du petit peuple de Paris. Il mourut, et son enterrement fut troublé par la populace, que ces

dernières opérations avaient révoltée et quî voulait déchirer son corps.

Tel fut Colbert ; et nous n'avons rien dit qui ne soit prouvé ou par l'histoire ou par la suite même de ses lois : commeot donc cet homme eut-il une si grande réputation? comment M. de Voltaire, l'ami de l'humanité, l'a-t-il appelé le premier des humains? c'est ce qui nous reste à expliquer.

Colbert établit de la régularité dans la recette des impôts et de l'ordre dans les dépenses. Ce4 ordre n'était pas de l'économie, les citoyens étaient toujours vexés ; mais les vexations étaient moins arbitraires : les grands, les propriétaires riches étaient ménagés, le peuple souffrait seul, et ses cris, étouffés par une administration vigilante et rigoureuse, n'étaient pa entendus au milieu des fêtes de la cour.

La France, depuis les malheurs de François P*" jusqu'à la paix des Pyrénées, avait été dans un état de trouble et de désastres ; ses frontières menacées et envahies, les guerres de religion, les guerres des grands contre Richelieu et Mazarin, la puissance des seigneurs dans les provinces : toutes ces causes s'opposaient également à l'industrie du cultivateur et à celle de l'artisan. Personne n'osait et même ne pouvait faire d'avance ni pour la culture ni pour des entreprises de manufactures. Le commerce extérieur n'avait pu s'établir ; le commerce intérieur était languissant. On commença à respirer après la paix des Pyrénées ; les frontières étaient en sûreté, la paix régnait dans l'intérieur des provinces.

L'autorité du roi ne souffrait plus de partage, et les vexations particulières cessèrent d'être à craindre. Plus la nation avait été épuisée, plus ses progrès durent être rapides, et il était nature! qu'on attribuât à Colbert ce qui était l'ouvrage des circonstances.

Colbert parut avoir encouragé le commerce et les manufactures, parce qu'il fit beaucoup de lois sur ces objets, et qu'on lisait dans le préambule qu'elles avaient pour objet de favoriser le commerce et les manufactures.

La France n'avait jamais eu de marine; elle en eut une BOUS Colbert, non que ce ministre eût des connaissances dans la marine ; mais il dépensa beaucoup, et il eut le bonheur de

trouver des officiers de mer habiles, audacieux et entreprenants.

Plusieurs Français tentèrent des établissements dans les deux Indes ; et, tantôt en les encourageant, tantôt en profitant de leur ruine, Colbert parvint à établir quelques colonies qui, bien que faibles et mal administrées, paraissaient aux yeux des Français, alors peu instruits, avoir augmenté leur puissance et leurs richesses.

Enfin Colbert, en favorisant les beaux-arts, en protégeant jes gens de lettres, se fit des partisans qui célébrèrent ses louanges. La persécution qu'il suscita contre Saint-Évremond; l'exclusion des grâces de la cour, par laquelle La Fontaine fut puni de son attachement pour Fouquet; la dureté de Colbert envers Charles Perrault, son injustice à l'égard de Charles Patin, annonçaient une âme étroite et dure, peu sensible aux arts, et seulement frappée de la vanité de les protéger. Mais à peine ces petitesses furent-elles remarquées ; l'académie des sciences établie, de grands voyages utiles aux sciences entrepris aux frais du roi, l'Observatoire construit, subjuguèrent les esprits.

Colbert mourut, et ses successeurs le firent regretter. Ils n'eurent pas d'autres principes d'administration ; ils augmentèrent les impôts, et parurent moins occupés encore du Donheur du peuple. Les manufactures, le commerce, furent aussi mal administrés et moins encouragés. La marine tomba ; la première guerre qui suivit sa mort fut mêlée de revers, et la seconde fut malheureuse.

Enfin, plus Louvois était hai, plus Colbert son rival gagnait dans l'opinion; sa conduite envers Fouquet iut presque oubliée; on lui pardonna une fortune immense et le faste de sa maison de Sceaux, en les comparant à la fortune scandaleuse d'Émeri, aux prodigalités de Fouquet, et aux richesses des traitants de la guerre de la succession.

A la mort de Louis XIV, la réputation de Colbert augmenta encore; les principes de l'administration des finances, du commerce et des manufactures , étaient inconnus, et lorsqu'on commença en France à s'occuper de ces objets, ce fut pour adopter sur ces matières l'opinion de Colbert.

On se p.iignait de n'avoir plus de marine, et, sous lui, la marine avait été florissante.

On regrettait la maf^nificence de la cour de Louis XIV. On sentait les maux qu'avait causés la rigueur exercée contre les protestants, et l'on crojait que Golbert les avait protégés ; on était dégoûté de la guerre, et Golbert passait pour s'être opposé à la guerre.

Les dépenses excessives qu'il faisait pendant la paix, pour satisfaire le goût de Louis XIV, paraissaient des moyens de faire fleurir dans l'État les arts de luxe, d'animer les manufactures, de rendre les étrangers tributaires de notre industrie.

Ce n'était pas après les opérations de Law et le haussement excessif des monnaies qu'on pouvait reprocher à Golbert les retranchements des rentes et une faible augmentation dans la valeur du marc d'argent.

M. de Voltaire trouva donc la réputation de Golbert établie, et il suivit l'opinion de son siècle : on ne peut lui en faire un reproche. Ce qui, dans un homme occupé d'études politiques, serait une preuve d'ignorance ou d'un penchant secret pour des principes oppresseurs, n'est qu'une erreur très-pardonnable dans un écrivain qui a cru pouvoir s'en rapporter à l'opinion des hommes les plus éclairés de l'époque où il écrivait ; et lorsque c'est l'amour des arts, de la paix et de la tolérance qui a inspiré cette erreur, il y aurait de l'injustice à ne point la pardonner. Depuis ce temps, la science de l'administration a fait des progrès, ou plutôt elle a été créée, du moins en France, et Golbert a été traité avec d'autant plus de sévérité que l'enthousiasme avait été plus vif.

On aurait tort sans doute de lui reprocher d'avoir ignoré ce que personne ne savait de son temps. On doit louer son application au travail, son exactitude ; mais ni sa conduite envers Fouquet, ni les moyens ruineux qu'il employa pour soutenir, aux dépens du peuple, le faste de la cour, ni la dureté de ses règlements pour ies manufactures, ni la barbarie du code des aides et des gabelles, ni ses opérations sur les monnaies, ni les retranchements des rentes, ne peuvent être excusés.

On peut le regarder comme un homme habile, mais non comme un homme de génie; ce nom ne convient en poétique

qu'à ceux qui s'élèvent au-dessus des opinions et des idées même des hommes éclairés de leur siècle. On peut moins encore le regarder comme un homme vertueux ; car ce nom n'est dû qu'au ministre qui n'a jamais sacrifié ni la nation à la cour, ni la justice à ses intérêts. — K.

18. Le peuple, ce monstre féroce et aveugle, détestait le grand Colbert, au point qu'il voulut déterrer son corps; mais la 7oix des gens sensés, qui prévaut à la longue, a rendu sa mémoire à jamais chère et respectable. (1746.)

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