CHAPITRE
î. Le héron gris dans son rôle d’éliminateur.
D’après les auteurs, et moi-même je l’ai maintes lois constaté, cet oiseau détruit et mange les poissons, les petits reptiles (1), et couleuYres (2), les lézards (3), crapauds (4), grenouilles (5), salamandres, coquilles d’eau douce (6), mollusques de mer et crabes (7), annélides (8), vers et insectes qui grouillent dans les roseaux (9), les criquets (10), colimaçons (11), limaces (12), rats d’eau (13), mulots (14), campagnols (15), quelques petites plantes marécageuses telles que la lentille d’eau (16), et même la charogne (17).
(1) D’Orbigny, Bictiojinaire universel d'histoire naturelle^ 2® partie, t. Yi, p. 577. — Guérin le classe parmi les reptilivores, ibicl.^ t. VI, p. 275. — Dictionnaire pittoresque d'histoire naturelle.
(2) Toussenel, Le Monde des oiseaux., Ir® partie, p. 321.
(3) D’Orbigny, ibid.., p. 579.
(4) Toussenel, ibid.., p. 321.
f5) Buffon, ibid., p. 60.
(6) Guérin, t. iii, p. 603, ibid.
(7) Degland et Gerbe, Ornithologie européenne, t. ir, p. 288.
(8) Dictionnaire de la conversation, au mot Héron.
(9) D’Orbigny, ibid., p. 577. — Cela n’est pas étonnant, puisque l’ibis et la grue recberchent les vers. Gerbe.
(lOj Mes observations.
(11) Vicomte de Dax, Journal des chasseurs, année 1861.
(12) Dictionnaire de la conversation, au mot Héron. La Fontaine.
(13) D’Orbigny, ibid., p. 579.
(14) Toussenel, ibid., p. 321.
(15) D’Orbigny, ibid., p. 579.
(16) Buiron, ibid,, p. 59. — Suivant Saleste, le héron avale les lentilles (l’eau et antres petites plantes. — D’Orbigny, ibid., p. 579.
(17) D’Orbigny. ibid., p. 577. — M. Ray mentionne dans la faune de
Constitution du Héron gris.
Pour faire ressortir le rôle du héron gris dans la nature, il convient de rappeler que les productions végétales et animales ne donnent leur maximum de richesse, qu’à la condition d’être soumises à des éliminations aussi nombreuses que variées.
Les plus importantes de ces éliminations sont celles qui non-seulement se produisent sur tel ou tel végétal ou animal, telle ou telle partie d’une plante, quand survient la surabondance ou la décomposition, mais encore qui les transforment trèsvite et très-utilement et dont l’intensité varie de manière à rétablir dans toutes les circonstances l’équilibre des forces végétales et animales.
Pour exercer cette action, le vent, le froid, l’iiiimidité, le voisinage des plantes étaient insuffisants, il fallait des agents d’une grande supériorité d’organisme, doués d’intelligence et contenus par les stimulants du plaisir et de la peine dans la voie qui leur est assignée par le Créateur : en un mot l’intervention des animaux était indispensable.
l’Aube quatre espèces de lézards : le lézard vert, le lézard des souches, le lézard des murailles et le lézard vivipare ; quatre espèces de grenouilles : la grenouille verte, la grenouille rousse, la grenouille ponctuée et la rainette verte ; quatre espèces de crapauds : le crapaud accoucheur, le crapaud brun, le crapaud sonnant et le crapaud commun ; six espèces de salamandres : la salamandre terrestre, la salamandre crétée, la salamandre marbrée, la salamandre ponctuée, la salamandre k ceinture et la salamandre palmipède. P. 109 à 123.
LA HÉRONNIÈRE d’ÉCURY-LE-GRAND.
Aussi chacune de leurs nombreuses espèces a été pourvue d’instincts et d’organes parfaitement en rapport avec la spécialité de sa tâche ; prenons parmi les oiseaux le héron comme exemple.
Sans vouloir faire de cet oiseau une étude anatomique, nous nous proposons d’examiner, sous les titres suivants, les parties de son organisme qui mettent le plus en évidence son rôle d’éliminateur :
Le préhenseur, capable de détacher un végétal, prendre et tuer un animal et le transmettre à des appareils de transformation ; telle est chez l’oiseau la partie du corps composée du bec et du cou ;
2° Ces appareils de transformation qui comprennent surtout l’estomac, le foie, les reins, les poumons et le cœur ;
3° Un déjecteur que représentent le tube digestif et ses annexes ;
4° La température et les acides nécessaires à la transformation des matières éliminées;
5® Des appareils de locomotion ;
6° Et quelques autres parties complémentaires .
Or, si nous étudions d’une part les animaux dont le héron se nourrit, et d’autre part les organes et les instincts de cet oiseau, nous verrons qu’entre la matière éliminée et l’éliminateur il existe des rapports intimes, et que si la nourriture peut faire deviner l’organisme de l’éliminateur, cet organisme est de nature à révéler les secrets des éliminations.
Il est de principe, nous l’avons dit, que tous les végétaux et la plupart des animaux soient soumis a de nombreuses éliminations. Les plantes et les animaux aquatiques devaient moins que tous
autres échapper à cette règle. Or, si un poisson est attrapé par un brochet en pleine eau, ou à la surface par un balbuzard ; si, à découvert, les sauriens, les batraciens et les insectes aquatiques sont saisis à la course par un oiseau, ce genre de chasse cesse d’être efficace au milieu des retraites et des obstacles qui se rencontrent dans les roseaux. De plus, le sol couvert d’eau, d’herbes aquatiques et de joncs, est de contenance relativement peu importante par rapport aux surfaces occupées par les plaines et les forêts. Il eût donc été impossible à une machine à élimination de la puissance du héron de fonctionner et de se perpétuer, si elle n’eût pratiqué la chasse à l’embuscade au lieu de la chasse au vola laquelle se livrent les faucons et si elle ne se fût transportée facilement, selon les besoins, à de grandes distances.
Par ces considérations nous voyons déjà quel devait être et quel est le rôle et l’organisme du héron.
Avant d’aborder les détails et pour les rendre plus compréhensibles, reproduisons sous forme de tableaux les principaux des chiffres que nous avons trouvés en disséquant et en mesurant des hérons.
JO
LA HÉRÜNNIÈRE ü’ÉGURY-LE-GRAND
§ 1. — RÉSULTATS DE LA DISSECTION d’uN HÉRON. Kéron mâle. — Analyse du 14 Mars 1875.
PRÉHENSEUR.
Longueur du cou 0.4U |
— du bec 0.158(
Largeur du bec 0.028
L’œsophage contenait 500 centimètres cubes.
Poids des os de la tète 50.00 ,,
— des os du cou 37.00 ) ‘ |
— de la peau de Pœsophagel I
et du pharynx (29.00 29.00 j
— de l’enveloppe du larynxN *204
et de la langue ' 1
- delà chair de la tète..,. 12.00 1
— de la chair du cou 75.00 | )223.30]
— de la peau de la tête 4.50 ) , !
— de la peau du cou 17.00 \ \ ê*'
— des yeux !0.8o| /237 30
— de la cervelle 8.00/
Nombre gr.
moyen, d’ornement 60 de la huppe d 50 ^ 3 J «g) — — 76 du plastron 3 00 ; /14.00
op.fpetites 3,200 10.50 ]
Total... 3,336
Surface plane du préhenseur, 305 centimètres.