CHAPITRE VIU
L9 tASSB.
Torquato Tasso commença la Gerusalemme liberata dans le temps que la Lusiade du Camoëns commençait à paraître. Il entendait assez le portugais pour lire ce poëme et pour en être jaloux; il disait que le Camoëns était le seul rival en Europe qu'il craignît. Cette crainte, si elle était sincère, était très-mal fondée; le Tasse était autant au-dessus de Camoëns que le Portugais était supérieur à ses compatriotes. Le Tasse eut eu plus de raison d'avouer qu'il était jaloux de l'Arioste, par qui sa réputation fut si longtemps balancée , et qui lui est encore préféré par bien des Italiens. Il y aura môme quelques lecteurs qui s'étonneront que l'on ne place point ici l'Arioste parmi les poëtes épiques. Il est vrai que l'Arioste a plus de fertilité, plus de variété, plus d'imagination que tous les autres ensemble; et si on lit Homère par une espèce de devoir^ on lit et on relit l'Arioste pour son plaisir. Mais il ne faut pas confondre les espèces. Je ne parlerais point des comédies de