‹ La Hollande catholiqueChapitre 17 sur 35 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Renrersemeiil de TEglise d'Utrecht.

Une visite à la tour du Dom Kerk.

5 juillet 1847, en la translation de saint Martin.

Il u'y a pas d'étranger, arrivant pour la première fois à Utrecht, qui ne s'arrête aux pieds de la tour du Dom Kerk f étonné de cette ruine. S'il regarde le sol, une inscription, demeurée sous les pieds des passants, au milieu d'une place publique, lui rappelle un solennel souvenir : Ici 07i pria pour la première fois. Ici fut élevé le premier oratoire chrétien, la chapelle mérovingienne de Saint*Thomas, depuis transformée en puissante abbaye, couronnée parle dôme de Saint-Martin, abritée sous cette tour colossale. De cette dalle à ce faite, il y a,. comme en image, Tascension progressive de la Hollande chrétienne, le vigoureux élan de mille ans de foi, ici on pria.

Cette pensée peut mener le voyageur au temple ouvert devant lui ; mais il se trouve sous les voûtes

iàf BIBUOTHÊQCE NOCVBiXE.

rompoes d'an Tienx chœur de cathédrale abandonné. Pas même de tabernacle TÎde ; des mues , des sarcophages, des daltes funéraires, partout une odeur de mort ; l*écho des murs dépouillés semble redire le dernier cri des anges fugitifs : c Soitcms d'ici. »

Le voyageur le plus attristé ira TolfMDtiers se distraire au sommet de la tour de Dom Kerk. A trois cent quatre-vingt pieds d'élévation, il domine, comme autant de grains de poussière, les &5,000 habitants de la cilé, un million de peuple épars a travers la Betuwe et son réseau de digues, de polders et de canaux, vingt grandes villes semées entre le Rhin et l'Océan qui clôt rhorizon : c'est l'un de ces tableaux qu'un ancien appelle inépuisable.

J'avoue qu'il faut une seconde vue pour trouver là une pensée affligeante, surtout au soir d'un beau jour d'été. Aussi, avant de m'attrisler, je cédais à un récent souvenir des belles muses latines de la Hollande ; j'aimais à dire avec un poète du xv* siècle , qui saluait Utrecht et célébrait le dernier reflet de sa sainte splendeur, peut-être à la place où j'étais :

« O royal palais de la race batave ! qui n'admire- » rait ton site splendide, soit que l'œil plonge en » ton enceinte, soit qu'il se promène en tes cam- » pagnes 7

LA TOtJR DU DOM ICERK. 14S

» Un rideau de verdure enserre les remparts ; »des essaims bourdonnent le long de tes murs » dans les fleurs qui pendent en festons suaves , » comme les fleurs d'Hybia.

B Étends à Tentour tes regards , étranger qui » passe ; vois paître ces troupeaux dans les herbes, » à travers ces riants pâturages que baignent sans B fin les fleuves.

•Voilà, ôsaint Martin, les fleursd'or dontnous or- » nons ton manteau , ces monastères si beaux ran- » gés autour de tes remparts !

» Salut, demeure sacrée où par Tordre du Très- » Haut la prière publique et privée paie un tribut » d'adoration ;

» Temple qu*ont rendu fameux les châsses » d*or qui recèlent les cendres des élus, les osse- » ments des martyrs et le trésor du Saint des saints, » offert à nos hommages. » (1).

(1) O gentîs batETse regia splendida I

Quis non suspiciat te atque situm tuum ,

Intus si spatietur,

Aut foris peragros tuos?...

Cinguntur viridi mœnia tramite; Per pomaria apes inslrepitant vagx

Circum mœnia blandis

Hiblaeis quoque floribiis,

m BlBLIOTHfeQOE NOUVELLIi.

Hélas! vaine illusion ! Ici passa, il y a quelques cent années, une trombe qui a tout nivelé, sauf des caveaux funèbres, et cette colonne, debout dans un cimetière. Ce vaste horizon de fleurs et de verdure est un tombeau : le Dom Kerk est abattu, Saint- Martin d'Utrecht n*est plus.

J'ai vu au Siadhuis Tceuvre d*un vieillard octogénaire qui entreprit de crayonner ses souvenirs. Il venait souvent, m'a-t-on dit, s'asseoir et méditer sur ces décombres encore amoncelés sur le sol. 11 pensait à l'ancien temple et il pleurait. Un jour il se dit, séchant ses larmes : « Moi aussi, je suis

Gîrcumflccte oculos quisquis es ad nutum Pascuntur pecudes prata per herbida ;

Praiter pascua laeta

Secus flumina nil vides. •• His , Martine , tuam floribus aureis Ornamus chlamydeni, dum tua mœnia

Tanta cœnobioriim

Pulchritudine cingimos.

Salve sacra domus qaam Oeus Oplimus Valt omnes venerari Privata ac prece publica !

Hoc tcmplum célébrant aurea scrinia Quxdivumcineresossave martyrum, Thesaurum sacrosanctum Conservant venerantibus...

LA TOUnDOnOMKERK. 145

peintre. » Ses doigts glacés par Tâge saisirent le crayon et refirent sous tous les aspects la basilique abattue.

Mais quel vieillard , quelle main , quel pinceau nous rendra cette basilique vivante avec ses vingt pontifes canonisés, ses cinq grands chapitres , ses rangs pressés de prêtres et de lévites, qu'aux grands jours décuplaient les députés des collégiales et des abbatiales des sept provinces ; ces kermesses nationales qui rassemblaient sous la bannière de Saint- Martin et confondaient vingt mille pèlerins dans les rangs dos fidèles Martens mannem d*Utrecht; ces translations anniversaires où, sous le pompeux soleil de juillet, à pareil jour, comme en 1546, on voyait, à la suite d'un peuple immense, Charles- Quint avec le chapitre général de la Toison-d'Or, sortant du Dom Kerk, après avoir proclamé vingtdeux chevaliers, et entre autres Emmanuel-Philibert de Savoie , Albert de Bavière, Gosme de Médicis, Maximilien de Bohême?

Quomodo sedet sola civitas, plena popalo?.,.

Cette question m'a souvent obsédé et je n'en fus nulle part plus occupé qu'au sommet du Dom Kerk. J'interrogeai longtemps mes souvenirs et mes im* pressions, appuyé sur la plus haute rampe extérieure, penché sur ce muet hodzont qui semblait

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ponrUnt répondre à mes pensées par un vaste et confus murmure; je n'ai pu oublier tout ce qui se passait alors dans mon esprit.

J'ai toujours considéré, avec une sorte de respect, partout où je Fai rencontré , ce beau fleuve du Rhin , en pensant que pendant les mille ans du r^e temporel du Christ , il a coulé, de sa source à son embouchure, presque constanmient par des principautés ecclésiastiques. C'était le fleuve sacré, et dans ces vastes domaines, FÉgltse avait les marches de son empire , les jalons de ses conquêtes sur la barbarie. Car ce qu'on donnait à Rome, on ne le prenait qu'aux barbares: c'est le cas de répéter le mot d'£umène sur les Éduens^

Quîdqaid Barbaris eripuere, dedere Romanis.

Du royal terrier de Saint-Gall jusqu'àla temporalité d'Utrecht, sedéroulaiten cercles, c'est bien le terme, une diaine d'électorats , dont les priacesévêques ne furent armés du glaive que pour défendre et reculer les limites de la civilisation. Ce fut une mission providentielle ; et là , comme à Rome , l'investiture des peuples , la consécration 4raditionnelle précéda les concessions impériales.

Utrecht occupait , dans cette vaste ligne , Tune des plus importantes positions : aussi , tout concourut à élever la grandeur spirituelle et tempo-

relie de cette Église. £n loi donnant le patron des Francs mérovingiens, saint Martin (1) , on voulut en faire comme la France du Nord. A l'exemple des r(MS de la première race , Charles Martel, qui entendait la tactique avec les barbares, confirma amplement les premières donations , et tailla à grands coups d'épée dans ce riche patrimoine des Pépins, pour donner à saint Martin un manteau vraiment royal. Il semble qu'au moment où cette dynastie se déplaçait pour recueillir la succession de Clovis , elle eût voulu donner à l'Église, en écbange, sou héritage vacant et lointain de h Bétuw^e et des bords du Rhin. Au fond , c'était abandonner des déserts inondés au seul homme qui pût fonder là un sol, un peuple, un empire. Willibrord régna par droit de conquête et de création.

Ce royaume repris sur les Normands par le bienheureux Baidéric , racheté deux et trois fois par ses successeurs, que cette lourde dette acca*ble, payé de leur sang et transmis comme un patrimoine cet héritage si chèrement conservé , était néanmoins splendide. Les princes-évêques d'U-

(I) Utreeht porte encore, dans ses armes^ d'argent Au saint Martin coupant $on manteau aux pauvres^ d'or, traqcrbé de giieuâe»,

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trecbt avaient pour maréchaux et clKtinbollaus ks comtes de Hollande, les ducs de Gueldre, les seigneurs de Clèves; pour échai^sons, les ducs de Brabant; pour gonfalonniers, les sires de Gœr. Cette existence était trop grande pour ne pas faire ombrage, même aux empereurs. On mit cinq siècles à la renverser,

Il advint d*abord un double malheur à TégUse d*Utrecbt; les empereurs, d'une part, enrôlèreçt ses évêques parmi leurs plus dévoués courtisans, et de Tautre, laissèrent les peuples indignés se révolter impunément. Les Frisons s*unirent aux Guelfes de la Saxe. Les comtes de Hollande attisèrent le feu et nourrirent les guerres; au fort de ces démêlés survenait toujours un tiers, arbitre obligé , qui déclarait que ni les comtes, ni les évêques, ni les cités ne possédaient les terres en litige , mais un gouverneur nommé et investi par l'empereur. Tel fut le plan de la politiqueimpériale pendant une guerre de deux cent cinquante années.

Cependant la lignée des saints pontifes est à jamais interrompue; le premier évêque césarien , Conrad, périt violemment Trois autres sont mis aux fers; trois autres avec trois comtes de Hollande çont massacrés parmi d'affreux désastres. Deux ou trois schismes et des compétitions violentes mettent en pièces le manteau de saint Martin,

La race des premiers comtes de Hollande épuisée, les ducs de GueMre prennent leur place.

L'empereur Rodolphe, en leur cédant, par une lanière de parchemin, toute la Frise occidentale, évidemment leur ouvrit le champ et les arma contre Utrecht. Nouvelle guerre plus furieuse avec uiî caractère plus sataniqne. Après les luttes intestines des Heckertn et des Bronckorsten^ les Guelfes et les Gibelins de la Hollande, on en vint à des massacres semblables aux exterminations de ces hordes de poissons qui s*entredévorent dans les profondeurs de l'océan, et, pour les : ommcr, il fallut emprunter à l'argot des pêches du Nord les expressions sauvages des Hocksen et des Kabelliauwén (1). La fureur des Hohenstauffen semble passée en la maison de Gueldre. Un duc Adolphe retient six ans son père au cachot et ne le relâche qu'à la vue d'une excommunication papale. Un autre, dit-on, a rivé son frère vivant aux parois d'une cave taillée

(i) Bocks, hzmeqon;KabelHauWf espèce de morue. Ces factions portaient des bonnets rouges ou gris. Le signe de ralliement était la hampe , qu^on appelait le foie du poisson, Heckeren et Bronckhorslen sont deux noms de famille. Il y eut en 1490 une guerre qui prit son mot d^ordre du pain et du fromage. Oorlong vun Ka:ts en brood.

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dans le roc. En I0229 un dernier duc, après deax ou trois parjures , marchait contre Utrecht, en se jouant des menaces d* Adrien Vli Ce fut alors que s'interposant entre TéTêque opprimé et l'énergique médiation d*un pape hollandais qui aspii-ait à re<lever le siège de saint Willibrord» Charles-Quint recueillit la succession des vastes domaines cédés autrefois par Charles MarteL

Au nom d'Adrien YI , et en voyant sous mes yeux sa cité natale et le Pam Huis^ où il naquit, le palais ducal qu'on dit bâti en son honneur et sur ses plans, devant les débris de ces collégiales de Saint-Martin, de Saint-Sauveur,deNotre-Dame,qui avaient son nom dans leurs dyptiques, il me semble voir cette calme et haute figure,dont le portrait reste ici très vivant. Je le vois encore affaissé sous la tristesse de ses derniers jours,et regrettant celte vie privée et pauvre,dans un coin de la Ilollande^dont parle sa première lettre, à la nouvelle de son élection. Ce n*estpoint abandonner l'Église d'Utrecht ni ses malheursquede lui associer son dernier et son plus illustre fils, peut-être victime comme elle des habiletés de la politique humaine,digne au moins d'être traité dans l'histoire avec moins de dédain qu'on ne le bit communément.

Le plus grand malheur des époques de révolu, tions, n'est pas d'être aux prises avec des dangers

LA TOUR DU DOM KERK. iSi

menaçants, c'est de se diviser sur les moyens d'y faire face. L'agitation a-t-elle été plus formidable aoi temps de Luther qu'auparavant? Le moyen âgen'a-t-il point eu depuis Gharlemagne ni un hérésiarque plus turbulent que Luther, ni un sophiste aussi disert que Calvin, ni un politique cauteleux à l'égal d'Elisabeth. Je ne sais. Mais quand Elisabeth, Calvin, Luther s'appelaient Frédéric II, Abailard, Bérenger ou Wicleff, on n'hésitait pas pour aller droit à eux ; on avait une intelligence nette de la situation , l'unité de vues, un plan arrêté d'instinct et d'improvisation. Sans être ui Hildebrandy ni saint Bernard, un paysan de la Frise, se faisait guelfe, et un écolier flamand, comme le bienheureux Goswin devant Abailard, s'en allait droit auxMatfaurins de Paris, et confondait le docteur suspect d'hérésie. Voyez quel coup de foudre tombant de tous les points de l'horizon chrétien, écrase à une même lieure la gnose ravivée ou le socialisme anticipé des Templiers ! Mais 'cette unité, cette justesse, cet à-propos de vues, de moyens, d'exécution , dans une société chrétienne, suppose une Église dans la plénitude de sa constitution, et cette constitution ne peut être normale sans le dévebppement régulier de la législation canonique : la première de ces bis , c'est la papauté. Au x\v siècle , comme depuis , deux plans f

partageaient le luonde: celui des saiots et celui des sages ou des politiques.

Le premier, si noblement personnifié dans saint Piev, c'était de conserver le système complet du catholicisme , non-seulement dans ses bases immuables , mais dans tout cet ensemble qui avait constitué l'Europe chrétienne ; de ne pas entamer» mais de fortifier plutôt sur tous les points , l'unité catholique, depuis le premier canon de Trente jusqu'à la plus humble rubrique du cérémonial.

Il existe un curieux programme de ce plan tracé par deux Camaldules, 1511 (1), et adressé à LéonX

(1) Aujourd'hui, comme alors peut-être, plus d*nn sage sourira de cette politique d*anachorète; nous rappellerons que Tun d*eux, d*une famille de saints et d*illustres personnages, le B. Paul Justiniani, après avoir exercé les plus hautes fonctions dans son ordre, vécut dans rintimité de Léon X et de Clément VII, et mourut en odeur de sainteté. L'autre, également très noble patricien de Venise, Pierre Quirini, se retira au désert de Gamaldoli avec les regrels de toute la république qui en avait fait son ambassadeur en Espagne; il demeura en correspondance avec Philippe et Maxi* milieu d'Autriche. Il fut destiné au cardinalat: à cette nouvelle, ayant demandé à Dieu de ne point voir sapréconisation, il mourut à la fleur de ses ans, aux marches du trône pontifical : peut-être un jour, sous la tiare, il eût abordé le plan dont nous allons esquisser quelques traits, cf. 4»na/f^ f/rwaV/»/ t vm viu.

dont ils étaient les amis. Qu^aes idées trop radicales se sentent de la fermentation que Savonarole avait excité dans la haute Italie : Tensemble est d'une intrépide et sainte audace. Il se rapporte à six chefs principaux qu'il est aisé de reconnaître dans le gouyernement des plus saints papes , depuis Adrien YI.

io Relever la puissance pontificale : à elle seule appartient l'empire des âmes ; un pontife à Rome, comme un soleil an firmament, éclaire tout homme Tenant en ce monde. Évêques et fidèles , princes et sujets, sans distinction, comme sans exclusion n'ont qu'un même maître, le Christ au ciel, et son ficaire en terre. A lui d'édifier ou de dissiper, d'arracher ou de planter les nations catholiques.

2' Ces nations portent un chancre dans leur sein 9 un ulcère à leurs flancs , le Juif et le Turc. Qu'après un nouvel effort de zèle et toutes les combinaisons de la charité, qu'après des prières solennelles avec indulgences dans toute l'Église, un délai soit signifié au Juif endurci , au-4elà duquel il n'y aura plus qu'à prendre le fouet contre les vendeurs du Temple et à chasser de la chrétienté son plus dangereux ennemi. Point de paix, ni de trêve avec le Turc jusqu'à ce qu'il ait rendu les six églises patriarcbales et soit sorti des terres chrétiennes. Que Léon X marche comr

L6on-le-Grand devant Attila. Il sera soifi, et pour arrêter les barbares, il suffira de doubler le nom* bre des défenseurs de Rhodes contre Sélim*

S"" Le mur de Tislamisme abattu , les sept na^ tions captives de l'Orient respirent : Arméniens, Géorgiens, Abyssiniens, Syriens, Maronites, Jacobites, Grecs reviennent au giron de FÉglise, pour peu qu'on les aide par des légats et des missionnaires.

U^ Qu'un vaste collège de toutes les langues, fondé à Rome , prépare des apôtres pour toutes les nations , et qu'un appel soit fait à tous les ordres religieux pour aller évangéliser le reste de l'ancien monde et cette grande île qui vient d'être découverte. Les deux solitaires s'offrent à marcher au premier signal , et promettent le concours de leur vieil ordre , qui a déjà député du Portugal les douze premiers missionnaires de l'Amérique.

. 5° Mais rien de tout cela n'est possible , si on ne réforme avant tout les mœurs de la chrétienté , surtout en ses deux sommités , la noblesse et le clei^é. Dans les cours, une poignée d'hommes turbulents, princes et rois , met sans cesse en trouble le monde entier et répand des torrents de sang; à ceux-là il faut prêcher et imposer la croisade contre les mahométans. Quant au clergé , il faut le purger de l'ignorance et de la superstition , par des concours

et des grades qui ravivent les études , par la science de récriture et des canons , développée sur un nouveau plan plus simple , par Tunité de discipline , d'observance, de liturgie , et enfin par la réforme de l'éducation , dont les deux orateurs blâment énergîquement les formes trop païennes.

6^ Revenant au point de départ , ils rappellent que tout est dans la papauté , qui doit donner à son tour l'exemple des vertus et des réformes (1).

En 1 511, le XW siècle naissant était de taille à aborder ce dessein ; en 1521, il était déjà tard. A mesure qu'on avance, la politique des saints décline, et le système des habiles prévaut. Ce système consistait d'abord à n'être exclusif en rien, à temporiser le plus longtemps , à chercher toujours un milieu entre les choses les plus inconciliables ; puis, commel'Eglise a desformulesintraitables, il fut sage de lui soustraire les grandes affaires , et de prendre hardiment l'initiative sur elle. Et comme elle ne doit point avoir la prudence des fils du siècle , il fut

(i) Ce sixième point touchait au temporel de la papauté; il est à peine indiqué dans ce mémoire. N'aurait-on point, en le publiant au siècle dernier, supprimé cet article, comme on fil à la même époque disparaître un opuscule de saint Liguori sur le premier des quatre articles de 1682?

Gonveon de se défier d'elle-el de l'îmler da osonde. Et parce qa*il est écrit que son royamne n'est pas de cette terre » il fat ^akmeat écrit qa'à César appartient» par on droit antérieur, suprême et divin , tout ce qui est sous le soleil. Là seulement , pasde concession. La couronne de César est ronde , que nul n'y touche ; il ïie relèye que du soleil et de son épée. S*il fant céder quelque chose à la tempête » jetez le prophète à l'abime ; qi|e si par bienséance on doit trier ce qu'on abandonne au flot qui passe , on mettra la main d'abord sur les plus anciennes institutions de l'Eglise , dût-on âvoriser les unes en dépouillant les autres. H est bon de diviser pour r^er; le comble de l'habileté , de la politique et de la sagesse est de susciter et d'alimenter une guerre permanente entre toutes les forces de l'Eglise, afin de les épuiser et de les paralyser l'une par l'autre. Qu'alors César restant seul arbitre , vainque , règne et commande.

Charles-Quint, qui adopta ou omtinua cette politique du monde, crut peut-être l'avoir placée sur le siège de Pierre quand son précepteur y monta. C'est l'un des plus curieux exemples de cette sagesse qui investit, quels que soient ses antécédents, un successeur légitime de Pierre.

Adrien YI, à la vérité, n'avait pu jusqno-lh se soustraire, dans les écoles de la Ilollaiidc, dans \v$

LA TOUR DU DOM KERK. iS7

chaires de Louvain, dans le commerce avec ses amis, à ce courant d'idées qui entraînait les plos fortes têtes loin des traditions saines de Tanliquité chrétienne. lien reste des traces dans les écrits du chancelierde Lonvain^et en exhumant diverses piè-* ces de lui, antérieures à son pontificat, nous l'avons vu en pleine réaction contre Rome; il eut peine à se résigner, dans une affaire de police ecclésiastique, à un bref humiliant de LéonX. Son long séjour à la cour d'Espagne, son intimité avec les princes ses pupilles, les inspirations de ses amis, tels que Erasme et Louis Vives, ne pouvaient que fortifier ses tendances. Cependant, à en juger par le petit nombre de bulles, de brefs et de lettres qui nous restent de lui, et que nous avons presque doublé par nos recherches, il marche constam* ment d'un pas ferme dans la voie des saints ; il seooble suivre comme de point en point le mémoire des deux Camaldules.

A la nouvelle de son élection, et avant d'être à Rome, il écrit à tous les princes chrétiens pour solliciter une paix ou une trêve et les rallier contre lé Turc ; à peine intronisé, il fait un nouvel appel pour sauver Rhodes et ses magnanimes défenseurs. S'il se montre conciliant à la diète de Nuremberg, c'est pour mieux armer toute l'Allemagne contre Selim, dont les bandes envahissaient déjà la Bon-

isS BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE

grie, et possédaient Otrante en Italie. Lui qu'on a trouvé sordide et parcimonieux, il envoie par le cardinal Gajetan, au roi Louis de Hongrie, 50,000 ducats, et des approvisionnements considérables de blé, de vivres et de poudre pour ravitailler les garnisons épuisées de la Dalmatie et de la Croatie.

Il promulgue avec une solennité spéciale la bulle In cœna Domini et y renouvelle toutes les dispositions concernant les juifs. Il reçoit une députation du patriarche jacobite d'Alexandrie, qui luifait espérer le retour de Tune des grandes églises de l'Orient.

Entre les pièces les plus remarquables et les plus oubliées de ce pontificat, nous devons mentionner une bulle réglant avec autant de sagesse que de vigueur les missions des Franciscains dansFÂmériqué; c'est l'un des premiers monuments et des plus importants du Bullaire en cette matière. Ce fut Adrien VI qui donna, le dimanche des Rameaux, 1523, à saint Ignace de Loyola la première bénédiction apostolique qui eut bientôt, pour l'ancien et le nouveau monde, pour l'occident et l'orient, une si miraculeuse fécondité.

• Les yeux toujours fixés sur l'Allemagne, il écrivit aux princes, au duc Frédéric de Saxe, à la diète de Nuremberg, au sénat de Bamberg, pour "arrêter le luthéranisme naissant ; ' on faccuse

d'être aHé trop loin dans les instructions données à son légat pour la diète de Nuremberg ; il est resté toutefois bien en deçà des concessions et des mesures que proposaient de saints et illustres personnages, et, entre autres, les deux hermîtes Camaldules. Il fulmine, à la fin, de nouvelles sentences d'excommunication contre les princes luthériens qui envahissaient les biens ecclésiastiques. Il en prend occasion d'adresser à toute la chrétienté les représentations les plus graves contre les attentats sur le temporel dei^ églises. Il renouvelle, dans un bref à l'inquisiteur de Côme, toute la sévérité des lois canoniques contre la répression de l'erreur ; il arrête aux pieds des Alpes l'hérésie germanique.

Voyant qu'au àedans et au dehors toute la force de Luther et des Turcs est dans la division et l'ambition des princes chrétiens, peu avant sa mort, il tente un nouvel effort pour obtenir, par une bulle accompagnée des adjurations et des comminations les plus solennelles, une trêve de troi&ans*

Pour encourager une Sérieuse et régulière réformation , dans les mœurs chrétiennes , dans la discipline des cloîtres, dans les études cléric<des et l'enseignement de la jeunesse, il offre deux modèles au culte des fidèles, saint Bennonde Alisne et saint Antonin de Florence; il lance un bref d'abolition avec les termes les plus énergique^

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de rindignatiou apostolique contre one maison d'Augustios d'Anvers. Il respecte toutefois les privilèges des anciens ordres et les confirme par plusieurs brefs aux abbés de l'Allemagne, de la Frise et de la Fbpdre. On sait quel imposant exemple de régularité il fournit lui-même par sa tenue, à sa table, dans la famille papale, dans U)ute la cour apostolique et la police de la ville de Rome.

Adrien avait fondé, avant son pontificat, avec une royalje magnificence, le collège qui porte encore son nomà Louvain; il continua d*accorderlaplus tendre sollicitude à cette université et à ces établissements; il en consigna des preuves jusques dans son testament (1) ; loin d'être, comme on Ta dit si étrangement, l'ennemi des lettres, il leur dévoua presque toute sa vie, les encouragea jusque dans Érasme, fit imprimer la troisième partie de la Somme de saint Thomas que lui dédia le cardinal Gajetan, et de plus, dans sa diction sévère, dans ses lettres d'une noblesse antique, dans ses œuvres d'un autre âge, il fit plus qu'on ne pouvait attendre de lui pour

(1) Nous en avons retrouvé une copie authentique dans les archives d'Uirecbt, grâce à Tobligeance de If. van Meulen, archiviste provincial. Cette curieuse pièce a été publiée d'après cette copie dans le Yaar^ btf^k, de M* Burgmejer, pasteur de Warinond, eu 1848.

LA TOUR DU DOM KËRK. iOl

ramener son siècle affolé atix saines traditions des lettres chrétiennes.

Ce qui nous a le plus surpris, c*est de rencontrer dans les archives de Groningue et d'Âmhera , les actes qui prouvent qa*Âdrien YI, en dépit de son impérial papitte, et des souvenirs de Louvain et de Madrid, entendait exercer sa charge jusque ^r les questions temporelles, avec la plénitude de ses prédécesseurs les plus décriés.

La ville de Groningue était liée par d'anciens serments de féodalité envers les comtes de Westfrise ; les actes en avaient disparu , l'usage cessé, mais le droit subsistait. Pour se rédîmer, la cité eut recours , comme au cœur du moyen âge , à la suzeraineté pontificale. Adrien YI n'hésita pas à les relever officiellement de ces vœux de fidélité. L'un des malheurs de la Hollande, a été l'anibitieuse et turbulente opposition des comtes de Gueldrecontrelesévêquesd'Utrecht. Adolphe,que nonsr indiquions tout-à-l'henre, continuait les hostilités et poussait les petites villesde l'Ower-Yssel à là révolte» et s'emparait de tout ce qui était à sa bienséance. Adrien YI, le 21 novembre 1521, lui adressa un bref comminatoire pour lui enjoindre une sentence d'excommunication qui déliait tous ses sujets du serment de fidélité, s'il ne cessait aussitôt la guerre» et ne restituait tous les biens pris injustement

Cet acte et d'autres adressés au clergé de la Hol< lande, prouvent qu'Adrien VI songeait sérieusemeiit à reconstituer Téglise d'Utrecbt et à la remettre sur un pied prospère.

Enfin, il avait arrêté la convocation d'un con« elle œcuménique, et il allait mettre à exécution ce grand dessein, quand la mort Tenleva. Rome expia peu après, dans le sac ordonné par Charles-Quint et ses généraux, sa folle joie à la mort du vénérable Adrien VL

Tels sont les deux systèmes qui sont en présence auXYP siècle: Tun se développe par le concile de Trente, rétablissement des congrégations romaines, la fondation des collèges de Rome, la création de nouveaux instituts, la réforme des anciens ordres, rénei^ique pontificat de Si Pie Y et de Sixte-Quint.

L'autre aboutit au bouleversement indéfini de l'Allemagne, au despotisme deHenriVIIIet d'Elisabeth, à la honteuse France des Valois, à l'odieuse Saint-Barthélémy, aux perpétuelles et humiliantes capitulations du gallicanisme parlementaire devant toutesles erreurs, jusqu'au jansénisme, au philosopbisme, au socialisme qui en découle. Appliqué à la Hollande , ce système malheureux envenima tous les germes de dissolution qu'avait comprimés la sa* gesse de ses évêques, créa l'antagonisme des Provinces uni^ rompit en deux tronçons de peuples à

jamais irréconciliables la race flamande, renversa l'église d*Utrecht, traversa les desseins du Saint- Siège sur elle , dénatura ses actes réparateurs, suscita des divisions funestes entre tous les rangs du clergé et des fidèles, et enfanta une série de calamités et de révolutions qui ne sont point encore finies. Pendant que j'allais ainsi au courant de mes sou venirs et des pressentiments qu'allait confirmer une série dé documents inconnus, cachés aux pieds du Dom Kerk , les annales secrètes du jansénisme enfouies dans la petite église de Sainle-Gertrude, le jour baissait et l'ombre de la tour s'allongeait et couvrait, comme le géant de la fable, de vastes arpents de terre- Je descendis, saluant une dernière fois l'horizon de Saint-Martin-d'Utrecht, et appelant, sur ces grandes ruines, au lieu où Ton pria pour la première fois j un jour de consolation, de réjouissance et de paix (1).

(i)X'aihâte d'acquitter, avant d'aller plus loin, une dette de reconnaissance que doivent partager les lecteurs de cet opuscule. Si j'ai pu prolonger mon séjour à Utrecht, et visi^ter à loisir les archives qui s'y trouvent, soit à Sainle-Gertrude, soit au Stadhuis , soit au palais du gouvernement, je le dois à la bienveillance honorable du provincial des frères prêcheurs dans la Hollande, et à riiospitalité aussi aimable et généreuse que m'accorda, à la porte de Sainte- Gertrude, le pasteur domicain de Walsteeg*

164 BIBLIOTUËQUE NOUVELLE.

Création tardive et destruction de }a nouvelle métropole d'Utreoht.

Leiue au R. P. abbé de Solesmes.

Utrecht, août 1847.

Mon très révérend Père,

J'ai la satisfaction de yoas annoncer que la [dus chère des obédiences littéraires que vous m*ayez confiées s'accomplit heureusement. J'ai pu, contre Tespoir de tous les amis, pénétrer dans les archives des jansénistes d*Utrecht. J'ai hâte de vous dire que présenté par un très honnête protestant, accompagné pour faire mon entrée d'un vicaire de l'archl-prêtre, autorisé par celui-ci et muni de ses excellents avis, ma position a été nettement dessinée. J'ai cru devoir, devant témoins et dès les premiers mots, protester qu'il n'y avait aucune solidarité entre nous et les errements de quelques-uns de nos Pères de Saint-Maur. J'ai achevé de rompre tout pacte à mon entrée dans le musée schismaiique, par un éloge des PP. jésuiies et des Bollnudii;-

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tes, avccreffusion cordiale et très franche que vous nie connaissez. Cette franchise, qui n'a point paru déplaire et que je garderai jusqu'au bout, n'a pas empêché que les mystérieuses archives s'ouvrissent enfin devant moi. Au fond d'une longue galerie qui sert debibliothèque, et qui est entièrement garnie de toutes les publications du parti en toutes les langues, à gauche, une fausse porte donne sur une chapelle dédiée, hélas ! à votre sainte Gertrude; à droite, s'ouvre un cabinet étroit, peu éclairé, mal aéré, infecté par de vieux fromages hollandais qui sèchent sur des planches. C'est là que pourrissent, abandonnées, d'innombrables liasses, volumes et portefeuilles renfermant les papiers des cinq premiers vicaires apostoliques, la correspondance de tous leschefis du jansénisme, les manuscrits originaux de tous les pamphlets partis de la Hollande. Ce n'est point trop dire que d'estimer à 100 volumes ia*folios et à 50,000 pîècesl'ensemble de cette riche et curieuse collection. J'en ai commencé le dépouillement en détail; je le pousserai aussi loin que j'en aurai le temps, la force et la liberté.

Comme je l'ai déclaré au gardien de ces archives, honnête d'ailleurs et de bon commerce, toute controverse, même historique, est pour moi tranchée, car je pars de ce fait qui m'est démontré que la métropole d'Utrecht, créée par la bulle de PielY

i^ BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

'^ été complètement détruite. Je n'en suis pas moïiis <^Kgé des malheurs de cette Église, immédiatement fondée par le Saint-Siège, qui, avant comme après sa chute, n'a cessé d'avoir pour elle une sorte de prédilection paternelle.

Une chose me frappe surtout : veuillez me dire, mon très révérend Père, si quelqu'un a fait cette remarque, c*est que le Saint-Siège voulut, dès le principe, établir à Ulrecht le siège d'une métropole , et grouper à l'entour une ceinture de suffrdgants ; ce qui évidemment en eût fait une citadelle inexpugnable. SaintWillibrord reçut de saint Serge, et porta toute sa vie le titré d'archevêque et l'insigne métropolitain du pallium. N'était-cequ'urie distinction personnelle et sans but ultérieur? Alors c'était peu l'usage d'agir pour un homme, quelque grand et saint qu'il fût. Saint Boniface, écrivit et réclama énergiquement pour le maintien de ce privilège ; jusqu'à son dernier moment , il sembla poursuivre le grand dessein de constituer cette Église. La nécessité d'une métropole devait paraître aussi urgente à Utrecht qu'à Mayence , à Ilamboui^,'àBrême; au xiv* siècle, en 1332, lespapes y reviennent, et reprennent, avec les ducs de Bourgogne, cette importante affaire, toujours fatalement ajournée. Rome crut qu'au moment où les ducs de Bourgogne avaient enfin pacifié ee pays, après

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