‹ La Hollande à vol d'oiseauChapitre 21 sur 72 · II. K A M r E X ; VUE DE 1, ' il O T K L DE V 1 L I. E · texte numérisé non relu

II. K A M r E X ; VUE DE 1, ' il O T K L DE V 1 L I. E

aux pièces de procédure, peuvent seules rappeler la belle salle de Kampen, et encore n'ont-elles point toutes une aussi magistrale ordonnance; car, outre les boiseries magnifiques qui enveloppent la muraille et font le tour de la chambre, celle-ci possède une

110 La Hollande à pol d'oiseau.

cheminée superbe et une énorme chaire à deux stalles, enclavée entre trois colonnes et surmontée par un immense dosseret.

Cette chaire constitue incontestablement un des plus beaux spécimens de la sculpture en bois qu'ait produits la Renaissance dans les Pays-Bas. Quant à la cheminée, toute couverte de bas-reliefs et de statues d'un style un peu tourmenté, elle peut compter, assurément, parmi les plus remarquables morceaux de ce genre qui soient dans l'Europe entière.

Après l'hôtel de ville, les monuments les plus intéressants et les mieux conservés que possède Kampen sont ses vieilles portes.

Comme à ZwoUe, on a transformé les antiques remparts en une promenade ombreuse. Les anciens fossés alimentés par l'Yssel sont devenus une coquette rivière, avec des plantes aquatiques, des îlots artificiels, et l'on a profité du vallonnement des bastions, pour établir un joU jardin, avec des belles pelouses de gazon, des essences d'arbres variées, des corbeilles de fleurs et des massifs d'arbustes rares.

C'est au milieu de cette belle végétation que se dressent les vieilles portes de lu ville, ou du moins trois d'entre elles, car la quatrième est sur le bord du fleuve, mirant dans les flots gris de l'Yssel ses grosses tours et leurs longs toits pointus.

La première qui s'oflre aux regards est la Haglieiipoort, à moitié démolie et dont je ne dirai rien, espérant qu'avant longtemps on lui restituera ses toitures en poivrière, ses créneaux et ses mâchicoulis; mais les deux autres, la Broederspoort et la Cellebroedersport, sont absolument intactes et constituent deux échantillons éminemment remarquables de l'architecture militaire en Néerlande, aux xvi^ et xvir siècles.

La première de ces deux portes, la Broederspoort, est formée par quatre tours élégantes, reliées entre elles par un vaste massif. Ce massif est percé à sa base par une large baie que couronne un arc surbaissé. Du côté de la campagne, l'entrée est surplombée par une galerie abritée d'un toit énorme; du côté de la ville elle montre une

Kampcn. iii

façade très richement onic'e et qui se termine par un pignon JKirdi.

La Cellcbroederspoorl ^ plus âgée que sa voisine, est aussi plus simple. Elle remonte à l'époque où Kampcn était ville impériale, et son aspect général porte l'empreinte du bon goût de ce temps. Elle ne comporte que deux tours octogones, en briques, avec les arêtes en pierre. Le massif central, surmonté par une interminable toiture d'ardoise, est percé d'une ouverture ogivale, dont les pierres d'arête correspondent aux assises alternées qui rayent la muraille. Ajoutez à cela que les moindres saillies fournissent un prétexte à de jolis mascarons, très finement sculptés, et qui, soulignant les grandes lignes delà décoration, réjouissent l'ceil, égayent la façade et en achèvent gracieusement la décoration.

Du côté de la ville, la Ccllcbmedcrspnort affecte presque la même ordonnance, un peu plus riche toutefois, carie toit débordant en abri est remplacé par une espèce de pinacle étalant orgueilleusement à son sommet les armes de l'Empire.

La dernière porte, celle qui se trouve sur la rive du fleuve, a un aspect beaucoup plus farouche que ses deux rivales. Ici, il n'est plus question de mascarons gracieux, ni de fines sculptures, mais seulement de deux énormes tours garnies de mâchicoulis et reliées entre elles par une épaisse construction percée d'une baie ogivale, qui donne accès dans l'intérieur de la ville.

Cette porte, qu'on appelait }ddï<. Koi-ciiamixlspoor/, et qui est devenue aujourd'hui la maison d'arrêt de Kampen, ouvre sur une petite place assez modeste, qui sert de marché aux grains. Sur cette place se dresse une vieille église; antique sanctuaire, qui porta tour à tour le nom de Saint-Nicolas, de Grande-Église, et de Bovaikcrk, ou église d'en haut, à cause de sa situation relativement au cours de l'^'ssel.

L'église Saint-Nicolas est fort simple, ("est un édifice imposant toutefois par ses vastes proportions et sa hardiesse peu commune. Son chœur et sa grande nef, quoique possédant des voûtes de pierre d'une élévation exceptionnelle, sont construits sans arcs-bou-

L>ï lliilldiidc à vol d'oiseau.

tants, curiosiltj arclntcctoniquc d'autant plus remarquable, que les murs, d'une épaisseur fort ordinaire, ne sont point pour justifier une audace pareille.

A l'intérieur, l'architecture de Saint-Nicolas est également remarquable, car sa simplicité, je dirai presque sa nudité, est rachetée par une sveltesse de lignes et une élégance fort rares, pour l'époque où ce vénérable sanctuaire fut achevé.

A l'autre extrémité de Kampen se trouve une seconde église qui logiquement devrait s'appeler BcnedenJx'il:, ou l'église d'en bas, puisqu'elle est placée du côté de l'embouchure del'Ysscl. Cette église, très vaste elle aussi, est occupée par les catholiques et \ ient d'être restaurée avec beaucoup de goût. Elle est, à sa base, ornée d'une haute tour carrée avec créneauxet mâchicoulis, tout cela sobre d'ornements, mais d'un grand caractère. A l'intérieur, on l'a décorée de belles boiseries modernes très soignées d'exécution.

Kampen jadis fut une ville très pieuse, à en juger du moins par le nombre des cloîtres, monastères, couvents, chapelles, églises, etc., dont on rencontre des fragments presque à chaque pas. La Réformation, en venant s'implanter dans le pays, a supprimé tous ces sanctuaires. La plupart d'entre eux ont reçu, depuis lors, des destinations fort diverses et ont beaucoup souifcrt de leur transformation. Toutefois il ne paraît pas qu'aucun ait jamais pu lutter, comme grandeur ou comme beauté, avec ceux que nous venons de mentionner ou de décrire.

Page 1