‹ La Hongrie d'hier et de demainChapitre 5 sur 21 · ME BF · texte numérisé non relu

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On s’étonnera moins après cela que le fonctionnarisme progresse en Hongrie et que la petite noblesse occupe à peu près tous les postes de l'Etat.

Il va sans dire qu’en temps d'élections la masse des fonctionnaires, qui représente le tiers des électeurs, peut fournir, avec le scrutin ouvert, un appoint des plus sérieux au gouvernement. Mais un tel nombre d'employés d'Etat ne signifie pas que les affaires soient menées vite et bien. Certes, la négligence n'est pas particulière aux fonctionnaires hongrois, Mais nous ne croyons pas nous tromper en. pensant qu’elle est en Hongrie un mal chronique et généralisé. Elle y est, d’ailleurs, d'autant plus funeste que l’action des employés de l’Etat s'exerce sur un plus vaste domaine. En dépit de l'esprit d'indépendance dont se targuent les Hongrois, il n’est pas de pays où l'Etat se mêle autant des affaires des particuliers.

Si brève que soit notre étude, nous devons dire quelques mots des fsraélites en Hongrie, autant à cause de leur grand nombre que de la place importante qu'occupent certains d’entre eux dans la société hongroise. On en compte 850.000 dans le royaume ; près de 300.000 habitent Budapest, représentant environ le tiers des habitants. La Hongrie leur fut toujours hospitalière. Dès la fin du xr° siècle, le roi Kälmän avait favorisé leur entrée par des décrets qui furent complétés par des privilèges que

Sens Le VAS

leur accorda, en 1251, le roi Béla IV. Au xiv° siècle, Louis le Grand et Charles, rois napolitains et catholiques, restreignirent leurs privilèges; mais, plus tard, Mathias instaura dans le royaume des communautés juives, à la tête desquelles il plaça un « Juge » qui était attaché en tout temps à sa personne et transmettait à la cour les impôts qu'il percevait sur la communauté. Après le règne de Mathias, la population juive s’accrut au fur et à mesure que s’appauvrissaient le pays et la cour. Les Juifs commencèrent alors à louer les mines, à prendre les douanes à ferme. Sous le joug ture, leurs privilèges furent respectés, car ils formaient un trait d'union entre chrétiens et Turcs.

Quand les Turcs eurent été chassés, en 1686, on se vengea d'eux sur les Juifs, mais Marie-Thérèse recommença à les favoriser; Joseph IT continua et leur tit adopter des noms allemands. En 1848, la Diète hongroise éleva les Juifs au rang de citoyens; leur émancipation fut confirmée en 1867 et ils purent, dès lors, exercer leurs droits civils et politiques, mais le culte israélite ne fut reconnu légalement qu’en 1895 sous le premier ministère Wekerlé.

Aujourd'hui, sur 850.000 Juifs habitant la Hongrie, 600.000 environ sont magyarisés, c'est-à-dire que par une déclaration sur papier timbré, ils changent ou plutôt transforment leur nom en nom magyar. Cette coutume est favorisée par les Pouvoirs publics, mais ce n’est que la première phase de l'assimilation. La seconde, qui se réalise bien plus rarement et plutôt chez les Juifs fortunés, consiste dans le

baptême. Beaucoup de Hongrois se félicitent des progrès que l'élément israélite a fait faire à Budapest. S'ils regrettent de ne pas en être eux-mêmes les auteurs, ils prétendent, du moins, que la race hongroise absorbe peu à peu l'élément étranger qui finira par faire corps avec elle. Cependant il apparaît plutôt que les deux races vivent sans se mêler, côte à côte, avec leurs dons particuliers. En tout cas, les mariages entre israélites et chrétiens atteignent annuellement un chiffre insignifiant. Sur une moyenne de 175.000 mariages au cours de ces dernières années, on n’en compte pas plus de 650 entre israélites et chrétiens.

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