‹ La Hollande catholiqueChapitre 18 sur 35 · LA MÉTROPOLE D^UTRECHT · texte numérisé non relu

LA MÉTROPOLE D^UTRECHT

avoir elle-même, à leur demande, écarté, par un coup d'autorité, deux éJus des grands chapitres pour transférer de Térouanne à Utrecht David de Bourgogne, malgré l'irrégularité de sa naissance, le moment était venu de créer une métropole. Je n'ai pu qu'entrevoir cette importante négociation ; j'ignore ce qui la fit échouer.

Il fallut recourir à un autre plan, et on suppléa aux nouveaux évêchés en fortifiant une institution particulière à la Hollande , ses grandes collégiales ; c'était comme une confédération qui avait pour centre les cinq chapitres d''Uirecht,seuIsdépositaires du droit d'élection épiscopale,et pour principales branches les collégiales de Saint-Laurent d'Arnhem, de Sainte-Walburgede Zutphen,de Saint-Lievin de Deventer ,de Saint-Michel de Z woIle,de Saint-Plechelme d'Oldenzaal, de Saint-Martin de Groningue, de Saint-BavondeHarlem,de Saint-Nicolas de Campenet de Notre-Dame de Middelbourg. Il leur fut permis d'exercer, à des degrés très divers, une juridiction quasi-épiscopale, que partageaient encore les principales abbayes. Comment autrement gouverner une circonscription qui embrassait près de 3,000 lieues carrées et deux millions d'habitants?

Mais celte hiérarchie enchevêtrée ne pouvait se mouvoir avec vigueur et harmonie , qu'à une condition : c'est que la main du pontife supréir

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pât librement Tatteindre, et la diriger pnissam* meot. Tout fut mis en œuvre pour paralyser ce bras tutélaire. Maximilien d'Autriche , en succédant aux ducs de Boui^(^ne, s'empressa de pu^ blier (1593) des patentes impériales contre les abus de la cour de Rome et ses exactions, perpétuellement ressassées pour mieux mettre la main dans tous les troncs de TÉglise.

Il est aisé dès lors de concevoir comment TÉglise d'Utrecbt, isolée delà papauté, convoitée des empleurs, attaquée par les peuples, les vassaux, les voisins, dut perdre d'abord son domaine temporel Il ne fallait, pour en finir, qu'une occasion.

L'apparition du protestantisme fut cette occasion : c'est un moment solennel. En 1528, l'évêque du Vieil-Utrecht, Henri de Bavière, descend de son trône et remet aux mains de Charles-Quint son sceptre séculaire. Les cinq grands chapitres viennent à sa suite et déposent chacun les titres de leurs plus chers privilèges. Clément VU, le successeur du pape hollandais, après trois ans d'hésitatioû, y met le sceau de la confirmation apostolique.

Tout est-il consommé, mon très révérend Père, et n'attendez- vous pas avec moi un second acte, une compensation à ce grand sacrifice, un retour de générosité de la partie prenante, ou plutôt l'accomplissement d'un contrat synallagmatiqoe ? N'a-

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t-on rien à donner à Téglise d'Utrectb qui a tant donné ? Se peut-il que cités et provinces soient eér dées sans stipuler aucune charge , aucune condition? La première de ces conditions n*était<-ce pas l'érection tant désirée d'une métropole ? la charge indispensabie , n'était-ce point de doter aux frais du fisc impérial, les nouveaux sié^ ges? C'est un de mes désappointements de ne pouToir répondrepar des textes précis. Je ne désespère pas encore de lever un coin du voile qui couvre toute cette négociation. J'ai cherché des frontières de la Belgique au fond de la Frise une volumineuse correspondance entre Adrien YI et Charles-Quint, qui a certainement et longtemps existée, et qui jetterait nifaillibiement du jour sur ces ténèbres.

Mais le fait seul d'une cession aussi importante oblige qui l'accepte, implique un concordat, et emporte avec soi la restauration de cette église d'Ulrecht selon le plan pontifical. Le Saint-Siège n'a pu intervenir sans un vœu, sans une garantie. Il y a là une dette sacrée de Charles-Quint : il ne l'a pas payée.

£n 1531, il défend de faire aucun l^s aux monastères de la Hollande ; en 1533, il àékaà aux abbayes et couvents d'Utrecht d'acheter aucune maison dans la "ville ; les bourgeois y virent une insulte poureux, et protestèrent vivement, jusqu'à

quitter la ville en grand nombre. N'est-ce point ainsi , mon très révérend Père, qu'Henri VIII a commencé, et que Joseph II a uni?

Charles-Quint, de 1528 à i^US, n'est occupé qu'à couvrir la Hollande de garnison8,de soldats, de magistrats, de créatures espagnoles ; il bâtit, au lieu d'un palaisarchiépiscopal,le château-fort d'Utrecht, qu'il appelle avec dérision le Vreeburg, le Château de la paix ; trente ans après, la colère populaire le sapait jusqu'aux fondements. Au bout de vingt ans d'une paisible possession, il essaie enfin de penser a constituer l'église : mais c'est pour confisquer les dernières libertés des chapitres et soumettre tous les bénéfices aux concordats germaniques. Or vous savez, mon très révérend Père, que ces concordats reposaient sur l'équivoque interprétation d'un bref de Léon X, transitoire, local, limité, expliqué plus d'une fois par des réclamations précises, des protestations solennelles ; il n'importe , en vertu de cette interprétation arbitraire, la commande impériale fut violemment imposée par toute cette partie de l'Empire. Notre antique congrégation de Bur- «feid se vit décimée , traquée , sacrifiée pour le triomphe de ce plan. Il fallut que la Hollande su* bit cette ignominie, et quand, en 1553, on reprit une fois encore le projet de l'érection d'une métropole, je trouve ici des textes précis qui prouvent

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que le grand et dernier obstacle était Vindïgence du fisc, trop pauvre pour doter les nouveaux évôchés et pour rien prendre de tout ce qu'il percevait sur rÉglise , pour céder un seul des bénéfices de commande impériale. Treize ans furent encore perdus à chercher ce denier qui manquait à l'indigence impériale. Il fallut se décider à dépouiller davantage l'Église, et à détruire ce qu'il restait d'abbayes libres et rentées. En 1 565 , le pape Pie IV, succombant sous les angoisses, et voulant à tout prix sauver les dix-sept provinces, érigeait enfin quinze évêchés et supprimait par la même bulle quinze à vingt grandes abbayes des ordres de saint Augustin, de saint Benoît , de Citeaux et de Prémontré. Il n'y a qu'à consulter les récils officiels du temps, les chroniquesdes contemporains, la correspondance des acteurs mêmes de la scène, tels que Hopper, Zuichème , le cardinal de Granvelle, pour avoir la preuve incontestable que cette suppression fut funeste , odieuse aux peuples , plus nuisible à l'Empire qu'à l'Église, et Tune des causes influentes qui ont contribué au renversement de la monarchie espagnole , séparé les dix-sept provinces unies, et détruit la métropole d'Utrecht.

Agréez , mon très révérend Père, etc.

17S BIBUOTHËQUE NOUVELLE.

La politique perd l'Église dans la Hollande.

Lettre à ¥. Philippe Guignaid . archÏTlste paléographe.

Utrecht,15 junieti8A7.

Mon cher ami,

Je ne soupçonnais pas, malgré les goûts que vous me connaissez, tout Tattrait que présente le simple dépouillement d'un inventaire d'archives ou d'un rôle diversorum^ dans un pays et à une époque de guerres civiles et religieuses. C'est un tel conflit de noms, de dates, d'ordres, de contr'ordres, de placets et de placards que la bataille semble recommencer : les feuilles mortes se raniment , les autographes parlent, une simple signature arrive au bruit du galop. C'est un U)urnois où tous les contendants se croisent et vocifèrent; et quand il s'y joint le pêle-mêle disgracieux des chiffons du XVI* siècle , hérissés de si affreux caprices de plumes et de scribes, c'est la poussière et la famée d'un champ de bataille. Dans les archives des cinq grands chapitres d'Utrecht, au donjon du château de S'Hecrenberg, au stadhuis de Gampen, dans le Sekretkamer de Deventer , dans la cour

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