‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 19 sur 72 · ZWOI. LE ; LA S A S S E X P 0 O U T · texte numérisé non relu

ZWOI. LE ; LA S A S S E X P 0 O U T

Style de l'église, et une curiosité dont la signification n'est pas à la portée de tout le monde.

C'est un crucifix défendu par une formidable grille de fer encastrée dans la muraille. Pourquoi cet emprisonnement: Nul n'a pu me le dire. Ce Christ est-il enfermé là comme coupable de quelque méfait ? Est-ce au contraire pour le protéger contre les furies dévastatrices des

iconoclastes qu'on l'a placé derrière ce grillage? Je pencherais plutôt pour cette dernière hypothèse.

Notre visite aux églises terminée, un musée et quelques vieilles maisons sont à peu près tout ce qui nous reste ù contempler de Zwolle; hâtons-nous donc d'achever notre inspection.

Le musée est situé non loin de la Beflileciiikcrl:. Il contient un peu de tout : depuis des papillons jusqu'à des médailles, depuis des fragments de crustacés jusqu'à des divinités indiennes, ég3'ptiennes, assyriennes et chinoises. Peu de numéros toutefois présentent un intérêt local, et encore ce ne sont que d'assez minces échantillons de l'industrie et de l'art du pays. Il est bien fâcheux que Zwolle, qui a donné le jour au peintre Ter Borg, ne puisse pas même nous montrer un seul de ses tableaux.

Quant aux vieilles maisons réparties entre toute la ville, et principalement dans la Kampci'stmat et dans la Die-crsti-jat, elles appartiennent presque toutes à la fin du xvir siècle, et offrent ces formes amples, cette ornementation ampoulée et pesante, faite de palmes, de rinceaux et de lambrequins, qui distingue dans les Pays- Bas l'architecture du temps de Louis XIV.

Une maison plus ancienne, d'un meilleur goût et d'un meilleur style, se trouve dans la Sasseiisfracif. Sa date [ib-ji] est inscrite à son fronton et elle a tout le cachet de la Renaissance. Les bucrànes, les dauphins, les chimères, alternant avec des guirlandes fleuries, la décorent d'une façon à la fois gracieuse, élégante et distinguée.

Mais si Zwolle n'est point abondamment fournie en spécimens curieux des vieilles architectures, elle rachète, je l'ai déjà dit, cette pénurie par son animation, l'abondance de ses promenades et le charme de ses alentours.

De quelque côté qu'on porte ses pas en dehors de la \"ille, qu'on remonte le cours de la Vecht, ou qu'on cherche à se rapprocher de l'Yssel, la campagne en effet est admirable de fertilité. Partout les habitations respirent l'aisance. Le pavsan occupé aux soins de la

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terre prouve assez, par les habits propres et cossus dont il se couvre, par les bijoux dont il se pare, que le sol de l'Overysscl n'est point un ingrat, et qu'il rembourse au centuple les soins qu'on lui donne. — Les bestiaux, l'ieil demi-clos, perdus au milieu de gi'as pâturages, absorbes dans leur digestion silencieuse, disent assez quel paradis c'est pour eux que ces près toull'us, où s'enfoncent doucement leurs jarrets.

Puis, au milieu de ces paysages plantureux, apparaissent de rustiques chaumières, des demeures paysannes, mais coquettes, et des châteaux de gentilshommes campagnards, précédés de longues allées de grands arbres dont les perspectises majestueuses rappellent ces résidences classiques, auxquelles Le Notre et ses disciples surent donner jadis un si remarquable cachet de grandeur.

Un but de promenade chérie desZwoUenaars, c'est Katerwer. Le dimanche, la foule ne manque jamais de se porter de ce côté, et les longues lîles de promeneurs, les voitures chargées de bourgeois échappés à leurs affaires prennent le chemin de ce charmant lieu de repos. Une magnilîque allée bordée d'arbres centenaires y conduit, et les villas coquettes, qui s'étagent le long de la route, semblent s'être parées de feuillages et de Heurs pour faire meilleure ligure à la foule qui les visite.

A Katerwer, on rencontre des restaurants, des cafés, des socicicitcit, comme on dit dans le paj's; et, du petit monticule où sont posés ces établissements hospitaliers, on découvre TYssel qui roule SCS eaux argentées au milieu des verdoyantes prairies et des collines boisées, semblable à un reptile énorme déroulant ses anneaux sur un tapis de velours vert.

C'est aussi dans les environs de Zwolle et sur une colline qu'existait jadis le fameux couvent de Sainte-Agnès, où vécut le vertueux auteur de l Imitai ion de Jésiis-Chrisi. C'est dans ce couvent que ce saint homme, nommé Thomas Hamerken, mais plus connu sous le surnom de Thomas-a-Kcmpis, lit profession en 1403 et mourut en

147 1, ;\ l'àgc Ac quatre-vingt-onze ans, en odeur de sainteté. Longtemps on ignora qu'il fût l'auteur de ce modeste chef-d'œuvre, qui s'était répandu dans le monde chrétien avec une si étonnante universalité, et ce fut par accident, par le rapprochement de quelques manuscrits et à la similitude des écritures, qu'on reconnut, dans l'exemplaire priiiceps de l'ouvrage, la main du moine calligraphe et penseur.

N'est-il pas vraiment extraordinaire qu'il ait fallu un hasard pour faire une découverte pareille ? D'autant plus que ce livre, dès ses premiers jours, fut dans toutes les mains, car il répondait aux secrètes pensées et aux aspirations mélancoliques de ce sombre moyen âge, dont il est demeuré la plus parfaite expression.

Mais l'archéologie bibliographique nous entraîne loin de Zwolle et de rOveryssel, des riches campagnes qui lui font une ceinture et des promenades qui l'embellissent. Revenons-y bien vite, pour accomplir une des courses les plus charmantes qu'on puisse faire, celle qui, descendant le cours de l'Yssel, nous conduira, entre deux rives de prairies verdoyantes, jusqu'à la ville de Kampen.

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