‹ La Henriade, poemeChapitre 7 sur 19 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

ARGUMENT

Henri III., rfuni avec Henri de Bourbon, roi de Navarre, centre la ligue, ayant deji commenc6 le blocus de Paris, envoie secretement Henri de Bourbon demander du secours a Elisabeth, reine d'Angleterre. Le heros essuie une tempete. II relitho dans one isle, oil un vieillard catholique lui predit son changement da religion, et son avenement au tr&ne. Description de I'Angleterre et de son gouvcrnement.

•I E chante ce heros qui regna sur la France Et par droit de conquute, et par droit de naissance ; Qui par de longs malheurs apprit a gouverner, Calma les factions, sut vaincre, et pardonner, Confondit et Llayenne, et la ligue, et 1'Ibere, Et fut de ses sujets le vainqueur et le pere.

Descends du haut des cteux, auguste verite ; Repands sur mes ccrits ta force et ta clart6 ; Que 1'oreille des rois s'accoutume i t'entendre. C'est a toi d'annoncer ce qu'ils doivent apprendre : C'est k toi de montrer, aux yeux des nations, Les coupablcs eiFets de leurs divisions.

Dis comment la discorde a troub!6 nos provinces; Dis les malheurs du peuple, et les fautes des princes Viens, parlc ; et s'il est vrai que la fable autrefois Sut a tes fiers accents meler sa douce voix ; Si sa main delicate orna ta tete altiere ; Si son ombre embellit les traits de ta lumiere, Avec moi sur tes pas permets lui de marcher, Pour orner tes attraits, et non pour les cacher.

Valois regnait encore ; et ses mains incertaines De 1'etat ebranle laissaient flotter les renes : Les lois etaient sans force, et les droits confondus ; Ou plutot en eiFet Valois ne regnait plus. Ce n'etait plus ce prince environn6 de gloire, Aux combats, des 1'enfance, instruit par la victoire, Dont 1'Europe, en tremblant, regardait les progr6s, Et qui de sa patrie emporta les regrets, Quand du nord etonne de ses vertus supremes Les peuples a ses pieds mettaient les diademes. Tel brille au second rang qui s'eclipse au premier; II devint Liche roi, d'intrepide guerrier : Endormi sur le trone au sein de la mollesse, Le poids de sa couronne accablait sa faiblesse. Quclus et Saint-Megrin, Joyeuse et d'Epernon, Jeunes voluptueux qui regnaient sous son nom, D'un maitre effemine corrupteurs politiques, Plongeaient dans les plaisirs ses langueurs lethargiques

Des Guises cependant le rapide bonheur Sur son abaissement elevait leur grandeur; Us formaient dans Paris cette ligue fatale, De sa faible puissance orgueilleuse rivale. Les peuples dechaines, vils esclaves des grands, Persecutaient leur prince, et ser^aient des tyrans.

Ses amis corrompus bientot 1'abandonnerent ;

Du louvre epouvante ses peuples le chasserent :

Dans Paris revolte 1'etranger accourut;

Tout perissait enfin, lorsque Bourbon parut.

Le vertueux Bourbon, plein d'une ardeur guerriere,

A son prince aveugle vint rendre la lumiere :

II ranima sa force, il conduisit ses pas

De la honte a la gloire, et des jeux aux combats.

Aux remparts de Paris les deux rois s'avancerent :

Rome s'en alanna ; les Espagnols tremblerent :

L'Europe, interessee a ces fameux revers,

Sur ces murs malheureux avait les yeux ouverts.

On voyait dans Paris la discorde inhumaine Excitant aux combats et la ligue et Mayenne, Et le peuple et 1'eglise, et, du haut de ses tours, Des soldats de 1'Espagne appelant les secours. Ce monstre impatueux, sanguinaire, inflexible, De ses propres sujets est I'ennemi terrible : Aux malheurs des mortels il borne ses desseins : Le sang de son parti rougit souveut ses mains : II habite en tyran dans les creurs qu'il declare ; Et lui-meme il punit les forfaits qu'il inspire.

Du cote du couchant, prcs de ces bords fleuris Oti la Seine serpente en fiiyant de Paris, Lieux aujourd'hui charmants. retraite aimable et pure, Ou triomphent les arts, ou se plait la nature, Th6.ttre alors sanglant des plus mortels combats, Le malheureux Valois rassemblait ses soldats. On y voit ces heros, fiers soutiens de la France, Divises par leur secte, unis par la vengeance ; C'est aux mains de Bourbon que leur sort est comnrjs, En gagnant tous les coeurs, il les a tr>us unis.

On eul dit que 1'armee, a son pouvoir soumise, Ne connaissait qu'un chef, et n'avait qu'une eglise.

Le pere des Bourbons, du sein des immortels, Louis, fi.xait sur Jui ses regards paternels : II presageait en lui la splendeur de sa race ; II plaignait ses erreurs ; il aimait son audace ; De sa couronne un jour il devait 1'honorer ; II voulait plus encore, il voulait Tcclairer. Mais Henri s'avanijait vers sa grandeur supreme Par des chemins secrets, inconnus a lui-meme : Louis, du haut des cieux, lui pretait son appui ; Mais il cachait le bras qu'il ctendait pour lui, De peur que ce hcros, trop sAr de sa victoire, Avec moins de danger, n'eut acquis moins de gloire.

Dcja. les deux partis, au pied de ces remparts, Avaient plus d'une fois balance les hasards ; Dans nos champs desoles le demon du carnage Dejti jusqu'aux deux mers avait porte sa rage, Quand Valois a Bourbon tint ce triste discours, Dont souvent ses soupirs interrompaient le cours :

Vous voyez a. quel point le destin m'humilie ; Mon injure est la votre ; et la ligue ennemie, Levant contre son prince un front seditieux, Nous confond dans sa rage,et nous poursuit tous deux Paris nous meconnait ; Paris ne veut pour maitre, Ni moi qui suis son roi, ni vous qui devez 1'etre. Us savent que les lois, le merite et le sang, Tout, aprcs mon trepas, vous appelle a ce rang ; Et, redoutant deja votre grandeur future, Du trone ou je chancelle ils penserit vous exclure. De la religion, terrible en son courroux, Le fatal anatheme est lance contre vous.

Rome, qui sans soldals porte en tous lieux la guerre, Aux mains des Espagnols a remis son tonnerre : Sujets, amis, parents, tout atrahi sa foi; Tout me fuit, m'abandonne, ou s'arme centre moi; Et 1'Espagnol avide, enrichi de mes pertes, Vient en foule inonder mes campagnes desertes.

Contre tant d'ennemis ardents a m'outrager, Dans la France a mon tour appelons 1'etranger : Des Anglais en secret gagiiez 1'illustre reine. Je sais qu'entre eux et nous une immortelle haine Nous permet rarement de marcher reunis, Que Londre est de tout temps 1'emule de Paris : Mais, apres les affronts dont ma gloire est fletrie, Je n'ai plus de sujets, je n'ai plus de patrie. Je hais, je veux punir des peuples odieux : Et quiconque me venge est Fran^ais a mes yeux. Je n'occuperai point dans un tel ministere De mes secrets agents la lenteur ordinaire ; Je n'implore que vous : c'est vous de qui la voix Peut seule a mon malheur interesser les rois. Allez en Albion ; que votre renomm6e Y parle en ma defense, et m'y donne une arm6e. Je veux par votre bras vaincre mes ennemis ; Mais c'est de vos vertus que j'attends des amis.

II dit ; et le heros, qui, jaloux de sa gloire, Craignait de partager 1'honneur de la victoire, Sentit, en 1'ecoutant, une juste douleur. II regrettait ces temps si chers ei son grand coeur, Ou, fort de sa vertu, sans seconrs, sans intrigue, Lui seul avec Conde faisait trembler la ligue. Mais il fallut d'un rnaitre accomplir les dcsseins : II suspendit les coups qui partaient de ses mains ;

Et, laissant ses lauriers cueillis sur ce rivage,

A partir de ces lieux il for^a son courage.

Les soldats etonnes ignorent son dessein ;

Et tous de son retour attendant leur destin.

II marche. Cependant la ville criminelle

Le croit toujours present, pret a fondre sur elle ;

Et son nom, qui du trone est le plus feme appui,

Semait encore la crainte, et combattait po-ir lui.

Deja des Neustriens il francliit la campaome : De tous ses favoris, Mornay seul 1'accompagne, Mornay, son confident, mais jamais son flatteur ; Trop vertueux soutien du parti de 1'erreur ; Qui, signalant toujours son zele et sa prudence, Servit egalement son eglise et Ja France ; Censeur des courtisans, raais a la cour aime ; Fier ennemi de Rome, et de Rome estime.

A travers deux rochers oft la mer mugissante Vient briser en courroux son onde blanchissante, Dieppe aux yeux du heros offre son heureux port. Les matelots ardents s'empressent sur le bord : Les vaisseaux, sous leurs mains fiers souverains dea

ondes,

Etaient prets a voler sur les plaines profondeaj L'impetueux boree, enchaine dans les airs, Au souffle du zephyr abandonnait les mers : On leve 1'ancre, on part, on fuit loin de la terre. On decouvrait deja les bords de 1'Angleterre : L'astre brillant du jour a. 1'instant s'obscurcit ; L'air siffle, le ciel gronde, et 1'onde au loin mugit , Les vents sont dichaines sur les vagues emues : La foudre etincelante eclate dans les nues ; Et le feu des eclairs, et 1'abime des flots, Montraient par-tout la mort aux pales matelots.

Le hcros, qu'assi6geait une mer en furie,

Ne songe en ces dangers qu'aux rnaux de sa patrie ;

Tourne ses yeux vers elle, et, dans ses grands des-

seins,

Semble accuser les vents d'arreter ses destins. Tel, et moins g6nereux, aux rivages d'Epire, Lorsque de 1'univers il disputait 1'empire, Confiant sur les flots aux aquilons rautins Le destin de la terre et celui des Remains, Defiant a la fois et Pompee et Neptune, Cesar a la tempete opposait sa fortune.

Dans ce raeme moment le Dieu de 1'univers, Qui vole sur les vents, qui souleve les mers, Ce Dieu dont la sagesse ineffable el profonde Forme, eleve, et detruit les empires du monde, De son trone enflamme qui luit au haut des cieux, Sur le hcros franijais daigna baisser les yeux. II le guidait lui-meme. II ordonne aux orages De porter le vaisseau vers ces prochains rivages Oh Jersey semble aux yeux sortir du sein des flots: La, conduit par le ciel, aborda le heros.

Non loin de ce rivage, un bois sombre et tranquille Sous des ombrages frais presents un doux asyle • Un rocher, qui le cache a la fureur des flots, Defend aux aquilons d'en troubler le repos : Une grotte est aupres, dont la simple structure Doit tous ses ornements aux mains de la nature. Un vieillard v6nerable avait, loin de la cour, Cherca6 la douce paix dans cet obscur scjour. Aux humains inconnu, libre d'inquietude, C'est li que de lui-meme il faisait son etude ; C'est la qu'il regrettait ses inutiles jours, Plongts dans les plaisirs perdus dans les amours

Sur 1'email dc ces pres, au bord de ces Fontaines, II foulait a ses pieds les passions humaines : Tranquille, il attendait qu'au gre de ses souhaits La mort vint a son Dieu le rejoindre a jamais. Ce Dieu, qu'il adorait, prit soin de sa vieillesse : II fit dans son desert descendre la sagesse. Et, prodigue envers lui de ses tresors divins, II ouvrit a ses yeux le livre des destins.

Ce vieillard au heros, que Dieu lui fit connaitre, Au bord d'une onde pure, offre un festin champetre. Le prince k ces repas etait accoutum6 : Souvent sous 1'humble toit du laboureur charm6, Fuyanl le bruit des cours, et se cherchant lui-meme, II avait depose 1'orgueil du diademe.

Le trouble repandu dans 1'empire chretien Fut pour eux le sujet d'un utile entretien. Mornay, qui dans sa secte etoit inebranlable, Pretait au calvinisme un appui redoutable ; Henri doutait encore, et demandait aux cieux Qu'un rayon de clarte vint dessiller ses yeux. De tout temps, disait-il, la verite sacree Chez les faibles humains fut d'erreurs entouree . Faut-il que, de Dieu seul attendant mon appui, J'ignore les sentiers qui menent jusqu'a lui ! Helas ! un Dieu si bon, qui de 1'homme est le maitre, En eat ete servi, s'il avait voulu I'etre.

De Dieu, dit le vieillard, adorons les desseins, Et ne 1'accusons pas des fautes des humains. J'ai vu naitre autrefois le calvinisme en France ; Faible, marchant dans 1'ombre, humble dans sa nais-

sance,

Je 1'ai vu, sans support, exile dans nos murs, S'avancer a pas lents par cent detours obscurs :

Enfin mes yeux ont vu, du sein de la poussiere, Ce fantoine effrayant lever sa tete altiere, Se placer sur le trone, insulter aux mortels, Et d'un pied dedaigneux renverser nos autels.

Loin de la cour alors, en cette grotte obscure, De ma religion je vins pleurer 1'injure. Lii, quelque espoir au moins flatte mes derniers jours : Un culte si nouveau ne peut durer toujours. DCS caprices de 1'homrne il a tiro son etre ; On le verra perir, ainsi qu'on la vu naitre : Les OBUvres des humains sont fragiles comme eux. Dieu dissipe &. son grc leurs desseins factieux : Lui seul est toujours stable ; et, tandis que la terre Voit de sectes sans nombre une implacable guerre, La vcrite repose aux pieds de 1'eternel. Rarement elle eclaire un orgueilleux mortel. Qui la cherche du co3ur, un jour peut la connaitre. Vous serez eclaire, puisque vous voulez 1'etre. Ce Dieu vous a choisi : sa main, dans les combats, Au trone des Valois va conduire vos pas. DJ-ji sa voix terrible ordonne a la victoire De preparer pour vous les chemins de la gloire. Mais si la verite n'eclaire voa esprits, N'esperez point entrer dans les murs de Paris. Sur-tout des plus grands creurs evitez la faiblesse ; Fuyez d'un doux poison 1'amorce enchanteresse , Craignez vos passions ; et sachez quelque jour Resister aux plaisirs, et cotnbattre 1'amour. Enfin quand vous aurez, par un effort supreme, Triomphe des ligueurs, et sur-tout de vous-meme ; Lorsqu'en un siege horrible, et c61cbre a jamais, Tout un peuple 6tonn6 vivra de vos bienfaits,

26 LA IIENRIADE.

Ces temps de vos ctats finiront les miseres ; Vous leverez les yeux vers le Dieu de vos peres ; Vous verrez qu'un coeur droit peut esperer en lui. Alloz : qui lui ressemble est sur de son appui.

Chaque mot qu'il disait otait un trait de flamme Qui p6n;':trait Henri jusqu'au fond de son ame. II se crut transports dans ces temps bienheureux Ou le Dieu des humains conversait avec eux; Ou la simple vertu, prodiguant les miracles, Commandait a des rois, et rendait des oracles. II quitte avec regret ce vieillard vertueux : Des pleurs, en 1'embrassant, coulerent de ses yeux : Et, des ce moment meme, il entrevit 1'aurore De ce jour qui pour lui ne brillait pas encore. Mornay paiut surpris, et ne fut point touchfe : Dieu, maitre de ses dons, de lui s'etait cache. Vainement sur la terre il eut le nom de sage ; Au milieu des vertus 1'erreur fut son partage. Tandis que le vieillard, instruit par le Seigneur, Entretenait le prince, et parlait a son coeur, Les vents impetueux a sa voix s'appaiserent ; Le soleil reparut ; les ondes se calmerent. Bientot jusqu'au rivage il conduisit Bourbon: Le heros part, et vole aux plaines d'Albion.

En voyant 1'Angleterre, en secret il admire Le changement heureux de ce puissant empire, Oh I'cternel abus de tant de sages lois Fit long-temps le malheur et du peuple et des rois. Sur ce sanglant theatre cm cent heros perirent, Sur ce trone glissant dont cent rois descendirent, Une femme, a sos pieds enchainant les destins, De 1'eclat de son r.''gne etonnait les humains.

C'etait Elisabeth ; elle dont la prudence

De 1'Europe u son choix fit pencher la balance,

Et fit aimer son joug a 1'Anglais indomte,

Qui ne peut ni servir, ni vivre en liberte.

Ses peuples sous son rcgne ont oublie leurs pertes ;

De leurs troupeaux feconds leurs plaines sont couvertes,

Les guerets de leurs bles, les mers de leurs vaisseaux :

Us sont craints sur la terre, ils sont rois sur les eaux ;

Leur flotte hnperieuse, asservissant Neptune

Des bouts de 1'univers appelle la fortune :

Londre, jadis barbare, est le centre des arts,

Le magasin du monde, et le temple de Mars.

Aux murs de Westminster on voit paraitre ensemble

Trois pouvoirs 6tonnes du nosud qui les rassemble,

Les deputes du peuple, et les grands, et le roi,

Divisos d'intcrut, reunis par la loi ;

Tous trois, membres sacres de ce corps invincible,

Dangereux ;\ lui-meme, a ses voisins terrible.

Heureux, lorsque le peuple, instruit dans son devoir,

Respecte, autantqu'il doit, le souverain pouvoir !

Plus heureux, lorsqu'un roi, doux. juste et politique,

Respecte, autant qu'il doit, la liberte publique !

Ah ! s'ecria Bourbon, quand pourront les Francjais

Rt'-unir, comme vous, la gloire avec la paix ?

Quel exemple pour vous, monarques de la terre '

Une femme a ferm6 les portes de la guerre ;

Et, renvoyant chez vous la discorde et 1'horreur,

D'un peuple qui 1'adore elle a fait le bonheur.

Cependant il arrive ;\ cette ville immense, O.'i la liberte seule entretient 1'abondance. Uu vainqueur des Anglais il aper^oit la tour. Plus loin, d'Elisabeth est 1'auguste sejour.

Suivi de Mornay seul, il va trouver la reine,

Sans appareil, sans Hruit, sans cette pompe vaine

Dont les grands, quels qu'ils soient, en secret sont epris

Mais que le vrai heros regarde avec m6pris.

II parle ; sa franchise est sa seule eloquence :

II expose en secret les besoins de la France j

Et. jusqu'a la pricre humiliant son coeur,

Dans ses soumissions decouvre sa grandeur.

Quoi ! vous servez Valois ! dit la reine surprise :

C'est lui qui vous envoie au bord de la Tamise !

Quoi ! de ses ennemis devenu protecteur,

Henri vient me prier pour son persecuteur !

Des rives du coucliant aux portes de 1'aurore,

De vos longs difterents 1'univers parle encore ;

Et je vous vois armer en faveur de Valois

Ce bras, ce meme bras qu'il a craint tant de fois !

Ses malheurs, lui dit-il, ont etouffe nos haines ;

Valois etait esclave ; il brise enfin ses chaines.

Plus heureux, si, toujours assure de ma foi,

II n'efit cherche d'appui que son courage et moi '

Mais il employa trop 1'artifice et la feinte;

II fut mon ennemi par f'aiblesse et par crainte.

J'oublie enfin sa faute, en voyant son danger;

Je 1'ai vaincu, madame ; et je vais le venger.

Vous pouvez, grande reine, en cette juste guerre,

Signaler a jamais le nom de 1'Angleterre,

Couronner vos vertus, en defendant nos droits,

Et venger avec moi la querelle des rois.

Elisabeth alors, avec impatience, Demande le recit des troubles de la France, Veut savoir quels ressorts et quel enchainement Ont produit dans Paris un si grand changement.

Deja, dit elle au roi, la prompte renommee De ces revers sanglants m'a souvent inform6e ; Mais sa bouche, indiscrete en sa Icgerete, Prodigue le mensonge avec la verite.

J'ai rejete toujours ses recits peu fideles Vous done, temoin fameux de ces longues querelles, Vous, toujours de Vaiois le vainqueur ou 1'appui, Expliquez-nous le nceud qui vous joint avec lui. Daignez developper ce changement extreme : Vous seul pouvez parler dignement de vous-meme. Peignez-moi vos malheurs, et vos heureux exploits Songez que votre vie est la Ie9on des rois.

Helas ! reprit Bourbon, faut-il que ma memoire Rappelle de ces temps la malheureuse histoire ! PlOt au ciel irrit6, temoin de mes douleurs, Qu'un eternel oubli nous cacMt tant d'horreurs ! Pourquoi demandez-vous que ma bouche raconte Des princes de mon sang les fureurs et la honte ? Mon coeur fr6mit encore a ce seul souvenir : Mais vous me 1'ordonnez, je vais vous obeir. Un autre, en vous parlant, pourrait avec adresse D6guiser leurs forfaits, excuser leur faiblesse : Mais ce vain artifice est peu fait pour mon co3ur ; Et je parle en soldat plus, qu'en ambassadeur. 3»

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