D F. V E N T F, K ; LA B E n G P 0 O U T
SWOLLE
C'est par l'Yssel que nous allons de Deventer à Zwolle. Un bateau à vapeur fait le service entre ces deux villes et le trajet est charmant. L'Yssel est un beau fleuve, large, profond, borde de riches campagnes, de fertiles prairies et de puissants villages. N'était l'éternelle horizontalité des rives, qui engendre quelque monotonie, on pourrait déclarer qu'il est le plus agréable des cours d'eau.
Partout autour de soi, on voit les flèches des clochers jaillir des massifs de feuillages. C'est Terwolde, Nijbroek, Diepenvcen, qui semblent se cacher dans les bocages touffus; c'est encore Wijhe, Olst, Weesen, dont les habitations champêtres se mirent dans les eaux argentées du fleuve; c'est enfin Hattem, se donnant des airs de vieille ville, et dont le profil se dessine sur les tonalités gris perle d'un beau ciel du Nord.
Ce plantureux pays, qu'il nous faut ainsi traverser, fut, je l'ai dit, le berceau de notre race. Tous les vieux auteurs, du moins, s'ac-
f)8 La llnllatidc à vol d'otsCiiit.
cordent pour représenter les bords de TYssel comme la terre d'origine des Francs Saliens. Olden/aal ('S\7//a rc/iis\ la \ ieille ville salienne, qui fut leur capitale, dresse à l'est ses toits sombres et son massif clocher. La seigneurie de Salland, le village de Salicum, attestent encore par leur nom la présence de nos ancêtres en ces lieux, célébrés par les poètes et par les historiens, et consacrés par les louanges méritées du Florentin Guicciardini. « L'Isle de Crète, glorieuse pour avoir été le berceau de Jupiter, la ville de Thèbes, orgueilleuse de la naissance d'Hercules, doivent s'incliner devant toi, Overyssel, car c'est sur tes rives qu'on retrouve, à l'origine, les premiers parents de la célèbre nation des Francs. »
Mais il nous. faut bientôt, sans quitter le pays, du moins quitter le fleuve; nous tournons à droite et nous nous engageons entre deux rives de bosquets, dans une petite rivière coquette. A l'horizon, se dessine la masse imposante de Zwolle; nous voilà dans le Biiitcn Sùigel, le bateau s'arrête; on s'empare de nos bagages; nous sommes arrivés.
Je sais peu d'entourages de ville qui soient plus agréables que ce Biiiten Singd. C'est l'ancien fossé de la ville. Le rempart qui le bordait, en partie nivelé, est devenu une promenade ravissante, ombragée, parsemée de corbeilles fleuries. Des moulins aux longues ailes ont remplacé les vieilles tours. Une eau claire et limpide reflète la silhouette des saules, des peupliers et des ormes, et à la place des vieux murs des cottages élégants, des villas pimpantes et parées émergent d'une parure printanière de fusains, de lilas et de rhododendrons.
Au loin, dernier vestige des vieilles défenses qui jadis protégeaient la cité, on aperçoit cinq clochetons pointus, dominant la cime des grands arbres. C'est la Sasseupoort, toujours ferme et vaillante, au milieu des maisons qui l'entourent et qui ont remplacé les antiques murailles sur lesquelles la porte s'appu^'ait.
Cette curieuse porte, d'une forme élégante, se compose d'un très haut massif carré, accosté aux quatre angles de quatre tourelles octo-
ZirulU:
gones. La baie de la porte est ogi\'alc et surmontée d'une petite niciie qui abrita jadis saint .Michel, le patron de la cité. Soutenue par une arcade surbaissée, une galerie couverte surplombe l'entrée de ses mâchicoulis masques par une maçonnerie. Les tours, ainsi que le massif central, prennent leur jour par de grandes fenêtres grillées. Enfin, au milieu des quatre tourelles pointues, se dresse un campanile assez lourd, remontant au siècle dernier et muni d'une horloge, campanile qui procure aux habitants de Zwolle l'occasion de faire ■un calembour, et leur a valu, en outre, un étrange surnom.
Le calembour, on le saisit sans peine. C'est à la fois malice et plaisir pour un Zu'ollcuaar que de racontei" à un Français que « la Sassenpoort possède cinq tours et quatre s.vxs clodics ». Quant au surnom, beaucoup moins facile à comprendre, en voici l'histoire et la raison. Jadis la Sasscupooff possédait un carillon de quelque renommée. Ce carillon fut, au xvii" siècle, vendu par les autorités à la ville d'Amsterdam, qui en garnit sa tour de la monnaie. Mais quand il s'agit de paj'er, le magistrat d'Amsterdam, en ce temps ami des plaisanteries un peu fortes, acquitta sa dette avec la monnaie la plus menue qu'il pût trouver. Il envo^ya donc à Zwolle un bateau tout entier chargé de billion, sols, liards et deniers. Les espèces étant de bon aloi et de cours forcé, il était impossible de les refuser. ALiis la vérification en fut longue et difficile, et à force de compter et de recompter ces maudits sols et deniers, les Zirollciiaars eurent bientôt les doigts bleus; de là leur est venu le surnom qu'ils ont encore aujourd'hui de Ulaciuv- Vingers.
La Sassenpoort est un des rares monuments de Zwolle qui aient conservé quelque cachet archéologique. En 1G74, quand les troupes de Louis Xn', qui avaient pendant deu.x ans occupé militairement la ville, se virent obligées de battre en retraite, elles démantelèrent les remparts, et la plupart des portes furent alors ruinées. Quant aux autres édifices, ils ont été reconstruits. Le palais de justice est neuf, et l'hôtel de ville est presque récent. Seules, les deux églises et quelques
loo /->7 Jliillaudc à vol d'oiseau.
vieilles maisons offrent un sérieux intérêt; et il ne faut point s'étonner de cette pénurie de monuments anciens. L'histoire, hélas! est là pour l'expliquer.
On ne se douterait guère, à voir cette ville gaie et avenante, avec ses rues passantes, -animées, ses maisons propres, ses places bien aérées, ses magasins bien pourvus, ses établissements publics nombreux et richement installés, que, maintes fois, ZwoUe a failli disparaître, détruite par les flammes ou emportée par les inondations.
Pour ne citer qu'un de ces sinistres : en i324, dans la nuit de la Sainte-Marguerite, plus de cinq cents maisons brûlèrent en quelques heures. Une des églises, l'église de Bethléem, prit feu au milieu de ce brasier, et les gerbes de flammes, qui s'élevaient vers le ciel, aperçues à d'énormes distances, plongèrent tous les pays environnants dans la stupeur et la consternation.
Dix fois, depuis ce jour, des incendies effrayants ont ravagé la ville, et l'un d'eux détruisit le clocher de la grande église Saint-Michel.
Cette belle et vaste église, qui a continué d'exister, est située sur une jolie place très ombragée. Sa reconstruction remonte au xv siècle. Comme la plupart des monuments religieux élevés à cette époque dans les Pays-Bas, elle n'affecte point la forme d'une croix. Elle est à trois nefs d'égale hauteur et n'a ni transept, ni chœur proprement dit. Au coté septentrional, elle possède un portail remarquable et, tout auprès de ce portail, on a plaqué contre elle, en 1614, une sorte de sacristie, qui, depuis, est devenue corps de garde, et aflccte le caractère fantaisiste et l'allure originale des constructions de son époque.
ZwoUe possède une autre église qui porte le nom de Notre-Dame et appartient au culte catholique, auquel elle fut restituée par le roi Louis. Cette autre église est très simple, elle aussi; mais elle n'est pas en tuf comme Saint-Michel, elle est entièrement bâtie en briques. Elle date des dernières années du xiv' siècle et possède un transept avec de belles voûte. La grande tour qui la précède et dont l'allure semble assez farouche est également construite en briques.
Zii'ullc.