‹ La héronnière d'Écury et le héron grisChapitre 14 sur 26 · SENS ET INSTINCTS DU HÉRON · texte numérisé non relu

SENS ET INSTINCTS DU HÉRON

La grande et puissante machine du héron que nous venons de décrire devait être dirigée et servie par des sens et des instincts d'une certaine supériorité.

Les pattes et le bec étant couverts de matières cornées et le corps enveloppé de plumes, le sens du toucher ne pouvait être très-développé, cependant quand cet oiseau est désailé et accroupi et que sans bruit et par derrière on l’effleure, il se retourne et se dresse très-vivement.

liai ’ouïe d’une grande finesse et il se laisse rarement surprendre quand on s’en approche ou en se cachant, ou de grand matin ou le soir.

Grâce à sa vue d’une incomparable pénétration, il est inaccessible dans les plaines; du haut des airs, il aperçoit à terre ou sur les rives des eaux les animaux qu’il a mission de détruire, il découvre et embroche le crapaud caché dans les herbes.

Ses instincts sont plus remarquables encore, on ne peut en douter, quand on pense à la construction de son nid, à toutes les préoccupations que lui donnent l’incubation et l’élevage des petits, à ses migrations périodiques si régulières, aux connaissances et aux explorations géographiques que ces opérations nécessitent en toute saison.

Il a aussi des qualités morales qui ne sont pas à dédaigner même chez les hommes.

Il est d’une patience à toute épreuve, restant des heures et même une journée au même lieu, quelquefois sur un même pied; sous ce rapport, il est au moins le modèle des pêcheurs à la ligne et des affûteurs.

Il est frugal, au point d’être le plus souvent maigre.

En dehors de la chasse, qu’il est appelé à faire comme gardien-né de certains intérêts de l’homme, il ne se sert de ses armes dangereuses que pour se défendre, et quand il n’a pu fuir. Il n’en fait pas usage pour essayer de voler à ses voisins la proie qu’ils viennent de s’approprier.

Enfin, la constance avec laquelle les hérons viennent, depuis des siècles, nicher dans le bois d’Ecury, prouve qu’ils ont à un haut degré, nonseulement, comme la plupart des oiseaux, l’amour du lieu, de la stabilité et l’esprit de famille, mais encore l’esprit de société. Cela est d’autant plus remarquable que, pour pêcher, ils s’isolent.

A la héronnière de Haarlem, et pour le plaisir de la cour du roi de Hollande, on chasse parfois le héron avec le faucon. Quand cet oiseau de proie est sur le point d’étreindre à terre sa victime, des chevaliers accourent pour séparer les combattants. En souvenir et en l’honneur de cette délivrance, le libérateur fixe au pied du héron une inscription qui la rappelle. Eh bien ! il n’est pas rare de délivrer plusieurs fois le même oiseau. Cela prouve que ces dangereuses aventures ne l’ont pas décidé à émigrer.

LA HÉRONNIÈRE d’ÉGURY-LE- GRAND

Aussi, je me demande pourquoi quelques auteurs, et entre autres La Fontaine, ont vu dans le héron un paria des 8,000 espèces d’oiseaux (1) réparties sur tout le globe.

Le moyen âge et la fauconnerie s’en faisaient une idée beaucoup plus juste, et aux xiiF etxiv® siècles, le héron jouissait d’une grande renommée (2).

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