‹ La Henriade, le poëme de Fontenoy; avec les divers morceaux composésChapitre 97 sur 113 · CHAPITRE VII. — LE TASSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — LE TASSE

'Avare et du Joueur en traitant de la tragédie. LOrlando urioso est d'un autre genre que l'Iliade et l'Enéide. On )eut môme dire que ce genre, quoique plus agréable au ommun des lecteurs, est cependant très-inférieur au véritable )Oëme épique. Il en est des écrits comme des hommes. Les aractères sérieux sont les plus estimés, et celui qui domine ,on imagination est supérieur à celui qui s'y abandonne. 11 sst plus aisé de peindre des ogres et des géants que des héros, it d'outrer la nature que de la suivre.

Le Tasse naquit à Sorrento en 1544, le 11 mars, de Berlardo Tasso et de Porzia de Ilossi. La maison dont il sortait itait une des plus illustres d'Italie, et avait été longtemps une les plus puissantes. Sa grand'mère était une Cornaro : on tait assez qu'une noble Vénitienne a d'ordinaire la vanité de le point épouser un homme d'une qualité médiocre; mais toute ;ette gi-andeur passée ne servit peut-être qu'à le rendre plus nalheureux. Son père, né dans le déclin de sa maison, s'était ittaché au prince de Salerne, qui fut dépouillé de sa princi- )auté par Charles-Quint. De pins, Bernardo était poëte luinême; avec ce talent, et le malheur qu'il eut d'être domesique d'un petit prince, il n'est pas étonnant qu'il ait été )auvre et malheureux.

Torquato fut d'abord élevé à Naples. Son génie poétique, la teule richesse qu'il avait reçue de sou père, se manifesta dés ion enfance. 11 faisait des vers à l'âge de sept ans. Bernardo, )anni de Naples avec les partisans du prince de Salerne, et qui ;onnaissait par une dure expérience le danger de la poésie et i'être attaché aux grands, voulut éloigner son fils de ces deux ;ortes d'esclavage. Il l'envoya étudier le droit à Padoue. Le eune Tasse y réussit, parce qu'il avait un génie qui s'étendait i tout : il reçut même ses degrés en philosophie et en théologie. C'était alors un grand honneur, car on regardait comme / ViA/*-. avant un homme qui savait par cœur la Logique d'Aristote, jt ce bel art de disputer pour et contre, en termes inintelligibles, sur des matières qu'on ne comprend point. Mais le eune homme, entraîné par l'impulsion irrésistible du génie, lu milieu de toutes ces études qui n'étaient point de son goût, composa, à l'âge de dix-sept ans, son poëme de Renaud qui

fat comme le précurseur de sa Jérusalem. La réputation que ce premier ouvrage lui attira le détermina dans son penchant pour la poésie. Il fut reçu dans l'Académie des Eterei de Padoue sous le nom de Pentito (du Repentant), pour marquer qu'il se repentait du temps qu'il croyait avoir perdu dans l'étude du droit et dans les autres où son inclination ne l'avait pas appelé. |

11 commença la Jérusalem à l'âge de vingt-deux ans. Enfin, pour accomplir la destinée que son père avait voulu lui faire éviter, il alla se mettre sous la protection du duc de Ferrare, et crut qu'être logé et nourri chez un prinre pour lequel il faisait des vers était un établissement assuré. A l'âge de vingtsept ans il alla en France, à la suite du cardinal d'Est. « Il fut reçu du roi Charles IX, disent les historiens italiens, avec des distinctions dues à son mérite, et revint à Ferrare comblé d'honneurs et de biens. » Mais ces biens et ces honneurs tant vantés se réduisaient à quelques louanges ; c'est la fortune des poètes. On prétend qu'il fut amoureux, h la cour de Ferrare, de la sœur du duc, et que cette passion, jointe aux mauvais traitements qu'il reçut dans cette cour, fut la source de cette humeur mélancolique qui le consuma v-iiat années, et qui fit passer pour fou un homme aui avait mis tant de raison dans ses ouvrages. \Sv-?ij

Quelques chants de son poëme avaient déjà paru sous le nom de Godefroi; il le donna tout entier au public à l'âge de trente ans, sous le titre plus judicieux de la Jérusalem délivrée. Il pouvait dire alors comme un grand homme de l'antiquité : J'ai vécu assez pour le bonheur et pour la gloire. Le reste de sa vie ne fut plus qu'une chaîne de calamités et d'humiliations. Enveloppé dès l'âge de huit ans dans le bannissement de son père, sans patrie, sans bien, sans famille, pei'sécuté par les ennemis que lui suscitaient ses talents, plaint, mais négligé par ceux qu'il appelait ses amis, il souffrit l'exil, la prison, la plus extrême pauvreté, la faim même ; et, ce qui devait ajouter un poids insupportable à tant de malheurs, la calomnie l'attaqua et l'opprima. Il s'enfuit de Ferrare, où le protecteur qu'il avait tant célébré le fit mettre en prison. Il alla à pied, couvert de haillons.

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