‹ La Hongrie après le traité de TrianonChapitre 10 sur 11 · sur 56.127 1.397 sur · texte numérisé non relu

sur 56.127 1.397 sur

Élèves de langue magyare sous la domination éirangère.

périphéries, et l'appui considérable que l'État hongrois assurait par le passé à l'enseignement confessionnel, autrement assez primitif, de l'Eglise orthodoxe sont employés en ce moment contre la population magyare

ÉGLISES ET ECOLES

des régions détachées et une longue série d'épreuves montre que l'enfant hongrois est éloigné de force de son école hongroise.

La section la plus élémentaire de l'enseignement public, l'enseignement maternel, comprend trois catégories d'éta* blissements : les écoles maternelles ordinaires, les asiles permanents et les asiles d'été.

Le tableau suivant montre la répartition de ces dilfés rents établissements dans la dernière année avant la guerre :

Écoles

Territoire

mater»

Asiles

Total

nelles

/ établissements — -..

Occupation } institutrices -.

tehèque j enfants magyars... —

' enfants non=magyars

( établissements — — Occupation / institutrices ... — —

roumaine 1 enfants magyars.- ..- ^ enfants non^magyars

/ établissements — — Occupation ) institutrices — ... ...

yougoslave 1 enfants magyars... ..- ' enfants non^magyars

/ établissements — ...

Occupation ) institutrices — .- ...

autrichienne i enfants magyars... .1.

\ enfants non^magyars

/ établissements ... — .

La Hongrie j institutrices ... — —

mutilée j enfants magyars...

^ enfants non^magyars

/ établissem,ents ... ...

La Hongrie ) institutrices ... ... ...

intégrale ' enfants magyars... ...

enfants non^magyars

ÉGLISES ET ÉCOLES

La moitié de ces établissements étaient entretenus aux frais de l'État, surtout les écoles maternelles, dont l'entretien est dispendieux.

La répartition des écoles primaires était la suivante :

Territoire

Total

il >■

3 tJX)

BÎÏ

Occ. tchèque... —

Occ. roumaine -..

Occ. yougoslave.--

Occ. autrichienne

Fiume -- — -- .-.

Occ. totale

La Hongrie mutilée

La Hongrie intés grale

On voit que sur près de 17.000 écoles primaires il n'en reste que 6402 à la Hongrie ; un quart des écoles perdues étaient entretenues par l'État; 19.319 institua teurs primaires restent en dedans des frontières nouvelles et désormais l'instruction de plus de 350.000 enfants magyars est au gré d'une politique scolrire étrangère.

Bien que l'État hongrois fît bénéficier toutes les catés: gories d'écoles d'une aide financière toujours croissante, il convient de relever particulièrement quelles larges subventions étaient accordées aux écoles élémentaires, en grande partie communales ou confessionnelles, sou:= mises par conséquent à une direction complètement autonome, et parmi lesquelles un très grand nombre étaient subventionnées par l'htat, quelle que tût d'ail? leurs la langue de l'enseignement.

ÉGLISES ET ECOLES

Le tableau suivant montre les subventions accordées par l'État aux écoles publiques où la langue de l'ensei* gnement n'était pas le hongrois, pendant l'année scolaire 1913/14, c'est==à?dire lorsque les suppléments de guerre n'en augmentaient pas encore la somme :

Écoles publiques non^magyares :

Subvention accor

dée par

Langue de 1

enseignement

ji^H

l'État pour l'anrjéi.

au per»

à l'éta»

blisse.

totale

Écol vent par

sonnel

ment

en 1000 c |

Allemand —

Slovaque —

Roumain —

Ruthène —

Serbe .- .-

Wende-. ..

Italien -.- ...

Tchèque .-

Autre ... —

Total

Une dizaine d'années plus tôt ces écoles recevaient de l'État une subvention de 678.000 c ; avant la guerre cette subvention fut élevée à 2,600.000 c et ce furent surtout les écoles roumaines qui en réclamèrent le béné# fice. Au cours de la guerre cette somme fut multipliée, jusqu'au moment de la séparation.

Les subventions accordées aux écoles et aux Églises roumaines revenaient déjà annuellement à l'État à 14 millions.

Le cadre étroit de cet ouvrage ne nous permet pas de montrer d'une manière détaillée comment en revanche les nouveaux États voisins s'efforcent d'étouffer l'école magyare.

Sur le domaine des écoles industrielles et d'apprentis, type plus élevé que les écoles élémentaires, la perte ne

ÉGLISES ET ÉCOLES

semble considérable que quant au nombre des établisse* ments, car par suite de la forte concentration industrielle et commerciale le nombre des élèves était beaucoup plus grand dans les régions centrales du pays. Cependant près de 22.000 élèves de langue magyare passent sous un régime étranger et là le caractère confessionnel, qui protège peut-être encore une partie des écoles publiques, n'est plus d'aucun secours, les écoles de ce genre étant

croates et serbes

autre

Sommes consacrées par l'État aux écoles de nationalité nonsmagyare (en millions de Couronnes) dans les années scolaires 1904 5- 1913/4.

rarement entretenues par des organisation <^ confessions nelles. La plupart des élèves hongrois tombent sous l'occupation roumaine, les villes industrielles hongroises étant les plus nombreuses sur ce territoire.

Une autre importante catégorie, celle des écoles pris maires supérieures, présente un nombre d'élèves un peu plus faible. Pour l'enseignement des garçons il y avait en effet beaucoup d'écoles secondaires ; quant à l'ensei* gnemenc des jeunes filles, étant donné Tassez faible réseau d'écoles secondaires, il restait principalement la

ÉGLISES ET ÉCOLES

tâche des écoles primaires supérieures ; c'est pourquoi ces dernières étaient beaucoup plus peuplées que chez les garçons et leur perte enlève plus d'entants hongrois à la sollicitude de la patrie.

Le bilan des pertes est le suivant pour les écoles primaires supérieures, de garçons ou de filles indis* tinctement :

Territoire

Écoles primaires supérieures

nombre des élèves

iS

i-sB z

magyars

non»

magyars

Occupation tchèque— —

Occupation roumaine —

Occupation yougoslave —

Fiume -. — -^- ,- — —

Occupation totale

La Hongrie mutilée-.- --.

La Hongrie intégrale— —

Sur les neuf écoles destinées à former le personnel des écoles enfantines, quatre seulement sont restées en deçà des frontières nouvelles, mais, même sur les 220 élèves des cinq établissements perdus, 178 étaient de langue magyare.

Quant aux écoles normales d'instituteurs la Hongrie en perdrait 33 (18 par l'occupation roumaine, 11 par l'occupation tchèque) et elle n'en conserverait que 17 ; le nombre des professeurs ainsi perdus est de 342 et sur les 3108 élèves des écoles normales situées en dehors des nouvelles frontières 2165 étaient des Magyars.

Elle perdrait 22 écoles normales d'institutrices (11 par l'occupation roumaine, 6 par l'occupation tchèque) et il lui en resterait 20, avec un plus grand nombre

ÉGLISES ET ÉCOLES

d'élèves que dans les écoles perdues, qui comptaient 2688 élèves, dont 2252 Magyares.

En lait d'écoles supérieures de commerce, la Hongrie en perd autant qu'il lui en reste : 27—27. Cependant celles qui lui restent sont plus importantes : elles comptent en eftet 6895 élèves, tandis que sur les terri:: toires détachés les écoles de ce genre n'étaient fréquent tées que par 4547 élèves, dont 5145 étaient des Magyars. Il est caractéristique pour la sollicitude de l'État et les sacrifices qu'il consentait que, sur les 19 écoles supérieures de commerce entretenues par lui, 14 se trouvent dans les territoires détachés et la moitié de ces 14 écoles dans les régions occupées par les Tchèques.

La perte de la plus grande partie des écoles secon* daires est d'autant plus douloureuse que beaucoup d'entre elles ont travaillé pendant plusieurs siècles à propager la culture hongroise.

Pour les écoles secondaires de garçons le bilan des pertes est le suivant :

Territoire

Ci-

kJ

U5 "Ti

Écoles res e par

Occupation tchèque- Occupation roumaine

Occ. yougoslave - —

Occ. autrichienne -.

Fiume — ___ . — .-

Occupation totale -^-

La Hongrie mutilée...

La Hongrie intégrale

La Hongrie a perdu 121 écoles secondaires, dont 59 entretenues aux frais de l'État ; elle perd en même temps 1890 professeurs avec 57.796 élèves, dont 26.076 Magyars.

ÉGLISES ET ÉCOLES 255

Le nombre des écoles secondaires de jeunes filles était en général peu considérable : 23 sur 43 établisse? ments de ce genre restent à la Hongrie, mais seulement 7 sur les 21 entretenus par l'État.

82,6'Vo des élèves des écoles secondaires étaient magyars, bien que parmi les nationalités de la Hongrie les Slovaques seuls n'eussent pas leurs propres écoles secondaires. Les Allemands en entretenaient 9, les Roumains 6 et les Serbes 1, grâce à un subside de l'Etat lui-même pour la construction des bâtiments. Il est surtout remarquable que les nationalités du sud de la Hongrie envoyaient en masse leurs enfants dans les écoles hongroises, alors qu'elles auraient pu trouver dans le pays des écoles enseignant dans leur langue.

Il n'est pas nécessaire, au degré supérieur de l'ensei? gnement, de faire parler les chiffres : les noms des éta# blissements perdus suffisent à montrer la perte considé? rable de la Hongrie en écoles supérieures. Les riches collections de l'université de Kolozsvâr, rassemblées depuis 45 ans, les constructions coûteuses du quartier universitaire servent à présent de cadre aux tentatives incohérentes des Roumains. L'université de Presbourg a perdu son foyer avant qu'elle eût pu compléter ses installations. Depuis la fuite de la vieille école des mines et des forêts de Selmeczbânya, cette antique ville minière est une ville morte. A Kassa et à Kolozsvâr on dut abandonner des écoles supérieures d'agriculture fort bien aménagées, trois écoles de droit ont été complet tement perdues, la quatrième est venue chercher un asile à l'intérieur du pays hongrois.

Encore un mot sur les résultats de l'enseignement : indiquons la proportion des classes sociales dans les divers cycles. Quant à la culture élémentaire, le nombre des personnes sachant lire et écrire était plus grand chez les Allemands que chez les Magyars, en partie dispersés

ÉGLISES ET ÉCOLES

dans des hameaux où l'enseignement est difficile à orga* niser. Après les Magyars viennent les Slovaques, puis les Croates ; la proportion la plus défavorable se trouve chez les Serbes et surtout chez les Roumains et chez les Ruthènes. Cet état de choses trouve son explication dans le passé de l'enseignement primaire : celui-ci était auparavant assuré par les diverses confessions et ainsi

Nombre des individus sachant lire et écrire (en "lo de la population totale).

le faible sens des Églises orthodoxes pour la culture a laissé une trace profonde sur le niveau intellectuel des peuples confiés à leurs soins. Cependant, depuis que le contrôle et le régime scolaire de l'État avaient aidé à relever ces peuples au-dessus du niveau de l'ensei* gnement confessionnel, la connaissance de la lecture et de l'écriture commençaient à se répandre parmi ces races et dans ces conditions même la culture des Roumains de Hongrie est supérieure à celle des Roumains du

QLISES ET ECOLES

royaume ancien, ce qui ressort non seulement de la sta;: tistique des enfants, mais encore de celle des soldats au point de vue de l'instruction, ainsi que du nombre supérieur des écoles roumaines de Hongrie etc.

Ces différences notables ne s'accusent pas nettement à l'examen statistique des diverses régions de la Hongrie, à moins qu'on ne les divise selon les idiomes, car les nouveaux conquérants ont entraîné un nombre consi# dérable de Magyars et d'Allemands, d'une culture supérieure incontestable ; même ainsi les chiffres ne sont pas sans intérêt : dans la population âgée de plus de 6 ans, savaient lire et écrire sur le territoire

de l'occupation tchèque... .. .... ... ... ... 67,8°/o

» » roumaine ... ... ... 51,5%

» » yougoslave ... ... 68,9%

» » autrichienne ... ... ... 86,l^o

» la Hongrie mutilée ... ... __. 80,2%

» » » intégrale ... ... ... ... .. 68,7%.

Les chiffres suivants nous présentent le nombre des élèves ayant fréquenté 4 ans au moins une école secondaire :

Territoire

Occ. tchèque

Occ. roumaine ...

Occ. yougoslave __.

Occ. autrichienne Fiume „. ... . ...

Occ. totale __. ...

La Hongrie mutilée La Hongrie inté* grale ...

Nombre des élèvos

cr

JZ

yj

Wl

en o/o

KGLISES ET ÉCOLKS

On voit qu'ici les Hongrois occupent la première place; il est à remarquer cependant que d'une part les Slovaques, dont l'enseignement primaire était assez pros? père, présentent une proportion très défavorable sur le territoire de l'occupation tchèque, où ils sont réunis dans leur totalité et que d'autre part les Roumains, dont la culture élémentaire laisse à désirer, se sont élevés à une proportion assez satisfaisante dans cette dernière statistique. Cela s'explique d'ailleurs par le fait que le peuple slovaque ne constitue pas une organisation confessionnelle spéciale, tandis que les Roumains vivent dans l'organisme exclusif constitué par les religions grecques ; ils élevaient des prêtres en nombre superflu et des instituteurs pour leurs écoles et le nombre de ceux-ci vient améliorer la proportion de la statistique.

Au degré supérieur de la culture, au terme de l'en;: seignement secondaire, notre tableau se présente de la manière que voici :

Nombre des élèves 1

Territoire

en CT "^

JD

Nombr< ayant une é^ daire

en "/o

Occ. tchèque— ...

Occ. roumaine -.

Occ. yougoslave- .

Occ. autrichienne

Fiume ... ... .- ...

Occ. totale

La Hongrie mutilée

La Hongrie inté*

grale...

ÉGLISES ET ECOLËè

Voilà encore des preuves de la supériorité absolue des Hongrois sur les autres nations par rapport aux carrières exigeant une culture supérieure.

Magyars

Allemands

Slovaques

Roumains

Ruthènes

Croates et Serbes

Nombre proportionnel des diverses nationalités par rapport an nombre total : 1" de la population, 2° des élèves d'écoles primaires, 3" des individus sachant lire et écrire, 4" des élèves d'école primaire supérieure, 5" des élèves ayant passé quatre ans

dans une école secondaire, 6° des bacheliers, 7" des élèves des écoles supérieures.

Diffusion de l'enseignement public dans les diverses nationalités.

Ce fait se trouve vérifié non seulement par la statis:* tique générale, mais encore dans chacune des régions détachées, excepté celles que les Roumains tiennent occu*

26Ô ÉGLISES ET ÉCOLES

pées actuellement. Dans ces régions, où la culture était entretenue par les classes intellectuelles des grandes villes magyares, on trouve chez les Magyars une proportion de bacheliers inférieure à celle des élèves ayant achevé le premier cycle de l'enseignement secondaire. Par contre la proportion des Roumains, qui d'ailleurs ne monte qu'à 16"7"/o, était alors en voie de croissance. Nous devons rappeler ici les faits mentionnés ci^dessus, en y ajoutant que cette catégorie d'élèves comprend, en dehors des bacheliers, les élèves sortis d'autres établissements secondaires, par exemple de l'école nor* maie. En efïet le grand nombre de Magyars et de Saxons se livrant au commerce, à l'agriculture ou à l'industrie et qui fréquentaient pendant quatre ans l'école secondaire, pour acquérir une instruction suffisante avant d'exercer leur profession, abandonnaient l'enseignement secondaire avant le second cycle, pendant que l'instituteur et le prêtre roumain continuaient leurs études. C'est la répa# rtition inégale de la culture roumaine qui ressort de ces chiffres : en bas un petit nombre d'élèves sachant lire et écrire, en haut un nombre croissant de certificats d'écoles secondaires qualifiant aux fonctions de prêtre et d'instituteur. De là vient que les hommes d'État roumains se plaignent de manquer de fonctionnaires possédant l'aptitude nécessaire à l'administration du vaste territoire que la fortune de la guerre leur a procuré.

Après avoir considéré dans les chapitres précédents ceux des facteurs de la culture hongroise qui représen? tent l'activité générale du pays et peuvent s'exprimer par des chiffres, il nous faut consacrer quelques lignes à d'autres aspects non moins remarquables de cette cul# ture : à la vie scientifique et artistique.

Tout peuple dont la langue n'est parlée que d'un petit nombre est dans une certaine mesure isolé du monde civilisé, de sorte que le développement de sa propre culture ne peut être connu autant qu'il le mérite. Le peuple hongrois compte au nombre de ces malheureuses petites nations sans parenté : bien que, hors de leur patrie, dispersés dans le monde, surtout aux Etats-Unis d'Amé^; rique, quelques millions d'hommes parlent aussi la langue hongroise, elle n'a pu cependant devenir la langue de la conversation que dans un petit pays et seulement chez les classes qui ont su s'adapter à la culture et au mouvement public.

Celui qui écrit en hongrois n'est donc entendu que d'un petit nombre ; à moins que d'excellents traducteurs ne répandent sa parole dans l'une des langues universelles, il doit se contenter d'un public assez restreint. Un des plus grands mérites des milieux cultivés hon# grois est qu'au lieu d'accorder une attention exclusive aux savants, aux écrivains, aux esprits éminents de leur

propre pays, ils ont toujours voulu se tenir au courant des événements intellectuels qui intéressent le monde civilisé. On trouverait à peine en Europe un autre petit peuple aussi empressé à transplanter dans sa propre langue les créations des grands esprits étrangers. Non

statue de StsMartin à Presbourg (art hongrois du XVIII^ siècle) (Occupation tchèque).

seulement les chefs^d'oeuvre reconnus depuis longtemps de la littérature universelle, mais encore les nouveaux talents qui surgissent ne tardent pas à trouver un inter:^ prête hongrois.

Comme nous l'avons déjà mentionné, le marché de la librairie hongroise était peu étendu, vu la faible expan* sien de la langue elle-même. Or un double péril le

menace à présent: non seulement les frais d'impression ont tellement augmenté pendant et après la guerre (ce qui d'ailleurs constitue pour la production intellectuelle du monde entier une catastrophe menaçante) qu'ils dimi? nuent le rendement de cette industrie, mais encore la mutilation du pays a privé celle^^ci d'une partie de son public, déjà si restreint. Il est impossible d'exporter les produits des presses hongroises dans les territoires détachés, où trois miUions et demi de Hongrois ne peuvent apaiser leur soif de culture. Là aucune distinc:; tion n'est faite entre le pamphlet politique et l'ouvrage scientifique : qu'ils apportent le savoir ou contiennent une profession de foi, défense aux imprimés hongrois de franchir la frontière. Quelques efforts que nous fassions pour être objectifs dans ce livre et pour en exclure les plaintes les plus justes, il nous fallait cependant mentionner ce fait comme un exemple caractéristique de la manière dont on peut comprendre dans la pratique les droits des minorités, reconnus si formellement par le traité de Trianon.

En raison même de la faible extension de notre langue, la culture hongroise n'a pu révéler au monde tous les trésors qu'elle contient. Sans parler de la littérature antérieure l'humanisme a trouvé, parmi de nombreux représentants distingués, son expression classique dans l'ceuvre de janus Pannonius, évêque de Pécs, vivant à la cour de Mathias Corvin. Tandis que celui^^ci avait écrit en latin, Valentin Balassi créa la poésie lyrique en langue nationale en même temps que les poètes de la Pléiade française, qui ne le surpassent pas en originalité. Le même siècle donna un grand penseur hongrois à l'humanité : François David, dont la doctrine religieuse fut la forme définitive du socinianisme qui s'établit dans certains pays de l'Europe et en Amérique. Au XVII'' siècle Pierre Pâzmàny et Nicolas Zrinyi se distinguent par

leurs ceuvres, le premier en prose, le deuxième en vers. Au XVIIP siècle la science trouve en Hongrie des représentants éminents dans la plupart de ses branches, principalement dans l'histoire et dans les sciences naturelles. L'école minière et forestière de Selmecz? bânya, fondée à cette époque, introduisit la première l'usage de faire participer les élèves aux travaux de labora^:

Ecole minière tt forestière tondée en 1763 à Selineczbânya (Occupation tchèque).

toire, exemple qui fut suivi d'abord en France. D'autre part, la littérature prend aussi un grand essor; au tour:= nant du siècle, à côté des poètes subissant les influences occidentale et classique, la littérature de caractère national se développe d'une façon considérable. En 1825, c'est^: àî^dire il y a près de cent ans, a été fondée l'Académie des Sciences de Hongrie, réunissant les plus grands représentants de la pensée hongroise. Cette institution a

favorisé l'essor des sciences et parmi ses membres il s'est rencontré beaucoup de talents d'une rare valeur et reconnus dans le monde entier. Le plus grand lyrique hongrois, Alexandre Petôfi, qui perdit la vie en 1849, dans la lutte contre ce même péril russe qui naguère encore était si menaçant pour la Hongrie, est assez connu dans la littérature universelle ; les ceuvres du romancier Maurice Jôkai sont traduites dans la plupart des langues des grandes nations ; l'ceuvre poétique de Jean Arany, malgré sa concision, conquiert le public étranger ; Bànkbàn, la tragédie classique de Katona, est également connu de plus en plus ; la conception saisis* santé d'Eméric Madâch, la Tragédie de l'Homme, que beaucoup ont comparée au Faust, bien que la philo:; Sophie qui en émane soit tout à fait différente, corn* mence également à être appréciée parmi les peuples étrangers comme il convient à une oeuvre aussi grandiose. Le succès remporté par les nouvelles de Mikszâth, déli? cieux conteur, d'un humour profond, et par les ceuvres narratives et dramatiques de François Herceg a dépassé les étroites frontières de la langue hongroise. Les dr^ma? turges hongrois de la jeune génération ont donné des ceuvres qui, si elles ne sont pas au plus haut niveau de l'art, trouvent pourtant la plupart du temps leur chemin vers la faveur du public étranger.

Parmi les sciences hongroises, ce sont peut^^être la lin* guistique, l'esthétique, l'histoire littéraire, les sciences juridique et politique et l'histoire qui sont les moins connues à l'étranger. Toute une série d'écrivains hongrois notables qui s'occupent de ces études sont appréciés, même hors de Hongrie, dans un petit cercle de spécia* listes, mais ils sont peut-être moins populaires dans le grand public. En s'adressant à ce dernier il faudrait plutôt citer les noms universellement connus : mention* nons parmi les médecins Ignace Semmelweis, qui reconnut

le caractère infectueux de la fièvre puerpérale, son nom est inséparable de cettte découverte qui a sauvé d'une mort précoce des millions de mères ; parmi les explo? rateurs : Ladislas Magyar, Alexandre Csoma de Kôrôs, le comte Adalbert Széchenyi et Louis Lôczy. Le premier explora l'Afrique centrale et l'archipel africain, Széchenyi et Lôczy consacrèrent à l'Asie centrale et à la Chine de pénibles expéditions ; quant à Alexandre Csoma de

statue du docteur Semmelweis à Budapest, à qui l'on doit la guérison de la fièvre puerpérale.

Kôrôs, il mourut en martyre au cours d'une exploration au Thibet ; le tombeau que l'Asiatic Society lui a élevé au pied de l'Himalaya témoigne des services qu'il a rendus à l'Empire britannique et de la recon? naissance que lui garde ce dernier. Dans le domaine des mathématiques, ce n'est pas seulement d'aujourd'hui que la Hongrie peut montrer de grands hommes, apprêt ciés du monde civilisé : il y a un siècle déjà que les deux Bolyai, le père Farkas et son fils génial, Jean, ont,

par leurs recherches scientifiques, été des précurseurs. Le prix Bolyai, concours international organisé périodique* ment par l'Académie des Sciences de Hongrie, est tou# jours un événement dans le monde des mathématiciens.

^Monument funéraire d'Alexandre Kôrôsi Csoma à Dardjilin^, élevé par l'Asiatic Society.

Le baron Laurent Eôtvos, fils du baron Joseph Eôtvôs, poète, penseur et homme d'État connu même à l'étranger, a contribué à l'avancement de la physique par ses recherches sur la gravitation, ainsi que par ses expériences de géophysique. Dans le domaine de la philologie, les éditions que M. Géza Némethy a données des élégiaques latins ont acquis une juste réputation à l'étranger et les essais de Péterfy sur divers poètes classiques se rangent justement parmi les plus belles créations de la critique littéraire.

Si nous cherchons les plus grands noms dans le monde artistique, nous rencontrerons aussi des Hongrois. A la fin du dernier siècle, Michel Munkâcsy, dont la destinée fut si tragique, conquit une notoriété univer? selle par ses dramatiques tableaux, particulièrement sa trilogie du Christ. C'est Paris qui retint ce peintre, tandis que François Liszt, le grand maître de Tinter* prétation et de la composition, fut attiré surtout par la vie romaine. Parmi les compositeurs des dix dernières années, les noms de MM. Dohnânyi et Bartok sont les plus estimés dans les pays étrangers. Le chef de l'école impressionniste hongroise, Paul Szinyei*Merse a créé des ceuvres d'une facture originale et puissante.

Ce sont là des noms choisis au hasard parmi ceux des grands hommes dont la renommée ne resta pas enfermée dans un cercle étroit de connaisseurs et qui furent connus d'un large public ; mais ils suffiront sans doute à prouver — et c'est là le but de cet ouvrage — que malgré l'isolement forcé où vit ce petit peuple sans parenté aucune, la vie intellectuelle hongroise a toujours, dans un domaine ou un autre, contribué à la culture humaine par des ceuvres qui comptent parmi les plus inestimables et les plus durables de ce monde.

C'est ce qu'on ne pourrait guère soutenir des nouveaux États voisins qui se sont installés non seulement er\

LA VlË ARTISTIQUE ET SCIENTIFIQUE HONGROISE

territoire hongrois mais encore dans les nids encore chauds de la vieille civilisation hongroise.

Si ce petit peuple a donné à la culture internationale tant d'esprits éminents et aussi, à côté de grands hommes, tant d'hommes de talent qui ne sont pas in= férieurs au niveau moyen et qui, dans les congrès inter# nationaux, ne sont pas déplacés au milieu des représen;= tants choisis par les autres États, il ne faut pas voir là un pur hasard. Des génies exceptionnels peuvent jaillir d'un sol en apparence stérile, mais une série de géné^: rations propres à faire avancer la civilisation générale n'est possible que là où le sol a été travaillé par une étude soigneuse, une critique consciencieuse, une pré* paration méthodique.

C'est précisément ce qui a eu lieu dans la vie intel* lectuelle de la Hongrie, systématiquement, depuis plus d'un siècle : il s'est fondé toute une série de sociétés scientifiques, artistiques et littéraires, dans la capitale comme dans la province, elles se sont mises au travail, ont entretenu des écoles et fait aussi l'éducation du public.

Grâce à la fréquentation assidue des écoles supérieures de l'étranger, les relations intellectuelles entre la Hongrie et l'Occident demeuraient toujours très vives ; dans le domaine de la vie pratique, le succès de nombreux Hongrois établis hors de leur pays prouve que dans la mesure du possible notre nation s'efforçait constamment de maintenir le niveau moyen de la culture à la même hauteur que les Etats occidentaux.

Cette disposition des Hongrois n'a naturellement diminué à aucun degré, ni après la guerre, ni même depuis le cruel traité de paix. Mais c'est avec angoisse que la Hongrie voit combien la dispersion de son peuple en cinq Etats différents peut porter préjudice aux efforts déterminés qu'il déploie dans le domaine de la civilis: sation.

Au milieu de bien des difficultés matérielles, une lourde tâche incomberait encore à cette nation : celle de maintenir le niveau de la culture chez les Hongrois détachés de leur patrie. Elle l'entreprendrait sans arrière* pensées irrédentistes si seulement elle en avait le moyen mais la jalousie qui règne aujourd'hui ne le permet pas

Opéra de Budapest.

Et pourtant l'ceuvre de la paix ne sera vraiment réalisée que lorsqu'elle sera la paix de la concorde et que le niveau de la civilisation sera respecté. Dans les régions supérieures de la vie intellectueUe il est plus facile à d'anciens adversaires de se tendre la main et plus claire y est aussi la vue qui apprécie les valeurs non d'après l'apparence extérieure mais d'après le contenu intrinsèque.

Nous avons mentionné plus haut que la question des fonctionnaires et des ouvriers est un grand problème pour la Hongrie mutilée.

Une certaine surproduction se manifestait déjà dans la classe des intellectuels, alors qu'aucun péril ne menaçait encore l'unité politique de la Hongrie. Il faut en chercher la cause profonde dans certains phénomènes sociaux. La classe des moyens propriétaires ne supportait pas la concurrence économique et les graves crises agraires qui se produisaient aussi en Hongrie ; chassés de leurs propriétés et peu préparés par leur éducation et leurs dispositions naturelles à une autre profession, ils se rejetèrent sur le service public. C'est aussi cette carrière que recherchaient les enfants des fonctionnaires et c'est là également que la nouvelle génération, mieux douée, plus instruite, sortie des classes inférieures, s'efforçait de conquérir la prédominance, bien qu'elle pût seulement atteindre les diplômes exigés, sans pouvoir se procurer l'argent nécessaire à l'exercice de cette profession.

Le développement économique du pays et surtout l'activité de plus en plus vive des échanges exigeaient, il est vrai, l'accroissement du nombre des fonctionnaires, mais non cependant dans les proportions que prit ce mouvement.

La carrière de fonctionnaire promettait une existence modeste mais sûre, jusqu'à ce que renchérissement, qui commença depuis 1895 dans le monde entier, influençât

27i LA QUESTION Oi-S l-ONCTIONNAIRl-S ET DES OUVWËRS

d'une manière très défavorable la situation moyenne de cette classe et fît de cette profession une des moins avantageuses au point de vue matériel. Mais il était trop tard pour changer de route : cette carrière continua à être encombrée comme auparavant.

D'autre part, la guerre créa une bureaucratie de pro* portions insolites et bien que les rangs des fonctionnaires s'éclaircissent fortement par suite des mobilisations, le recrutement dans ces carrières tut d'autant plus considé* rable, mais amena des éléments de moindre valeur. A la fin de la guerre on vit donc un effectif de fonctionnaires extraordinairement accru, et en face de celui-ci une stagnation économique et même le démembrement total du pays.

D'autre part, le flot des fonctionnaires chassés par les nouveaux dominateurs commença à inonder le terri* toire exigu de la Hongrie mutilée.

Il est compréhensible que tout État conquérant mette ses propres sujets aux postes de confiance, aussi n'est^il pas étonnant que parmi les fonctionnaires hongrois quelques:: uns ne puissent occuper une place sous un nouveau régime, étranger pour eux.

Mais il y a dans l'administration tant de ressorts in* férieurs et indifférents au point de vue polititique que seul ce conquérant peut oser remplacer, en l'espace de quelques mois, l'effectif entier des fonctionnaires, qui dispose d'un nombre suffisant d'employés formés pour ce service et possédant le savoir approprié. La difficulté qu'il y a à acquérir les connaissances locales requises suffirait à elle-même à rendre ce remplacement impos* sible autrement que par degrés, à moins de porter atteinte aux intérêts mêmes du nouvel Etat ainsi qu'à l'activité de l'administration.

L'emploi d'une race étrangère, d'ailleurs intelligente, dans l'administration hongroise, avait déjà fait faillite

dans un cas précédent : nous voulons parler des fonction* naires tchèques, inondant la Hongrie après • 1849. Il semblait donc assez improbable que soixante^cTix ans plus tard, dans une administration beaucoup plus com# pliquée, les nouveaux États pussent changer le corps des fonctionnaires avec une telle rapidité. La Hongrie contemple avec douleur ce spectacle, non seulement parce que ses fonctionnaires, chassés de leur pays, ont dû parcourir un long calvaire avant d'atteindre le petit îlot de la Hongrie mutilée, mais encore parce qu'elle avait toujours attaché un intérêt capital à la bonne administration des territoires arrachés depuis, quelle que fût d'ailleurs la langue de leurs habitants.

On a pu lire depuis ce temps plusieurs déclarations, faites par des hommes d'État, particulièrement des Rou? mains, dans lesquelles ils se plaignent de ne pas dis* poser d'intellectuels en nombre suffisant pour administrer leur pays, qui s'est agrandi si brusquement ; la suppo* sition se confirme donc qu'ils ont entrepris au delà de leurs forces.

D'autre part, la foule immense de fonctionnaires réfugiés que l'État ne peut entretenir qu'au prix des plus grands sacrifices financiers, a mis la Hongrie dans une situation des plus critiques.

Ainsi s'expliquent les nombreux essais qui tendent à résoudre, au moins en partie, la crise des fonctionnaires : par exemple en acheminant ceux-ci, au moyen de cours spéciaux, vers des carrières pratiques ; mais de pareils cours ne sauraient avoir de succès que dans des cas isolés, car il est difficile, surtout à un âge avancé, de changer de profession, une fois que l'on s'est habitué à un genre de travail. Un autre moyen est la réduction de la génération future de fonctionnaires, en restreignant le nombre des élèves dans les écoles supérieures qui préparent aux carrières en question.

Tout en s'efforçant par ces tentatives de diminuer le danger, la Hongrie entretient cependant ses fonction* naires d'une façon humaine et s'en remet au temps, dans l'espoir que peu à peu ils pourront se placer autrement et que l'encombrement finira par cesser.

A côté des sacrifices pécuniaires qu'entraîne cette situation, l'énergie qui se gaspille ainsi n'est pas non plus à négliger.

Moins lié au sol, l'ouvrier peut aussi, quand il trouve du travail, utiliser son énergie relativement mieux que le fonctionnaire : mais dans la situation présente, dans la crise économique dont souffre le pays mutilé, les ouvriers sont occupés d'une façon très inégale, les uns gagnent de hauts salaires qui leur assurent le bien-être, pendant que d'autres ne connaissent que le chômage et la misère.

Autrefois déjà la situation de l'ouvrier agricole était incertaine : pendant l'été le travail ne manquait jamais, puis venaient l'hiver et de longs repos forcés ; dans l'industrie, l'ouvrier ressentait bien les fortes crises, mais cependant son gain, bien qu'inégal, était plutôt assuré, jusqu'à ce que le manque de charbon et de matières premières eût contraint au chômage une partie de l'in:; dustrie,

L'ouvrier instruit dans un métier met son orgueil à ne pas entreprendre un travail qui ne soit p \s de sa partie ou qu'il estime au=dessous de lui : aussi le système des travaux de nécessité exécutés pour l'État n'a^t^il donné que des résultats assez faibles, au point de vue de l'assistance sociale.

En réalité, au temps des crises industrielles — d'ail* leurs passagères — qu'il y avait auparavant, on pouvait voir aussi se mêler pour ne pas perdre les occasions de travail, des hommes exerçant des métiers plus ou moins similaires, et chacun s'efforçait de se placer là où

il pouvait le mieux, dans la situation donnée, utiliser ses connaissances. (On en trouve un exemple frappant dans la crise industrielle survenue au début de ce siècle, il était intéressant d'observer alors une sorte de migra* tion entre les diverses branches de métiers.) Il est donc probable que chez les ouvriers qui connaissent vraiment le besoin, l'orgueil sera cette^fois un peu moins* intrai*

Parlement à Budapest.

table et qu'ils accepteront les places qui répondent le mieux encore à leurs aptitudes et dont, s'ils les refusaient, des éléments d'une qualité intérieure s'empresseraient de s'emparer.

Ce qui est beaucoup plus grave que cette question de vanité, c'est qu'à l'heure actuelle il est effectivement impossible d'occuper d'une manière rationnelle tant d'ouvriers intelligents, instruits et spécialisés dans une partie et qu'il y a peu de chances pour qu'à cet égard la situation change avant longtemps.

276 i-A (junsTiON des fonctionnaires ut des ouvriers

Or les ouvriers de ce genre sont pour la production nationale un élément très précieux et difficile à remplacer et s'il est permis d'exiger d'eux qu'ils prennent leur part des malheurs du pays, encore faut=il tâcher que le calice ne soit pas pour eux plus plein et plus amer que pour les autres Hongrois.

L'idée de l'émigration par saison, comme on l'a tentée souvent dans certains pays, est peu sympathique aux ouvriers hongrois. De plus, quand on voit la quantité de travaux qu'exige la reconstruction et qui n'attendent plus que la main d'oeuvre, on n'aime pas en vérité à être privé des ouvriers, même pendant cette période de transition où aucune besogne ne s'offre au travailleur.

C'est une idée tout à fait naturelle que celle d'em;= ployer à l'agricuhure les hommes qui ne trouvent pas de travail dans l'industrie. Le contingent des ouvriers industriels a augmenté considérablement au cours des dix ou vingt dernières années et s'est recruté presque exclusivement dans la foule des ouvriers agricoles; or le retour à leurs occupations primitives, pour la période passagère de la crise, ne peut être à ces derniers difficile ou antipathique.

D'ailleurs, alors que dans l'Europe occidentale le nombre des sans^travail varie continuellement et s'élève quelquefois à une très grande hauteur, un froid obser=: vateur ne saurait considérer ce phénomène que comme l'une des phases des crises consécutives à la guerre, à laquelle, provisoirement, on ne peut pas plus remédier qu'à la crise atteignant les autres classes sociales.

Cependant il faut aussi regarder sous un autre angle la question ouvrière hongroise. Des agitateurs, étrangers au pays aussi bien qu'à la classe ouvrière, ont créé entre une partie de cette dernière et les autres couches de la population un antagonisme beaucoup plus vif que cela ne s'est vu dans les autres pays. Quelle que fût

d'ailleurs la façon de sentir des ouvriers hongrois, une grande partie de leurs chefs les poussaient toujours dans une direction contraire au sentiment public.

Les actes les plus brutaux de l'époque révolutionnaire ont été accomplis au nom des ouvriers et c'est aussi

statue de Georg Washington à Budapest.

sur ces derniers que continuent à s'appuyer ceux qu:: visent à un bouleversement de l'ordre social conforméi ment aux conceptions extrêmes de l'Orient.

C'est pourquoi la Hongrie doit résoudre un dilemme: tout en estimant la classe ouvrière, à sa pleine valeur, comme une des sources précieuses de la production nationale, elle s'efforce de l'induire à adopter la même position que celle où se plaçait la classe ouvrière en Angleterre, an France et même en Allemagne, pendant la guerre et au temps des troubles qui suivirent.

Dès que les aspirations ouvrières ne seront plus dia* métralement en opposition avec le principe de l'ordre public, la paix sociale renaîtra ; or ce n'est pas la classe ouvrière qui l'empêche, car elle se compose presque sans exception d'hommes de bonne volonté, encore que trop faciles à conduire, mais ceux de ses chefs qui se plaisent de loin à jeter le trouble dans l'âme des travailleurs.

En lisant dans le traité de paix les paragraphes élégamment rédigés qui se rapportent aux minorités, le lecteur crédule croit peut^^être que par ces dispositions on a éloigné pour longtemps toutes les causes de discorde qui, au nom du droit des minorités, troublaient avant la grande guerre la tranquillité de l'Europe.

Or, après tout ce qui s'est vu à cet égard depuis la fin des hostilités et l'pccupation par les petites nations alliées à l'Entente des territoires relativement peu étendus qui leur étaient adjugés, c'est le contraire que nous sommes forcés de croire : la tentative faite dans le traité de paix pour résoudre la question des nationalités ne fera qu'aviver la lutte des races (ce n'est pas à une lutte à main armée que nous pensons ici) dans la moitié orientale de l'Europe, dont la carte a été mal faite; ce combat absorbera les énergies destinées au développe^: ment intellectuel et économique et le mélange mal dosé présentera toujours l'image du désordre.

Que l'on pense seulement à la Suisse, cet Etat con^ sidéré comme l'idéal quant au mélange des nationalités, où les différentes races sont assez nettement séparées les unes des autres au point de vue territorial, où chacune participe à une civilisation très avancée sans avoir à redouter les empiétements de pouvoir d'une race plus forte: jusque dans cet État se sont fait assez sentir,

avant la guerre, bien que recouverts par le sentiment national suisse, les tiraillements des diverses races, leur gravitation vers l'État où leur unité ethnique trouvait son expression nette, impérialiste, c'est:=à*dire vers la France, l'Allemagne ou l'Italie. Au cours de la guerre, l'agréable situation de neutres a émoussé en tout cas

Les Magyars dans les villes détachées.

les antagonismes, sans cependant les supprimer com^ plètement.

Mais que l'on songe à l'Europe orientale. Ces peuples que le traité de paix a poussés d'un État à l'autre comme les figures d'un échiquier, créant ainsi, au lieu de quel=: ques États plus ou moins polyglottes, plusieurs pays à race exagérément mêlée, ne regardent pas ce changement avec l'esprit calme et réfléchi des citoyens suisses. Il est

certain aussi qu'un peuple arrivé à un haut degré de civilisation a toujours montré plus de mesure et de clairvoyance dans les questions de nationalités qu'un peuple dont la civilisation est moins développée. Si pour mesurer la culture nous ne considérons pas d'autre critérium que la proportion des illettrés, que les Etats ont coutume de déclarer eux-mêmes, il faut bien recon* naître encore qu'au remaniement de la carte de l'Europe orientale ont présidé des principes singulièrement malheur reux, car il a eu lieu d'une telle sorte que jamais les esprits ne pourront s'apaiser et que des races dont la culture est supérieure auront perpétuellement à se plaindre de voir des éléments inférieurs à elles disposer de leur sort.

Il est vrai qu'à cet égard le territoire de la Hongrie constitue une exception, puisque la population y est presque purement magyare, mais le traité de paix a d'autant plus faiblement garanti les territoires voisins dans les Etats nouvellement formés. Ni véritable fron:; tière géographique, ni supériorité prononcée de culture eu de race ; il n'est guère étonnant que, sans tenir aucun compte des dispositions du traité de paix relatives aux droits des minorités, les dominateurs s'efforcent par la violence de fortifier leur pouvoir, de manière qu'à l'avenir le droit se trouve autant que possible en pré* sence d'un fait accompli.

Par suite de ce malheur2ux arrondissement de leurs frontières, le cours de l'irrédentisme a changé fatalement; au détriment de ces nouveaux Etats ; tandis que jusqu'ici, avec la force intérieure qu'ils devaient à leur unité, ils pouvaient assiéger du dehors les formations ethnogra* phiques qui ne leur plaisaient point et qui cependant tour? naient à leur avantage (personne en effet ne pouvait nier le développement des nationalités en Hongrie, ni combien elles gagnaient de terrain), désormais c'est dans

leur propre corps que ces États sentent percer les abcès. Le péril est d'autant plus grand que s'ils continuent à agir contrairement aux stipulations du traité, la Société des Nations les citera devant son tribunal pour leur demander compte de leurs abus ; s'ils s'inclinent devant ces règles qu'ils ont reconnues eux-mêmes, il leur faudra accorder aux races qu'ils ont assujetties, lesquelles représentent une grande masse et une culture plus avancée que la leur, une part correspondante dans la direction des affaires publiques.

A en juger par ce qui s'est vu jusqu'ici, il est peu probable que les choses se passent de cette manière ; il se poursuivra plutôt une sorte de lutte souterraine : on affirmera que les clauses du traité sont fidèlement respectées et derrière cette apparence il n'y aura en réalité que violence et qu'oppression. Mais une culture supérieure a nécessairement plus de ténacité dans la résistance et c'est pourquoi les forces des nouveaux Etats se consumeront en d'incessantes luttes intestines. Com;: bien l'ancien ordre de choses semblait mieux fait pour être permanent, qu'on a voulu changer, dans la forge de la paix, pour une nouvelle structure estimée plus durable. Par un accord raisonnable, même à la dernière minute, il eût encore été possible de modifier, à l'avan* tage des deux parties, les clauses entravant les nouveaux États, si le conseil suprême des Puissances alliées n'était pas parti d'avance du principe de l'infailliDilité : loin de la vie réelle et sans aucune connaissance de celle-ci, il a cru que, du fait qu'ils avaient été vaincus dans cette guerre, les États qui, par une expérience mi#séculaire, connaissent la question des nationalités dans l'Europe orientale, s'étaient avérés incompétents en la matière.

Cette complication da la question des nationalités est d'autant plus regrettable qu'elle peut devenir un obstacle au rapprochement entre des États qui se complètent les

uns les autres au point de vue économique. Qu'il s'agisse de la Roumanie, de la Yougo==Slavie ou de TEtat tchèque, de plus étroites relations économiques avec la Hongrie représentent nécessairement un gain : en effet,

Proportion des y0y^ Sloïaqaes

!aDS la HoDjrif inli'jrale

■MB Proportion des llajryars dans \n régions détachées an prolil des SloTaqucs, BHBi des Itouinaiiis, des Yoi;;08laves et deti illemands.

Proportion des Magyars dans les régions détachées; proportion des principales nationalités dans la Hongrie intégrale.

l'unité géographique dérangée par les nouvelles frontières étant rétablie, les échanges peuvent reprendre entre des territoires qui ne sauraient se passer les uns des autres et chacun de ces Etats peut exporter en plus grande quantité l'excédent de ses produits bruts ou manufacturés.

L'isolement économique — nous l'avons exposé mainte lois au cours de cet ouvrage — est indubitablement préjudiciable à la Hongrie, mais il l'est aussi aux États voisins, dont aucun ne forme non plus à lui seul un ensemble économique parfait.

Après les ravages causés par tant d'années de guerre, aucun homme de bon sens ne songe à corriger par la force des armes, soit dans un avenir prochain soit dans un temps plus éloigné, les dispositions défectueuses du traité de paix ; mais le bon sens commande précisément d'arracher les épines qui empêchent les rapports paci:: fiques entre des peuples voisins et ayant besoin l'un de l'autre.

Or un des obstacles permanents à la bonne harmonie e ntre la Hongrie et les Etats voisins est la question des minorités, oeuvre artificielle du traité de paix qui, au lieu d'un pays polyglotte, la Hongrie, en a fait trois, mais de telle sorte que dans chacun de ces der:: niers le problème des nationalités est plus critique et plus grave qu'il ne l'était dans le premier.

Le désir ardent qu'ont les nouveaux Etats de se tirer de cette malheureuse situation et se débarrasser des nationalités par les expulsions et l'oppression est peut? être subjectivement facile à comprendre, mais il porte en lui-même les germes de tant de bouleversements que le conseil suprême des Alliés, mal orienté dans la question, ne s'en doutait même pas.

Privée de très grandes ressources qui gisaient dans son peuple et dans sa force économique, la Hongrie est à un certain égard beaucoup moins faible que ses voisins: même à l'époque où sa population parlait plusieurs langues, la question des nationalités n'avait pas l'im* portance qu'elle a chez ces derniers et aujourd'hui elle est complètement rayée du nombre des problèmes inté* rieurs. Nous pouvons tout au plus recueillir les données

nécessaires à l'appui des plaintes à porter devant la Société des Nations, afin que soit réglé le sort des Hongrois dans les territoires annexés. Nous pouvons le

Honsfi'ie

Tchéco-Slovaquie

Roumanie

Hongrie mutilée

Youîïoslavie

Autriche

I Mao-var-^ 2. Allemands, 3. Slovaque., 4. Roumains, 5. Ruthènes, 6. Croates,

7. Serbes, S. Tchèques, 9. Polonais, 10. Ukrainiens, 11. Juifs, 12. Bulgares,

Page 1