‹ La Hollande catholiqueChapitre 2 sur 35 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

Il est inutile de dire comment ces lettres, ces no* tes, ces souvenirs furent recueillis d*abord ; puis communiqués partiellement à un journal religieux, sous le titre de voyage hisiorigtiè^ïëqael aboutit à ce livre, réduit aux proportions. et- aux termes d'une causerie. Une seule chose mè presse à cette troimème évolution de mon dessein, c'est d'indiquer mon but et de l'atteindre ; le voici en trois mots : Gomment se forme, décline et se relève un peuple catholique.

Je crois avoir rencontré ce peuple dans la Hollande: Il m'était à peu près inconnu , quand au mois de mai 18/^7 j'arrivais à sa frontière. On me dit: allez! et j'allai; entrez ! et j'entrai. J'allai, sans itinéraire tracé devant moi. J'entrai, sans connaître

une seule face amie. Je ne pouvais même compter sur des souvenirs. La Hollande est le seul pays occidental où mon vieil Ordre, qui pourtant Ta faite de ses- mains et Ta sauvée des eaux, n'a pas depuM trois cents ans une pierre où reposer sa tête, un CQÎA de grève pour mettre le pied et remonter s^ tepte.

Je ne pouvais réclamer des sympathies nationales. Pour un passager obscur, que sont les plus chaleureuses? PuiS; toutes les digues de ce pays sont un mur contre les idées françaises ; notre prestige, qui lui a peut-être enlevé la Belgique , l'irriterait plutôt. Frankreyk ! J'entends encore ce mot qui blessait mains uk^s oreilles qu'il n'agaçait mes piMS pîieifiques hOies. J'en ai vu, à ce seul mot, renv^rtismt toutes leurs graves habitudes , me toumier brusquement le dQS.

Je devais moins encore espérer une caofralernît^ religieuse : Je posais le pied sur une terre proestante. J'avais àgrand'peine, prêU*e^relJgieu3Pf traversé, sans avanies, la Belgique, hélus I libérale.

J'allai donc à l'inconnu de toutes sortes, lai9~ Sfittt leteinps, les occasions) la Providence nouer et ^isnouer le fil enchevêtré de mes iiQpree[irions,sai)s carte ouverte à l'avance, sans opinions préconçues. Je n'ai su qu'après avoir vu | je répète ce que j'ai eiUcndu ; je h'di même iicn lu qai ne remoui&t

i'ordmsAfc aux temps latins dç la Hoi]qndc c( par delà Tépque malheureuse de ia séparatiou. Nous n'avons pas même eu ces causeries approfondies et suivies, qui font Téducation d'un voyageur. Par condescendance, on nous parlait français; nous avons craint d'en abuser, (.c Hollandais est circonspect. Nous évitions les questions utiles, par appréhensioa de3 indiscrètes. Nos frères catholiques, nos amis du clergé séculier et régulier, le bienveillant domné, le docte et poli mennonite, l'universitaire et le magistrat, tous nous honoraient d'un si bienveillant accueil, que pour ne pas troubler cel affectueux commerce, nous laissâmes échapper les plus belles occasions de discourir et d'interpeller. Que personne, à l'opcasion de ce livre, ne soit donc pris à parti, et que le peu de responsabilité qui s'y trouve engagé nous reste eu enlier.

Quant à nous, il peut y avoir assurément mé--. prise, ignorance, mais de système et de parti pris^ l'avance, de préjugés ou d'antipathies méiiic religieuses, nous en étions vraiment exempt. Hommes et lieux, évônen^ents et temps se découvrirent succpssivemûttt d*eux-ipôipes, A chaque jour suffisait son soleil ; à chaque heure, son horizon. Partoutje Voyais, j'éeiivais, je soiis^lignais; le soamicil au besoin se ptôtait h céder, dans là iiùit oii avant

i BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

Taurorc, Theurc indispensable pour qucf chaque jour envoyât au jour son souvenir , sa page et ses notes.

Tel est mon livre; à mon insu, au bout de huit mois, il était fait , dans mes souvenirs, dans mes cartons, en quelques lettres, inaperçues des amis qui les reçurent, comme de celui qui les écrivait. Nul n'a pensé moins que moi et plus tard que moi à faire de tout cela le livre que voici.

Nous allions nous acclimater, malgré l'hiver, h ce bout du monde, à ce pôle de la France, quand nous fut donné le signai du retour. Mais à peine à la frontière, la révolution de février survient et nous arrête. Nous arrivionsdonc à la patrie, comme nous étions entré dans la Hollande, allant à Tinconnu, à un peuple nouveau, à des horizons inexplorés. Comme nous prenions langue, le dironsnous? une méprise emportait nos bagages à la capitale; seulement après plusieurs jours, et non sans avoir traversé quelques barricades, nos malles reparurent disloquées et bouleversées; à peine avonsnous remarqué que la moitié de ce livre restait égarée. Je ne sais quelle providentielle occurrence, au bout de deux années, vient de nous rendre ces no« tes» au moment de les mettre en œuvre.

Toute cette brusque situation et le flot montant de9 événements avaient profondément enfoui nos

chers souvenirs de Hollande. Nous fûmes donc en* core privés de ces impressions fraîches qui permettent de refaire, au retour, comme une nouvelle carte routière, et d'arranger à plaisir son odyssée. Mais à deux années, à plus d'un siècle de distance, une autorité toujours décisive et chère, des conseils aussi imposants que persuasifs firent appel à nos souvenirs , et nous obligèrent à un second Voyage historique^ dans les colonnes d'un journal, avec un cortège illustre de collaborateurs, et un public d'élile. Enfermé dans des limites étroites, il fallut y encadrer notre plan , qui va s'amoindrir encore sous sa dernière forme. Nous l'annoncions, le 20 mars 18&9 , par la lettre suivante adressée k M. Dupanloup, depuis évêque d'Orléans.

Leiue à M. le Directeur de L'AMI DE U RBLIGIOH.

MONSIEUB,

J'avais recueilli, dans quelques voyages, diverses pièces glanées sur mon chemin, sans les compter, sans prévoir ce qu'elles deviendraient Des amis curieux, faisant l'inventaire au retour, voulurent bien s'étonner de la récolte du voyageur. Plusieurs virent, comme une bonne fortune providentielle, dans certains documents perdus, oubliés ou inconnus. La nouvelle en vint jusqu'à vous, Monsieur» et me valut de votre part des entretiens qui

m'ont déjà abondamment récompensé des jours et des nuits les plus laborieuses de mon voyagé.

Vous consentez de plus, Monsieur, h en faire part aux nombreux et honorables lecteurs de voire feuille. Vo'uspensez que plusieurs feront volonlicrs diversion aux graves et légitimes préoccupations du présent, pour remonter, avec un pèlerin rétrograde, à quelques étapes oubliées derrière nous. Vous estimez opportune encore, une revue sévère, avec nouvelles pièces en main, du procès pendant depuis trois siècles. Il est temps, ihe disîcz-Vous, d'en finir avec le malentendu de l'histoire. 11 faut que les voiles se déchirent, et que les morts ressuscitent pour rendre témoignage à l'Église trahie. Évoquons ces protestations d'outre-tombe , el, comme saint Stanislas de Cracovie, disons «au mort de se lever, et de nous suivre devant le juge.

Je me laisse entraîner moi-même; aussi bien, ceux qui otit droit de disposer de nies act'eis me commandent de mettre en ordre, pour les confier & votre public, coïtame à un jury chblsi et des pltis compétents, ces documents, ces notes, ces con^espondances que j'appellerai un Voyagé historique, Sî je ne puis, dans le cadre d'un journal, insérer de longs textes, je m'engage à en donner la tfèà fidèle substahce ; à ne rien affirmer que je n'aie vu et vérifié star place, lu et copié dans des sources

originales et incontestables. Je puis, Monsieur, en appeler à vous-même de Tabondance et de la sincérité de mes preuves ; et, s1l plaît à Dieu de nous mener, avec vos lecteurs, jusqu'au bout de ces lettres, volontiers je promets de publier en appendice les pièces justificatives.

Qu'il me soit seulement permis de distribuer librement, au fur et à mesure des événements qui nous viendront, la série des documents et la succession de ces lettres, fallût-il passer d'un temps à un autre , et nous déplacer brusquement. Non que je veuille promener vos lecteurs à Tavcnture, ni chercher des effets de perspective. Je laisse à d'autres le voyage littéraire, mais je tiens à conserver la réalité libre et variée de mes excursions. Je n'ai point eu mission spéciale de fouiller dans des archives et des bibliothèques. Je les ai visitées, au passage, à divers temps et à temps perdu, sans plan préalable, sans penser au public, sans prévoir surtout notre dernier horizon. Je raconterai, comme j'ai TU, en voyageur affairé qui passe, va et se souvient à l'occasion. D'ailleurs, les excursions en apparence les plus détournées, je l'ai reconnu après coup, nous ramèneront à une même grande route, et il sera vrai, une fois encore, que tous les chemins conduisent à Rome.

Toutefois, Monsieur, c'est loin de Bomc que

nous fixerons notre point de départ et de ralliement, au risque de dépayser tous vos lecteurs. Nous serons le plus souvent dans la Hollande, aussi loin, semble-t-il, de la France que de Rome; la Hollande, le seul pays peut-être ou le protestantisme soit sérieux, le seul dont on ne parle presque jamais parmi nous; le pays qui pourtant donne aujourd'hui au catholicisme l'une de ses plus belles victoires , et qui a le plus sagement profité de toutes nos ré* volutions.

Étudier la Hollande, c*est assister à la formation, à la décadence et à la résurrection d'un peuple catholique, lequel, sans commotion, sans révolte, et par la seule énergie de sa persévérance et de son droit, arrive au triomphe de sa foi. Ce spectacle, en nos jours, est digne d'attention.

De plus, ce n'est point perdre de vue la France. En vérité. Monsieur, qui montre mieux jusqu'où va la propagation des idées françaises, et ce que pourra la France quand elle comprendra sa mission de première fille de l'Église, de sœur atnéedes nations chrétiennes, qui le montre mieux, je vous le demande, que ce peuple batave, profondément séparé de nous par la langue, par les mœurs, par la religion dominante, parle sol et le ciel, autochtone^ s'il en fut et tout-à-fait suigenerîs, et qui pourtant n'a jamais maoqué d^se mouvoir à tous nosmouvc-

meBts, de battre à chaque pulsation delà France?

Four ne pas remonter plus haut que le seizième siècle, et sans parler des premiers rois francs qui ont fondé Téglise d'Utrecht, ni des derniers ducs de Bourgogne qui ont vu sous leur règne le plus grand éclat de cette église et de ce peuple, au xvi" siècle, sa révolution ne fut consommée, que le jour où la politique française sacrifia les intérêts catholiques à l'antagonisme des maisons d'Autriche et de Sourbon.

L'église néerlandaise se relevait, quand le jansénisme français, qui y subsiste encore, vint s'y abattre, et y jeter ses racines les plus vénéneuses et les plus vivaces. Que de choses la Hollande peut nous apprendre sur le» intrigues qui ont si douloureusement remué la France et le monde chrétien.

Mais le jansénisme, fait philosophe, nous valut une révolution qui renversa l'Église en France, et la releva dans la Hollande. C'est l'uniforme spectacle de nos cinquante années. Jamais en aucun temps les passions de l'homme ne furent plus librement agitées, et jamais la volonté de Dieu ne s'est faite sur la terre plus souverainement.

Ainsi, quand les généraux de la Convention, passant sur le corps de la Belgique, sur ses églises et ses monastères, s'en vinrent proclamer, de Bréda

à GrouÎBguc, Fégalité de tout homme devant la loi, ce fut le moment où les catholiques relevèrent enfin leur tcle humiliée, et se réveillèrent d'une oppression plus dure que celle des Irlandais.

Napoléon fit son frère roi de Hollande, pour avoir des conscrits, des marins, une flotte, un blocus continental. Dieu se joua du conquérant, comme des commissaires de la Convention. Le roi Louis ne parut sur le trône que pour achever de réhabiliter, par son exemple, par ses lois tutélaires, par tout son règne , ces catholiques qui ne pouvaient croire à leur émancipation. Nous dirons, en détail, ce que fit pendant sa courte royauté de trois ans ce bon roi Louis , comme l'appelle la Hollande , si équitable et si honnête, qu'il demeure béni de tous, et populaire encore, après quarante ans, dans tous les souvenirs.

Le congrès de Vienne mit la Belgique et la Hollande sous la rude main du roi Guillaume I*"^. Habile parfois, surtout par sa ténacité, il n'épargna rien pour fondre ensemble Belges et Bataves, protestants et catholiques. Le péril fut extrême pour l'Église dans toute l'étendue des Pays-Bas. Plùsle danger croissait , moins on voyait le moyen de sauver à la fois les catholiques belges et ceux de Hollande. La crise était au comble, quand vint 1830. Le libéralisme triomphant détacha la Belgique de la Uol-

lande, en tnêmé temps que le déYOueinônt des Brabançons obtint, dans la Néerlande, une ovation nationale, et devint le rempart de la patrie.

Mais il fallait encore le contre-coup de 48&6 p(Our achever, d'une part, de classer la Belg{({ite» en retrempant sa nationalité, et en la détachant de notre démocratie violente ; et d'autre paH , pour provoquer l'émancipation définitive du catholicisme hollandais. Ce qu'on espérait à peine, après vhigt ans d'agitation pacifique, quelques jours l'ont accordé : le rejet duplacet, le culte publie y le droit de réunion et d'assemblée , l'espoir fondé d'ua enseignement libre, Vélectïon directe appelant tous les catholiques à entrer dans la vie politique, et à marcher de front avec leurs plus dédaigneux rivaux.

L'homme s'agite et Dieu le mène. Cela parut si manifeste en ç^tte circonstance qu'une personne qui ne se dissimule pas les périls des temps présents m'écrivait ces paroles remarquables :

« Maintenant , puisse la France comprendre sa nrission I qu'elle marche en avant vers Rome et nous la suivrons : autrement, elle sera devancée. Si vos hommes politiques s'obstinent à tenir TÉ-»glise ensusfHcion et en sujétion, les hommes d'£tot de nos pays protestants, pourraient bien compren**drè autrement, de leur point de vue humai^^ riot^

{Kirtaoce diteatholiGlsnie. Qui saits*il n*y aurait pas« pareiemple» à Saint*Janics, un politique qui se dirait, que pour primer sur la France, une chose seule manque à l'Angleterre, c'est d'ajouter à son immense production manufacturière, à son commerce cosmopolite, à son vieux patriotisme, la fé** condité, l'énergie, l'expansion du principe catholique. L'Angleterre convertie rétablirait l'union religieuse des dix-sept provinces que la réforme seule a. pu disjoindre : l'apostolat de l'Irlande et de l'Angleterre recommencerait, et s'en irait au Nord et en Germanie, en passant par la Hdlande* Si la France s'y joint, M. de Maistre aura prophétisé; le rendez-vous sera à Constantinople. Smon, Paris tombera au-dessous de Byzance, et nous périrons dans les ignominies du Bas-Empire. »

Je ne sais. Monsieur, si ce sont là des idées napoléoniennes \ mm en voyant tout-à-coup, par des péripéties si inattendues, monter au suprême pouvoir le fils de ce bon roi Louis^ si étranger parmi nous, que même, à cette heure , la France connait à peine ce nom béni de nos frères de Hollande, je me suis demandé si Dieu l'avait oublié : s'il ne récompensait pas le père d'être descendu du trône, pour n'être pas complice des aberrations impériales, en plaçant son fils si haut, à la voix de six millions d'hommes? Dieu veuille achever cette

grande leçon , et faire comprendre que lui sçul peut maintenir un homme, un nom, on peuple sur un pavois aussi glissant.

Ne nous flattons point toutefois d*être vite compris et facilement satisfaits. Nous ne sommes pas de meilleure condition que nos frères de Hollande, d'Angleterre , dlrlande. Savons-nous ce qu'ils souffrent pour conquérir le royaume de Dieu ? com* bien de forts et de violents, avant de l'emporter, se sont consumés en labeurs? J'aimerais, Monsieur, je vous l'avoue, à redire encore quelque chose de ces longs et opiniâtres combats. Ce passé de nos frères est notre histoire d'aujourd'hui et de demain, on plutôt c'est la même lutte pour tous, à tous les points du ciel, depuis trois cents ans.

Agréez, iMonsieur, le profond respect de votre

très humble serviteur,

Fr. J.-B. PiTRA,

De Tabbaye de Solesme.

20 mars ISA 9, en la veille de la fête de saint Benoit.

Trente lettres devaient, à partir de cette date , se suivre de près dans le même recueil; nous livrions notre portefeuille avec pleineliberté de l'ouvrir à notre choix ; l'éditeur à son tour se réservait son triage au gré des événements. Un tiers survint, Témeule plus ou moins permanente, la révolution

toujours dèraillée. Nôtre plan fut touleverééj et le Voyage néerlandais, au bout d'un an, avait & peine fourni la moitié de ses étapes.

Noïre plan priniîtif avait trois setlîoris principales : d'abok'd, quelques excursions prélimli^aireé donnaient les vues d'ensemble , les origines , lés traditions , et tnenalent rapidenlent à la chule de rév^ché princier d'Ulrecht. Cette chute et la tongue désola^tt de cette Église , ravagée par tons lesïléaûx, nous préioccupaît par dessus tout ; puis lés temps modénies devaient être touchés , mais incidemment, et pour indiquer un meilleur avenir. Ce fut par là qu'il fallut commencer ; quelques notes sur le roi Louis devinrent de circonstance et presque de vogue. Le reste du temps , et c'est un reproche peut-être à nous faire , se perdit dans le lointain des origines bataves. Ainsi notre œuvre, prise tantôt par les pieds , tantôt par les cheveux , toujours informe et mutilée , demeura à l'état d'ébauche insignifiante et indéfinissable.

Plusieurs nous ont fait ce reproche , et pour y répondre on nous propose de faire un liVre ; afin de ne pas édhouer en cette troisième tentative d'Études sur la Hollande , nous entrons immédiatement en matière : sans perdre de temps à remanier les pièces que "nous avions préparées pour une antre de^ination.

PttEMtÈRE PARTIE, la floUaBde calboliqne avant h réionne.

Vues générales. — Origines et traditions.

yragmetil dnne lettre à' 1. Philippe Guignard, élève de l'École des

Charles, archivisie.

5 mai 18&7.

iflON CHER AMI ,

Je suis à peine entré dans la Hollande , qnej'e m*étonne déjà de Tétrange et dédaigneux oubli qu'on a eu pour les catholiques de ce pays. Je viens de feuilleter le livre d*un observateur intelligent ^ impartial, qui m*est tombé sous les yeux à mon arrivée (1). L'auteur, familiarisé avec les régions du Nord, se proposait de trouver les traditions littéraires et poétiques de la vieille Hollande; il a dû parcourir tout le pays jusqu'au fond de la Frise. Il a va beaucoup de choses; il a parlé de tout en très beaux termes. Deux millions de catholiques et à

(1) Letlret sur la Hollande, par M. X. Marmer.

peu [H-ès dix siècles de traditions lui ont seule* ment échappé. J'ai peine à m*en croire moi-mêoie et je feuilleté une nouvelle fois son livre; cent pages au moins ont dû se soustraire à mes yeux. J'ai beau revoir une à une ces pages , jolies du reste , légèrement savantes et décemment mpndaines, j'arrive au bout du livre sans soupçonner ni les mille ans du Batavia sacra, ni trois siècles de luttes formidables , ni cinquante ans d'une transformation qui remue la Hollande sur tous ses pilotis séculaires ; rien , vous dis-je , du passé , du présent , de l'avenir catholique de ce pays.

J'ai besoin d'expliquer à vous comme à moi ce phénomène. Dcûez-vous, me disait-on à mon entrée dans la Hollande , des livres, des voyageurs et des voisins. Les livres se copient , les voyageurs imaginent ou s'abusent , les voisins trompent. Mais la plus décevante chose , h mon avis , et la plus déçue , c'est le visiteur attitré , recommandé , attendu à jour fixe , au poste assigné. Il y trouve la courtoisie hollandaise , qui le festoie , lui parle sa langue , le promène par la main, et le ramène à la frontière , un bandeau sur les yeux , ravi aux anges , et encore mieux mystifié. C'est le sort immanquable du touriste littérateur, qui se présente, ses tablettes en main , son album sous le bras , surtout s'il a le triple inconvénient d'ignorer la

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