‹ La Hongrie aux peuples civilisésChapitre 3 sur 3 · GO · texte numérisé non relu

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quels il pressentait quelque opposition h ses ordres, et ce fut lui-même qui compléta le nombre des députés par d'autres qu'il nomma j si bien que, par ce fait même, cette assemblée préparatoire avait été changée en un conseil purement consultatif, où il pouvait faire valoir, pour unique loi, sa propre volonté.

Cette assemblée ne représentait donc pas la nation. Il est <5galeraent vrai de dire qu'elle a manqué de liberté.

Le baron Joseph de Jellachich a commencé ses opérations par l'institution illégale des conseils de guerre contre tous ceux qui se seraient révoltés contre son autorité j l'explication des crimes appartenant naturellement soit h lui, soit à ceux qu'il aurait trouvé bon de charger de cette commission. C'est en employant ces moyens qu'on a fait de cette assemblée une pure comédie, ou plutôt une tragédie, dont les rôles étaient distribués par le baron de Jellachich , lequel n'est lui-même que l'instrument de la camarilla réactionnaire, comme cela sera plus bas clairement démontré.

Comme tout ce qui est dit ici est exactement vrai, s'est accompli sous les yeux du public, et a été publié par les deux journaux d'Agram, organes du baron de Jellachich, il n'est pas besoin de plus ample démonstration. Maintenant , qu'il nous soit permis de réduire ce manifeste au manifeste de la camarilla elle-même, et de passer aux deux points marquants qu'il renferme.

Le manifeste a deux points de vue : le point de vue du droit naturel et celui du droit historique, et il s'efforce de justifier la révolte du baron de Jellachich au point de vue de l'un et de l'autre.

Pour ce qui concerne le droit naturel, il répète les mots de liberté, d'égalité, de fraternité, que tout le monde prononce aujourd'hui ; aussi ne peut-il être question raisonnablement

que de l'application de ces mots à la Croatie particulièrement. Faire appel , après cela , au droit historique, est un pléonasme, car celui qui se vante à présent de ses droits historiques court risque d'être en contradiction avec lui-même.

Passons donc sous silence ces droits naturels et historiques, dont personne ne doute , et voyons seulement l'accusation posée contre les Hongrois d'avoir tenu en servitude depuis des siècles les pays annexés, car c'est le reproche qui sert a justifier la révolte.

Cet asservissement des Croates peut être considéré et à l'égard de leur langue et à l'égard de leurs autres droits.

Pour ce qui regarde la langue, où, quand , et par quelle loi les Hongrois nous ont-ils contraints d'accepter leur langue, et ont-ils asservi notre langue maternelle ?... N'est-ce pas en 1805 que notre langue maternelle, de même que la langue hongroise et toutes les autres, hors la langue latine, a été exclue de nos discussions publiques par les statuts de nos pères?'

Après des prières réitérées, nous avons obtenu, nous, qu'une chaire de langue hongroise serait érigée a l'académie d'Agram, et vous en faites un crime aux Hongrois !

Mais les Hongrois eux-mêmes n'ont introduit leur langue dans les affaires publiques qu'il y a environ 20 ans. Comment donc auraient-ils pu nous opprimer au nom de leur langue depuis des siècles ?

Il y a a peu près 20 ans que la langue hongroise a été appliquée aux affaires publiques delà Hongrie, et c'est seulement par l'article 2 de l'an 18+i que les députés de la Croatie ont eu l'obligation de parler hongrois à la Diète de Hongrie, dans un délai de 6 ans. Or, cette loi n'a pas été faite par des Hongrois exclusivement 3 nos députés eux-mêmes y ont concouru , et le roi l'a sanctionnée. De plus , vous avez vous-mêmes décidé a la Diète particulière de la Croatie, tenue à Agran^

en 18^S, et h laquelle personne du parti hongrois n'a pris part, par conséquent dans l'exercice plein et illimité de vos droits ; de ne pas môme attendre les 6 ans que la loi vous concède , et vous avez ordonné a vos députés de parler la langue hongroise a la Diète générale de la Hongrie de l'an ISUl-Wô. Aussi vos députés , Busan , Osegovich et Bunyik , s'y sont-ils conformés j et cependant ces messieurs jouissent encore de toute votre confiance , car c'est à leur concours que le monde doit le manifeste publié par vous.

Maintenant c'est à vous de conclure.

C'est en 18^5 seulement que vous avez décide , a la Diète particulière de la Croatie, de remplacer, dans les affaires publiques, la langue latine par le croate. Vous avez soumis ce statut il la sanction du roi ; mais en vain. Et cette sanction , que le roi vous a refusée , la Diète de Hongrie , sans y être nullement invitée , vous l'a accordée par l'article 16 de 18^8. A peine celle Diète était-elle close , que , la ville d'Eszek ayant manifesté le désir de correspondre avec le gouvernement hongrois dans sa langue maternelle, le ministère hongrois, nonseulement a déféré à ce vœu , mais encore aux dépêches adressées à la Croatie et h la Slavonie a joint de lui-même une traduction en langue croate.

Voilà quelle a été la tyrannie des Hongrois à l'égard de notre langue.

Examinons maintenant quels sont nos griefs a l'égard de nos droits politiques.

Ces droits sont de deux sortes. Il en est que nous partageons avec les Hongrois, d'autres qui nous sont particuliers.

Pour ce qui concerne les premiers , qui de vous serait capable de montrer, dans toute la législation hongroise, un seul cas où des droits acquis aux Hongrois seraient refusés aux Croates .\.. Mais il y a plus encore. Les lois sur l'indemnité

pour l'abolition des corvées ont été étendues h la Croatie comme à la Hongrie j quoique ayant eu plus de tenanciers, nous avons proportionnellement beaucoup plus d'indemnités ii réclamer que les Hongrois eux-mêmes , tandis qu'au contraire nous avons beaucoup moins de domaines nationaux qu'eux (1) . De telle sorte que nos domaines nationaux représentent à peine la dixième partie de l'indemnité que nous avons à espérer de la Hongrie I

Pour ce qui concerne nos droits particuliers , nos droits dits municipaux, la Diète hongroise de l'an 1715 ne les a-l-elle pas confirmés et assurés, par l'article 120 , et contre les attaques du gouvernement autrichien et contre celles de nos propres compatriotes?... N'avons-nous pas notre ban, notre cour banale ? Ne choisissons-nous pas librement notre capitaine-général et notre protonotaire ? Ne sommes -nous pas toujours dispensés de loger et d'entretenir gratuitement l'armée ? Exemption dont ne jouissent pas les Hongrois. Nos impôts ne sont-ils pas moins lourds que ceux de la Hongrie,... par conséquent ne possédons-nous pas plus de droits que les Hongrois eux-mêmes?... Et cependant, vous nous plaignez de notre servitude séculaire I

La Diète générale de Hongrie ne vous a-t-elle pas protégés contre la cour de Vienne, par l'article 59 de l'an 1790, relativement à l'augmentation arbitraire de l'impôt?... Nos griefs, ne les a-t-elle pas adoptés comme siens, et n'a-t-elle pas exigé qu'on les réparât ?... Et parce que , au commencement de l'année 1848, la situation de la Hongrie s'améliorant, le roi régnant, dans la plénitude de sa liberté, accompagné de sonhéritier

(1) Ce sont les domaines nationaux qui , suivant les engagements de a Diète de 1847-48, doivent servir à indemniser les propriétaires.

présomptif, l'archiduc François-Cliarles, et du fils de celni-^ ci, l'archiduc François-Joseph, a non seulement accédé aux vœux de la Diète de ïIongrie(au sein de laquelle siégeaient les députés de la Croatie) , mais encore sanctionné a Presbourg les lois qui les exprimaient; parce qu'en sanctionnant ces lois, qui remettaient l'administration de la guerre et des finances de la Hongrie dans l'état légal , conformément aux lois antérieures,... vous osez affirmer que les Hongrois se sont séparés de kur roi, qu'ils ont déchiré la pragmatique sanction! Mais cela approche de l'impudence!...

Yous vous plaignez de ce que la Diète de Hongrie ait laisse votre Diète particulière dans son état antérieur ; et vous ne remarquez pas qu'elle vous a laissé la liberté delà régler vousmêmes suivant les principes établis pour la Hongrie!... Si la Diète hongroise avait réglé la Diète croate, vous vous seriez plaints delà violation de vos droits municipaux; mais si vous tenez absolument a ce que la Diète de Hongrie règle votre Diète, vous n'avez pas besoin de recourir a une révolte pour cela , vous n'avez qu'à émettre votre vœu , et personne ne doute que votre désir ne s'accomplisse.

Vous vous plaignez de ce que les lois de la dernière Diète de Hongrie n'aient pas été envoyées à votre Diète particulière. Mais à qui pouvaient-elles être envoyées quand Sa Majesté avait défondu au baron de Jellachich , immédiatement après les premiers pas de la révolte, de se faire installer comme ban et de tenir aucune Diète particulière. Une Diète légale n'ayant pas eu lieu, le bulletin des lois ne pouvait être envoyé; mais ces lois l'ont été aux juridictions , aux municipalités, et ceci suffit, car chaque citoyen a pu les connaître.

Enfin, quant a votre Diète particulière , vous savez tous qu'elle n'a pas puissance de faire des lois, mais seulement des

statuts sur les affaires communes de la Croatie. Chaque 'comitat, chaque ville du royaume a le droit d'en faire autant, elce droit n'a jamais été attaqué.

N'ayant pas, par conséquent, de causes de plainte, nous vous demandons par qui vous êtes encouragés ?.... N'est-ce pas par la camarilla qui ne peut pas se résoudre à abdiquer le pouvoir, qui ne peut souffrir qu'on l'éloigné du monarque, à qui elle voudrait toujours persuader qu'elle est son unique appui, pour régner au nom du roi , qu'elle a trompé !

C'est à vous, 'maintenant, braves soldats des frontières, au clergé, à la noblesse, a la bourgeoisie et au peuple entier, que nous nous adressons!... Pensée que ce sont les Hongrois qui ont conquis pour vous tous vos nouveaux droits; qu'eux seuls sont capables d'empêcher que les places d'officiers ne soient envahies par les étrangers comme auparavant; que ce sont eux qui ont assuré leur part de la législation commune aux soldats des frontières comme 'a tous les citoyens, par l'élection libre des députés ; qu'ils ont élevé les villes militaires de la frontière au rang des villes libres ; ce sont eux qui ont assuré aux soldats une solde double de celle qu'ils avaient auparavant, qui ont placé des officiers des frontières militaires à la section du ministère delà guerre, afin d'apprendre tous vos vœux et griefs, pour prendre en considération ceux-là et remédier h ceux-ci. Réfléchissez que c'est le ministre de la justice actuel, M. Deâk, qui travaille depuis plusieurs années a assurer aux soldats des frontières un avenir meilleur. Réfléchissez que le parti de la nation à qui nous sommes redevables de la plupart des droits nouvellement obtenus avait compris, avant déjii le commencement de la première Diète de l'an 1848, le soulagement des frontières militaires dans son programme, publié par la voie de la presse. Réllécliissez que la responsabilité ministérielle ne permetlera plus désormais de conférer les

emplois publics aux favoris de la camarilia , et que, par cela môme, la récompense sera assurée au mérite. Réflécliissez que les Hongrois ont pris les mesures les plus sûres pour la meilleure dotation des cures et des chapitres, pour l'établissement des écoles chez nous comme en Hongrie. Réfléchissez que l'indemnité pour l'abolition des corvées, sans écraser le peuple, ne peut être perçue que par l'union avec la Hongrie, et que le paiement d'une partie de cette indemnité a été déjà annoncé a la Diète hongroise actuellement rassemblée. Réfléchissez que la prospérité ne peut revenir , pour les habitants des villes, que quand l'ordre et la paix seront assurés et quand les émigrés rentreront dans leur pays. Réfléchissez, habitants des campagnes , que l'exemption des services que vous devez encore ne peut être assurée dans l'avenir que par la Diète hongroise , qui prendra soin d'indemniser le possesseur. Réfléchissez que les prétendues immunités que vous a données Jellachich ne seraient bâties que sur le sable, si elles n'étaient basées sur les lois faites ou a faire par la Diète de Hongrie.

Et vous, brave jeunesse de l'académie d'Agram , vous, dont le jeune cœur a été le plus égaré contre nous,

Vous avez cru que nous sommes les ennemis de notre nationalité parce que vous ne nous avez pas vus tous dans votre Dvorana, et parce que nous avons toujours tenu pour la Hongrie. Vous ne saviez pas que la nationalité n'élait que le prétexte dont la camarilia se servait pour semer la discorde entre les deux nations et pour agir contre la liberté commune, qui déjà commençait à poindre. Vous ne saviez pas que ceux qui ont le plus parlé au nom de la nationalité étaient les instruments les plus serviles de la camarilia, et que notre sort eût été, non la liberté, mais le servage, si la Hongrie n'eût ouvert les yeux du roi malgré tous les ob-

slacles ; si elle n'i^ûl, malgré les efforts de nos ennemis, assuré la liberté pour tous.

On vous a fait accroire que les Hongrois veulent opprimer notre langue et notre nationalité ; et, pour vous le persuader , la camarilla a soudoyé les deux journaux d'Agrara, par lesquels elle travaillait à répandre la haine contre les Hongrois. Nous connaissons ces menées ; nous les avons combattues. Les Hongrois ont donné à leur languela position d'une langue diplomatique, car comment pouvait-on espérer de gagner la sympathie du peuple en lui parlant le latin, que le peuple ne comprend pas, et comment aurait-on osé, sans s'appuyer sur le peuple, faire la proposition des lois de 18i!j8, avec quelque espoir do réussir ?

Après que les libertés furent acquises, garanties par la parole royale, toute cause de dissension a cessé. Et voyez: ce que la nation croate a en vain désiré d'obtenir sous les gouvernements précédents a été spontanément sanctionné par la nation hongroise, par les articles 16, 21 et 5 de 1848, articles qui garantissent notre langue et notre nationalité. Aussi la camarilla remarqua-t-elle, avec l'astuce qui lui est propre, que dorénavant la guerre des langues allait cesser en Croatie j car, après l'institution de la représentation du peuple, il devenait impossible d'employer une autre langue que notre langue nationale dans toutes les délibérations publiques.

C'est pour cela qu'il fut trouvé nécessaire d'employer la violence, de nommer le colonel Jeilachich feld-maréchal lieutenant, commandant, et de lui donner la dignité de ban , pour l'attacher'a la camarilla par les liens indissolubles de la reconnaissance.

{Suivent ici de vifs et longs reproches, adressés au ban Jeilachich. )

. . . Pourquoi corabals-tu? Pour livrer au gouveinenient de Vienne les ministères hongrois de la guerre et des finances; pour que les charges qui ont pesé sur le peuple, et qui ont été heureusement allégées , pèsent derechef sur lui , doublées et triplées; pour mettre nos soldats à la disposition de la camarilla, qui, avec eux, espère renverser, une à une, toutes les libertés des peuples !

Crois-tu donc que la nation que tu as abusée, tyrannisée, pourra et voudra le prêter son aide dans une telle cause ? Mais regarde : tu peux les compter ceux sur lesquels , outre les soldats, tu peux l'appuyer, etc., etc

Ce manifeste, qui se termine parcelle apostrophe, csi signé :

« Au nom de la nation croato-slavonne, ' ses enfants libres. »

Août 1848.

Le clergé de l'Eglise catholique romaine en Hongrie à Sa Majesté apostolique Ferdinand V , roi de Hongrie.

(Représentation remise à rcnipereur-roi , au nom du clergé, par Parchevêque d'Eszlergoni , primat de Hongrie, et par l'archevêque d'Eger.)

Sire ! pénétrés d'une douleur profonde o. la vue des calamités sans nombre et des guerres intestines qui désolent notre malheureuse patrie, nous nous adressons respectueusement à Votre Majesté, dans l'espérance qu'elle écoutera favorablement la voix de ceux qui , après avoir prouvé leur fidélité inviolable à Votre Majesté, croient qu'il est de leur devoir, comme chefs de l'Eglise de Hongrie, de rompre enfin le silence

et de porter aux pieds du trône leurs justes doléances, dans J'intérêl de l'Eglise, du pays et de la monarchie.

Sireî nous nous refusons à croire que Votre Majesté soit informée précisément de l'état actuel de la Hongrie ; nous sommes convaincus que Votre Majesté, a cause de son éloignemenl de notre infortunée patrie , ne connaît ni les malheurs qui l'accablent, ni les dangers qui la menacent dans un avenir prochain et mettront le trône même en péril, à moins que A'otre Majesté n'y apporte un remède prompt et efficace, en n'écoutant que les inspirations de son bon cœur.

La Hongrie se trouve en effet dans l'état le plus triste et le plus déplorable. Dans le sud, une race tout entière, quoique jouissant de tous les droits civils et politiques reconnus en Hongrie, est en pleine insurrection depuis plusieurs mois, excitée et égarée par un parti qui semble s'être donné l'affreuse mission d'exterminer les races magyare et allemande, qui ont été constamment l'appui le plus fort et le plus sûr du trône de Votre Majesté. D'innombrables villes et villages florissants sont devenus la proie des flammes et ont été détruits de fond en comble; des milliers de citoyens magyars et allemands errent sans asile et sans pain, ou sont tombés victimes d'une cruauté sans nom , car on répugne à redire les atrocités épouvantables par lesquelles la rage populaire, déchaînée par ces excitations sataniques, ose se manifester.

Ces horreurs n'étaient pourtant que le prélude de maux plus grands encore qui allaient fondre sur notre patrie. A Dieu ne plaise que nous affligions Votre Majesté par le hideux tableau de toutes nos infortunes! Qu'il nous suffise de dire que les races diverses qui peuplent votre royaume de Hongrie j soulevées, excitées les unes contre les autres par des intrigues infernales, ne se signalent que par le pillage, l'incendie et le meurtre, exercés avec des raffinements atroces.

Sirc! la nation hongroise, autrefois le rempart le plus ferme de la chrétienté et de la civilisation contre les attaques incessantes de la barbarie , éprouva souvent de rudes secousses dans celte lutte séculaire de la vie contre la mort^ mais h aucune époque elle ne vit s'amonceler sur sa tête tant et de si terribles orages, jamais elle ne fut enlacée dans les nœuds d'une intrigue aussi perfide, jamais elle n'eut h subir un traitement si cruel et si lâche à la fois. Et cependant, ô douleur profonde! toutes ces horreurs se commettent au nom et, comme on assure, par l'ordre de Votre Majesté. Oui, sire, c'est sous votre gouvernement et c'est au nom de Votre Majesté que nos villes florissantes sont bombardées, saccagées et détruites! au nom de Votre Majesté qu'on égorge les peuples magyars et allemands! Oui, sire! tout cela se fait, on le répète sans cesse, au nom et par l'ordre de Votre Majesté, qui cependant prouva, d'une manière si authentique et si récente, ses intentions bienveillantes et paternelles pour la Hongrie! au nom de Votre Majesté, qui, dans la dernière Diète de Presbourg, cédant aux vœux de la nation hongroise et aux exigences du temps, consentit à sanctionner et à confirmer par sa parole et son serment royal le fondement d'une constitution nouvelle, établie sur la base plus large dun gouvernement parfaitement indépendant.

C'est pourquoi la nation honrgoise, pénétrée de reconnaissance pour Votre Majesté , accoutumée d'ailleurs à ne recevoir de son roi que des preuves d'une bonté vraiment paternelle quand il n'écoute que les inspirations de son cœur; cette nation se refuse h croire , et nous , ses premiers pasteurs , nous nous refusons aussi a croire que Votre Majesté connaisse ou qu'elle voie avec indifférence, encore moins qu'elle approuve la manière indigne avec laquelle les ennemis de notre pays et de nos libertés compromettent la majesté royale , armant les [)0-

pulations les unes contre les autres, ébranlant les bases de la constilulion , mettant en question les pouvoirs légalement établis, chercbanl même à détruire dans tous les cœurs l'amour des sujets pour leur roi, en disant que Votre Majesté veut retirer h ses fidèles Hongrois les concessions jurées solennellement et sanctionnées dans la dernière Diète , et enfin arracher au pays son caractère de royaume indépendant et libre.

Déjà, sire, ces lois et libertés nouvelles, donnant des garanties plus sûres a la liberté du peuple, ont jeté de si profondes racines dans le cœur de la nation , que l'opinion publique nous fait un devoir de représenter à Votre Majesté que le peuple hongrois serait forcé de perdre cette piété et cette vénération consacrée et prouvée en tant d'occasions jusqu'à ce jour, si on essayait de lui faire croire que les violations des lois et du gouvernement sanctionné et établi par Votre Majesté se commettent avec le consentement du roi.

Mais si, d'une part, nous sommes intimement convaincus que Votre Majesté est restée étrangère aux intrigues perfidement ourdies contre le peuple hongrois, nous ne sommes pas moins persuadés que ce peuple, s'armant pour défendre sa liberté, est resté sur le terrain légal, et qu'en obéissant par instinct à la loi suprême des nations , qui veut le salut de tous , il a sauvé en même temps la dignité du trône et la monarchie fortement compromises par des conseillers aussi dangereux que téméraires.

Sirel nous, premiers pasteurs de la plus grande partie du peuple hongrois, nous connaissons mieux que personne ses nobles sentiments, et nous osons affirmer, d'accord avec l'histoire, qu'il nest pas do peuple plus fidèle à ses monarques que le peuple hongrois quand on le gouverne selon ses lois.

Nous garantissons h Votre Majesté que ce peuple, si fidèle observateur de l'ordre et des lois civiles au milieu des déchi-

remcnts actuels , ne désire que la jouissance paisible des libertés accordées et sanctionnées par le irùne.

Dans cette conviction profonde, mus d'ailleurs par l'intérêt sacré de la patrie et le bien de l'Eglise, (|ui se plaît à voir dans Votre Majesté son premier et principal défenseur, nous, évoques de Hongrie, supplions humblement Votre Majesté de tourner ses regards paternels vers la patrie en danger. Que Votre Majesté daigne réllécbir un instant sur l'état déplorable dans lequel se trouve ce malheureux pays , où des milliers de citoyens innocents , qui vivaient tous fraternellement en paix l'un à côté de l'autre malgré la différence de races, se voient plongés dans la plus affreuse misère par ces guerres civiles. — Le sang des citoyens coule à grands flots. — Des milliers de sujets fidèles à Votre Majesté sont partie égorgés , partie errants, sans asile , et réduits a l'aumône. — Nos villes, nos villages, ne sont plus que des monceaux de cendres. — Le bruit des armes a chassé le peuple fidèle de nos temples, devenus déserts. — L'Eglise, en deuil, pleure sur la chute de la religion et de l'éducation du peuple, interrompue, délaissée. — Le spectre effrayant de la misère grandit et se développe de jour en jour sous mille formes hideuses. — La moralité et avec elle le bonheur du peuple disparaissent dans le gouffre des guerres civiles. Mais que Votre Majesté daigne aussi réfléchir sur les suites terribles de ces guerres civiles, non plus dans leurs rapports avec les intérêts moraux et matériels du peuple, mais bien dans leurs rapports avec la sécurité et la stabilité de la monarchie! — Que Votre Majesté se hâte de dire un de ces mois puissants qui calment les tempêtes! — Le flot monte I les vagues s'amoncèlent et menacent d'engloutir le trône! — Qu'on se hàle de poser une digue a ces passions surexcitées et déchaînées avec un art infernal entre des populations jusque là t.i paisibles. Comment faire rentrer dans les limites de

l'ordre , de la justice et de la modération, des peuples auxquels on a inspiré la solfia plus épouvantable, la soif du sang! Qui rendra à la majesté royale la pureté primitive de son éclat, de sa splendeur, après l'avoir traînée, cette majesté, dans la fange des plus mauvaises passions? Qui donc redonnera foi et confiance a la parole et au serment royal? Qui donc enfin rendra compte au tribunal du Dieu vivant de ces milliers de citoyens qui sont tombés, et tombent tous les jours, victimes innocentes des fureurs de la guerre civile ?

Sire, notre devoir de fidèles sujets, le bien du pays et l'honneur de la religion, nous ont inspiré ces humbles mais sincères remontrances et ordonné d'élever notre voix! Aussi, espérons-nous que Votre Majesté accueillera non seulement nos paroles, mais que, se souvenant du serment solennel, qu'elle prêta le jour de son couronnement à la face du Ciel , de non seulement défendre les libertés du peuple , mais encore de les étendre; que vous souvenant de ce serment, auquel vous en appelez si souvent, si pieusement, vous écarterez de votre personne royale la terrible responsabilité que ces guerres impies et sanglantes acccuraulent sur le trône, et que vous arracherez le tissu de vils mensonges dont des conseillers sinistres vous obsèdent, en vous bâtant de rappeler, par une prompte et forte résolution, l'ordre et la paix dans notre patrie, qui fut toujours le plus ferme soutien de votre trône! afin qu'avec l'aide de Dieu , ce pays, si durement éprouvé, revoie des jours prospères, afin qu'il élève au sein d'une paix profonde un monument d'éternelle reconnaissance à la justice et au cœur paternel de son roi.

Nous avons signé, à Pest, le 28 octobre 1848.

Les évêques de l'Eglise catholique de Hongrie.

Lettre pastorale des évêques catholiques de Hongrie aux fidèles du royaume.

il Salut el béncdiclion à nos chers frères en Christ!

)) Notre faiblesse a toujours besoin de la consolation et du soutien de la religion, mais elle réclame suitout ce secours lorsque des maux extraordinaires nous accablent. C'est alors qu'il nous faut une force surnaturelle pour remplir nos devoirs. Aussi la sainte Eglise catboli(|ue, fidèle à l'exemple des premiers chrétiens, quoique s'adressant tous les jours a la source du salut et des bénédictions pour implorer d'elle la jouissance de noire existence terrestre, se hâte t-ellc de convoquer les (idèles à des prières publiques, dans ces jours d'imminents dangers et quand les plus grandes douleurs affligent l'âme.

» Dans ce temps de désolation , lorsque la haine, semée entre des races vivant jusqu'à ce jour en bonne harmonie a détruit la paix de notre chère patrie; lorsqu'un ennemi cruel , égorgeant, pillant, exerce les plus grandes atrocités, nous avons ordonné aux pasteurs des églises confiées a notre direction de célébrer des services religieux extraordinaires , aussi long-temps que la triste situation de notre patrie ne sera pas améliorée.

» Lorsqu'il y a six mois , notre constitution de huit siècles fut modifiée a la Diète de Presbourg suivant les exigences du temps et les vœux de la nation , et ses bienfaits étendus à tous les fils de la patrie , sans distinction de classe, de langue ou de communion; lorsque le gouvernement indépendant, sanctionné par la parole du roi, reçut ses pouvoirs, nul n'aurait cru qu'il était possible d'attaquer jamais celle constilulion li-

bre, ni d'exciter contre les Hongrois les autres nationalités. Le bien acquis étant devenu le bien de tous, l'alliance sincère des nationalités devait au contraire se fortifier j les barrières et les murs entre les peuples, comme entre les classes , devaient tomber à jamais.

)) Avec quelle joie nous avons vu s'étendre la liberté et les droits civils de nos concitoyens, avec quel empressement nous nous sommes hâtés de faciliter la réalisation des vœux du pays, nous l'avons prouvé par les sacrifices que nous nous sommes imposés. Nous étions convaincus que , si la liberté du peuple entier, et celle par conséquent de nos fidèles catholiques, s'accroissait; que, s'ils acquéraient les moyens d'améliorer leur sort, notre sainte Eglise grandirait par l'élévation spirituelle et matérielle de ses enfants, et que ceux-ci s'attacheraient plus étroitement a elle, en louant le Seigneur des bienfaits dont il les avait comblés par la main des législateurs du pays.

» C'est pourquoi nous nous sommes hâtés de faire savoir aux curés de nos diocèses qu'ils eussent ii attirer l'attention de leurs auditeurs sur la grandeur et la libéralité des lois nouvelles , afin que nos fidèles remplissent consciencieusement les devoirs (particulièrement l'obéissance au roi et aux autorités légales) que leurs nouveaux droits leur imposaient.

» A notre grande douleur, la paix de noire patrie est troublée depuis des mois entiers; mais, du moins, est-ce pour nous une consolation de voir que nos exhortations en faveur de l'obéissance et du patriotisme n'ont pas été prononcées en vain,

)) Remerciant Dieu de ce résultat , et reconnaissant la noble conduite des curés de notre diocèse , nous les prions, ainsi que tous nos fidèles, avec l'expression de l'amour paternel le plus tendre, de garder leur zèle infatigable, leur inébranlable fidélité à l'ordre, de repousser les insinuations des anarchis-

tes, et d'obéir sincèrement aux commnndcments des autorités chargées de la défense de la patrie. Qu'ils se gardent de toute violation des lois, tant divines que civiles 5 qu'ils témoignent en toute chose d'une soumission entière aux autorités qui s'efforcent de rétablir l'ordre et la paix publique. C'est a elles que s'applique cette parole de l'apôtre des nations : « Il n'y a » point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui a » établi toutes celles qui sont sur la terre. »

» Mais comme le sort des peuples est dans la main de Dieuj comme, s'il permet que notre patrie soit désolée par la guerre , il est assez bon et assez fort pour apaiser la tempête , pour faire refleurir les jours sereins de la joie , de la paix et de l'union; comme nos armes et nos bras sont insuffisants pour sauver la patrie, nous exhortons les fidèles de notre Eglise a invoquer, avant toutes choses, la bonté du Tout-Puissant, a le prier de nous rendre la tranquillité, d'éclairer la raison de ceux que nos ennemis ont égarés et qui combattent au nom d'une liberté imaginaire, au moment même où la liberté leur est donnée et où il ne leur reste plus qu'à en cueillir paisiblement les fruits.

n Pressez-vous dans nos temples, autour de l'autel du Seigneur. Adressez-vous h la sainte 'Vierge , patronne de notre patrie : qu'elle défende son cher héritage, qu'elle intercède en faveur de ce peuple, qui porte son souvenir sur ses monnaies et ses drapeaux. Si vous vous confiez en Dieu , si vous puisez vos forces dans la religion , vous serez forts, persévérants dans la lutte, prêts à tous les sacrifices patriotiques : car celui-là suit la loi , qui, selon les préceptes de l'Evangile et des apôtres, la suit par obéissance, non aux hommes, mais à Dieu; librement, et non par contrainte.

» Nous vous exhortons, nos très chers frères on Christ, à être d'une fidélité inébranlable à votre patrie , d'un dévoû-

ment courageux dans la défense , d'une obéissance sincère aux autorités, qui, dans ces temps de péril, sont forcées de vous demander de plus grands sacrifices qu'autrefois. Soyez convaincus qu'elles tâchent de conquérir pour vous la liberté et, avec elle, le bonheur terrestre. Reconnaissez comme votre plus saint devoir de vous soumettre aux autorités légales du pays, de vivre entre vous en paix et en amour, de vous secourir mutuellement, de soutenir les faibles, d'encourager les timides, de punir les ennemis de l'ordre. Ayez patience et courage, et espérez de la grâce de Dieu que, loin de vous laisser faillir sous le fardeau des combats, il récompensera votre persévérance par les bénédictions de la paix. A lui , au Roi éternel, au Seigneur immortel , invisible et sage, gloire et louange in œternum. Amen. »

Imprimerie de Gdiraidet et Jouaust, rue Saint-Hcnoré, 315

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