‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 63 sur 113 · PROCÈS CRIMINEL · texte numérisé non relu

PROCÈS CRIMINEL

Enquis si le jour de Pâques et de son départ il Ct la sainte communion, a dit que non, et l'avait faite le premier dimanche de carême ; mais néanmoins qu'il fit célébrer le sacrifice de la sainte messe à l'église Saint- Paul d'Angoulême sa paroisse, comme se reconnaissant indigne d'approcher de ce très-saint et très-auguste sacrement, plein de mystère et d'incompréhensible vertu, parce qu'il se sentait encore vexé de cette tentation do tuer le roi , et en tel état ne voulait s'approcher de la sainte table.

Enquis s'il ne les a pas fait venir (les démons)

dans la chambre où était couché ledit Dubois;

A dit que non ; qu'il est bien vrai que lui accusé étant couché dans un grenier au-dessus de la chambre dudit Dubois, dans lequel grenier étaient aussi couchées d'autres personnes, il entendit à l'heure de minuit ledit Dubois qui le priait de descendre dans sa chambre, s'exclamant avec grands cris : « Ravaillac, mon ami, descends en bas, je suis mort! Mon Dieu, ayez pitié de moi! » alors l'accusé voulut descendre: mais il en fut empêché par ceux qui étaient avec lui, pour la crainte qu'ils avaient; de sorte qu'il ne descendit point; et le lendemain il demanda audit Dubois qui l'avait mû de crier ainsi; à quoi il lui fît réponse qu'il avait vu dans sa chambre un chien d'une excessive grosseur et fort effroyable, lequel s'était mis les deux pieds de devant sur son lit; de quoi il avait eu telle peur qu'il en avait pensé mourir, et avait appelé l'accusé à son secours; à quoi l'accusé fit réponse que, pour renverser ses visions, il devait avoir recours à la sainte communion, ou à la célébration de la messe; et furent à cet effet au couvent des Cordeliers faire dire la messe, pour armer la grâce de Dieu contre les visions de Satan, ennemi commun des hommes.

DE RAVAILLAG. 307

Remontré qu'il y a apparence que c'était lui qui avait fait paraître ce chien ;

A dit que non ; et de peur que nous n'ajoutions pas de foi à ses réponses, cette vérité serait attestée par ceux qui étaient dans la chambre oii il était couché, qui l'empêchèrent de descendre, qui était l'hôtesse de la maison et une sienne cousine qui le prièrent de n'y point aller, à cause qu'elles avaient entendu un grand bruit dans la chambre.

Remontré qu'il n'a pas eu volonté de changer son malheureux dessein, ne voulant recevoir la communion le jour de Pâques, parce que c'était le moyen de s'en divertir, duquel moyen n'ayant usé, et s'étant ainsi éloigné de la sainte communion, il a continué en sa méchante entreprise ;

A dit que ce qui l'empêcha de communier fut qu'il avait pris cette résolution le jour de Pâques pour venir tuer le roi; mais aurait ouï la sainte messe auparavant de partir, croyant que la communion réelle de sa mère était suffisante pour elle et pour lui.

Remontré que lui, ayant cette mauvaise intention de commettre cet acte, il était en péché et en danger de damnation , ne pouvant participer à la grâce de Dieu et communion des fidèles chrétiens pendant qu'il avait cette mauvaise volonté, dont se devait départir pour être en la grâce de Dieu ;

A dit qu'il ne fait pas de difficulté de convenir qu'il n'ait été porté d'un propre mouvement et particulier, contraire à la volonté de Dieu, auteur de tout bien et vérité, contraire au diable, père du mensonge; mais que maintenant, à la remontrance que lui fesons, il reconnaît qu'il n'a pu résister à cette tentation, étant hors du pou- ^ voir des hommes de s'empêcher du mal; et qu'à présent qu'il a déclaré la vérité entière sans rien retenir et cacher,

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