‹ La Hongrie après le traité de TrianonChapitre 11 sur 11 · Bosniaques, 14. Slovènes, 15. Autres · texte numérisé non relu

Bosniaques, 14. Slovènes, 15. Autres

Répartition des langues dans les nouveaux Etats et dans la Hongrie d'avant le traité de Trianon.

faire aussi pour les autres races, qui jusqu'ici, n'avaient pas à se plaindre sous le régime hongrois, ou bien peut#être étaient plus ou moins mécontentes, et alors ce sera le tour, non seulement des Slovaques, des Ruthènes,

des Croates et des Saxons, mais encore des Roumains de Transylvanie, dont les plaintes s'élèvent de plus en plus.

Le règlement maladroit de la question des nationalités dans l'Europe orientale a été en apparence le plus grand résultat du traité de paix, mais dans la pratique la plus malheureuse des mesures, car il a eu pour résultat de détourner, vers les nouvelles formations ethnographiques que sont les alliés de l'Entente, le courant irrédentiste qui finira par les envaser.

Un ordre de la Société des Nations ou une plus juste vue de la part des divers États amèneront^ls quel? que changement à cet égard ? C'est ce qui n'est pas encore certain. Le dernier cas serait préférable, car l'entente sur le terrain économique serait alors plus aisée et les intéressés, dont aucun ne saurait se passer de l'autre, pourraient se tendre plus vite une main secourable.

Dans ce court ouvrage nous n'avons guère employé jusqu'ici le mot «politique», car les données que nous avons énumérées, les explications que nous y avons jointes, nous ont paru plus importantes que des tendances politiques presque toujours éphémères.

Cependant il nous faut aussi rendre compte en quel* ques mots de ce qui s'est passé en Hongrie depuis que la plus avancée des formes révolutionnaires, le bolché? visme, y a disparu, exposer quelles sont les tendances qui dominent et ce qu'il y a de vrai dans cette terreur blanche dont le service d'informations des anciens chefs bolchévistes a voulu obstinément faire la caractéristique du nouveau régime.

Pendant des mois après la chute du bolchévisme (1" août 1919), la Hongrie a été dans l'impossibilité de diriger son sort d'après ses propres vues, car la plus grande partie du territoire que lui a laissé le traité de paix était occupée par les Roumains.

Il y avait bien en Hongrie, dès cette époque, un gou# vernement responsable, mais après une année d'agisse* ments destructeurs de toute autorité, ce dernier ne pouvait obtenir une obéissance parfaite dans les régions éloignées du centre, où d'ailleurs la censure roumaine l'empêchait de faire parvenir intégralement ses ordres.

Il se passa alors effectivement dans certains milieux

populaires des violences contraires à l'ordre établi et condamnées d'ailleurs par tout homme de bon sens. Pourtant il ne faut pas oublier que de pareils faits ne sont pas non plus inconnus dans les révolutions des autres États et qu'ailleurs ils ont eu même un caractère plus sanglant. La nouvelle des événements qui se pas= saient en Hongrie arriva démesurément grossie dans les pays étrangers; il y eut çà et là des violences, mais en aucun cas elles n'eurent lieu en masse.

A mesure que le gouvernement put reprendre sous son autorité les différentes parties du territoire, il sut rappeler aux esprits extrêmes que l'État hongrois, comme tous les États policés, ne peut tolérer aucune action contraire aux lois ou au bon ordre.

Le gouvernement qui s'est constitué après le bolché=: visme et dont celui d'aujourd'hui est la continuation directe est sans aucun doute légal et légitime ; il respecte, en poursuivant son oeuvre, les lois encore en vigueur que les gouvernements révolutionnaires avaient jetées de côté, comme impropres à leurs desseins.

Le roi Charles de Habsbourg ayant cessé, en novembre 1918, d'exercer effectivement le pouvoir, un des facteurs de la législation hongroise fait défaut pour le moment. Néanmoins l'institution de la royauté a pour elle l'opi* nion publique pour ainsi dire tout entière, mais celle*ci juge prématuré d'exposer le pays à des excitations en posant la question de la personne du ;oi, avant que d'autres questions, d'une importance vitale, aient été éclaircies.

Le second facteur de la législation, le parlement, a déjà été pendant la guerre l'objet des plus dangereuses discussions. L'ancien droit électoral, très restreint, était depuis longtemps mûr pour la réforme ; on vit grandir le camp des partisans du suffrage universel, à scrutin secret, avec le moins de restrictions possible. Pendant

la période révolutionnaire des dispositions avaient été prises dans cet esprit, mais elles étaient remplies d'exa# gérations et le nouveau gouvernement hongrois les a remplacées par le droit de vote universel et secret, par commune, et qui appartient aux hommes âgés de 24 ans révolus ainsi qu'aux femmes du même âge sachant lire et écrire. Dès novembre 1919, par l'intermédiaire de Sir Georges Clerk, le commissaire de l'Entente, le con? sentement du Conseil suprême fut acquis au cabinet provisoire et l'assurance fut donnée que le gouvernement possédant la confiance de l'assemblée nationale ainsi convoquée serait reconnu par l'Entente comme représen;; tant légalement la Hongrie et ayant qualité pour pour* suivre des négociations : c'est sur cette base qu'en janvier 1920 fut proclamée l'ouverture de la campagne électorale.

Les élections donnèrent une majorité décisive à la direction gouvernementale que la grande masse du peuple, revenue à un sens plus rassis, jugeait seule propre à assurer le progrès. En attendant que la nation décidât la question du trône, l'assemblée nationale a élu, con? formément aux vieilles lois hongroises et à d'anciens précédents, un régent revêtu des pouvoirs de chef de l'Etat.

L'Entente a reconnu le nouveau gouvernement qui depuis deux ans, abstraction faite de quelques change* ments de personnes, dirige les affaires de la Hongrie, non seulement en l'invitant à des pourparlers de paix et en concluant avec lui une paix malheureusement défavorable à la Hongrie, mais encore en entretenant avec lui, par l'intermédiaire de ses représentants civils ou militaires, des relations permanentes et de plus en plus étroites dans les questions, économiques ou autres, d'un caractère international ; les Puissances de l'Entente aussi bien que les Etats restés neutres pendant la geurre nomment tour à tour leurs représentants diplomatiques auprès du gouvernement hongrois.

Mais les immenses maux économiques accumulés folle=: ment par les révolutions qui ont suivi la guerre, ainsi que nous l'avons expliqué déjà, n'ont fait que croître pendant ce temps.

La longue occupation roumaine — qui dans certaines régions s'est prolongée pendant une année entière — a dépouillé de ses biens la Hongrie mutilée. Les produits et l'outillage agricoles, les produits industriels, les machines etc sont devenus la proie des troupes d'occupation.

D'autre part, l'accroissement des besoins de l'Etat était inévitable. Il fallait veiller à ce que les ouvriers des fabriques, réduits au chômage par le manque moment tané de combustible et de matières premières, trou? vassent quelque autre travail qui assurât leur existence ; il fallait veiller aussi non seulement à ce que la cherté croissante pesât un peu moins sur les employés à traitement fixe, mais encore à ce que le pain ne manquât point à ceux que les persécutions avaient chassés des territoires annexés. Et tout cela, il fallait le faire en un temps où, après plusieurs années d'un régime économique déraisonnable, notre argent était déjà extra= ordinairement déprécié.

Aujourd'hui la situation est la suivante : la produc* tion ne s'est pas encore accrue au point de couvrir les besoins considérables de l'État dans son oeuvre de reconstruction et d'autre part, après tant de désastres, la puissance financière de l'État est trop faible pour donner à la production nationale une impulsion suffi* santé : il y a donc là un cercle vicieux ; il est survenu une période de stagnation, même pour les nouvelles entreprises, et les plus solides, alors qu'une aide étran= gère, bien réfléchie, ne perdant pas de vue les réalités de notre politique, pourrait encore tout sauver.

La situation politique et économique de la Hongrie estï^elle propre à encourager une telle initiative?

La politique étrangère de l'Etat hongrois ne saurait être autre chose qu'une résignation forcée aux conditions du traité de paix. Il est certain que chacun ressent douloureusement la perte des provinces perdues ; il est bien naturel que les populations hongroises tombées sous la domination étrangère s'efforcent de manifester leur mécontentement, appuyées jusqu'ici par divers fac:= teurs de la société hongroise qui, s'ils ne les encouragèrent pas par des actes, attisèrent du moins les passions ; mais l'État hongrois n'a jamais, ni directement ni indirecte? ment, encouragé les mouvements irrédentistes qui agitent l'âme des Hongrois tombés sous la domination étrangère, il a même dissous les associations qui avaient inscrit à leur programme une action de cette nature.

Les événements provoqués par la cession à l'Autriche de la Hongrie occidentale ne sont pas imputables non plus à une initiative gouvernementale ; la résis? tance de la population et ses tentatives de défense ne s'expliquent pas seulement par son profond attache* ment à la Hongrie mais encore par l'exemple d'incidents analogues survenus lors de la rectification tardive de certaines frontières (Haute^Silésie).

En ce qui concerne la politique intérieure, après les phases révolutionnaires le gouvernement hongrois a bien rétabli l'ordre mais nous ne pouvons dissimuler que les événements de la politique universelle sont encore loin de faciliter sa tâche. Le fait que jusque dans le Conseil suprême de l'Entente il y a des divergences de vue au sujet de la politique à suivre à l'égard du bolchévisme russe, que la classe ouvrière anglaise elle?même influe sur les décisions de ce Conseil, que les agitateurs bolchés! vistes réfugiés de Hongrie dans les Etats voisins peuvent continuer librement leurs manoeuvres, tout cela rend difficile la besogne du gouvernement hongrois.

Quant à la question de savoir si la faible étendue

de la Hongrie actuelle lui permet une existence écono? mique indépendante et susceptible de développement, les statistiques détaillées que nous avons données plus haut permettent d'y répondre d'une manière assez précise.

Avant la guerre, la Serbie et la Bulgarie étaient beau^ coup plus petites que la Hongrie d'aujourd'hui, mais il est vraiment impossible de comparer la Hongrie aux Etats balkaniques, dont la civilisation est encore primi* tive et la puissance médiocre. La Hollande, le Danemark et la Suisse n'ont pas non plus un territoire plus grand que la Hongrie actuelle, mais d'autre part ce sont depuis longtemps des pays très développés.

D'ailleurs les États européens ne sont pas si nombreux ni les circonstances si semblables qu'il y ait bien à faire à tout prix une comparaison. Au point de vue écono* mique la Hongrie a toujours été capable d'un grand déploiement de forces, même s'il s'agit d'une production extensive, mais sa voisine l'Autriche et les charges finan* cières qu'entraînaient ses aspirations de grande puissance lui enlevaient au fur et à mesute les bénéfices de son travail.

La longue guerre l'a naturellement dépouillée de ses réserves; la mutilation de son territoire, les imprudences et les fautes de deux révolutions, enfin l'occupation roumaine lui ont enlevé son matériel. Réduite à elles^même, elle pourrait bien végéter, mais pour utiliser entièrement ses sources d'énergie, elle aurait besoin d'investir des capi# taux tels que, dans les circonstances présentes, elle ne saurait en fournir elle-même mais qu'elle pourrait faire dûment fructifier aussitôt qu'elle aurait surmonté les difficultés du début et entrepris l'exploitation de ses ressources.

A présent et dans les années qui vont suivre, le pro# gramme économique de la Hongrie consiste à augmenter la production nationale et à accroître ainsi la capacité de l'Etat à supporter ses charges.

Au nombre des moyens appropriés à ce but, un des plus importants est la réforme agraire, dont nous avons plus haut exposé le détail.

Une des conséquences de cette réforme sera proba# blement une augmentation notable de la récolte moyenne en céréales, mais d'autre part une plus forte culture des plantes destinées à l'industrie pourrait être aussi la tâche de l'avenir. Il faut mentionner particulièrement l'excellent tabac hongrois, la betterave sucrière, le chanvre et le lin, de même que les graines cultivées surtout pour leur teneur en huile, le vin et les plantes médicis nales. La production de la viande pourrait aussi être élevée dans une mesure considérable, non seulement par le développement des prairies artificielles mais encore par une habile utilisation des sous^produits propres à l'engraissage.

Un réseau bien organique et tout préparé de coopé? ratives unit déjà la multitude des nouveaux petits propriétaires. Non seulement elles leur procurent des crédits et développent la consommation, mais elles facilitent la production et les achats et font mieux valoir les produits.

L'industrie agricole hongroise, dont une branche, la minoterie, est déjà de premier ordre, peut être appelée à un grand essor. La £:ibrication du sucre, des conserves, des alcools, du tabac etc est encore susceptible de déve* loppement. Dans l'agriculture et l'industrie agricole hon= groises tant de terrains sont restés inexploités jusqu'ici, tant de possibilités de production ont été négligées, tant de produits se sont perdus faute d'une utilisation appro? priée, que même dans les étroites limites de la Hongrie actuelle, pour peu que la culture soit tout à fait moderne, il y a pour la production un champ illimité. L'apicul? ture, la sériciculture ont été jusqu'ici des branches très négligées mais dont, par une conséquence naturelle pour

ainsi dire, la multiplication de la petite propriété amènera le développement.

Avant toute autre tâche, il faut que le gouvernement veille à la mise en bon état ainsi qu'au développement des chemins de fer, des routes et des voies fluviales ; à cet égard la situation était le plus désespérée il y a un an et demi, au temps de l'exode des Roumains ; depuis, les progrès sont frappants.

Le programme économique contient encore d'autres points, mais qui nécessitent déjà un état beaucoup plus avancé de la production nationale et en partie aussi une collaboration active du capital étranger : l'exploi* tation intensive des forces hydrauliques, l'installation de travaux d'irrigation, le développement des divers réseaux de communication et la participation plus grande de l'industrie sur tous les champs d'activité ou la Hongrie peut soutenir avec succès la concurrence des grands pays industriels de l'Europe occidentale.

Toutes ces questions sont inséparables de la réforme des finances nationales, réforme déjà en cours et dont le but est d'accroître le rendement des impôts concurrem^ ment avec les forces économiques du pays, tout en protégeant les humbles et particulièrement les petits producteurs et de répartir les charges fiscales de la manière la plus équitable.

Le succès de cette politique financière et économique dépend dans une certaine mesure du bienveillant intérêt de l'étranger, mais il dépend aussi de la manière dont le monde financier international honorera le sérieux labeur de la Hongrie, par la valeur attribuée à la couronne hongroise.

Appendice.

Avant l'achèvement de cet ouvrage et au cours de l'impres* sion, la situation de la Hongrie mutilée a changé dans une certaine mesure, en ce sens que, à la suite de la convention de Venise, a eu lieu sur une partie du territoire adjugé à l'Autriche, nous voulons dire la ville de Sopron et 8 communes environnantes, un plébiscite dont le résultat fut favorable à la Hongrie qui reprit effectivement possession de ces territoires. Au point de vue des données statistiques contenues dans cet ouvrage, ce gain, ou plutôt cette faible diminution dans les pertes territo^ riales, représente 257 kilomètres carrés, avec 48.191 habitants. Pour 55,80/0 de la population la langue maternelle est l'allemand, pour 38,l"/o le hongrois, pour 4,8^^/0 le croate et pour l,50'o une autre langue. Quant à la répartition au point de vue confession^ nel, les catholiques romains l'emportent, avec 30.265 têtes, puis viennent les Luthériens (15.050), le nombre des IsraéUtes est encore assez important: 2.349, celui des Calvinistes est de 422, enfin 105 personnes professent une autre religion.

L'agriculture occupe 13.645 habitans et l'industrie 12.174,1e service public 3.96S, 'e commerce 3.136, les transports 3.059, les mines 2.198, il faut ajouter h ces nombres 1.025 journaliers, travaillant dans diverses branches, 1.884 domestiques et enfin 7.106 personnes d'autre profession.

Dans l'industrie, le nombre des artisans indépendants est de 1.312, celui des employés est de de 152, celui du personnel auxiliaire est de 4.078 et 2.119 ouvriers sont occupés par des entreprises comptant plus de 20 travailleurs.

Dans la production minière de ce territoire, le lignite seul est à noter, avec un rendement annuel de 634.000 q.

29b APPENDICE

Avant la guerre, la production des fabriques représentait une valeur de 12,700.000 couronnes, dont 5,800.000 revenaient à l'industrie alimentaire, 1,800.000 à l'industrie textile et 1,700.000 à la métallurgie.

Parmi les produits agricoles les plus importents, le rendement moyen pendant les années 1911—15 était le suivant:

Froment 20.429, seigle 17.110, orge 28.742, avoine 7.904, maïs 4.502, pomme de terre 70.545, betterave sucrière 87.031 quintaux, moût 23.385 hectolitres.

D'après la conscription de l'année 1911, le cheptel se constis tuait comme suit :

Race bovine 7.281, race porcine 7.709, race chevaline 574 et race ovine 2.019 têtes.

Ce territoire comptait 8 établissements de crédit, avec 5,100.000 couronnes de capitaux en propre et 21,600.000 couronnes de capital étranger. Il faut signaler une banque, avec 1,300.000 couronnes en propre et 15,200.000 de capital étranger; les autres établissements de crédit étaient des coopératives.

La fortune totale des sociétés industrielles par actions que comptait ce territoire s'élevait à 15 millions de couronnes et la longueur du réseau ferré qui le traverse est de 43 kilomètres.

L'instruction y est répandue par 25 écoles élémentaires et, vu le degré de culture de la ville de Sopron, par un assez grand nombre d'écoles secondaires, les premières avec 5.500 élevés et les dernières avec 3.400 élèves environ.

Ces faibles chiffres ne signifient pas un changement bien considérable par rapport aux nombres que nous avons indiqués, au cours de cet ouvrage, dans les divers tableaux statistiques. Par le retour à la Hongrie de Sopron et de ses environs, la densité de la population diminue (71,7) dans la partie qui échoit à l'Autriche, ce qui d'ailleurs ne porte qu'à 82,4 celle du territoire resté hongrois.

Le rôle de l'élément catholique dans la Hongrie mutilée s'accroit un peu, et quelque peu aussi celui des Luthériens et des Israélites.

Page 1