‹ La Henriade, poemeChapitre 6 sur 19 · EST FONDEE LA HENRIADE · texte numérisé non relu

EST FONDEE LA HENRIADE

cardinal, plus violent et plus ambitieux encore que le due de Guise.

Ce qui etait arrive au parti protestant apres la Saiiit-Barthelemi arriva aloi-s a la Ligue : la niort des chefs ranima le paiti. Les ligueurs levereut le masque; Paris ferma ses portes: on ne songea qu'a la vengeance. On regarda Henri III comme 1'assassin des defenseurs de la religion, et non comme un roi qui avait puni ses sujets coupables. II fallut que Henri III, presse de tous cotes, se reconciliat enfin avec le Navarrois. Ces deux princes vinrent camper devant Paris ; et c'est la que commence la Henriade.

Le due de Guise laissait encore un frere ; c'etait le due de Mayenne, homme intrepide, mais plus habile qu'agissant, qui se vit tout d'un coup a la tete d'une faction instruite de ses forces, et animee par la vengeance et par le fanatisme.

Prcsque toute 1'Europe entra dans cette guerre. La celebre Elisabeth, reine d'Angleterre, qui etait pleine d'estime pour le roi de Navarre, et qui eut toujours une extreme passion de le voir, le secourut plusieurs fois d'hommes, d'argent, de vaisseaux ; et ce fut Duplessis-Mornai qui alia toujours en Angleterre solliciter ces secours. D'un autre cote, la branche d'Autriche qui regnait en Espagne favorisait la Ligue, dans 1'esperance d'arracher quelqurs depouilles d'un royauinc dechire par la guerre civile. Les papcs cornbattaient le roi de Navarre, non seulemeut par des excommunications, mais par

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tous les artifices de la politique, et par les petite secours d'hommes et d'argent que la cour de Rome pent fournir.

Cependant Henri III allait se rcndre maitre de Paris, lorsqu'il fut assassine a Saint-Cloud par un moine dominicain, qui commit ce parricide dans la seule idee qu'il obeissait a DIEU, et qu'il courait au martyre ; et ce meurtre ne fut pas seulement le crime de ce moine fanatique, ce fut le crime de tout le parti. L'opinion publique, la creauce de tous les ligueurs etait qu'il fallait tuer son roi, s'il etait mal avec la cour de Rome : les predicateurs le criaient dans leurs mauvais sermons ; on 1'imprimait dans tous ces livres pitoyables qui inondaient la France, et qu'on trouve iSi peine aujourd'hui dans quelques bibliotheques, comme des monuments curieux d'un siecle egalement barbare et pour les lettres et pour les mo3urs.

Apres la mort de Henri III, le roi de Navarre (Henri le grand), reconnu roi de France par 1'armee, cut & soutenir toutes les forces de la Ligue, celles de Rome, de 1'Espagne, et son royaume £ conquerir. II bloqua, il assiegea Paris a plusieurs reprises. Parmi les plus grands hommes qui lui furent utiles dans cette guerre, et dont on a fait quelque usage dans ce poe'me, on compte les marechaux d'Aumont et de Biron, le due de Bouillon, etc. Duplessis-Mornai fut dans sa nlus intime confidence jusqu'au changement de religion de ce prince ; il le servait de sa personne dans les

armies, de sa plume centre les excommunications des papes, et de son grand art de negocier, en lui cherchant des secours chez tous les princes protestants.

Le principal chef de la Ligue etait le due de Mayenne: celai qui avail le plus de reputation apres lui etait le chevalier d'Aumale, jeune prince connu par cette fierte et ce courage brillant qui distinguaient particulierement la maison de Guise. Us obtinrent plupieurs secours de 1'Espagne ; mais il n'est question ici que du fameux comte d'Egmont, fils de 1'amiral, qui amena treize ou quatorze cents lances au due de Mayenne. On donna beaucoup de combats, dont le plus fameux, le plus decisif, et le plus glorieux pour Henri IV, fut la bataille d'lvry, ou le due de Mayenne fat vaincu, et le comte d'Egmont fut tue.

Pendant le cours de cette guerre le roi etait devenu amoureux de la belle Gabrielle d'Estrees ; mais son courage ne s'amollit point aupres d'elle, temoin la lettre qu'on voit encore dans la bibliotlieque du roi, dans laquelle il dit & sa maitresse : " Si je suis vaincu, vous me connaissez assez pour croire que je ne fuirai pas; mais ma derniere pensee sera & DIEC, et 1'avant-deniiere ;\ vous."

Au reste on omet plusieurs faits considerables, qui, n'ayant point de place dans le poe'me, n'en doivent point avoir ici. On ne parle ni de 1'expedition du due de Parme en France, qui ne servit qu'i retarder la chute de la Ligue, ni de ce cardinal

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de Bourbon, qui fut quelque temps un fantome de roi sous le nom de Charles X. II suffit de dire qu'apres tant de malheurs et de desolation, Henri IV se fit catholique, et que les Parisiens, qui haiissaient sa religion et reveraient sa persoime, le reconuurent alors pour leur roi.

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