‹ La Hongrie d'hier et de demainChapitre 3 sur 21 · AA ARS · texte numérisé non relu

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nautés, des fidei-commis représentent environ dix millions d'hectares.

L'abolition du servage décrétée en 1848 et le renchérissement de la main-d'œuvre qui s’ensuivit, diminuèrent beaucoup l'étendue de la moyenne propriété. Une crise analogue causée par le poids des impôts, leur répartition défectueuse, les exigences des fermiers et l'élévation des salaires menaçait avant la guerre la petite propriété en Hongrie. Ne pouvant entretenir leur terre, les petits propriétaires la vendent et augmentent l'armée des journaliers agricoles. La plupart émigrent en Amérique. De 1900 à 1910, on comptait officiellement 700.000 émigrants. Malgré les inquiétudes des démographes, le gouvernement ne saurait voir l’'émigration d’un mauvais œil, car elle éloigne du pays un élément de population susceptible de favoriser le socialisme agraire.

A leur retour, les émigrants cherchent à acheter de la terre, et, dans certaines régions, comme, par exemple, dans le nord du pays où habitent les Sloz vaques, les demandes sont si nombreuses que la: valeur des champs a augmenté en vingt ans d’une manière incroyable. Ce désir de se rendre maître du sol, qui est au cœur de tout Hongrois, n’est qu'une face de la question du prolétariat agraire. La situas tion précaire des deux millions environ de journaliers agricoles du royaume en est l’autre face. Sans doute l'abondance ou la médiocrité de la récolte annuelle exerce une grande influence sur cette masse d'hommes indolents et peu ouverts aux idées du dehors; cependant on a pu constater, au cours des

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vingt dernières années, des mouvements socialistes agraires à peu près organisés. « Est-ce à dire, demande M. G. Louis-Jaray, dans son ouvrage intitulé : La question sociale et le socialisme en Hongrie, que la Hongrie soit à la veille d’un bouleversement social ou même qu'on doive prévoir ce cataclysme pour une époque plus ou moins lointaine ? Ce serait une présomption singulière que de risquer pareille prophétie. Ce serait oublier qu'il existe en Hongrie une noblesse qui détient le Pouvoir, les avenues et les forteresses de celui-ci, et qui n’a ni l’envie d’abdiquer son rôle social, ni d’indifférence pour son avenir. Le prolétariat hongrois commence seulement à être organisé et à prendre conscience de ses intérêts de classe. Un travail prolongé parait nécessaire pour lui donner les capacités requises pour collaborer au Pouvoir...» Certaines réformes sont cependant acceptées par la noblesse, par exemple l'extension du droit de vote, mesure moyenne qui resterait bien en deçà du suffrage universel et qui indique clairement les intentions de ceux qui la prennent. On a proposé aussi de déplacer les propriétés de main-morte, en particulier celles des prélats qui se trouvent dans l’Alfæld et de les transférer dans les régions forestières.

Il n’est pas indifférent, à ce propos, de signaler la Situation exceptionnelle de l'Eglise catholique en Hongrie.

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L'Eglise catholique a conservé en Hongrie une situation bien plus importante que dans le reste de l'Europe. Jusqu'en 1606, la religion catholique y fut seule autorisée. Religion d’Etat jusqu’en 1848, elle fut privilégiée par rapport aux autres cultes reconnus jusqu’en 1895. La loi 43 de 1895 établit l'égalité et la liberté de tous les cultes. Elle avait été précédée, en 1894, de trois autres lois qui avaient institué le mariage civil, réglé la situation des enfants issus de mariages contractés entre personnes de confessions. différentes et sécularisé les registres de l’état-civil confiés jusqu'alors au clergé. Ces lois soulevèrent, de violentes discussions dans les deux Chambres et le roi ne les sanctionna qu’à contre-cœur. Le souverain, en effet, porte le titre de roi apostolique de Hongrie en vertu d'un privilège qui fut conféré au roi saint Etienne, en même temps que la Sainte- Couronne, par le pape Silvestre IT. Le pape accorda des droits particuliers pour diriger et protéger l'Eglise de Hongrie; par suite, l'Eglise y est étroitement liée à la monarchie. Son influence politique n’est pas contestable ; la plupart des ministères l'ont appuyée. Cette influence s'exerce non seulement grâce aux sympathies déclarées de certains hommes d'Etat, mais encore par l’action d’une association nombreuse et puissante appelée la Congrégation.

La faveur des ministres permet spécialement à l'influence de l'Eglise de s’exercer sur l’école, soit par le choix des directeurs de collèges, soit par le grand nombre d'établissements qu’elle patronne.

Les biens fonciers des évêchés, des chapitres et des couvents sont de 12.000 kilomètres carrés.

Le « fonctionnarisme » sévit de plus en plus en Hongrie. Pour s'expliquer ce phénomène, il faut connaître l’état d'esprit de la petite noblesse hon-

groise. Nous allons essayer de la définir en peu de

mots.

La petite noblesse est désignée en Hongrie à la mode anglaise par le nom de « gentry ». Elle est infiniment nombreuse. « Souvent, dit le comte Albert Apponyi, des contrées entières ont été anoblies d’un trait de plume à la suite de quelque glorieux exploit, ou simplement en manière d'encouragement. Aussi trouvons-nous, à l'époque de la Révolution française,

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