La Hongrie après le traité de Trianon
Dans les pays occidentaux le public n'a jamais, même pendant les années florissantes de paix, d'efforts et de travail, été bien au courant de la situation en Hongrie. C'est là peut#être une des raisons pour lesquelles on s'est mépris sur le rôle de ce pays dans la grande guerre et qui, bien qu'il n'ait pas figuré devant le tribunal de la paix en accusé principal, ont fait qu'il a expié plus durement que les autres.
La paix est entrée en vigueur avant même d'avoir été conclue et la Hongrie mutilée est dans la géographie de l'Europe un petit État nouveau, couvrant à peine le tiers du territoire qu'il occupait depuis mille ans.
Lors de la ratification du traité, quelques paroles de sympathie ont été prononcées à l'adresse de ce mal* heureux pays ; il y a peut-être des esprits qui estiment injuste le sort réservé à la Hongrie, mais, faute d'une connaissance approfondie de la situation, la bienveillance ne trouve aucun point où s'attacher.
Une connaissance approfondie . . . Voilà précisément ce qui manque, quel que soit d'ailleurs le pays dont les traités de paix aient plus ou moins modifié les frontières. Il faut publier de nouveaux livres de
géographie, il faut rectifier la statistique, afin que le politicien, le marchand, l'industriel sachent ce qui sub^ siste encore des anciennes valeurs.
L'inventaire de la Hongrie nouvelle, voilà ce que nous nous proposons dans cet ouvrage. Ceux qui cherchent un rapport objectif et des données statistiques sur la situation créée par le traité de paix pourront les trouver ici.
Quand cet exemple aura été suivi dans les autres pays, les médecins qui se sont chargés de guérir l'Europe pourront établir leur diagnostic avec plus de sûreté.
Américains, qui, il y a soixantesdix ans, vous êtes en^; thousiasmés aux discours du Hongrois Kossuth, qui avez accordé un asile aux proscrits après les combats pour la liberté et qui plus tard avez accueilli par milliers nos émigrants dans votre patrie.
Anglais, vous dont l'antique Magna Charta date du même temps que la charte des libertés hongroises et qui, en 1849, vouliez sauver du péril russe notre peuple écrasé.
Français, qui, il y a deux siècles, avez vu combattre dans les rangs de vos alliés la moitié de la Hongrie, aux côtés de Râkôczi.
Italiens, qui avez vu tant de Hongrois se rallier, pour ritalia Unita, sous le drapeau de Garibaldi.
Allemands, vous à qui nous lient, outre le voisinage, tant de rapports historiques.
Hollandais, vous dont le fils héroïque, l'amiral Ruyter, délivra les prêtres hongrois envoyés aux galères.
Suédois, vous dont un roi, Gustave Adolphe, fut, par la culture comme par l'épée, frère du Hongrois Gabriel Bethlen.
Polonais, vous dont plus d'un roi élu dans des familles hongroises a illustré l'histoire.
Finnois, seul peuple parent du nôtre, dont l'étoile monte justement alors que décline l'étoile de la Hongrie.
Et vous, autres nations de l'Europe, qui dans le bonheur ou dans l'adversité avez été en rapports avec les Hongrois, en tournant les pages de ce livre vous apprendrez à connaître le sort d'un peuple toujours honnête et laborieux à travers mille vicissitudes.
La connaissance peut seule dissiper les doutes et les malentendus et seconder les loyaux efforts de ce petit pays, en lutte pour son avenir avec des difficultés sans nombre.
Ladisîas Buday,
professeur de statistique,
ancien directeur de l'Office Central de Statistique du Royaume de Hongrie.
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La plupart des photographies pubhées dans cet ouvrage proviennent de l'atelier de M. M. Erdélyi (Budapest).
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APERÇU DE L HISTOIRE DE LA HONGF^lE
Musée d'antiquités romaines à Aquincum (Budapest).
connaître les idées directrices de la civilisation occidentale du moyen^âge, lesquelles se dégageaient déjà, et la culture de Byzance, brillante encore de son ancien éclat. L'empire grec avait déjà recherché l'alliance des Hongrois dans leur ancienne patrie et pendant les siècles suivants il entretint encore des rapports très vifs avec le jeune peuple appelé à un développement rapide.
Pourtant, quand les Hongrois durent prendre définitif: vement position par rapport à la religion et à la civilisation chrétiennes, ils se décidèrent sans hésiter pour l'Eglise d'Occident et pour la communauté de culture avec les peuples latins et germaniques. On eût dit qu'ils pressent taient dès lors quel rôle historique leur était destiné dans la propagation de la civilisation occidentale et la défense de cette dernière contre les périls venus de l'Orient.
Le grand souverain de la Hongrie, Etienne, qui par son énergie sut amener ce choix, si utile au développe* ment de la civilisation du X^ siècle, reçut de Rome, avec la couronne, le titre de roi apostolique et devint ainsi en 1001 le premier roi de la Hongrie. Saint^Etienne créa l'organisation économique et politique du nouveau royaume sur le modèle des pays occidentaux, par l'instis tution des sous^^comitats qui, adaptée aux conditions par* ticulières de la vie nationale hongroise, est devenue la base du système des comitats qui est resté jusqu'à l'heure actuelle un facteur essentiel de la vie constitu:= tionnelle hongroise.
En se ralliant à la chrétienté la Hongrie entra en relations intellectuelles plus étroites avec les peuples occidentaux, et plu> d'un souverain hongrois jouit d'un grand prestige dans l'Europe entière.
La Hongrie se hâta de s'approprier la culture écono* mique et intellectuelle des pays latins et germaniques, elle en fut l'extrême représentant vers l'Est, avec la nation croate, réunie à elle dès le XI^ siècle sous une royauté commune, et la nation polonaise, dont l'histoire est sou? vent liée à la sienne. Les peuples croate, hongrois et polonais marquaient la limite de la civilisation occident taie en face de la culture byzantine qui dominait en Orient.
Vers le commencement du XP siècle la vie économique et l'agriculture commencèrent à se développer. Cette évo? lution est intimement unie aux noms des religieux : Aile* mands du Sud appelés en foule des bords du Rhin, Italiens (principalement Bénédictins), Français (Cister* ciens) établis depuis le XIP siècle, ainsi que des évêques français, italiens ou sud^allemands. C'est surtout dans les domaines de l'Eglise que l'agriculture se développe alors.
Sur le terrain du progrès intellectuel la Hongrie doit aussi beaucoup à la culture monacale latine. Le premier
écrivain de la Hongrie fut l'évêque Gérard, d'origine vénitienne ; le premier représentant de l'histoire hon* groise, le notaire anonyme du roi Bêla, avec beaus: coup d'autres prélats, acquit son savoir à l'université de Paris. L'influence des langues et des civilisations sud^alle* mande et française est reconnaissable dans la culture hon? groise depuis l'époque de Saint^Etienne jusqu'à l'invasion tartare, survenue au milieu du XIIP siècle ; on peut
Statue de l'Anonyme (notaire anonyme du roi Béia UI).
distinguer des traits italo^siciliens au temps du roi Kolo# man (commencement du XIP siècle) ; aragonais au temps d'Eméric et d'André II (fin du XIP siècle) ; à l'époque des Anjou (XIV* siècle) la culture hongroise porte le caractère de l'influence franco#italienne ; enfin la Hongrie subit l'influence de la Renaissance italienne au temps du cinquecento, sous le roi Mathias.
La population du pays s'accroît des colonisations étrans: gères, venant les unes de l'est (Petchéniegs et Cumanes au XP siècle) les autres, plus importantes, de l'ouest
(surtout au XIP siècle, et rhénanes, flamandes, wallonnes ou italiennes pour la plupart). Avec ces dernières s'intro* duisent aussi la vie urbaine de l'Europe occidentale et l'architecture gothique ; le gothique français s'est vite implanté en Hongrie..
Dans la dynastie hongroise des Arpad, une des figures dominantes est celle de Saint*Ladislas, à la fin du XP siècle ; il repoussa à plusieurs reprises les armées des Petchéniegs et des Cumanes qui faisaient irruption du côté de l'est, et ainsi, pour la première fois, sauva l'Occident d'une invasion barbare.
Un peu moins d'un siècle après, Bêla III, élevé comme héritier présomptif du trône byzantin, devenu roi de Hongrie, renonce complètement à la culture byzantine pour adopter la civilisation du monde occidental, rivalise en puissance avec les rois de France et d'Angleterre et se considèrent comme appelé à faire rayonner sa puis* sance vers l'est, pratique une politique d'expansion dans les Balkans où il répand la religion et la culture occidentales.
A cette époque — et en général au temps de la dynastie arpadienne, — le territoire de la Hongrie s'accrut de plusieurs conquêtes nouvelles et son prestige lui valut aussi des Etats vassaux. Dès la fin du XP siècle la Croatie fut jointe à l'Etat hongrois et cette acquisi* tion fut le commencement d'une communauté politique de plus de huit siècles ; quelques dizaines d'années plus tard, par la conquête de la Dalmatie, les Hongrois par* vinrent jusqu'au littoral de l'Adriatique et la Serbie, la Moldavie, la Valachie, la Galicie, la Bulgarie etc., reliées au pays, figurèrent comme banats hongrois.
Les discordes intestines entravèrent de temps à autre le développement de la Hongrie. Au commencement du XIIP siècle, quand se développèrent les principes féodaux de l'Occident, la constitution hongroise se fortifia, il est vrai, d'un pilier très solide, la Bulle c/'or (1222) qui,
de même que la Magna Charta des Anglais, plus vieille de quelques années seulement, et la constitution arago;; naise, contient des dispositions importantes assurant les droits de la nation vis^àïvis du pouvoir royal ; cepen# dant certains signes d'affaiblissement économique et social se montraient déjà.
C'est dans ces conditions que se produisit en 1241 une nouvelle et plus redoutable invasion orientale, celle des Mongols, qui dévastèrent pour ainsi dire la Hongrie entière et empêchèrent pour longtemps tout dévelop* pement. Cependant, au prix de sanglants sacrifices, la nation hongroise réussit du moins en ceci que la conquête mongole se brisa dans le pays même, au lieu de s'étendre plus à l'ouest ; plus tard encore les Hongrois purent repousser une seconde invasion. Pendant longtemps le pays ne put se remettre du coup terrible causé par les ravages des Mongols, il recueillit lentement ses for;; ces mais ce ne fut qu'au commencement du XIV^ siècle, lorsque la famille des Anjou, d'origine franco^italienne, monta sur le trône, que le développement national prit une allure plus rapide. Grâce au travail réorganisateur des Anjou le pays se releva considérablement, même au point de vue économique, et redevint une grande puis* sance. L'éclat extérieur ne fit pas non plus défaut ; un membre éminent de cette famille, Louis le Grand, fut élu roi de Pologne, son gendre, le roi Sigismond, sous le règne duquel les villes hongroises commencèrent à devenir florissantes, devint empereur romain.
C'est en ce temps que la Hongrie atteignit à l'apogée de son affermissement intérieur et de sa puissance au dehors. Cette époque brillante dura depuis le milieu du XIV^ sicèle jusque vers la fin du XV^ et vit un peuple hongrois d'environ huit millions d'hommes, nombre con* sidérable pour ce temps, réunis sous la sainte couronne hongroise, lien beaucoup plus solide que le système
Entrée triomphale de Mathias Corvin à Vienne. Page de titre d'un manus» crit de la Corvina.
féodal de l'Occident. La vie économique et la culture intellectuelle étaient également florissantes, l'université de Pécs, fondée par Louis le Grand, la Corvina, la célèbre bibliothèque du roi Mathias Hunyadi (1458—1490), l'université de Presbourg (Academia Istropolitana) et plusieurs chefs#d'ceuvre de l'architecture témoignent que la civilisation hongroise était au même niveau que celle de l'Occident. Le roi Mathias, un des plus grands princes de la Renaissance, protégea les sciences, favorisa les relations intellectuelles avec l'Italie, mais en même temps il fut un diplomate de premier ordre, un souverain ferme et énergique et un capitaine heureux : tout en protégeant son royaume avec succès contre un nouveau péril surgi à l'Orient, il réunit à la Hongrie l'Autriche, la Silésie, la Moravie, la Styrie et la Carinthie et dans ses visées sur le Saint=Empire romain il devint même un rival dangereux pour les Habsbourgs.
Le nouveau péril venu de l'Orient était le belliqueux peuple des Turcs. Ayant conquis au XIV^ siècle les petits Etats qui commençaient à se former dans les Balkans, ils s'efforçaient de marcher sur l'Occident, à travers la Hongrie. Les premières vagues de cette nouvelle invasion étaient venues se briser contre le talent militaire et la résistance héroïque de Jean Hunyadi, père du roi Mathias. L'Europe avait d'ailleurs compris la portée de ces luttes et le pape avait à plusieurs reprises (par exemple en 1448 et 1456) exprimé la reconnaissance de la chré;! tienté entière.
Le roi Mathias lui-même repoussa aussi les Turcs en plusieurs expéditions de moindre envergure, de telle sorte que ces puissants voisins n'osaient plus revenir à l'attaque. Mais pendant ce temps ils recueillirent leurs forces, tandis que, malheureusement pour la Hongrie, après la mort de Mathias ce pays gaspilla les siennes pendant plusieurs dizaines d'années.
La famille polonaise des Jagellons fut appelée au trône de Hongrie. La faiblesse de ces rois permit à l'oligarchie, qu'avait refrénée Mathias, de reprendre sa puissance et les discordes éclatèrent entre les grands. Avec l'ordre, la prospérité économique fut aussi détruite et pour l'ennemi extérieur l'occasion était propice. En 1526, à Mohâcs, l'armée turque porta un coup décisif à ce royaume en désunion. Le roi Louis II, de la maison des Jagellons, périt aussi dans cette bataille et la cata? strophe fut suivie d'un conflit intérieur encore plus grave : la nation se partagea en deux camps, le premier proclama roi Ferdinand de Habsbourg, le frère cadet de Charles^; Quint, l'autre un des seigneurs les plus distingués, Jean Szapolyai. Les dissensions durèrent plusieurs dizaines d'années et malgré les sanglants sacrifices de l'héroïsme hongrois dans la lutte contre les Turcs, poursuivie en même temps, le pays ne put échapper à sa destinée de martyr : pendant un siècle et demi, déchiré en trois, il lui fallut combattre pour son existence et supporter l'oppression turque, mais, près de périr, il arrêta cependant la marche vers l'Occident des conque* rants barbares.
Les rois de la maison de Habsbourg ne pouvaient régner qu'à l'ouest et au nord de la Hongrie ; les plaines iera tiles qui s'étendent au centre du pays et dont la popu* lation, purement magyare, est la plus dense, de même que la région fluviale du sud, étaient occupées par les Turcs, tandis qu'à l'est, entourée par les montagnes, s'était formée une principauté hongroise indépendante, la Transyl^^ vanie, sous des princes élus parmi les grands seigneurs du royaume et dont quelques-uns jouèrent un rôle considérable dans la politique européenne.
Le XVL' et le XVII^ siècles turent un temps d'épreuves cruelles pour le pays déchiré, bien qu'on vît s'élever plus d'une grandiose figure de chef et que la masse du
10 APERÇU DE l'histoire DE LA HONGRIE
peuple continuât avec ténacité l'œuvre de la défense nationale, en une longue série d'obscurs sacrifices.
La petite principauté de Transylvanie était alors le rempart de la nation hongroise. En face de la dynastie des Habsbourgs comme en face des conquérants turcs elle détendit ses frontières et son indépendance par des traités et des accords pacifiques et au besoin par l'épée.
Dans les autres parties du royaume les frontières étaient indécises. La Hongrie des Habsbourgs possédait de son propre territoire autant qu'elle en pouvait maintenir contre les Turcs. Mais dans ces luttes incessantes la nation saignait de plus en plus. La maison régnante, dont les chefs portaient en même temps la couronne du Saint* Empire Romain, aidait bien à la résistance, au moyen surtout d'armées mercenaires allemandes, mais pas assez pour chasser les Turcs. Les soldats allemands rançon* naient le pauvre peuple autant que le faisaient les Turcs en territoire conquis ; aussi la vie économique et la civi* lisation étaient*elles arrêtées dans leur développement et ne s'étendaient guère hors de la Transylvanie et de quelques villes marchandes ou minières de la Haute* Hongrie septentrionale.
C'est dans les régions occupées par les Turcs que la situation était la plus critique. Peu soucieux de culture occidentale, trop indolent pour tout progrès économique, mais toujours prêt à rançonner impitoyablement la popu* lation, après que celle*ci avait travaillé durement, le régime étranger cueillait tous les fruits de son labeur.
Pourtant, même dans ces époques difficiles, la nation hongroise trouva des consolations : mainte prouesse, maint exemple éclatant de valeur et de vertus militaires lui inspirèrent la foi en son avenir.
C'est ainsi qu'en 1566, à Szigetvâr, l'héroïque défense du comte Nicolas Zrinyi, en 1536 celle du capitaine de Kôszeg arrêtèrerît les Turcs dans leur marche sur Vienne
APERÇU DE l'histoire DE LA HONGRIE 11
et que les noms d'Etienne Losonczi qui défendit Temesvâr (1552), et d'Etienne Dobô, le défenseur d'Eger (1552) sont restés des exemples d'héroïsme. La famille Zrinyi, croate d'origine mais hongroise de cœur et de langage, a donné encore au pays plusieurs patriotes éminents : un autre, Nicolas Zrinyi fut en même temps un sage capitaine, un profond politique et l'un des poètes hongrois les plus estimés.
Les soucis de la défense nationale n'exclurent pas le développement de la culture intellectuelle, auquel furent apportés de grands soins. Les écoles se répandirent, à la place des universités disparues une autre fut établie à Nagyszombat, grâce à la générosité du cardinal Pierre Pâzmâny, une des figures dominantes de l'époque dans le domaine de la culture, de la politique et de la litté* rature. Nicolas Olâh, Nicolas Esterhâzy, certains membres des familles Zrinyi, Wesselényi etc peuvent être rangés dignement à côté de Pâzmâny.
Pendant ce temps de grands progrès politiques et intellectuels étaient réalisés en Transylvanie. Ce petit pays eut bientôt la fierté de voir un de ses princes, Etienne Bâthory, élu roi de la Pologne, (1576), dont il fut un des souverains les plus remarquables : il mérita le nom d'Etienne le Grand.
Au début du XVI^ siècle la Réforme eut bientôt en Hongrie un grand nombre de partisans et de zélés propagateurs. Mais tandis que la maison des Habs* bourgs persécutait les Protestants, la Transylvanie indépen* dante non seulement leur assura bien vite une liberté complète mais encore, jusque dans le royaume de Hongrie, conquit et sauvegarda la liberté de conscience. Ce ne fut pas sans combats, car il s'agissait de défendre non seulement les droits du culte protestant, mais encore ceux de la nation entière, continuellement lésés par la maison régnante et par ses conseillers. Les épisodes les
plus marquants de cette lutte sont le soulèvement d'Etienne Bocskay, prince de Transylvanie, qui, dans les premières années du XYII*^ siècle, par la paix de Vienne, força la dynastie à reconnaître les droits de la nation hongroise et du protestantisme, puis les guerres de Gabriel Bethlen, entre 1620 et 1630. Ce prince de
Abbaye de Pannonhalma fondée en 1001.
Transylvanie avait été proclamé roi par la diète hongroise, contre Ferdinand II, de la famille des Habsbourgs. Mais Bethlen, bien qu'il portât le titre de roi, n'accepta pas effectivement la couronne. Cependant il prit une part active dans la guerre de Trente Ans, aux côtés des souverains protestants en lutte contre la maison de Habsj: bourg et fut l'allié favori du roi de Suède Gustave*
APERÇU DE l'histoire DE LA HONGRIE 13
Adolphe. Entre la Transylvanie et les pays occidentaux, y compris cette fois l'Angleterre et la Hollande, il s'établit, dans le domaine de la politique et de la culture, des relations aussi vives qu'au temps des Anjou et du roi Mathias, l'époque la plus brillante de la Hongrie. Des savants étrangers et hongrois se rencontraient à la cour de Gabriel Bethlen, dont le trait suivant montre bien l'esprit éclairé : bien que protestant fervent, il assista le jésuite Kâldy dans sa traduction de la Bible. La littérature roumaine doit aussi ses commencements aux soins apportés par les princes de Transylvanie à la diffusion de la culture : la première œuvre de la littérature roumaine est la tra* duction de la Bible, faite sur l'ordre de Georges Râkôczi.
Si l'élection de ses princes n'avait pas troublé de temps en temps le repos de la Transylvanie, c'est sûrement de là, de cette forte bastille, que serait parti le mouvement de renaissance du pays tout entier. Malgré cette dis* persion des forces, après Bethlen, c'est encore avec l'aide du prince de Transylvanie que la nation hongroise s'efforce de défendre ses droits contre la maison régnante : c'est ce qui arrive plus tard, lors du soulèvement d'Eméric Tôkôly, puis, au commencement du XVIIP siècle, avec François Râkôczi, appuyé par la France et la faveur de Louis XIV.
Au temps des guerres de Râkôczi, la plus grande partie du royaume était déjà libérée de la domination turque. Les orages du XVI^ et du XVIP siècle n'attegnaient pas seulement le peuple hongrois, qui luttait en même temps pour sa foi, ses droits et son existence, mais encore les conquérants asiatiques, liés par la résistance hongroise à tel point qu'ils ne purent poursuivre leur marche vers l'Occident. Si les Turcs étaient un peuple guerrier, ils n'étaient pas aptes à fonder et à affermir un Etat, aussi leur règne ne pouvait^^il être durable en Hongrie : peu à peu il tomba en ruines.
14 ^ APERÇU DE l'histoire DE LA HONGRIE
Après l'exode des Turcs, les régions dévastées par eux présentaient l'image de la désolation. La population hongroise qui les habitait avait presque entièrement péri, mais avec elle avait péri également l'ceuvre d'une civilisation plusieurs fois séculaire. Des territoires immen^: ses étaient incultes et déserts ; les chemins étaient défon;; ces, les broussailles couvraient les terres de labour, le long des rivières il n'y avait plus que des marécages. La population hongroise, considérablement réduite, ne suffisait plus à peupler ces régions, c'est pourquoi l'Occis dent, où la population était plus dense, envoya des essaims d'émigrants, — des Allemands surtout, des Français en plus petit nombre — défricher ces territoires, restés ainsi en jachère au centre même de l'Europe ; d'autre part on alla chercher des colons parmi les races fécondes des Etats balkaniques, encore en voie de forma:= tion : on établit en Hongrie des Bulgares et des Serbes (ces derniers obtinrent même des privilèges spéciaux) ; on autorisa même l'établissement des Roumains, qui jusque là menaient surtout une vie pastorale, mais ils affluèrent en si grand nombre qu'on dut plus tard res* treindre leur immigration. Ce ne furent pas les Hongrois qui prirent l'initiative de cette colonisation, mais au contraire le gouvernement des Habsbourgs, en vue d'afifaiblir en Hongrie la prépondérance de la race magyare, dont les aspirations à la liberté s heurtaient constamment à la politique centralisatrice de la maison régnante.
C'est vraiment alors que la Hongrie, dévastée, saignée et réduite environ à 2 millions d'habitants, devint un Etat à nationalités. Cette colonisation avait commencé au début et duré jusqu'au milieu du XVIIP siècle et c'est elle qui introduisit environ 45"/o des éléments non magyars ; ceux-ci s'accrurent en force et en nombre sur ce sol longtemps en jachère que les Hongrois avaient
APERÇU DE l'histoire DE LA HONGRIE 15
peuplé pendant plus de huit cents années et arrosé de tant de sang.
En 1848, un siècle et demi après le soulèvement de François Râkôczi, les Hongrois durent encore une fois prendre les armes pour la défense de leurs droits et l'intervention des Russes put seule étoufïer le mouvez ment. Le triste dénouement de cette lutte fournit à la dynastie une nouvelle occasion d'afifaiblir l'élément ma* gyar en accordant aux autres races, surtout aux Serbes et aux Roumains, des faveurs spéciales : en autorisant les Grecs Orientaux à constituer une Eglise nationale etc.
Chaque fois qu'elle voulait affaiblir les Hongrois en lutte pour la défense de leur constitution, la dynastie gâtait par des moyens artificiels les bons rapports entre eux et les nationalités. La culture de ces dernières avait toujours été développée par les Hongrois eux-mêmes ; depuis la fin du XVIIP siècle les livres serbes et rouj: mains étaient imprimés par l'université de Budapest où se formèrent aussi les intellectuels des races non magyares; la mésintelligence commença surtout en 1848, alors on commença d'attiser le mécontentement jusque dans la nation croate, véritablement sceur de la nation magyare.
A cette époque les sympathies du monde civilisé pour le peuple hongrois se manifestèrent de la façon la plus vive : légions polonaises prenant part à la lutte, inter? pellations au Parlement anglais, accueil de Londres à Kossuth en exil et voyage triomphal de ce dernier en Amérique, sympathie de l'Italie aspirant à l'unité et que fécondera plus tard le sang des légionnaires hongrois combattant pour la liberté italienne etc, mais la nation hongroise dut néanmoins se confier à ses seules forces pour recouvrer sa constitution.
Elle y réussit pacifiquement, en 1867, après les revers de l'Autriche dans les guerres d'Italie et de Prusse, la
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dynastie des Habsbourgs finit par reconnaître que par suite de sa position géographique et de sa maturité politique la Hongrie formait la partie la plus forte et la plus viable de la monarchie et comme son centre de cristallisation. Depuis ce temps et jusqu'au début de la guerre mondiale, aucune disharmonie ne troublait en apparence le développement de la Hongrie et véritable* ment, pendant cette période de travail et de paix, le pays faisait des progrès extraordinairement rapides dans toutes les branches de la vie économique et intellectuelle. Cependant un esprit clairvoyant pouvait déjà reconnaître que cette allure trop prompte entraînait de lourdes charges et qu'au milieu de la concurrence mondiale la Hongrie se trouvait dans une situation inférieure par rapport aux Etats occidentaux.
Pendant plus de deux siècles elle avait fait de son corps à l'Occident un rempart contre les Turcs, tout en luttant pour sa propre indépendance contre la dynastie qui cherchait à l'absorber : ces combats avaient dépensé les ressources du pays et empêché d'accumuler de nou* velles réserves. Tandis que dans l'Occident le progrès suivait lentement son cours et que la vie économique plus compliquée des temps modernes pouvait s'élever sur une base ferme et déjà vieille, la Hongrie, après des siècles de guerres et un appauvrissement complet, devait en quelques dizaines d'années rattraper le temps perdu. C'est pourquoi le manque d'hommes et de capitaux se fit constamment sentir, comme nous l'exposerons plus loin.
Bien que son étroite unité géographique et la faible force d'expansion de son peuple ne lui permissent pas de songer à des conquêtes extérieures, son union avec l'Autriche et l'esprit militariste général en Europe for* cèrent la Hongrie à supporter, au milieu de luttes écono* miques bien au dessus cie ses forces, le poids d'armements qui ne lui laissèrent plus de ressources pour des inves*
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titions plus utiles, telles que les autres pays en pratiquaient depuis longtemps.
Un problème aussi grave et qui, surtout depuis quel;: ques dizaines d'années, entravait le développement paci* fique des forces hongroises, est la question des natio* nalités, avivée artificiellement ; le gouvernement avait trouvé la solution juste par la loi de 1868, mais, encoura* gés d'un autre côté, quelques exaltés envenimèrent de telle sorte la situation qu'il fallut enfin la juger en se plaçant au point de vue de la sûreté de l'Etat.
Tout bien considéré, l'époque orageuse des XVP et XVIP siècles a été la plus funeste ; si la Hongrie peut dire avec fierté que par son sacrifice elle a permis alors à l'Europe de se développer tranquillement, il est hors de doute que par ce sacrifice même la nation hongroise a mis en jeu ses intérêts vitaux et en fin de compte, comme nous avons maintenant la douleur de le constater, aidé à la catastrophe du XX^ siècle.
Dans les lignes suivantes nous ne nous proposons pas de discuter la question de la responsabilité de la guerre. Bien qu'en 1914 la Hongrie fût déjà un des membres d'une grande Puissance, la monarchie austro^hongroise, elle était cependant dans la politique mondiale un trop faible facteur pour pouvoir exercer une influence déci;= sive sur l'ouverture des hostilités.
Si d'ailleurs elle avait quelque influence, elle s'en servit en tout cas dans l'intérêt de la paix. C'est dès à pré* sent un fait universellement connu et que personne ne songe à nier que le comte Etienne Tisza, alors président du conseil des ministres hongrois, s'est opposé à la déclaration de guerre jusqu'à la dernière minute.
Nous pouvons donc examiner ici la question à un autre point de vue : la Hongrie pouvait^^elle avoir un intérêt quelconque à se mêler à la lutte? En cas de victoire, quels avantages aurait*elle pu espérer? Pour tous les hommes clairvoyants, dès le début, la réponse était évidente : aucun. L'étroite unité géographique de ce pays, à laquelle nous ferons encore allusion plus loin, peut, maintenant que la guerre est perdue, nous faire espérer qu'un jour l'homogénéité économique et intellectueUe du peuple hongrois pourra peut-être se manifester dans des limites moins étroites que ne le prévoient les clauses sévères du traité de Trianon, quand bien même notre territoire ne serait pas exactement celui
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d'autrefois. Mais d'autre part cette unité géographique est tellement définie qu'elle n'aurait pas permis une ex* tension au dehors, aussi était^il impossible dès le début que la Hongrie songeât, même après une guerre victo* rieuse, à accroître son territoire, ne fût-ce que provisoire* ment, au delà des frontières de 1914. Aux obstacles géographiques s'ajoutaient encore des obstacles ethniques, dont le principal était que les pays environnants étaient habités par une population diverse mais partout assez homogène en ses éléments et dont, indubitablement, l'influence n'aurait pu se faire sentir en Hongrie qu'à la façon d'une force centrifuge. Aucune promesse de victoire, aucune espérance ne pouvaient donc abuser la Hongrie, forcée de prendre part à la guerre. Outre cette fidélité tenace qui a de tout temps caractérisé notre pays et qui lui fît tenir jusqu'au bout, au prix des plus grands sacrifices, aux côtés des alliés que les constellations polis: tiques lui avaient assignés longtemps avant la guerre, un espoir pouvait tout au plus guider la Hongrie, celui de contribuer à affaiblir le tsarisme russe, danger conti* nuel pour la paix de l'Occident. Si en effet la propa:» gande russe était surtout désagréable aux puissances occidentales dans leurs possessions asiatiques, c'est de tout près, en Europe même, qu'elle menaçait la Hongrie. Les événements ont prouvé que les pressentiments du peuple hongrois ne l'avaient pas trompé : bien qu'au début des hostilités la Russie ait rendu des services aux puissances occidentales, vers la fin de la guerre et à la conclusion de celle-ci elle a déjà causé bien des soucis au reste de l'Europe.
Si la guerre a tellement affaibli la Hongrie, ce n'est pas seulement à cause des immenses pertes en hommes qu'elle a subies mais encore parce que, en sa qualité de pays agricole, elle a sacrifié la plus grande part de ses récoltes pour assurer la consommation de ses alliés
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pendant la guerre, ce qui a eu pour conséquences le dépouillement des exploitations rurales des matières propres à la production et la diminution graduelle de la production même.
Si malgré tout la population a tenu jusqu'à la fin de la guerre, il est juste de lui en faire un honneur et non un reproche ; le peuple hongrois n'a jamais failli dans l'accomplissement de ses obligations.
Cependant, vers la fin de la guerre, il n'est pas éton# nant qu'il se soit rencontré aussi des exceptions et qu'une agitation ait commencé contre le pouvoir central qui commençait à faiblir.
C'est pourquoi, en Hongrie comme dans les autres Etats vaincus, sans exception, la perte de la guerre a entraîné de graves secousses révolutionnaires. Mécon? tents de la situation politique intérieure, les éléments qui ambitionnaient le pouvoir, commencèrent une agita* tion systématique, en premier lieu dans l'armée, puis dans les couches populaires ennemies de l'ordre, et préparèrent ainsi la sédition.
Par malheur pour la Hongrie, les. hommes qui auraient eu assez d'énergie pour tirer les conséquences de la défaite et liquider la situation intérieure en ménageant le plus possible la population, déjà si éprouvée, et les richesses économiques du pays, étaient alors éloignés du pouvoir. Le gouvernement ne sut pas endiguer l'agitaj: tion et le 31 octobre 1918 l'ordre public s'efïondra, sans pourtant que cette révolution eût véritablement sa cause dans l'irritation populaire. Ce n'était là que l'ceuvre de quelques agitateurs qui visaient au pouvoir et la foule y assista passivement, la supporta plutôt qu'elle ne la fit, dans une indifférence apathique.
Il est d'autant plus regrettable que les choses se soient passées ainsi, car ce n'est pas vers la consolidation que les nouveaux dépositaires du pouvoir s'efforçaient de
mener le peuple : complètement incapables de maturité dans leurs actes politiques, ils tâchaient d'accroître leurs camps par des surenchères continuelles. Les nombreuses et sensibles pertes économiques subies pendant la guerre avaient déjà épuisé ce pays, jusqu'alors toujours riche en réserves, mais une année de troubles révolutionnaires ne fit qu'augmenter encore ce stérile gaspillage de forces.
En fait d'événements politiques, contentons^nous de rappeler que la dynastie des Habsbourgs fut déclarée déchue du trône, qu'une république populaire fut pros clamée et que, par l'armistice de Belgrade, dont aucune raison ne justifiait la nécessité, fut perdue l'intégrité territoriale du pays, à peine menacée jusqu'alors. Au point de vue économique, l'annonce de la réforme agraire, proclamée avec tant d'exagération, eut des suites funestes, en éveillant dans l'âme des ouvriers agricoles le désir d'une fortune subite et le peuple des villages passa tout l'hiver dans une attente impatiente et dans l'inactivité, les propriétaires dans l'angoisse, les pauvres menaçant, tous mécontents, au milieu de désordres continuels.
Ce fut une faute aussi funeste que d'entretenir et même, pour ainsi dire, d'augmenter par des secours sans cesse croissant le grand nombre des sans^travail, inévi# table après une démobilisation brusque et sans plan. Avant d'accepter de l'ouvrage, chacun comptait dans ses calculs le - haut secours de chômage qu'il allait perdre s'il se mettait à travailler ; aussi les salaires atteignirent* ils un taux tout à fait disproportionné, par rapport à la cherté de la vie et aux possibilités de production.
Le gouvernement incapable et ignorant qui était alors au pouvoir accueillait toutes les prétentions de la foule avec une telle générosité qu'on eût dit qu'il ne s'agissait pas de guérir les blessures causées par une guerre perdue, mais de partager magnifiquement quelque large contri* bution de guerre,
Ces cinq mois et demi d'ivresse révolutionnaire, qui, au point de vue économique, ont fait presque autant pour l'aftaiblissement du pays que les cinq années et demie de guerre, furent suivis d'événements encore plus funestes aux points de vue politique et économique : l'essai de république des soviets, la dictature du proies tariat, qui dura également cinq mois et demi. Sans parler des brutalités auxquelles la bourgeoisie fut exposée sous ce règne, ni de la longue série des meurtres, nous nous bornerons de nouveau à signaler les fléaux matériels qui ont continué à s'abattre sur ce malheureux pays.
Sur l'immense territoire de la Russie, faiblement peuplé, mais qui abonde en richesses, le régime des soviets a pu assez longtemps être tenté sans que l'écroulement total du pays tout entier menaçât de se produire. Mais pour la Hongrie, rognée de tous les côtés, avec la densité de sa population et son économie nationale déjà fort éprouvée, l'expérience équivalait à une vivisection. Le taux des salaires, que pendant la période précédente les secours accordés aux sans^travail avaient déjà fait monter d'une manière exagérée, fut encore élevé systématiquement. Une socialisation inintelligente réussit, du jour au lende^s main, à créer de lourds déficits dans des exploitations jusque4à florissantes ; pour toucher des secours il suffisait de justifier de la qualité de prolétaire en entrant dans quelques: syndicat improvisé ; au lieu d'une diminution du personnel administratif dans ce pays mutilé, on vit croître à l'infini une organisation si vaste et si développée qu'elle aurait sans doute été suffisante pour administrer un pays de cent millions d'habitants.
Il y eut dans la vie économique une stagnation inconnue jusque là ; un déluge de papier;;monnaie inonda la place, mais la marchandise disparut et le prolétaire, malgré tout son argent et tout son pouvoir, fut exposé d'un jour à l'autre à la famine.
En même temps que la dictature s'écroulait, les troupes d'occupation roumaines envahissaient les quatre cinquièmes du territoire si parcimonieusement mesuré que le conseil suprême de l'Entente a jugé bon de laisser à l'Etat hongrois pour y continuer une vie indépendante.
Il était nécessaire d'esquisser au moins en quelques mots le tableau de ces événements, pour apercevoir les causes qui ont ruiné la vie économique hongroise, fioriss: santé avant la guerre et encore assez vigoureuse à la tin des hostilités.
En dix mois, le règne de la légèreté et de l'ignorance a dépouillé ce pays et la longue occupation roumaine a décimé le peu qui serait encore resté.
Pendant une année les révolutions, pendant une autre l'occupation roumaine ont ruiné la productivité du pays.
Après cinq années de guerre, quel État aurait encore des réserves pour supporter tout cela ?
En passant en revue dans les pages suivantes les dommages subis par la Hongrie, n'oublions jamais qu'en réalité ils sont beaucoup plus considérable:, que ne semblent l'indiquer les statistiques, car la plupart du temps celles#ci ne tiennent pas compte des dégâts causés par la guerrre, les révolutions et l'occupation étrangère.
Mais en commençant par ces derniers nous avons encore une autre raison : quand pour conclure cet ouvrage nous parlerons des aspirations de la Hongrie d'aujourd'hui en matière économique, il sera encore plus évident que la volonté de vivre et les efforts de ce pays dépouillé et démembré méritent pour le moins l'attention.
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Parmi les pays vaincus dans la guerre mondiale aucun n'a perdu de son ancien territoire autant que la Hongrie. La Turquie même, qui au cours des guerres balkaniques de 1912/13 avait bien perdu une grande partie de son domaine d'Europe, a su conserver et son territoire asiatique qui lui assure les conditions de son existence politique, et le Bosphore qui restera même à l'avenir la base de l'Empire Ottoman. Quant à l'Autriche, elle aussi a dû céder à ses voisins la plus grande partie de son territoire ; mais elle n'avait jamais formé une unité organique et ses provinces avaient chacune leur admi;: nistration à peu près autonome et indépendante du gouvernement central.
Par contre, le corps de la Hongrie qui pendant mille ans était resté le même, a été coupé en cinq morceaux et pourtant ni la géographie ni l'ethnographie ne sauraient justifier ce démembrement arbitraire.
Mettons à part la Croatie qui, tout attachée qu'elle était à l'Etat hongrois, jouissait d'une autonomie adminis? trative et qui, même au point de vue ethnique et géo* graphique, se séparait assez nettement de la mère^patrie. La sécession de ce pays (29 octobre 1918) détacha de l'Empire hongrois 42.541 kil. carr. avec 2,621.954 habitants. Par le traité de Trianon signé le 4 juin 1920 le territoire de la Hongrie fut partagé de la manière suivante :
Territoire