‹ La Hongrie après le traité de TrianonChapitre 2 sur 11 · VIII. La Hongrie intégrale · texte numérisé non relu

VIII. La Hongrie intégrale

.Superficie en kil. carr.

l'opul.ition

Densité de 1.1 population par kil. carr.

D'après ces chiffres la Hongrie n'occupera désormais que 91.114 kil. carrés, un tiers environ de son ancien territoire (32'2Vo).

Parmi les États voisins la Roumanie occupe à elle seule 102.787 kil. carr., 36'4% de l'ancienne Hongrie. Ces acquisitions s'étendent sur un territoire qui équivaut en superficie à 78,2-'/o de la Roumanie d'avant les guerres balkaniques. Grâce aux heureuses conjonctures politiques de ces dernières années le territoire de ce pays s'est agrandi de 126Vo. (Voici le détail de ces acquisitions : 78,2"/o proviennent de la Hongrie, 33,9^'o de la Russie, 7,9°/o de l'Autriche, 6,3'^'/o de la Bulgarie.)

Mais le territoire que la République tchèque vient de détacher de la Hongrie n'est pas de beaucoup intérieur en étendue à ce qu'on a laissé à celle-ci pour lui per? mettre de continuer son existence politique. Cette occu* pation comprend 62.937 kil. carr. du territoire hongrois, 22,2^0 de toute l'ancienne Hongrie.

La population de la Hongrie a diminué de 11 millions environ, 59Vo du chiffre total du recensement de 1910. (^)

Il ne sera pas sans intérêt de comparer la densité de la population dans ces différentes régions arrachées à la Hongrie.

Le territoire laissé à l'État hongrois, centre naturel

Densité de la population par km carré.

de la vie économique et des voies de communication présente le maximum: 82,1 habitants par kil. carr. Cette densité dépasse même celle de la France et du Danemark bien que de grandes villes très peuplées se trouvent actuellement au delà des lignes frontières, telles que

(1) Les chiffres du recensement de 1910 ont servi lors de l'étas blissement des nouvelles frontières.

NhW YORK, N, Y,

LIBRARl

Presbourg, Kassa, Szatmârnémeti, Nagyvârad, Arad, Temesvâr, Szabadka etc.

La ville de Budapest et ses environs restent un centre d'agglomération considérable dans la Hongrie nouvelle avec ses 7,481.954 âmes, puisque la capitale, les villages et les villes de la banlieue comptaient ensemble 1,069.040 habitants en 1910 et que ce chiffre atteint 1,172.375 en 1920.

Comme dans ce qui suit nous aurons à parler du territoire laissé à la Hongrie ainsi que des régions occupées par les États voisins, il sera utile de les décrire avec quelque détail.

Contormément au traité de paix signé le 4 juin 1920 la Hongrie ne pourra conserver intégralement que dix comitats sur soixante^trois. Les noms de ceux^^ci sont : Fejér, Somogy, Tolna, Veszprém, Heves, Jâsz:îNagykun? Szolnok, Pest#Pilis?Solt?Kiskun, Borsod, Békés et Hajdu.

Les plus grandes villes après Budapest sont Szeged et Debreczen, chacune a plus de 100.000 habitants. Ensuite viennent des villes ayant un caractère plutôt agricole : Kecskemét, Hôdmezôvâsârhely, Szentes, Baja, Székesfehérvâr, Nyiregyhâza, Makô etc. Parmi les villes industrielles mentionnons Pécs, Miskolcz, Gyôr, Szombat* hely etc. et celles qui se sont formées à proximité de la capitale.

Quant au territoire de la Hongrie nouvelle, celui-ci comprend la plus grande partie des régions dites «trans? danubiennes», situées sur la rive droite du Danube, la partie méridionale de la Petite Plaine magyare située également sur la rive droite du fleuve, la majeure partie de la Grande Plaine mais au sud et à l'est avec des lignes frontières fuyantes, enfin une étroite bande sur les pentes de la Haute^Hongrie.

La carte n° 1 montre que géographiquement la Hongrie a'C'ait une parfaite unité organique citée depuis Reclus

LE SÔL

Comme un modèle d'organisation géographique har* monieuse. Cette unité géographique assura au pays l'unité politique qui ne manqua jamais de se rétablir après maints siècles de luttes et de convulsions. Le centre naturel de ce pays est Budapest, au coude formé par le cours du Danube. C'est là, à Aquincum, aujourd'hui dans la banlieue de Budapest, que l'Empire Romain établit le siège de sa colonie et c'est de ce centre naturel,

Châieau de Fraknô, propriété du prince Esterhâzy (Occ. autrichienne).

à l'abri de frontières naturelles, que les Huns purent organiser leur formidable empire.

L'ancienne frontière de la Hongrie était une ligne à peu près ovale. Les chaînes de montagnes qui, dans un demiïcercle ininterrompu, entourent le pays à partir de l'entrée du Danube jusqu'à la sortie du fleuve, occu= pent trois quarts de cette ligne et atteignent à plusieurs endroits l'altitude de 2000 m. Cette merveilleuse construc*

tion orographique est en même temps la ligne de par:* tage des eaux de la Mer Baltique et de la Mer Noire. Ces montagnes abruptes ne sont pas favorables à l'établis:: sèment de colonies, car celles-ci ne trouvent les condi* tions nécessaires à leur existence qu'à une certaine dis*

Lac de Poprad dans la HautesTàlra (Occupation tchèque).

tance des hauteurs. Ainsi ces montagnes forment une ligne frontière idéale ; à l'intérieur d'un pays au contraire elles empêchent la communication.

Certes le nouvel Etat tchèque et la Roumanie sont dans une situation singulière puisque leurs acquisitions, lesquelles exigent cependant tous leurs soins, sont

LE SÔL 31

séparées par des montagnes hautes de 2000 m. des autres parties de leur pays habitées par une population de moeurs et même pour la plupart de race différentes.

D'autre part ces forces centripètes de la Hongrie sont considérablement favorisées par le système hydro? graphique du pays qui, à l'criception de deux petites rivières (Poprad, Dunaïetz), ne comprend que des cours d'eau s'acheminant tous vers le bassin du Danube. En effet, de l'Ouest, du Nord et de l'Est les eaux des sources descendent vers le centre pour se jeter dans le grand fleuve ou dans la Tisza, son plus grand affluent. Presque tous ces cours d'eau naissent et terminent leur parcours dans le pays même.

Les frontières fixées dans le traité de Trianon coupant en deux toutes ces rivières, leur cours supérieur se trouve rattaché aux Etats nouvellement constitués. Cependant les lignes de communication suivent partout les vallées des rivières, les chemins de fer ne peuvent se dérober à cette loi générale ; ainsi les habitants de ces vallées qui, même auparavant, ne pouvaient se rencontrer que dans la plaine, sont désormais définitivement séparés, du moment que la paix rattache leur pays à un Etat nouveau, tandis qu'elle laisse à leur ancienne patrie les issues de leurs vallées.

C'est pourquoi les frontières nouvelles sont difficiles à caractériser d'une manière précise, car à part quel:^ ques rares exceptions elles n'ont pas de signification géographique. La nouvelle ligne marche en zigzag, l'indétermination et la fantaisie d'un homme politique semblent l'avoir tracée. Bien des villages voisins sont séparés par la ligne fatale ; il arrive même assez souvent que les habitants d'un village doivent aller en pays étranger pour travailler leurs champs.

Et si d'autre part on examine le partage des régions détachées de la Hongrie entre les États vainqueurs.

on aperçoit facilement qu'ici la ligne frontière ne présente pas moins d'anomalies que sur les frontières de la Hongrie nouvelle. Les nouveaux dominateurs sont également mécontents du partage du Banat, par exemple. Cette région fertile située entre la Tisza, le Maros et le Danube

Hôtel Palace à Tâiralomnicz, fondé par l'État Hongrois.

et qui vient compléter naturellement la Grande Plaine hongroise ne peut entrer dans les cadres géographiques d'aucun des Etats nouveaux. Dès lors la frontière qu'on a tracée entre la Serbie et la Roumanie et qui coupe le Banat en deux morceaux inégaux est tout à fait arbitraire. Comme le point de vue ethnographique a été pareille?

ment négligé lors du partage, il est certain que le mécon# tentement des deux parties sera une source inépuisable de conflits entre les États balkaniques si puissamment agrandis.

La région adjugée à l'État tchèque comprend la partie septentrionale de la Petite Plaine magyare située au Nord du Danube, la Haute:=Hongrie, le pays montagneux du Nord:;Est, mais elle étend ses frontières partout jusque dans la Grande Plaine magyare. Ce pays détaché de la Hongrie a une population dont la densité est en moyenne de 56,7 hab. par kil. carr. mais ce chiffre n'est dû qu'aux régions habitées par des Magyars séparés de leur patrie et surtout à l'annexion des villes magyares qui attirent et concentrent la population. Dans la partie ouest de ce pays magyar la densité est de 84,5, tandis qu'à l'Est on compte 70 habitants par kilomètre carré.

Par contre les régions slovaques sont moins habitées; ce sont tout au plus la vallée de la Nyitra et la partie moyenne du bassin du Vâg qui se distinguent par le chiffre de 73.

Sur le Vâg supérieur et le long de la Morava la densité est de 57 ; le bassin du Garam est peuplé de 54,5 habitants par kil. carr., plus à l'est ce chiffre s'abaisse jusqu'à 41.3 et dans la région de la rivière Ipoly il n'atteint plus que 38,8. Dans la Ruthénie qui comprend cepen* dant la vallée fertile et populeuse de la Tisza supérieure la densité de la population descend jusqu'à 37,7.

La conquête roumaine comprend la Transylvanie, une partie du pays montagneux du Nord^Est, une moitié aux contours indécis du Banat et même une large tranche de la Grande Plaine magyare. Ce territoire a une den? site de 51,2 (celle de l'ancien royaume de Roumanie est de 55,6), mais ce sont encore les régions magyares qui viennent relever le chiffre, autrement assez bas, de la densité de population. Au nord, la région magyare

annexée présente une densité de 71,5, au sud on trouve le chilfre de 74,5.

Après la population magyare vient le peuple saxon avec une densité de 58. On relève le chiffre de 55,3, sur le territoire du centre dont la population se compose

'î'tT

Hôtel de ville de Lôcse (Occupation tchèque).

de Magyars et de Roumains. Ce pays qui vit les jours glorieux de l'histoire de la Transylvanie est la ligne d'attache des Székely et des Magyars de la plaine.

Dans les régions roumaines, où néanmoins on relève de notables groupements hongrois, la densité atteint 47,6 au nord du Maros, 41 au sud de cette rivière.

Malgré les dures conditions dans lequelles ils vivent,

les Székely, ce peuple essentiellement magyar, forment au SudïEst de la Transylvanie une masse dont la densité est supérieure à celle des Roumains : 43 habitants par kil. carr.

Les Roumains de Mârmaros et de Beszterce^Naszôd habitent le pays le moins peuplé de l'ancienne Hongrie. Ici la densité n'atteint que 28,9 habitants par kil. carr. Ainsi l'occupation roumaine doit son chiffre relativement élevé de 51,2 presque exclusivement aux groupements considérables des Magyars et des Allemands du territoire détaché.

Par contre la Yougoslavie vient d'occuper des régions très peuplées ; la densité de la population y est en moyenne de 71,5. En dehors de la Bâcska et du Banat, ces pays riches et bien cultivés, les régions wendes des comitats 'Vas et Zala sont considérablement peuplées (85,6). Le Murakôz, pays situé entre la Drava et la Mura, fut la région la plus peuplée de l'ancienne Hongrie avec sa densité de 122,1. Néanmoins les pays annexés par la Yougoslavie comprennent des territoires bien peu homo;; gènes au point de vue géographique et ethnographique.

Le traité de Trianon a concédé aussi à l'Autriche des territoires fort cultivés et dont la densité atteint 77,6.

Dès lors, sans compter les régions adjugées à l'Autriche et à la Yougoslavie, les territoires que la Hongrie a perdus ne sont considérablement peuplés que là où ils enlèvent des régions habitées par des Magyars : la Hongrie nouvelle présente dès lors une densité de po* pulation supérieure à celle de n'importe quelle région détachée.

Ainsi la Hongrie fortement réduite doit pourvoir aux besoins d'une population relativement très dense, alors qu'elle a perdu une partie extrêmement précieuse de ses régions productives et que le pays qui nourrit la popu:: lation des villes, considérablement augmentée pendant la guerre, se trouve resserré et diminué.

On voit dès lors que le partage de la Hongrie a été exécuté au mépris du point de vue géographique et ethnographique ; l'unique effort des partageants tut sans doute de pénétrer dans des régions magyares aussi pro# fondement que possible et d'assurer les conquêtes en

Eaux d'Hercule (Occupation roumaine).

créant ainsi un fort «hinterland» géographique et éco* nomique.

Le peuple des montagnes qui, jusqu'à présent, gagnait sa vie en venant moissonner le blé des habitants de la plaine, fut sauvé de la misère d'une manière singulière^» ment expéditive : on lui rattacha la région fertile de la plaine habitée uniquement par des Magyars.

Il n'est pas certain que ce dédain des facteurs géo? graphiques et ethnologiques d'où est sorti tant de mal? heur pour la Hongrie, puisse toujours être avantageux pour les Etats nouveaux.

D'autre part, un tableau statistique de la culture du sol dans les diverses régions de la Hongrie permettra une appréciation plausible de l'avenir économique du pays :

Territoire

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par mille hectares

Occupation tchèque -..

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Occupation roumaine

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Occupation autrichienne

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La Hongrie mutilée ...

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La Hongrie intégrale...

L'on voit que dans la petite Hongrie l'étendue des terres de labour est à peu près proportionnée au chiffre de la population. Si l'on osait conclure de là, on pourrait affirmer que la Hongrie ne manque pas de céréales. Néanmoins nous verrons plus loin que cet avantage apparent n'a qu'une importance relative.

La petite quantité des terrains consacrés à l'hortij; culture n'a guère de quoi nous préoccuper puisqu'il

s'agit de chiffres insignifiants. L'horticulture est encore en voie d'évohition sur les bord de nos rivières.

Plus grave est la diminution de l'étendue des champs et des pâturages. Dans ces conditions l'élevage du bétail devient un grand problème pour la Hongrie et l'exportation du bétail qui, avant la guerre, était la

La HouMif uiiidlff

Off. itlièqui'

Off. i-oiimaine Culture du sol.

Off. ïoososlavc

Otf. iiiilrifliii'iiDe

ressource principale des Hongrois pour l'acquisition des articles industriels de l'étranger, se trouve sérieusement compromise.

Le tait que nous avons gardé en revanche 68,4% de nos vignobles n'est pas aussi réjouissant qu'il paraît au premier abord.

En effet, 115.000 hectares de ces vignobles produisent ce vin dit «de sable» impropre à l'exportation. On nous a bien laissé plusieurs crûs estimables — la

majeure partie de Tokaj, par exemple, — mais là encore la perte est très douloureuse.

Rien de plus ruineux pour la vie économique de la Hongrie que la perte de ses forêts : elle ne conserverait désormais que 15,7Vo de ses régions boisées. Ses forêts les plus précieuses, prêtes à l'exploitation, ont été rat?

Ada Kaleh, île du Danube près d'Orsova (Occupation roumaine).

tachées à des pays étrangers. Non seulement nous y perdons un poste important de notre bilan d'expor? tation, mais encore les Hongrois devront payer à l'avenir à un prix exorbitant le matériel nécessaire à la recon? struction de leur pays.

Des cannaies, des terrains marécageux, la Hongrie a conservé 54*^/0 soit 27.234 ha hongrois. On peut consi? dérer ces marais, à moins qu'ils ne soient des tour* bières, comme les labours de l'avenir. Cependant les

frais à l'exploitation seraient trop élevés dans ces régions et l'étendue du sol productif qu'on pourrait obtenir est trop modeste pour que l'exploitation soit lucrative.

Sous la rubrique du terrain improductif, les marais du lac Balaton occupent 86.000 hectares environ ; par le drainage et la canalisation de ce pays la Hongrie gagnerait une riche culture agricole.

Il est à remarquer que si l'on nous avait laissé tout ce qui, comme pays magyar, devrait appartenir à la Hongrie selon le principe de la libre disposition des peuples, la moitié des terres de labour occupées par les Tchèques, soit plus de 860.000 hectares, devrait revenir à la Hongrie. Les labours cultivés par les Magyars dans la grande Roumanie occupent 1,7 million d'hectares ; en Yougoslavie les Magyars cultivent 600.000 hectares de terre de tout premier ordre.

De même, plus de la moitié des vignobles occupés par les pays ennemis, soit 100.000 hectares, sont habi# tés et cultivés par une population magyare.

Notons enfin que sans compter les Székely qui à eux seuls habitent et exploitent 580.000 hectares de forêts, les autres régions magyares détachées de la Hongrie malgré le principe des nationalités possèdent près de 600.000 hectares de forêts ; un partage selon le principe ethnique aurait dès lors écarté la cise du bois en Hongrie.

L'exploitation des labours est meilleure dans les régions qui restent à la Hongrie ; par contre les intems péries y causent plus de dégâts qu'ailleurs ; surtout la partie Nord^Est de la plaine soufïre des inconvénients du climat continental et la rive droite du Danube est exposée fréquemment à des grêles catastrophales.

La proportion des diverses cultures dans chacune des régions détachées ressort du tableau que voici ;

Territoire

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Densité de la pos pulation dans les terrains cultivés

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Occ. tchèque .. Occ. roumaine __.

Occ. yougoslave Occ. autrichienne Fiume ... ... —

Occ. totale

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intégrale ... ...

Il n'y a donc que le pâturage qui, à l'exception de la Hongrie Occidentale revendiquée par l'Autriche, figure avec à peu près le même quotient dans chacun des terri;; toires occupés.

On trouve un chiffre très élevé des labours sous la rubrique de la Yougoslavie, celui des forêts et des champs est insignifiant Q).

La forêt dépasse les labours et occupe plus d'un tiers du territoire dans les occupations roumaine et tchèque. L'équilibre entre les diverses branches de culture est le mieux établi dans la Hongrie occidentale : les quo* tients diffèrent à peine de ceux de la Hongrie intégrale.

Le territoire du centre ne gagne pas en labours ce qu'il a perdu en forêts et ainsi l'on voit qu'en dernière analyse la population est de beaucoup moins bien pourvue que dans les régions d'occupation yougoslave

( ^) L'État Yougoslave a trouvé à ce point de vue une ample compensation dans ses autres conquêtes,

ou roumaine, un peu plus mal que n'était la population de la Hongrie intégrale.

Indiquons enfin en quelques lignes la perte que la Hongrie a subie au point de vue des stations balnéaires par l'occupation des régions détachées. Tout le profit

Lac SaintesAnne près des eaux de Tusnâd (Occupation roumaine).

du travail intense du capital hongrois dans ces dernières années revient à présent aux États nouveaux.

A ce point de vue c'est surtout la perte des Karpathes qui est sensible. C'est ici que l'on trouve les sites les plus agréables et les plus variés et ce grand nombre de stations thermales que le travail hongrois a rendues célèbres à l'étranger. Surtout les stations balnéaires de la Haute? Tâtra possèdent des établissements magnifiques, grâce à

l'initiative de l'État hongrois et des particuliers. C'étaient, en été, des lieux confortablement aménagés pour les touristes, en hiver le rendez?vous des amateurs de sports.

Le lac de Tchorba et les autres petits lacs cachés dans les hautes montagnes, les nombreuses cascades, les diverses attractions des villes d'eaux à l'abri des pics éternellement couverts de neige, la facilité des commus nications, assurées par les tramvays et automobiles qui s'enfoncent dans les forêts de sapins, tout cela, grâce au travail hongrois, a fait de la Haute^^Tâtra le séjour favori des étrangers.

Non loin de là ce sont les merveilles de la glacière naturelle de Dobsina, le geyser intermittent de Rânk:: fiired ; à l'ouest, autour des sources thermales, d'une mer# veilleuse vertu thérapeutique, de Trencsén^Teplitz et de Pôstyén, se sont élevées de grandes et belles villes d'eaux.

Au milieu des beautés du Danube inférieur, le Bain d'Hercule offre son confort luxueux et ses eaux thermales. Parmi les lacs salés de la Transylvanie, ceux de Vizakna et de Szovâta attirent dans leurs stations balnéaires un grand nombre de malades. Dans les montagnes du pays Székely les eaux de Borszék, de Tusnâd et d'Elôpatak, la solfatare de Torja, le petit lac Sainte^Anne jouissent d'une renommée incontestable.

Sur le territoire de la petite Hongrie il va sans dire qu'il y a peu de villes d'eau subalpines et climatériques et l'on comprend que le public hongrois ait contribué surtout au développement des stations balnéaires qui se trouvent actuellement au delà des frontières.

Néanmoins les contreforts orientaux des Alpes qui descendent dans le pays hongrois, ainsi que la Matra, la dernière chaîne au sud des Karpathes, offrent encore de nombreuses places riches en beautés naturelles et susceptibles de développement. Enfin le joyau de la Hongrie, le lac Balaton, long de 80 km et large de

2 km, avec sur une rive des montagnes d'origine volcà# nique, aux formes coniques bizarres, et avec sa plage unie pareille à celle des bains de mer, otïre aux amateurs

Detonata, rocher basaltique dans les mines d'or de Transylvanie (Occupation roumaine).

de sports nautiques à la voile ou à l'aviron toutes les ressources possibles et par la beauté de ses sites attire de plus en plus les étrangers qui trouvent sur ses bords un séjour agréable et sain.

Non seulement les fameux quatorze points du président Wilson mais encore les pourparlers de la paix ont fixé comme terme à la guerre le principe de la libre disposition des peuples. En effet il y a des cas assez simples où la délimitation géographique des groupements linguistiques, s'accorde facilement avec ce principe.

Cependant dans la plupart des cas les contradictions de la vie réelle compliquent le problème dans une mesure que les auteurs de la paix, raisonnant d'après des théories, sont loin de soupçonner. Avant la rédaction du traité de paix les vaincus n'ont pu se faire entendre et après la remise du traité les grandes Puissances, pour des raisons de prestige, n'ont rien voulu changer aux clauses fixées ; pourtant elles commençaient à s'apercevoir que l'établissement des frontières n'était ni juste ni satisfaisant. Ainsi des peuples qui cependant avaient le droit de disposer de leur sort furent incorporés comme minorités dans divers Etats et dès lors la nouvelle carte de l'Europe orientale témoigne des résultats funestes de cette méthode arbitraire.

Les luttes incessantes, intérieures et extérieures dans les Etats de l'Europe orientale montrent que cette paix a manqué son but.

La Hongrie ne cherche pas à faire valoir son bon droit en détruisant de nouveau la paix, mais elle désire montrer au monde entier par une foule de détails, que le principe de la libre disposition des peuples a été violé par les vainqueurs.

Le tableau suivant permet d'embrasser du regard le démembrement de la Hongrie au point de vue linguistique:

Territoire

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La Hongrie intégrale

Le peuplé

Ce partage n'est pas fondé sur un projet prémédité et réfléchi mais a subi des métamorphoses proportion* nées à l'influence grandissante des Etats voisins et à l'aftaiblissement de l'Etat hongrois déchiré par les révolutions. L'histoire des lignes de démarcation tchèques

iaili

.llaivai's Alloniaiids lovaq-.ii'sRoniiiaiDs Riilhî'iics ri'oaies Sorhi's iiiilres

Répartition des langues.

depuis l'armistice de Diaz, conclu le V^ novembre 1918 et qui assurait encore l'intégrité territoriale de la Hongrie, prouve la vérité de cette assertion :

Première revendication : (6 décembre 1918) La popu* lation du territoire revendiqué par l'Etat tchèque est de 1,972.866 habitants, dont 220.571 Magyars, soit 11,2'Vo.

Deuxième revendication : (23 décembre 1918) La popus

lation du territoire revendiqué est de 2,909.160 habitants, dont 841.198 Magyars, soit 28,97o.

Troisième revendication : (Occupation du 23 janvier 1919) Population totale 2,979.835, dont 899.953 Magyars, soit 30,2"/o.

Quatrième revendication: (Territoire adjugé à l'Etat Tchèque par le traité de Trianon.) Population totale 3,575.685 dont 1,084.343 Magyars, soit 30,3"/o.

En millions d'âmes

le 6 déc. 1918, UM

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dans le traite ■■■^H de Trianon ^^^HH

1^^ Magyars | | Non-magyars

Revendications territoriales croissantes des Tchèques exprimées par le chiffre de la population habitant le territoire revendiqué.

On sait que l'Etat tchèque n'a pu s'arrondir qu'en incorporant plus d'un million de Magyars. La Roumanie avait besoin de deux millions de Magyars pour compléter ses Etats, et de plus de 500.000 hommes d'autre nationalité parlant hongrois. Le nombre des Magyars tombés sous la domination yougoslave est moins grand : 457.597, mais ceux-ci forment une majorité relative (30,4'Vo) dans la partie de la Hongrie rattachée à la Yougo^Slavie. Par contre si l'on additionne les populations croate et serbe et si l'on considère comme Yougoslaves les autres nationalités, représentées en majeure partie par les

Bouniévatz ou Chokatz, peuple apparenté aux Serbes et Croates mais considérablement différent, la race con* quérante ne présente qu'une proportion de 40,3*^/ o.

La Hongrie perd 33,5% de sa population magyare et 39,7% des non^^magyars parlant hongrois. Les terri:= toires occupés par les Tchèques sont chargés d'une

fpaflant V-

afs<ne par->|=

^laul pasj —

Nombre des Magyars et des nonsmagyars parlant hongrois.

population magyare dans une proportion de 30,3'-/o et cette population forme le prolongement naturel des six millions de Magyars qu'on a laissés dans leur ancienne patrie. Ajoutons encore les non:=magyars parlant hon* grois, qui forment dans ces territoires occupés une proportion de 12,7°/o.

Dans les régions occupées par les Roumains, les Magyars forment 32,5"/o et les non^magyars parlant hongrois ll"/o de la population. Les Magyars sont

50 LE r-EUl'Lli

établis le long des nouvelles frontières qui traversent la grande plaine magyare ou bien sont rattachés à la population centrale par un réseau serré d'agglomérations,

Les territoires occupés par les Yougoslaves contiens nent 30,4" o de Magyars et 15,9"/u de non^magyars parlant hongrois.

Sur le territoire adjugé à l'Autriche on trouve 20,3% de Magyars et 19.4''/o de nonsmagyars parlant hongrois.

Dans ce partage de la Hongrie l'élément allemand tombe lui aussi, bien qu'en moindre mesure, sous une domination étrangère. Sans compter le territoire promis à l'Autriche on compte plus de 1,100.000 Allemands devenus sujets tchèques, roumains ou yougo^slaves.

Dans la partie ouest du territoire occupé par les Tchèques, 23,6'^'o de Slovaques s'opposent à 67,5^Vo de Magyars et 7,870 d'Allemands. Ici donc les trois quarts de la population appartiennent à ces deux dernières races. Dans la partie orientale la proportion des Slovaques est encore moindre : 16,9'^/o, les Magyars y atteignent 68,3'^'/o et les Allemands 4,2"/o ; ces deux dernières races représentent donc de nouveau les trois quarts de la population. Enfin les Ruthènes y vivent dans la proportion de 9,5*^/0. La connaissance de la langue hongroise est répandue parmi les ^/5 de la popu? lation totale: à l'ouest on trouve 79"Vo, à l'est 80,8"/o.

Sur les territoires occupés par les Roumains la pro:= portion des non*magyars parlant hongrois atteint son maximum dans le pays saxon, abstraction faite de la population mêlée qui est établie le long du Szamos et sur le plateau dit Mezôség.

Sur les territoires occupés par les Yougoslaves le Murakoz présente une unité linguistique à peu près parfaite : ici les Croates habitent dans la proportion de 91,7%. Le pays wende est habité par 63,5% de Wendes, dans les autres régions l'élément yougoslave, y compris

les Croates, les Serbes et toutes les autres races slaves, n'atteint nulle part la moitié de la population.

Dans tous les territoires occupés par les Yougoslaves la proportion des habitants parlant hongrois est beaucoup plus grande que celle de tous les Slaves. Les Hongrois sont dans une forte majorité relative et avec les Ailes mands leur nombre dépasse la majorité absolue.

D'autre part la petite Hongrie devient un État national pur, car 88,4°/o de sa population sont des Magyars et seulement 4,6*^, o ignorent la langue hongroise. En eftet la Hongrie est désormais le seul État national de l'Europe orientale, les autres pays seront au point de vue linguis* tique plus mêlés que ne l'était le Hongrie dans ses frontières originales.

Avant la guerre et plus souvent encore pendant les pourparlers de la paix, on a porté contre la Hongrie l'accusation d'avoir magyarisé de force ses nationalités et que d'autre part la statistique de sa population au point de vue linguistique était partiale et faussée.

Dans cet opuscule nous n'avons pas assez de place pour entrer dans le détail de ces questions ; toutefois nous pouvont mentionner ici quelques traits caractéristiques em? pruntés à la riche argumentation de la délégation hongroise.

C'est un fait acquis que dès leur immigration les Hongrois avaient occupé les régions centrales du pays, les grandes vallées, qui étaient de tout temps les princi* pales voies de la communication et de la civilisation. Comme le mouvement de toute nouvelle race immigrée avait la même tendance, les populations qui se mêlaient à la vie hongroise se magyarisèrent au cours de quelques générations. Ainsi le progrès de la race magyare a eu lieu par ce moyen et en même temps que les villes se transformaient en centres industriels et commerciaux. Cependant les frontières linguistiques n'avaient pas changé depuis que les Turcs ayant été chassés, de nous:

velles colonies étrangères ont été établies dans le pays hongrois. Si donc il y a eu quelques tentatives de ma:= gyarisation, elles manquaient leur but, car le procédé que nous avons décrit ci?dessus, n'avait lieu que naturelle? ment, sans l'aide de mesures coercitives.

La statistique officielle n'a pas présenté un faux tableau de la population hongroise, puisque des écrivains rou# mains de la Roumanie, par exemple le professeur Nicolas Mazere de Jassy, travaillant d'après les annuaires statis* tiques de l'Eglise roumaine et cherchant à établir le nombre des Roumains de Transylvanie, arrivent à peine à trouver 21.000 de plus que les statistiqes officielles hongroises, et encore ils ont compté comme Roumains les Székely de rite grec, lesquels ne parlent que hongrois. Ajoutons que la statistique hongroise accuse pour la moitié des villages de Transylvanie plus de Roumains que celle du professeur de Jassy.

D'ailleurs 80% des Magyars ne parlent que le hongrois, ainsi il est impossible que les non^magyars aient été incorporés parmi eux.

La transformation ethnique du pays intérieur ii'ex# plique pas seulement les progrès intensifs de la magyar risation, mais elle démontre la force d'attraction écono* mique exercée par la région centrale sur les pays qu'on vient de détacher. Le bilan de cette circulation intérieure montre comme bénéfice ethnique du centre j 00833 âmes en 1900 et 125375 en 1910.

De la zone allemande dite Hongrie Occidentale, située à proximité de Vienne et de Presbourg, se détachaient vers l'intérieur de la Hongrie des masses de plus en plus fortes ; la population de la Haute^Hongrie ne franchissait pas les Carpathes pour joindre les races apparentées à elle, mais descendait dans les vallées, où l'attirait la plaine hongroise.

Quant à la Transylvanie, en 1910 elle gagna 2768

habitants à l'échange intérieur de la population dans le pays entier, elle eut une perte de 20.000 âmes si l'on ne considère que la région du Danube et de la Tisza. Le Sud=Est, comme le Nord et l'Ouest, cherchait donc à s'orienter vers le centre.

Il faut mentionner encore que le recensement du 31 décembre 1920, lequel, naturellement, ne se rapportait qu'au territoire soumis alors effectivement à l'administration hongroise, accusait d'après les premiers résultats une population de 7,840.832 habitants, ce qui représente un accroissement net de 5'Vo sur la population de 1910. Par rapport aux résultats des recensements en pays étran# gers, celui-ci peut être qualifié de favorable. Pour ex* pliquer cette augmentation subite, rappelons qu'en fiongrie, comme sans doute dans la plupart des pays belligérants, la population cherchait à se grouper dans les centres riches offrant la plus grande facilité de travail dans leurs nombreux établissements industriels et commers ciaux. La population centrale, c'est*àî:dire celle de la Hongrie du traité de Trianon, s'accrut encore pendant la guerre du fait des invasions russe en 1915 et roumaine en 1916, qui mirent en mouvement les habitants du Nord et du SudsEst. Après la guerre les Magyars chassés par les nouveaux dominateurs augmentèrent subitement le chiffre de la population. Enfin dans une proportion plus modérée, après la reprise de la navigation, bien des Hongrois fixés en Amérique, sont revenus à leurs foyers.

Les données du recensement de 1920 montrent donc que sur le territoire de la Hongrie mutilée une population s'est agglomérée qui, malgré les grandes pertes de la guerre, est supérieure à celle des temps de paix. Entre autres conséquences on peut enregistrer le grand nombre des chômeurs, comme nons le ferons voir plus bas.

LIne autre conséquence de la guerre, qui frappe plus OÙ moins tous les Etats belligérants et qui ressort d'un

recensement préliminaire du début de l'année 1920, c'est l'accroissement relatif du nombre des femmes, lequel a des suites ethnologiques et économiques considérables.

Dans la diminution absolue de la population autri;= chienne et la diminution relative de la population en Allemagne on peut déjà voir les conséquences économie ques de la guerre perdue; la situtation ethnographique, apparemment plus favorable, ds la Hongrie nous donne l'impression d'un état encore transitoire. Toutefois il est certain que les énergies du peuple hongrois, encore inemployées, assureraient un essor rapide, si les obstacles artificiels des forces économiques se trouvaient écartés.

Sur le territoire du recensement de 1920 b densité de la population s'est élevée déjà à 86 par km'.

Il serait intéressant d'examiner la petite Hongrie et les territoires détachés au point de vue des confessions, cependant la statistique ne peut être établie que sur les chiffres du recensement de 1910:

Territoire

Occupation tchèque.-

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Occupation yougoslave

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Occupation autrichienne

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en *^, 0— — — — — La Hongrie mutilée — .

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Ces chiffres donnent en pourcent les résultats suivants

Territoire

en °/o

Occupation tchèque — .

Occupation yougoslave

Occupation totale... -..

La Hongrie mutilée ...

La Hongrie intégrale...

Ce qui frappe le plus dans ce tableau, c'est que les deux Eglises grecques se trouvent désormais presque entièrement au delà des frontières de la Hongrie, de même que la religion unitaire, la plus magyare des sectes protestantes.

Des deux millions de catholiques de rite grec, il ne reste dans la petite Hongrie qu'environ 158.000, par contre la Hongrie perd ses catholiques grecs de langue magyare, surtout dans la vallée supérieure de la Tisza.

Près de 2 millions d'habitants de conlession grecque orthodoxe tombent sous la domination roumaine et 500.000 ont été rattachés à la Yougoslavie. Près de 70.000 unitaires ont été détachés de la Hongrie, qui presque sans exception, continuent sous le sceptre rou? main à célébrer leurs offices.

L'Eglise catholique romaine perd environ la moitié de ses fidèles (4,3 millions), et malgré cela la proportion des catholiques en Hongrie s'élève à peu près aux deux tiers de la population totale (63%). La partie adjugée à l'Autriche est presque exclusivement catholique;

l'Etat Tchèque et l'Etat Yougoslave détachent aussi des territoires catholiques pour les Vr, ; par contre la grande majorité catholique de la rive droite du Danube et la forte proportion du catholicisme dans les autres parties du pays accusent le caractère catholique de la Hongrie plus encore qu'avant la paix.

Cet accroissement relatif de la population catholique qui lui assure partout une majorité absolue, sauf sur le

En millions d'âmes

I 1 Population de la

I I Hongrie mutilée

Unitaires

ledièiino roumaine jougoslafc allt^iflli('nlle liimiiiiiic Catholiques et protestans dans les territoires resté-^ et détachés.

cours supérieur et sur la rive gauche de la Tisza, s'explique surtout par l'affaiblissement relatif de la population de rite grec.

C'est pour la même raison que les partisans de Calvin sont restés la confession la plus considérable après l'Église catholique, et que leur proportion s'est même élevée de 14,3% à 21,3"/o. Par contre ils ont perdu plus d'un million de fidèles par l'occupation étrangère,

Ce sont encore les régions magyares tombées sous la domination étrangère qui nourrissent le plus grand nombre de Calvinistes ; des 228.000 Calvinistes de l'occu* pation tchèque, 198.000 habitent la région purement magyare. La Roumanie domine 719.000 Calvinistes; abstraction faite des régions où les Magyars sont mélan:^ gés avec les Roumains ; rien que sur le territoire lin# guistique purement magyar, le nombre des protestants atteint 440.000.

Des Luthériens à peine un tiers est resté à la petite Hongrie: 462.537 sur 1,306.384. La proportion des Luthériens dans la Hongrie mutilée est tombée de 7,lVo à^6,27o.

Les Eglises réformées de Hongrie entretiennent des relations séculaires depuis la Réforme avec leurs core? ligionnaires du Nord et de l'Ouest, les Ecossais, les Hol# landais et les Suédois, et envoient volontiers leurs pas:; teurs dans les universités de ces nations.

L'orthodoxie grecque qui vit depuis longtemps avec une partie des protestans hongrois, n'a jamais témoigné de tolérance pour cette religion quand elle était elle-même au pouvoir. Les Eglises protestantes détachées de la Hongrie où elles jouissaient d'une parfaite égalité et du libre exercice de leur culte, cher* chent les garanties de leur existence dans l'appui du protestantisme étranger qui sans doute ne leur fera pas défaut.

Le sort de l'Eglise catholique détachée de la Hongrie ne semble pas suffisamment garanti par les stipulations du traité de paix ; ici encore la solidarité internationale des catholiques promet d'être le meilleur garant de sa sécurité.

La statistique officielle hongroise a coutume de ranger les Juifs parmi les confessions ; 51,2*^/0 soit 466.174 restent dans la Hongrie diminuée, et 48,87o soit 445.053

tombent sous la domination étrangère. En dehors des villes les Juifs habitent en général l'Est de la Hongrie ; la majorité d'entre eux ont été rattachés à la Roumanie et surtout à l'Etat Tchèque, principalement dans la région magyare du Nord^Est et en Ruthénie.

Cependant la petite Hongrie, réduite au tiers de son ancien territoire, garde plus de la moitié des Juifs de l'ancienne Hongrie, de sorte que leur proportion s'est élevée considérablement par rapport aux autres contes? sions. Ils deviennent ainsi les plus nombreux après les catholiques et les Calvinistes et dépassent même les Luthériens de quelques milliers d'âmes.

Les ravages de la guerre mondiale ont infligé une terrible punition à chaque peuple belligérant, qu'il soit sorti vainqueur ou vaincu de la grande lutte. Les seuls heureux sont les pays neutres qui ont su échapper à quatre années de massacres et où l'Etat a pu assurer les conss ditions normales de développement des générations actu# elles st futures. En effet ce que quelques:=uns des pays belligérants ont pu acquérir par la guerre, peut être perdu au cours des troubles économiques qui suivent le conflit mondial ; mais dans les pays où la régénération paisible de la vie humaine pouvait continuer même pendant cette période funeste, la force et la puissance sont garanties pour l'avenir.

Et à cet égard chaque Etat qui tira l'épée du fourreau a perdu la guerre, il l'a perdue autour des berceaux restés vides en empêchant de naître les ouvriers de son avenir.

Mais il y a des différences de degré dans ces défaites. Plus tôt un pays s'est miS en armes, plus tôt il a arrêté les possibilités d'accroissement naturel de sa population. Plus la proportion des naissances est basse et le chiffre de la mortalité élevée, plus la perte est désastreuse.

Les Etats-Unis ont à peine éprouvé le danger qui menaçait la force de leur population, car ils n'ont pris part à la lutte sanglante que pendant un court espace

de temps. L'accroissement de la population de l'Angleterre et du Pays de Galles est tombé, en 1913 et 1918, de 577.000 à 51.000, mais le bilan présente un actif même dans ces dernières années : il n'y a pas de décroissement à constater. De plus même le résultat très défavorable

Eglise à Presbourg cù furent sacrés les anciens rois de Hongrie (Occupation

tchèque).

de l'année 1918 n'est pas imputable seulement à la guerre car le grand nombre des victimes de la grippe espagnole est venu s'ajouter aux dévastations de la guerre.

Par contre la France eut à subir des pertes beaucoup plus considérables, l'accroissement naturel, déjà si faible, des 77 départements qui n'ont pas été touchés directement par les ravages de la guerre, fît place dès 1914 à un

décroissement effectif, et ce déficit grandit d'année en année de sorte qu'après l'accroissement de 17.000 âmes de l'année 1913, les cinq années suivantes accusent une perte de 1,250.000. Cette perte n'est pas due en premier lieu à l'accroissement de la mortalité mais bien plutôt à la diminution de la natalité.

Dans les chiffres que nous venons de citer à propos de l'Angleterre et de la France ne sont pas comprises les victimes des champs de bataille. En général si nous examinons l'effet défavorable de la guerre sur la popu!= lation, les plus grands ravages sont causés par la baisse de la natalité, toutes les autres pertes, si grandes qu'elles soient, ont une moindre importance.

A cet égard la plupart des belligérants ont sans doute subi des pertes analogues à celles de la France ; en tout cas, comme nous allons le voir, la situation de la Hongrie n'est pas plus rassurante.

Nous sommes ici en présence d'une catastrophe de l'accroissement naturel de la population en Europe. Cette situation devrait préoccuper sérieusement les hommes d'État de l'Europe, afin qu'ils cherchent des remèdes dans leur politique sociale. Le manque de place ne nous permet pas, et d'ailleurs les données nous manquent, de présenter ici les pertes des autres Etats belligérants. Nous nous bornerons aux statistiques sur la Hongrie, qui se rapportent encore au territoire intégral du pays.

La baisse rapide de la natalité commença en Hongrie en avril 1915, un mois plus tôt qu'on n'aurait dû s'y attendre étant donnée la date de l'ouverture des hostilités. A partir de ce mois, jusqu'à l'automne 1918, époque où le pays était encore territorialement indemne, nous pouvons suivre le mouvement de la population et notre bilan se présente comme suit :

Années

Nombre total des

Accroissement

on décroisse»

ment ( — )

Mariages

Nés viables

Décès^

Moyenne entre 1906—10

Ce tableau ne comprend pas la mortalité causée par la guerre en évaluant celle-ci à 600.000, le total accuse une diminution de 980.000 âmes. Cependant le passif proprement dit, qui doit être rapporté à l'accroissement normal, monte pendant ces quatre ans à 1,200.000 environ.

Le premier mois où s'arrêta ce déficit funeste fut le mois d'avril 1919. Par contre le chiffre de la natalité reste inférieur de 22.000 au chiffre normal, même dans les derniers mois de l'année 1919. Dès lors le passif résultant de la diminution des naissances a duré quatre années entières.

Ce fait mérite d'être examiné de près pour en évaluer les conséquences et pour comprendre toute l'étendue du danger national.

En continuent les calculs concernant la Hongrie intégrale, nous obtenons les chiffres suivants pour la dimi* nution des naissances :

en 1915 197.000

Mouvements de La population Et hygiène Publique 63

dès lors les pertes de la Hongrie à ce point de vue, pendant ces cinq années, ont été de 1,491.000.

Selon le tableau de la mortalité dressé sur les données du recensement de 1900 et des mortalités de 1899 — 1901, (^) et en considérant l'enseignement comme obliga:: toire à partir de la sixième année, nous aurons une diminution sensible et croissante dans le nombre des entants soumis à l'obligation scolaire :

C'est cette année là que les écoles seront le plus dépeuplées, le nombre des enfants soumis à l'obligation scolaire n'étant plus alors que 59,4Vo du nombre normal, ce qui occasionnera dans le personnel enseignant un grand excédent, principalement dans les villes.

Nous pouvons poursuivre nos calculs en nous basant sur les tableaux de la mortalité, jusqu'à la quinzième année, âge où commence le travail productif et ensuite jusqu'à la vingtième, âge auquel régulièrement chacun devrait travailler.

C'est en 1930 que se fera sentir la diminution de la population apte au travail ; cette diminution, revêtant des proportions de plus en plus grandes, atteindra en 1934 un total de 931.000, ce qui en temps normal fait 9%, de la population productrice (15 — 60 ans).

En se basant sur l'âge de 20 ans on obtient pour l'année 1939, une diminution de 897.000, soit 10,6Vu,

(^) Ce tableau nous paraît maintenant très favorable puisque les conditions physiologiques, hygiéniques et alimentaires, ont considérablement empiré pendant la guerre.

de la population productrice (20 — 60 ans). La diminution de cette dernière continuera naturellement dans les années suivantes, dans des conditions, il est vrai, moins alarmantes. Voilà les pertes sèches ; et pour le moment nous avons laissé de côté les vides qui se sont produits dans la

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