‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 90 sur 113 · CHAPITRE IV. — LUCAIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — LUCAIN

force de Tacite. Il peint comme Salluste; en un mot, il est grand partout où il ne veut point être poëte : une seule ligne telle que celle-ci, en parlant de César,

Nil actum reputans, si quid superesset agendum ',

vaut bien assurément une description poétique.

Virgile et Homère avaient fort lien fait d'amener les divinités sur la scène : Lucain a fait tout aussi bien de s'en passer. Jupiter, Junon, Mars, Vénus, étaient des embellissements nécessaires aux actions d'Énée et d'Agamemnon; on savait peu de chose de ces héros fabuleux : ils étaient comme ces vainqueurs des jeux olympiques que Pindare chantait, et dont il n'avait presque rien à dire : il fallait qu'il se jetât sur les louanges de Castor, de PoUux, et d'Hercule. Les faibles commencements de l'empire romain avaient besoin d'être relevés par l'intervention des dieux; mais César, Pompée, Caton, Labiéaus, vivaient dans un autre siècle qu'Énée; les guerres civiles de Rome étaient trop sérieuses pour ces jeux d'imagination. Quel rôle César jouerait-il dans la plaine de Pharsale, si Iris venait lui apporter son épée, ou si Vénus descendait dans un nuage à son secours? ^^^.

Ceux qui prennent les commencements d'un art pour tes principes de l'art même sont persuadés qu'un poëme ne sau- ,vo «.'f^'rait subsister sans divinités, parce que Vlliade en est pleine; ' mais ces div[nu^^^nt si j?eji essûjitiei^^^ pTus bel endroit qui soit dans Lucain, et peut-être dans aucun poëte, est le discours de Caton, dans lequel ce stoîque ennemi des fables dédaigne d'aller voir le temple de Jupiter Ammon. Je me sers de la traduction de Brébeuf, malgré ses défauts.

Laissons, laissons, dit-il, un secours si honteux A ces âmes qu'agite un avenir douteux... Pour être convaincu que la vie est à plaindre. Que c'est un long combat doat l'issue est à craindre, Quun trépas glorieux vaut bien mieux que les fer». Je ne consulte point les dieux ni les enfers..

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