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Apologie du prince d'Orange

34 Hi:VUE xNATIONALE.

république des Pays-iîas : république à peine visible en ses commencements et qui semblera toujours bien petite si Ton regarde uniquement l'étendue de son territoire , mais qui se revêt de grandeur dès que l'on vient à considérer son caractère, son génie et sa fortune.

Chose admirable et qui fait bien connaître toute la force d'âme de ses premiers fondateurs ! sur leur ordre on frappe en l'honneur de l'Union, on répand parmi le peuple qu'ilsappellent à la défendre, une médaille où elle est figurée sous l'image d'un navire sans mâts, sans voiles, sans gouvernail, battu des vents, à la merci des flots, sur une mer sans rivages, et portant cette légende intrépide, ce défi jeté au destin : F a ta viam invenient .

Ainsi invoqué par ces magnanimes, le destin ne fut point trompeur. Le vaisseau désemparé de la République tint bon contre les plus furieux assauts.

D'une condition précaire comme il s'en était peu rencontré dans l'histoire, la Hollande s'éleva dans un espace de temps très-court à la plus extraordinaire prospérité. En dépit d'un établissement politique très-défectueux , qui n'était à bien dire qu'un pacte fédératif conclu à la hâte, où ni la nature ni la hiérarchie des pouvoirs, ni la notion de l'État ni ses rapports avec la cité et avec l'Eglise n'étaient clairement définis, et qu'il fut toujours impossible de perfectionner tant étaient opiniâtres les jalousies provinciales et municipales et les ombrages de l'esprit de secte; en dépit d'une constitution si vague qu'on ne sut jamais bien oi^i elle plaçait la souveraineté : dans le sénat des villes, dans les états provinciaux, dans les états généraux ou bien dans le stadhoudéral; en dépit des conflits, des révolutions que ne pouvait manquer de susciter une loi si mal faite, la République s'assura en elle-même. Si elle ne fut jamais un Etat selon la science politique, on peut dire qu'elle fut mieux, car elle fut une patrie aimée passionnément, une religion vivante dans le cœur du peuple. La foi chrétienne aussi , qui fut là plus qu'ailleurs une foi nationale et qui se confondit avec le patriotisme, eut sa part, sa grande part dans les vertus qui maintinrent la République.

Pendant une période d'environ deux siècles, son accroissement, son éclat, furent prodigieux. Malgré les vices de son gouvernement, malgré les ambitions opposées du stadhoudérat et des municipes qui lui laissaient peu de repos, malgré l'orgueil de son oligarchie qui s'infatuait et se rendait haïssable au peuple, elle étendit de plus

en plus son influence au deliors; elle fonda par delà l'Océan des établissements solides, acquit avec probité des richesses inouïes et s'en servit pour instituer une bienfaisance publique exemplaire. On la vit se mesurer sur terre et sur mer avec les plus puissants Etats, arrêter l'orgueil d'un conquérant , donner un roi à un peuple rival et dans le même temps maintenir chez elle des libertés singulières; cultiver les sciences et les lettres, s'illustrer dans les arts, éclairer la conscience des nations et les f>rincipes du droit nouveau par des écrits d'vnie admirable sagesse; décliner enfin, il est vrai, s'altérer dans ses vertus civiques, descendre au moindre rang des États, |>uis succomber sous l'invasion étrangère et perdre jusqu'à son nom ; mais plutôt, il faut le dire, par l'effet des changements survenus dans Tordre général de la politique européenne que par les conséquences de ses fautes, bien qu'elle en ait commis, et de très-grandes : respectable d'ailleurs encore sous le nom de royauté et sous une dynastie nationale, par des traditions, par des mœurs et par des libertés qui gardent l'ineffaçable cmni5int(3 de sa première et no!)le origine.

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