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II.' Analyse spéciale des arguments historiques

L'Autriche Allemande appuie ses prétentions territoriales concernant la Hongrie Occidentale sur deux sortes d'arguments historiques: 1° que ces territoires, avant l'entrée des Hongrois, étaient déjà habités par des Francs et des Bavarois, et 2° que dans les siècles suivants, certaines parties de ces territoires ont été donnés en gage à des princes autrichiens.

En ce qui concerne le premier argument, il ne peut guère servir de base à des exigences territoriales, bien qu'il soit vrai que les conquérants hongrois trouvèrent une rare population germanique dans les confins occidentaux de la Hongrie actuelle.

Des fractions gothiques pouvaient y vivre avec des fractions avares parmi des Slaves. La forma-

tion sociale quelque peu plus solide, toutefois, était celle formée par les Slaves fixés dans la contrée trausdanubienne sous la souveraineté franque/ Mais ces derniers disparurent aussi, lorsqu'au tournant du X^ siècle, les Hongrois occupèrent ce territoire et que les Allemands reculèrent jusqu'à la rivière de l'Enns. La colonisation de ce territoire ne fut reprise qu'après les expéditions d'Occident des Hongrois.'^ Il n'est guère possible, il est vrai, de fixer plus précisément, pour cette époque, la frontière politique dans toute la longueur de la Hongrie Occidentale ; toutefois, pour l'époque de Saint Etienne, on peut préciser la ligne de défense militaire (gyepil, haie), située beaucoup plus intérieurement, en dehors de laquelle n'existait, en principe, que l'organisation militaire, et ce n'est qu'après que la colonisation commença par degrés. Nous avons deux facteurs nous permettant de fixer cette ligne de «gyepu"^: 1° les souvenirs conservés dans les noms de postes militaires et de localités,* et 2*^ les conditions de propriété. En dehors de la ligne de „gyepii" ne se trouvait pas un territoire primitif d'occupation des tribus hongroises ; c'était, au contraire, un grand domaine répondant

* Quant à cela, ils ont l'habitude d'invoquer que Louis le Débonnaire donna, en 849, au comte Ernest le territoire situé entre l'Enns et la Râba et que ce territoire fut donné, en 892, à Luitpold par l'empereur Amulf.

* A. Huber (Geschichte Oesterreichs, tome I^r) l'a décrite d'une façon très plastique.

' Constatations de Jean Karâcsonyi, publiées dans son étude : . Esquisse des frontières de notre pays au temps de Saint Etienne. Dans la revue „Szâzadok'', 1901, p. 1039.

* Dans le comitat de V"as, en remontant vers le Nord r Ôri-Szent-Péter, Gasztony (il y a un document qui prouve que c'était un poste militaire), Karâcsfa (Hagendorf), Kolozsvâr, Gyepiifiizes. De là, le gyepii se dirigeait vers le Nord- Est jusqu'à Mihâlyi (situé dans le comitat de Sopron), ensuite du côté de Kapuvâr vers le Hansâg.

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aux conditions ultérieures de propriété/ ce qui, par contre, n'aurait pas pu se produire dans le territoire original de colonisation, car les conquérants s'y établirent par tribus, possédèrent en commun le sol et, après, la répartition de ce dernier, vivaient dans la propriété divisée, relativement dans •de petites propriétés, et en assez grande promiscuité. Nous devons nous représenter cette ligne de ,gyepii", dans le comitat actuel de Vas, sur la limite orientale des districts de Muraszombat, de Szentgotthârd, de Németùjvâr et de Felsôôr et sur «elle du Sud du district de Kôszeg. De là, elle passait, le long de la Râba, à travers le comitat de Sopron, de telle sorte qu'une bien faible partie en était territoire primitif d'occupation. Par contre, il n'y avait presque rien du comitat actuel de Moson qui était situé en dehors du „gyepii", car de la ligne naturelle de défense du Fertô les fortifications s'étendaient de Nyulas jusqu'à Bruck; de là, c'est le Lajta qui était la frontière, tandis que de Lajtaujfalu à Pozsony c'étaient des travaux artificiels de défense qui protégeaient le pays.

Mais, si, au temps de Saint Etienne, cinq districts du comitat de Vas et la plus grande partie du comitat de Sopron étaient situés en dehors de la ligne proprement dite de défense, cela ne présente encore aucune base aux exigences autrichiennes. En dehors de la ligne de „gyepu" s'efi'ectuait continuellement la colonisation vers l'Ouest,^

* Ici de Szalonak, de Rohoncz, de Kôszeg, de Borostyânkô, de Lânzsér, de Fraknô, de Szarvkô et de Sârfenék.

* Par exemple dans le district de Felsôôr la population du „gyepu" ne tarda pas à se pousser dans la vallée de la Pinka, où le souvenir en a été gardé jusqu'à nos jours par Felsô et Alsôlô, Ôri-Szent-Mârton, Felsô et Alsôôr et Oreziget.

et, tandis que dans la contrée du Lajta se produisaient, déjà du temps de Saint Etienne, des différends de frontière, l'organisation progressive des comitats de Sopron et de Vas et l'avancement vers rOuest de leur ligne de défense s'opéraient sans que les Hongrois rencontrassent d'obstacle dans cette tâche.

Les conditions de peuplement d'avant la conquête du pays par les Hongrois ne pourraient pas servir do base à des exigences fondées, par le simple fait que, dans les territoires en question, n'existaient pas même de configurations politiques des plus primitives. La constitution en État et l'organisation en corps politique par les Hongrois y rencontra do si faibles organisations qu'aucun obstacle ne s'opposa à leur réalisation. Aucun obstacle ne s'y opposa non ])lus lorsque g'opérait déjà avec la plus grande intensité la colonisation du territoire d'entre l'Enns et notre pays, et qu'ainsi les princes d'Autriche et de Styrio auraient eu le moyen de soumettre à leur puissance leurs parents de race, si ceux-ci n'avaient pas encore fait partie d'an autre Etat. Les contestations de frontières ne débutèrent dans ces pays qu'au XHI® siècle,^ lorsque se fut déjà solidement établi, dans les territoires en question d'audelà de la ligne de „gyepii", l'organisme hongrois ecclésiastique et administratif. Prenant en considération surtout que notre pays n'est pas de ce côté séparé de ses voisins par des frontières naturelles comme des autres côtés, nous pouvons conclure de l'origine tardive de ces contestations de frontières

' Ce n'est qu'en 1118 que fut notée une contestation de ce genre, lorsque Léopold assaillit avec les Tchèques Kismarton et en saccagea la forteresse. Cela ne prouve cvideniment qu'une chose, c'est que Kismartou était alors aussi territoire hongrois. Othon de Freisingen, Chronlcon, VII, 15.

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que les principautés d'Autriche et de Styrie étaient loin d'avoir la force d'entraîner ces territoires dans leur sphère d'organisation.

Vu les faits énuniérés, l'Autriche ne peut pas s'appuyer sur un droit historique pour le rattachement de la Hongrie Occidentale à la République Autrichienne. Au contraire, le droit historique est du côté de la Hongrie, car, selon l'histoire, dans les parties méridionales de la frontière, en dehors de la ligne de «gyepii", dans les rangs des défenseurs des confins, se trouvaient aussi d'importantes colonies bisséniennes. En ce qui concerne la partie septentrionale de la frontière, là on les contestations s'élevèrent en premier lieu, nous pouvons, en remontant jusqu'au XP siècle, invoquer les traités internationaux qui la fixaient. Lorsque, après la mort de Saint Etienne, dans les guerres de l'empereur Henri III, en 1043, Samuel Aba fut contraint de renoncer à une partie du territoire de la frontière (à la région des rivières Fischa et Lajta), le Lajta fut fixé comme frontiôre'^ et c'est dans ce sens que s'accordèrent aussi en 1053 André P"" et Henri IH.^

11 y a, il est vrai, des écrivains autrichiens qui s'autorisent encore d'une donnée de 1074 lorsque l'empereur Henri IV donna au monastère de Freising une propriété entre le Lajta et le lac Fertô dans

^ Ann. Altahenses majores ad a. 1043.

'■' L'opinion que Henri II aurait donné à Gisèle en cadeau do fiançailles Pozsony, Sopron et Szombathely n'est qu'une invention du XVIe siècle, due à Aventinus. Aucun écrivain du temps n'en parle. L'histoire du dépouillement de Gisèle fut transmise aux historiens postérieurs par les Ann. Altahenses maiores (ad a. 1041). Sans doute qu'Aventinus l'y prit, mais les Ann. Altahenses ne savent rien de cette donation.

le comitat do iVrosoii, prise sur la tcrve que le roi de Hongrie Salomon lui avait soumise;^ à ce propos nous ferons toutefois remarquer qu'alors Balonion était déjà dépouillé de son trône et poursuivait de Moson sa lutte désespérée pour le pouvoir, lutte à laquelle il dut bientôt renoncer lorsque Henri IV renonça à soutenir ses prétentions. Le territoire en question de Moson revint ainsi de nouveau sous la souveraineté du roi légitime,

11 est clair que les parties Occidentales du coniitat de Sopron, où la pacifique colonisation hongroise ne commença que plus tard, ne s'assimilèrent que plus tard aux Allemands : d'abord, au X1II° siècle, lorsque, par la débâcle de l'organisme militaire d'au delà du „gyepii", une partie de la population de cette frontière, entre autres également les Bissôniens, fut transférée ailleurs, et que les guerres du prince autrichien Frédéric H, et ensuite celles du roi de Bohême Ottocar H, encouragèrent l'assimilation aux Allemands, puis au XV^ siècle, sur la trace des campagnes de l'empereur Frédéric HI, par lesquelles ce prince ambitieux voulait se frayer un chemin au trône de Hongrie. Les changements de noms de localités prouvent aussi que les Hongrois y perdirent des territoires, car certaines communes, qui, au XIIP siècle, portaient encore des noms exclusivement hongrois, prirent un nom allemand ou de forme allemande.^

* Nostrae potestati subiufjavit. Wenzel: Nouvelles archives du temps des Arpâds. I, 29.

* La colonie de frontière Bessenyô du XlIIe siècle, par exemple, prit le nom germanisé de Petschencg" et plus tard les Hongrois le défigui-èrent en Pecsenyéd. I^e Lépesfatva actuel, Lojpersbacli était encore Gyula en 1265; lAgfalva actuel, Agpndorf, au moyen-âge Dâg est le Darâzsfalva actuel, Trauersdorf, Dorog. Kôphâza, Kohlnhof s'appelait d'abord

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Après les campagnes de- Henri III et de Henri IV, lorsque ces empereurs firent la guen-e pour soumettre la Hongrie à leur suzeraineté impériale, les contestations de frontières ne commencèrent qu'en 1230 par la prise du pouvoir par Frédéric H le Belliqueux, prince autrichien. Mais, même alors, une grande partie de ces contestations fut suscitée par l'ambition personnelle des princes. A partir de 1230, lorsque Frédéric II assaillit Borostyânkô, les escarmouches de frontières se succédèrent jusqu'à ce qu'en 1235 le prince fut contraint d'acheter la paix du roi André II, L'infatigable Babenberg maintint la paix dans les années suivantes, mais lorsque Bcla IV, dans sa fuite devant les Mongoles, parvint à la Morava, il alla le trouver personnellement, l'invita chez lui, puis dépouilla son hôte d'une manière perfide. Il exigea le remboursement de sa rançon payée en 1235 et, de ce chef, lui enleva ses trésors. Il ne les accepta, toutefois, que pour la valeur de 2,000 marks et, pour le reste, s'assura le gage des comitats de Sopron, Locsmând ^ et Moson. Ce fut dans la Hongrie Occidentale la première mise en gage. Noua ne croyons pas, toutefois, que les Autrichiens revendiquent à ce titre les comitats occidentaux ; ce que fit alors leur prince était, en effet, un acte évident de brigandage vis-à-vis du prince qui avait défendu aussi bien l'Autriche que toute l'Europe contre les Mongoles. Le territoire mentionné redevint, du reste, quelques années plus tard la propriété de Bêla IV, mais comme ces coude son nouveau propriétaire, Kolbhâza. Le Német-Keresztur actuel, Deutsch-Kreutz ne figure pas non plus au moyen-âge avec i'épithète de „német" (allemand), etc. V. Csânki: Géographie historique de la Hongrie au temps de Hunyadi, t. II.

* Autour de la forteresse de Locsmând, dans la partie Sud- Ouest du comitat de Sopron.

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testations de frontières continuèrent aussi sous le règne d'Ottocar II, la paix, conclue à Pozsony le 2 juillet 1271, prescrivit que les possessions hongroises, que les grands seigneurs passés au parti (rottocàr II avaient transmises sous sa domination, fussent restitués au roi signataire Etienne V. ^ ^ En 1278, la puissance d'Ottocar II fut brisée à Diirnkrut par l'empereur Rodolphe de Habsbourg avec l'aide des Hongrois. Bien que la puissance de la maison de Habsbourg datât de cette bataille, l'empereur Rodolphe investit de la Hongrie, le 31 août 1290, son fils Albrecht, prince autrichien. Albrecht, il est vrai, ne sut pas faire respecter son autorité, mais de ses prétentions dérivèrent de nouvelles hostilités de frontières, au cours desquelles il occupa Pozsony et Nagyszombat et, dans la contrée transdanubienne, plusieurs villes des confins du pays. Mais, déjà en 1291, la campagne d'André III l'obligea à changer sa politique et, à la paix de Hainburg, il renonça aussi à toute occupation.^ Les traités de paix de 1271 et de 1291 renversent donc les exigences éventuelles appuyées sur la mise en gage de 1241, et l'affaire de la charte de 1290 ne peut pas être prise au sérieux, car elle s'adressait non pas à une partie quelconque de la Hongrie, mais à tout le pays, en vertu d'un prétendu, mais non réel, droit de suzeraineté, auquel les Habsbourgs eux-mêmes furent obligés de renoncer, bien que, à partir de cette époque, ils ne cessassent pas de s'efforcer d'acquérir la couronne de Hongrie,^

' Wenczel, ouvn cité III, 249. Theincr: Mon, Hist. Hnno-. Sacr. I 299.

^ Fejér : Cod. Dipl. VI, 1. 180.

^ DeH exigences ultérieures furent émises, il est vrai, relativement à la Iloiigrie par les Habsbourgs égalenumt au com-

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Un siècle de paix s'écoula ensuite sur la frontière occidentale, tant que, au cours du XV^ siècle, ne prirent pas un nouvel essor les efforts des Habsbourgs et ne commença pas dans la Hongrie Occidentale une nouvelle période de l'influence allemande. Comme parmi les arguments appuyant les exigences autrichiennes, les deux les plus sérieux se rapportent à la mise en gage et à la cession comprises dans les traités de paix de 1463 et de 1491, nous devons éclaircir celle-ci d'une manière détaillée.

Lorsque, à partir du règne de l'empereur Sigismond, les Habsbourgs mirent tout en oeuvre pour arriver au trône de Hongrie, ils s'efforcèrent, dans l'intérêt de leur politique, de s'emparer des forteresses situées à la frontière occidentale. Ce but fut servi également par les seigneurs autrichiens qui tâchèrent, par des domaines hongrois, d'agrandir leur autorité et d'augmenter leur richesse. Les embarras d'argent continuels de Sigismond constitutaient une occasion propice à ce que les seigneurs autrichiens achetassent des domaines dans la Hongrie Occidentale. ^ Quels étaient, toutefois, les rapports de droit public avec la Hongrie des nouveaux propriétaires, étrangers d'origine, c'est ce que nous

mencement du XIV^ siècle, mais celles-ci avaient trait ;i Pozsony. En effet, le 2 nov. 1297, André III donna en fief à sa femme Agnès, fille du duc Albert de Habsbourg la ville et le comitat de Pozsony (Pray: Annales, I, 364); après sa mort, le prince autrichien exigea donc pour Agnès ce terri toire, mais en 1322 Frédéric de Habsbourg, du chef do l'aide à lui prêtée contre Louis de Bavière, le rendit à Charles-Robert. Timon: Epitomae rerum Hungaricarum. 51.

^ Il en existait auparavant aussi. Les premiers étaient les Pottendorf, parmi lesquels Rodolphe fut revêtu en 1318 de la dignité de gouverneur de Sopron (Hazai Okmt. II, 31 et 53), plus tard les Harsundorfer acquirent pour un temps le village de Hof, appartenant aujourd'hui à l'Autriche. Fejér: Cod. Dipl. VHl, 2. 60G et VIII, 3. 127.

dévoile une charte de 1390 de Sigismond, délivrée à Frédéric de Scharfeneck, dans laquelle il autorise la vente à quiconque du châteu-fort de Kocse J[r actuel Kôpcsény) avec ses dépendances de Kôrtvélyes, de Mannersdorf et de Hof, mais seulement de manière à ce qu'ils ne soient pas détachés du pays et de la Sainte-Couronne/ La famille de Scharfeneck acquit alors les domaines de Sârfenék (Scharfeneck) et de Kôpcsény et les propriétés en dépendant. En outre d'eux, la politique autrichienne trouva un appui dans les comtes de Fraknôi, qui, par leurs alliances avec des familles autrichiennes, devinrent, au XV^ siècle, complètement allemands. Par eux, plusieurs châteaux-forts de la frontière devinrent la propriété du prince autrichien Albrecht, neveu de l'empereur Frédéric III. Le comte Guillaume, dernier rejeton mâle de la famille, donna en 1445^ les forteresses de Fraknô, de Kabold et de Lânzsir et leurs domaines en gage au prince Albrecht et, après sa mort, Anna PoUendorfer, veuve du comte Paul son frère, ainsi que ses filles les lui vendirent le 28 octobre 1447.^ Alors, du reste, Albert possédait aussi déjà Kismarton.* Par là, les principales forteresses de la frontière du conii-

' Charte reproduite au dossier du procès de frontière, Arch. Nat, Chanc, Hongr. Limitanea ; fasc. l^r.

* La déclaration fut faite devant l'assemblée de Csorna le 1er févr. 1445. Lichnowsky : Gesch. d. Hauses Habsburg, VI. XCVI.

* Lichnowsky : même ouvr. VI. CXXIV. — iVprès l'achat, la déclaration relative au désintéressement des filles fut faite par le prince le 7 nov. 1447 devant le chapitre de Pozsony." Teleki : Histoire des llunyadis. X, 227.

* D'après le texte de l'armistice conclu le ler juin 1447 entre Frédéric III, le prince Albert et les Ordres hongrois, Kismarton était déjà alors entre les mains d'Albert. Chmel : Materialien zur Ôsterr. Gesch. I, 238.

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tat de Soproii : Kismarton, Fraknô, Kabold, Li zsir, dans leur ligne continue ininterrompue de\ rent la propriété d'Albert, Des principales des 1 teresses de la contrée, seule la ville de Sop; ne lui appartenait pas ; celle-ci était, par corn mise en gage à l'empereur Frédéric, qui, 1445 également, s'empara par la force des foi resses de Borostyânkô, de Kôszeg, de Rohoi et de Szalouak, situées plus loin au Midi dans comitat de Vas. ^

L'importance politique en fut que, depuis l'él tioii au trône de Hongrie en 1440 du roi Pologne Vladislas P"", le roi Albert de Ha bourg vécut chez l'empereur Frédéric, tuteur son fils posthume, comme prétendant au trô effectivement couronné par un parti politique a' la Sainte- Couronne. Ce parti regarda toujo comme son roi légitime Ladislas V encore enf et, en 1444, après la mort de Vladislas P"" , tou pays le reconnut comme roi ; s'il n'exerça ] effectivement le pouvoir, ce fut seulement la c séquence des différends qui surgirent entre Ordres et l'empereur, tuteur du roi. Si donc, d; ces conditions politiques, les forteresses de fr tière passèrent aux mains de propriétaires au chiens, cela signifia seulement que, par là, la p( tion de Ladislas V, c'est à-dire de l'empereur, i tuteur, se fortifia. Et Frédéric III, dès l'acceptât de la tutelle, tâcha systématiquement, par l'ace sition de ces forteresses, de tenir ouverte d'i part la route vers la Hongrie et d'autre part de défendre contre des attaques éventuelles de part des Hongrois. La mise en gage de Sop: fut justement en coïncidence avec la fuite

' Suivant l'armistice du 1er juin 1447. (Chmel, I. 2

Ladislas V. La reine-mère Elisabeth le lui remit le 3 mars 1441, — le montant du gage était de 10,000 florins,^ — à la condition que, jusqu'à la majorité de Ladislas, il fût impossible de le lui racheter.2 Contre la mise en gage, toutefois, comme alors Vladislas P"" , le roi élu, n'était pas encore dans le pays, les Ordres protestèrent le 14 mars 1441 et interdirent au Conseil de la ville de Sopron de recevoir des étrangers dans la ville ou d'aliéner cette dernière. ^ Néanmoins, Sopron tomba aux mains de Frédéric pour servir de résidence à Ladislas V.'' L'enfant-roi y séjourna un certain temps, mais fut bientôt conduit à Bécsiijhely par Fraknô.

La ville de Sopron fut donc la première localité hongroise qui passa sous l'autorité de Frédéric II I,

* Frédéric paya 2,000 florins le 2 déc. 1440. Kollâr : Analecta monumentonun oranis aevi Vindobonensia. 11,804; et 8,000 il le 25 févr. 1441. idem. II, 869.

* Toleki : L'époque des Hunyadis : X. 95. „AIso geloben ynd versprechen wir mit vnserm kiiniglichen wortten vnd in kraflH; des brieffs, dass wir noch yemand von vnsern wegen denselben satz nicht losen siillen, nocli wellen, aile dieweil der vorgenant vnser Snn Kunig Laslaw zu seinon beschaiden vnd vogtpeeren Jaren nicht komen ist."

^ Histoire du comitat de Sopron. Oklevéltâr II, 301. . . . audivinuis, quomodo domina regina civitatem Sopronion- .scm vellet impignorare vel de facto impignorasset régi Romanorura ; . . . ideo volumus et vniversitati vestre firniissime committimus, quatenus in eandem civitatem nullum extraneum seu forensem aut alienigenam, régis scilicet Romanorum vel aliorum homines intromittere presumatis, nec eandem civitatem ab hoc regno alienare audeatis. Signé par les évoques et les grands du pays.

* . . . egenante liebe Mum die kuniginn ain Ortgeslos in dem kunigreich ze Ilungern zuwegen . . . indem der egenant vnser liber vetter Kunig Lassla bewart wer vnd sicher gehalten mocht werden. Lettre de Frédéric III du 22 nov. 1440. Teleki : ouvr. cité. X, 92.

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qui, toutefois, se mit alors à raffermir sa position et, profitant des troubles d'après la mort de Vladislas P*' et des dissensions des habitants de Kôszeg, assaillit et occupa, en 1445, Kôszeg, Rohoncz et Szalonak, dans le comitat dé Vas.^ lielutivement à cette occupation, qui s'effectua également en faveur de Ladislas V, quelques écrivains contemporains notèrent que l'empereur annexa à TAutriche les forteresses soumises.^ Cela, cependant, n'est point conforme à la vérité. Frédéric aurait voulu disposer sans limite des forteresses tombées en sa possession et comme l'entretien des forteresses occasionnait de grands soucis au monarque toujours à court d'argent, il en fit la donation et les mit en gage. Dès 1446, par exemple, il donna Szalonak à André Paumkirchner. ^ Lorsque, en vertu de l'accord passé en 1451 avec son frère cadet, il lui vendit de même Kismarton, Kabold et Fraknô,* il lui céda aussi eu gage Kismarton, que possédait, du reste, en gage Ulrich Eytringer, fidèle partisan de Ladislas V'', et donna en gage Kabold à Sigismond Weisspriach. *' A l'encoutre de ces occupations et donations, toutefois, nos rois

1 Kôszeg et Rohoncz étaient la propriété de Garai, Szalonak celle des parents des Himfi.

* Surtout Eneas Sylvius : Fredericus in Ungariam campum tenuit pluresque praedones sunimo supplicio affecit, quorum castella dominio Ausiriae adiecit. Oeuvres, édition de 1571, lettre 150.

^ Csânki : Géographie de la Hongrie au temps des Hunyadis. II, 720.

* Le 25 août 1451. Lichnowsky : Gesch. d. H. H. VI. CXLV. Il vendit Lânzsir à un autre déjà le 13 juillet idem. VI. CXLIV

' Teleki : ouvr. c. X. 171. Le montant du gage était de 4500 fl.

" Cela ressort de l'accord du 23 mars 1453. Chmel : Materialien. II, 46.

et les Ordres maintinrent le droit de propriété des anciens propriétaires,^ raison pour laquelle André raunickirclier, par exemple, trouva bon, cinq ans après que donation de Szalonak lui eût été faite, d'acheter la forteresse à Jean Tompek.^ Les droits (le Frédéric 111 n'étaient donc pas considérés comme assez forts par l'opinion publique et lorsque, le 23 mars 1453, fut conclu l'accord entre l'empereur Frédéric et, d'autre part, les Ordres hongrois et autrichiens au sujet de l'extradition de Ladislas V,'' l'empereur y reconnut de la manière la plus complète les droits de la Couronne de Hongrie sur ces localités. Aux termes de cet accord, Sopron, Fraknô et Szarvkô restaient, pour une valeur de 50,000 florins, en gage à Frédéric III, le traité reconnaissait le droit de gage d'Eytringer sur Kismarton et celui de Weisspriach sur Kabold ; par contre, l'empereur était tenu de restituer immédiatement Kôszeg et Rohoncz. * Le droit de la Couronne de Hongrie fut, toutefois, reconnu de la manière la plus expressive par le point prescrivant aux propriétaires étrangers des forteresses hongroises l'obligation de se soumettre aux lois hongroises/

1 Le droit de propriété des Garai sur Kôszeg en 1459 (Csânki : ouvr. c. II, 715), sur Lânzsér en 1459 et 1464. (Csânki, III. 588).

2 Csânki : idem. II, 720.

3 Climel: ouvr. c. II, 46.

* Item, GUnns vnd Rechnitz soUen kunig Lasslawen von vnserm lierren dem kayser lediclich obergeantwurt werden.

'•' Item, daz die so die Hungrischen geslos von vnsers gnedigisten herrn des kaysers wegen innhaben werden, auch die anndern die Teutschen sy sein von Oesterreicb, Stoir oder anndern lanndn die geslos im Vngrischen innhaben, schuldig sein sollen, dem rechten den gesetzten vnd gewobnhaiten des kunigkreichs Vngern vnd den richtern in irn empbelvngen, aucli der hofrichter geschetften vnd briefn nach gewonhait des kunigkreichs ausganng gehorsani sein.

28 P. Teleki et A. Ùomanorszh/

Les événements d'entre 1445 et 1453 ne permettent aucunement d'y trouver l'explication que les localités mentionnées aient été détachées de la Hongrie et annexées à l'Autriche, et cela est encore moins possible dans les événements postérieurs. Après 1453, suivirent quelques années de tranquillité, tant que la situation ne fut pas troublée par la mort de Ladislas V et par l'élection du roi Mathias Hunyadi. Frédéric III, qui avait encore -toujours en mains la couronne, se posa comme prétendant contre Mathias. Dès lors sa tendance ouverte est de s'assurer pour lui-même et pour ses descendants le trône de Hongrie, et les traités do paix de 1468 et de 1491 indiquent ses plus grands succès dans ce sens.

Cependant, le traité de paix de 14G3 enlevait déjà Sopron du nombre des lieux cédés. Il est fait mention, toutefois, des exigences autrichiennes concernant non seulement la ville mais aussi le comitat de Sopron, quoiqu'alors il ne fût pas question de la mise en gage du comitat. En 1504, il est vrai, Vladislas II mit en gage le comitat de Sopron, c'est-à-dire la dignité de gouverneur et la capitainerie de Sopron, mais non pas aux Habsbourgs, mais à l'Autrichien d'origine Benesius Weitmuller et à ses fils ; comme, cependant, par la loi XXII de 1504, les Ordres protestèrent contre la mise en gage de territoire hongrois à des rois étrangers,^ Vladislas II investit de ce gage, dès le 25 mars 1506, Ambrus Sârkân d'Ârkoshâz, gou-

' Ex quo regia maiestas contra articulum vigesimum octavum minoris clecreti nocnon aiitiquas laudabilesqrie f'onstitutiones regni civitatoni Soproniensem una cum comitatii . . . (licitur extraneis inscripsisse, ob hoc regia maiestas bona inscripta rodiinero . . . dignetur.

verneur de Pozsony, qui le raclicta à Woitinuller. ' IjG nom môme du comitat de Sopron ne peut, en conséquence, que par erreur figurer à ce titre dans les exigences émises.

En 1463, Matliias, en écliange de la cession de la Couronne, reconnut les prétentions de Frédéric au trône, pour le cas où il mourrait sans rejeton mâle. Dès lors, Frédéric eut donc un intérêt en- (•ore plus grand, comme futur roi de Hongrie, portant déjà ce titre en vertu du traité de paix, à s'emparer de la porte de la Hongrie. Le traité de paix'^ ne laissa, pourtant, entre les mains de l'empereur que Fraknô, Kabold, Kismarton, Kôszeg et Rolioncz. Il restitua donc Sopron, que Matliias racheta l'année suivante et qu'à cette occasion il munit de privilèges. La somme du gage de 10,000 florins donnée pour Sopron tombant de cette manière, cette somme fut déduite des 50,000 florins du traité de 1453 et les forteresses de Fraknô et de Kabold restèrent pour 40,000 florins dans les mains de Frédéric HI, avec la clause que, de son vivant, le rachat en était interdit.^

i Histoire du comitat de Sopron. Oklevéltâr. II, 599, accentuant que ce fut sur le désir des Ordres : renguicolis etiam nostris nobis, ut ipsos honorcm et capitaneatuni a torensium manibus elibcraremus, supplicantibus.

* Le traité de paix comprit cinq documents : 1. le diplôme de paix délivré par les Hongrois, daté de Sopron le 19 juillet 1463, 2 celui des Autrichiens daté du mémo jour de Wiener-Neustadt, en outre, des lettres contenant des accords secrets, 3. celui de Frédéric de Wiener- Neustadt du 19 juillet, 4. celui de Matliias, daté de Budo le 26 juillet, et 5. celui de légat du Pape, daté de Wiener- Neustadt le 24 juillet. Copie de chacun annexée aux actes du procès de frontière de 1793. Arch. Nat, Chanc. Hong. Liinitanea fasc. 1 ; le 2c et 3e publiés par Teleki : ouvr. cité, XI, 63 et 70. Pray : Annales 111, pp. 285, 286, 289, 291 et 294.

* Suivant le document délivré au légat du Pape au sujet

30 ______^ P. Teleki et A. Doinanovszky

Pour les trois autres forteresses, l'empereur ne fît pas usage d'une telle restriction ; il fut décidé pour celles-ci qu'elles seraient rendues, lorsque s'accorderaient à ce sujet les deux souverains ou leurs descentants. ^ Les Autrichiens, dans leurs litiges des frontières du XVIII*^ siècle, exigeant déjà pour eux ces territoires, s'autorisaient de ce que, relativement à la mise en gage de Fraknô et de Kabold, les mots suivants se trouvent dans le texte du traité: „omni imperio , et juridictione possideant".^ Nous devons, néanmoins, noter que cela ne signifie pas du tout que, ainsi qu'on l'interprète en Autriche, ces territoires eussent été placés sous la souveraineté autrichienne. Les clauses do la paix disent clairement que Frédéric III n'entre que comme seigneur hongrois en possession de ces forteresses, dont les attaches au royaume {re- (jnum) sont exprimées en ce que, à l'occasion des guerres à entreprendre contre les Turcs pour la défense du pays et de la foi, elles doivent contribuer à ce but, payer la dîme au diocèse de Gyôr, auquel elles appartiennent, du reste, et, bien que Frédéric nomme les juges locaux, ceux ci doivent néanmoins juger suivant l'usage juridique hongrois. Los ternies en sont encore plus expressifs en ce qui concerne les forteresses de Kismarton, de Kôszeg et de Rohoncz, dans la possession desquelles le roi et les Ordres sont tenus do

de l'accord : quousque post sue maiestatis obituin ab heredibu8 suis pro summa quadraginta milhim florcnorum hunj^aricalium aiit ducatorum boni auri et iusti ponderis per regeia aut regnum reluantur . . .

' Suivant le document du légat : quonsque cuin sua maiestate vel eius heredibus ainicabiliter desuper concordatur.

^ Surtout dans leurs propositions de 1793. Arch. Nat. Chanc. Hong. Limitanea fasc. 1.

défendre Frédéric contre les anciens possesseurs : les Garai et les Kanizsay, jusqu'à ce qu'ils s'accordent pour leur reddition/

D'ailleurs, Frédéric IH, dans l'exemplaire daté de Bécsujhely le 19 juillet 1463, délivré par lui, de ce traité de paix, déclara également expressis verhis que les localités contenues dans le traité sont situées en dedans des frontières de Hongrie.^ Cette déclaration, la défense dont le roi et les Ordres font bénéficier Frédéric III et la circonstance que du côté de la Hongrie les contractants sont le roi et les Ordres tandis que l'autre partie contractante est Frédéric III seul, à côté de qui ne sont mentionnés ni les Ordres, autrichiens, ni l'Autriche elle-même et que les forteresses en question sont données exclusivement à l'empereur et à ses descendants directs, prouvent indubitablement que l'Autriche n'avait absolument rien à voir dans toute l'affaire de mise en gage et de cession. C'était là une stipulation de Frédéric III seul, en son nom et en celui de ses descendants, non pas comme souverain d'Autriche, mais comme héritier présomptif du trône de Hongrie.

L'accord de 1463 fut ensuite anéanti par la guerre qui éclata entre le roi Mathias et l'empereur Frédéric III. Au cours de celle-ci, en 1488, Jean Siebenhirter, grand-maître de l'Ordre Teutonique,

1 ... sic tamen, quod in cum casum huiusmodi exaccio nis pcr nos supradictum Romanorum imperatorem débita fiât disposicio et adversas contravenientes, qui quoinodolibct eoiam pro suo interesse aliquid attemptarent contra ea, que pretacta sunt aut nos et heredes nostros, tan(}uam contra violatores pacis rex ipse pro tempore et regnuni nobis potenter assistenciam faciant.

* . . . intranscripta castra et oppida, que in métis et limitibus regni Hungariae constituta possideamus.

32 J°^ Teleki et A. Domanovszky

à qui l'empereur avait donné Kismarton et Fraknô, échangea contre d'autres, situés en Autriche, ces deux forteresses, après que Mathias les eût, du reste, occupées.^ Matliias occupa de même, en 1482, Kôszeg et Borostyânkô. Rohoucz, faisant parti du traité de 1463, ne figura pas dans les combinaisons ultérieures, car déjà auparavant, vers 1474, il devint la propriété d'Ulrich Pesniczer, puis, en 1478, de Jacques Margenwerder, grand panetier royal, par donation de Mathias. Mathias lit alors don à son fils naturel, Jean Corvin, des quatre forteresses ainsi reprises. Après sa mort soudaine, survenue en 1490, la situation, cependant, ne tarda pas à changer. Son successeur, Timpuissaut Vladislas II, non seulement ne sut pas conserver les conquêtes autrichiennes de Mathias, mais il fut aussi incapable de défendre la frontière du pays contre les armées de Maximilien de Habsbourg. C'est ainsi que fut conclu le traité de paix de 1491, dont le principe primordial était que tout devait être rétabli dans le statu quo anle d'avant la campagne de Mathias. Vladislas rendit donc ce que Mathias avait occupé en Autriche et Maximilien également ce qu'il tenait occupé en Hongrie.^

Relativement aux possessions remises à Frédéric et à ses successeurs, les stipulations de 1463 furent renouvelées avec la différence que Borostyânkô, que, entretemps, Thomas Zebinger avait remis à l'empereur, et Szarvkô, pour lequel son détenteur Georges Pottendorfer, avait reçu de Frédéric III une charte de donation furent de nouveau remises aux Habsbourgs, tandis que ces derniers

» Teleki : ouvr. c. XII, 395.

» Katona: Hist. Critica. X, 17. 208—245.

renoncèrent à Rohoncz, dont Frédéric III avait fait la donation à Guillaume Pamkirchner. Le nombre des forteresses lui remises s'éleva donc à une de plus ; juridiquement, toutefois, les stipulations de 1463 restaient en vigueur, aussi bien pour le montant du gage de 40,000 florins que pour la situation de droit public des localités cédées.^ Le traité de 1463 fut invoqué, comme rendant superflue une précision plus détaillée à ce sujet. Du reste, dans ce traité les parties contractantes : d'une part Frédéric III et Maximilien, d'autre part Vladislas II et les Ordres hongrois, firent ressortir alors que les six forteresses à remettre appartenaient au territoire de la Hongrie.^ La cession ne regardait donc alors pas plus FAutriche qu'elle ne la regardait en 1463.

Même pour éclaircir le rapport de droit public, il est important aussi que, à la reconnaissance du droit de succession de la maison de Habsbourg, il fut stipulé que le roi de Habsbourg à élire éventuellement s'engage, selon l'usage reçu, à respecter la Constitution.^ Que Frédéric et Maxi-

^ . . . secundum vim et tenorem prions inscripcionis et concordie ... en outre : retentis tamen omnibus condicionibus circa ea loca in priori tractatu notatis, in suo vigore, presertim in facto imposicionis super homines illorum iocorura ob générale passagium pro defensione regni et iuriuni et cxercicii iurisdictionis pertinentis ad ecclesiam Jaurienscm aut alias eccîcsias rf-gni . . ,

■'' Item quantum pertinet ad castra et oppida intra fines regni Hungarie constituta, videlicet Ferream civitatcni, Vorchtenstein, Kobelsdorf, Hornstein, Kechnitz, Giins, Pernstein et alia loca, que ante bellum Mathiae régis fuerunt in manibus sacre imperialis maiestatis praeter Rechnitz . . .

^ . . . qui et tune iura et consuetudines regni antiquas et approbatas seruare et regnicolas omnes in suis iuribus, libertatibus et approbatis consuetudinibus conseruare et confirmare promittet; quemadmodum et alii reges praedecessores sui promittere çt confirmare consueverunt.

34 P. Teleki et A. Domanovszky

milien savaient très bien ce que cela signifiait au point de vue de l'intégrité du territoire du pays, cela ressort de la lettre de Frédéric échangée avec Mathias à l'occasion du traité de paix de 1463, dans laquelle il stipule que le serment obligatoire à prêter par le roi lors de son couronnement ne peut pas être pour lui un obstacle à posséder Fraknô et Kabold/

Lorsque, en 1493, Frédéric III donna Kismarton et Fraknô en gage à Henri Pruschink, ils les nomma encore, dans la charte les concernant, propriétés hongroises.^ Ce n'est qu'à l'époque de Maximilien qu'il devint à la mode de parler de ces lieux comme s'ils étaient situés dans la Basse- Autriche.^ Quoique sous le rapport ecclé&iastique, elles fussent, encore du temps de Ferdinand P', tributaires du diocèse de Gyôr,^ l'administration autrichienne, précisément alors en croissance, se hâta d'englober aussi dans son organisme les domaines hongrois. Au XVIP siècle, la con-

' . . . non obstante iiiramento, quod ipse rex Mathias in coronacione sua de conservandis et recuperandis libertatibus, iuribus et dominiis regni Hungarie seu ad regnum pertinentibus prestare habebit et pro exceptis habere vult, qiias et post coronacionem suam innovabit et innovari faccre debebit. Dans le diplôme daté de Wiener-Neustadt le 19 juin. 1463. Teleki : ouvr. c. XI, 78.

"... den Hungrischen so vnser herschafft Eyseninstat und Vorchtenstain . . . Annexé en copie aux actes du procès de frontière de 1793. Arch. Nat. Chanc. Hong. Limitanea fasc. 1.

' . . . Ihrer Maiestat Herrschaft Stat und Gesloss Eisenstat ... in dem FLirstentumb Osterreicb vnder der Enns gelegen. Dans le document de mise en gage adressé au prince Guy en 1514. Annexé en copie aux actes du procès de frontière de 1793. Idem.

* Aimeri Nagy: Le Lajta comme frontière. Dans la revue: Szâzadok. 1871, pp. 281—282.

viction que ces territoires forinaioDt partie intégrante de rAiitriche s'était si fortement implantée dans l'opinion publique officielle autrichienne que, lorsqu'en 1622 le Palatin Nicolas Esterhâzy prit en gage Kismarton et Fraknô non pas du souverain, mais de la camara autrichienne, il dut remettre un contre-engagement reconnaissant que ces propriétés font partie de la Basse- Autriche.^ Cependant, du côté de la Hongrie, après la paix de 1491, les Ordres ne cessèrent pas, pour ainsi dire, de réclamer la réannexion. Déjà la loi XXV de 1492 faisait appel à Vladislas II, pour qu'il rendît au pays les territoires repris par Mathias. La loi XIX de 1507 le réitéra. Dans les luttes des deux rois, l'affaire dormait quelque temps, mais, à l'apaisement des troubles en 1552, les Ordres, dans la loi XXXIII, remirent de nouveau la réannexion à l'ordre du jour. Entre temps, toutefois, bien des choses tombèrent dans l'oubli et même les Ordres hongrois parlaient de ces territoires, comme ayant été donnés en gage à l'Autriche. La loi XLI de 1556 en fait mention semblable, mais il reconnaît que, aux termes du traité de paix, ils sont tributaires de la Hongrie et, pour Szarvkô, insiste sur ce qu'il n'est pas donné en gage. Après la loi XXXIII de 1552, la loi XXVIII de 1553 et la loi XIH de 1554 pressent l'affaire du rachat. Relativement à la forteresse de Lânzsér, qui avait passé entre les mains des Groffniker, la loi XXX de 1553 dit aussi qu'un propriétaire hongrois en fasse le rachat pour qu'elle ne soit pas arrachée au pays.'' L'obs-

' Annexé en copie aux actes du procès de frontière do 1793. Arch. Nat. Clianc. Hong. Limitanea, fasc. 1.

^ Et clementer insuper permittere, ut arx Lânsér (quae in Hungaria est, nec a regno divelli débet) pro deposita per aliquem Hungarum pecunia, ad Hungariam redimi quaeat.

86 P. Teleki et A, Domanovszky

tacle au rachat était, toutefois, justement que Ferdinand mit à cette solution, déjà en 1552, la condition de traiter la chose avec les Ordres autrichiens ^ et la confirma par la loi LX de 1560.^ L'exigence des Ordres se fit plus énergique à l'avènement au trône du roi Maximilien, lorsque, se référant, dans la loi XLII de 1567, de la promesse de Ferdinand, ils demandèrent que des Hongrois pussent racheter ces forteresses '^ et ils exigèrent que jusque-là les propriétaires et les habitants de ces territoires prennent leur part des charges du pays. Sauf l'erreur que cet article aussi parle de territoire donné en gage à l'Autriche, c'était l'attitude la plus conforme à l'esprit des traités de paix de 1463 et de 1491, après le désastre de Mohâcs, bien qu'il attribuât aussi à toutes les forteresses la mise en gage. A partir de là, toutes les démarches des Diètes dans cette question s'appuyèrent sur cette décision. La loi VII d'après le couronnement de 1608 proclama, sur cette base, la compétence de l'administration hongroise et du fisc hongrois pour les habitants de Kabold, Kôszeg et Borostyânkô, et exigea que ces domaines fussent réincorporés aux comitats, et la loi XIV de la même année fixa, également sur cette

* . . . maiestas sua cuin provincialibiis suis Austriacis tractare proposuit in negotio restitutionis arcium ad Austriam oliui impignoratorum ac ad regnum Hungariae pertiuentium . . .

^ § 5 Quemadmodum hac de re sua maiestas se cum fidelibus suis Austriacis per primam commoditatem tractare velle obtulit.

* . . . ut arces Kôszeg, Fraknô, Kabold, Kis-Mârtou, Szarvko et alias, quae olim ad Austriam fuerunt impignoratae, fidèles majestatis suae Hungari (quibus ad id facultas erit) possint ad se redimerc et rursus ad Hungariam recuperare . . .

base, les droits de portes pour le territoire de Kabold, Kôszeg, Borostyàiikô, Fraknô et Kismarton. Ces décisions furent ensuite réitérées par les lois XXXVIII de 1609 et IX de 1618. En 1622, la décision définitive fut demandée ^ et la Diète envoya des délègues hongrois, mais la loi XXXVII de 1625 dut réitérer cette demande. La date du débat fut fixée alors à la fête de TÉpiplianie suivante. L'affaire, toutefois, n'aboutit pas alors non plus à une solution, mais elle fit un pas en avant par la loi III de 1630 qui astreignait déjà aux travaux publics des forteresses de frontière les habitants des domaines de Borostyânkô et de Kôszeg et la loi XXVII les obligea tous à payer la dîme à Gyôr ; il exécuta donc au moins les dispositions du traité de 1463.

Enfin, en 1635, par la loi L, s'effectua la réannexion de Fraknô et de Kabold. Comme l'Autriche était dans l'impossibilité de les sauver, les Autrichiens embrassèrent la manière de voir que ces deux forteresses avaient seules été données on gage et que les autres avaient passé dans la possession de l'Autriche. Les Ordres hongrois, naturellement, continuèrent à maintenir le comité pour les territoires restés en suspens. Même leur manière de voir sous ce rapport s'exprima d'une façon encore plus vive en 1647. Alors fut déléguée une commission pour la reprise sans discussion de Borostyânkô, Kôszeg, Kismarton et Szarvkô et la date de cette cession fut fixée au jour de la fête de Saint Laurent.^ La loi 25 de 1649 codifia déjà

» Loi LXII de 1622.

' Loi LXXI de 1647 . . . eorundemquo résine incorporationem sine disputatione eflectuandam . . . Cette loi invoque les lois XXXVII de 16i>5, VII de 1608 et XXXVIII de 1638.

38 P. TeleH et A. Domanovszky

la réintégration. Les Ordres autrichiens, il est vrai, protestèrent le 14 sept. 1647,^ mais lorsque les Ordres hongrois en présentèrent le (j août 1648 la proposition à Ferdinand III, celui-ci déclara, qu'il ne permettait ni de toucher à la réannexion visiblement légitime, ni de soumettre ces territoires h la perception de l'impôt autrichien.'^

Néanmoins, dans les litiges subséquents de frontières, les commissions et autorités autrichiennes déléguées revinrent de nouveau à cette question et exigèrent les tenitoires réannexés. Dans la contestation de frontière de 1717,1a commission hongroise fit, en effet, connaître ses exigences ultérieures sur certains territoires discutés et, partant de Hainburg, elle parcourut la frontière en longeant le Lajta. Quand, cependant, arrivée au comitat de Vas, elle termina l'examen de la frontière, la commission autrichienne fit aussi connaître ses exigences relatives aux domaines de Borostyânkô, Kôszeg, Kismartoii et Szarvkô et elle voulut faire aussi parcourir à rebours la frontière par elle désignée. La députation hongroise y opposa sa protestation, l'affaire, pour le moment, fut ajournée et finit par être abandonnée.'^ Ainsi, ce n'est que plus tard, à l'occasion du différend do frontière de 1793, que, du côté autrichien, furent de nouveau apportées des exigences. La

' Annexé aux actes du procès de frontière de 1703. Arcli. Nat. Chanc. Hong. Limitanea, fasc. 1.

* . . . quantum igitur ad ipsa bona seu doniinia attinot praeraissam reincorporationem . . . nos haudquaqiiam indubium revocari, quin eam ratara et firmam haberi voluniua . . . Parmi les annexes du procès de frontière de 1793. Arch. Nat. Chanc. Hong. Limitanea, fasc. 1.

^ Voir Cod. Sec. XVHI. 554. Fol. Lat. au Musée National de Hongrie. Voir aussi, avec les détails du procès de frontière de 1793 Aimeri Nagy : ouvr. cité. Szâzadok, 1871.

commission autrichienne élabora plusieurs mémoires et, comme preuve de ses droits, produisit de nombreux diplômes, mais ne put faire valoir de nouveaux arguments pour appuyer son avis.^

Le point d'appui des arguments autrichiens est, à proprement parler, que les domaines de Borostyânkô, Kôszeg, Kismarton et Szarvkô ne faisaient pas partie des domaines données eu gage et que, en conséquence, ces derniers n'étaient pasréannexables. L'affaire de ces derniers n'était pas réglée, il est vrai, par les textes officiels eux-mêmes du traité de paix de 1463, mais seulement par les actes secrets échangés entre Frédéric et Mathias et l'accord intermédiaire rédigé par écrit par le légat du Pape, Rodolphe de Riidersheim. Ceux-ci, toutefois, relativement à la possession par les Habsbourgs de ces propriétés, disent : do7iec et quousqiie nohiscum aut heredibus nostris per rectam lineam a nohis descendefUibus amieabiliter et pacifiée concordatum super eisdem. Il en ressort à l'évidence que la distinction entre les deux espèces de possession ne reposait pas sur ce que, — ainsi que le prétendent les Autrichiens, — Fraknô et Kabold étaient rachetables et les autres non, mais sur ce que Fraknô et Kabold n'étaient pas rachetables du vivant de Frédéric III et que les autres, si les deux souverains s'accordaient là-dessus, pouvaient être rachetés même du vivant de Frédéric.

L'affaire de gage de Frédéric III et les traités de paix de 1463 et de 1491 ne présentent donc aucune base pour aucune espèce d'exigence de l'Autriche. Frédéric ne prit pas possession pour l'Autriche des endroits cédés, mais pour lui-même

' Actes du procès de frontière de 1793. Arch. Nat, Chanc. Hong. Limitanea, fasc. X-

40 P. Teleki et A. Domanovszky

et ses descendants en ligne directe, en tant qu'héritiers préson)ptifs du trône de Hongrie ; il respecta, non seulement dans les traités de paix, mais aussi dans ses diplômes délivrés pour ce territoire, le droit de la Hongrie à ces localités ; ce n'est qu'à l'époque de Maximiiien et de Ferdinand P"^ que s'obscurcit la situation de droit public de ces domaines, car, à cause du sens bureaucratique pris en ce temps-là par l'administration autrichienne, l'administration des forteresses hongroises fut aussi attachée au ressort de la camara de la Basse- Autriche. Cet usage illégal ainsi introduit fut maintenu, non pas par les souverains, mais par la camara (administration) de la Basse-Autriche, dont, toutefois, les efforts vinrent se briser contre la vigilance et la persévérante résistance des Ordres.

Comme, récemment, on a aussi prétexté contre la réannexion que l'Autriche ne reçut pas le prix du gage, nous ferons remarquer que celui-ci ne serait pas revenu à l'Autriche, mais aux Habsbourgs. Dès la minute, toutefois, où les Habsbourgs parvinrent au trône de lïongrie, cette question fut résolue. D'ailleurs, il n'est pas vrai que ces territoires soient revenus gratuitement à la Hongrie. Lorsque les Ordres hongrois virent à quel point allait difficilement la réannexion, ils attirèrent eux-mêmes l'attention des seigneurs sur le rachat de ces domaines; sur ce terrain, les Eszterhâzy donnèrent l'exemple. Le Palatin Nicolas Eszterhâzy acquit, dès le 15 septembre 1626, pour une prime de 30,000 florins, les titres de concession de Fraknô ; ses héritiers, le 3 septembre 1648, pour une prime de 62,000 florins, le domaine de Kismarton ; puis le comte Paul, le 13 août 1702, pour une prime de 65,000 florins, la propriété de Szarvkô qu'il détenait depuis longtemps en gage. Pour Fraknô et Kismarton, les Eszterhâzy, déjà

en 1622, payèrent comme prix du gage 400,000 florins à la camara de la Basse- Autriche.'

Si, d'ailleurs, les sphères autrichiennes restent fidèles à leur opinion que les 40,000 florins, prix du gage, même malgré l'avènement des Habsbourgs au trône, leur reviennent en vertu des traités de paix de 14G3 et de 1491, ce que ne peut prétendre aucune logique, qu'il nous soit possible de rappeler que, avec la même manière de raisonner, la Hongrie pourrait aussi réclamer à l'Autriche les 400,000 florins que la paix d'OImiitz assura à la Hongrie et que le roi de Bohême aurait dû payer, si, après la mort de Mathias, il voulait racheter à la Hongrie les provinces secondaires de la couronne de Bohême.-^ C'était là, certes, un traité international. Vladislas Il ne paya pas les. 400,000 florins ; cette obligation après l'extinction des Jagellons, aurait été à la charge de Ferdinand P*", en tant que roi de Bohême. Que ceux donc qui, au-delà du Lajta, émettent cette réclamation, se tranquillisent à la pensée qu'ainsi c'est la Hongrie qui a perdu au change.

L'Autriche n'a rien non plus à réclamer au point de vue territorial ; sous ce rapport la Hongrie seule peut émettre des exigences, car il y a encore toujours un territoire en deçà du Lajta assez important, qui même avant 1491, appartint toujours à la Hongrie, que Maximilieu

1 V. Aimeri Nagy : ouvr. cité. Szâzadok 1871, p. 381—383. Il en fut de même pour Kôszej?. Jean Weinspriach le possédait encore en gage pour 12,000 fl. ; en 1567, Jean Olioron de Devecser, pour 60,000 fl. ; en 1586, Christophe Nâdasdy, pour 160,000 fl. ; enfin, en 1616, la famille Széchy l'acquit en gage pour 246,253 fl. Aimeri Nagy : Séjour et possession à Koszeg des Széchy. Gyori tort. fUzetek. III, 235.

* Prav • Annalp« rRrmn Fîiinov IV ^9A

^ p. Teleki et A. Domanovszky

occupa à l'occasion de sa campagne ; la paix de 1491 en prescrivit, toutefois, catégoriquement la restitution ; cependant, aujourd'hui encore il est soumis à l'administration autrichienne. C'est le territoire du domaine de Scharfeneck (Sârfenék). Les dépendances en étaient: les communes de Samarja (Sommerein), Cillingdorf, Mannersdorf, Au, Hof et une partie de Purbach, qui appartiennent encore aujourd'hui à l'Autriche, quoiqu'elles soient toutes situées sur la rive d'en-deçà du Lajta.^ Leur sort fut partagé également par Cillingdorf, que les comtes de Fraknô mirent en gage aux Pucheim et qui fut ensuite, au point de vue de juridiction ecclésiastique, détaché de la Hongrie.^ Or, c'est justement ce domaine de Scharfeneck, dont suivant les prescriptions de Sigismond, le propriétaire peut librement disposer, mais ne peut pas aliéner du pays. Les luttes de Frédéric jusqu'à 1491 le laissèrent intact. Alors il tomba aux mains de Maximilien et, aux termes du traité de paix, servit de gage, jusqu'à ce que Vladislas rendît les communes autrichiennes occupées par Mathias, dans le délai d'un an. Seulement, cela n'eut pas lieu et comme ce domaine ne figurait pas parmi ceux cédés à Frédéric, il échappa également à l'attention de nos Ordres. Ce n'est qu'après la réannexion des autres territoires que leurs regards y furent attirés. Alors, dans la loi LXXVIII de 1659 Léopold P"" promit même d'examiner l'aÔaire et de prendre une décision après avoir entendu les intéressés, mais, quoique les lois V de 1662 et XL VI de 1681 en disposassent comme de possessions

^ Voir à ce sujet les annexes relatives au domaine de Sârfenék dans le procès de frontière de 1793.

* En 1493, Frédéric en fit donation à la prévôté de Wiener- Meustadt et en conséquence, le Pape le plaça dans le ressort de l'évêque de ce diocèse.

hongroises et ordonnassent qu'il levât des soldats, la réannexion ne fut pas effectuée par la suite. Les commissions de frontières de 1717, 1793 et 1832 '■ réclamèrent, il est vrai, de la manière la plus énergique la réacquisition de ce territoire, mais leurs négociations n'ayant pas abouti, elles en restèrent pour leur peine.

La commission de frontières de 1717, en outre, s'appuyant sur l'ancienne possession des comtes de Szentgyôrgy et de Bazin, traita aussi la question du droit de propriété de Minnicliwald situé entre Haimburg et le Danube et appartenant encore au XVP siècle à la forteresse de Kôpcsény,^ La Hongrie a aussi de moindres exigences sur la frontière de Styrie, dont s'occupèrent en dernier lieu dans le deuxième quart du siècle dernier les commissions déléguées. Là, le territoire le plus iniportant est celui du village de Sinnersdorf qui appartenait encore au milieu du XVP siècle au comitat de Vas et était la propriété des Kanizsay, plus tard des Tliurzô.^

Abstraction faite, toutefois, de ces petits territoires, en présence des exigences autrichiennes qui sont toutes basées sur de faux arguments et des malentendus forcés, nous pouvons constater le fait que le territoire du domaine de Scharfeneck fut, au mépris flagrant du traité de paix de 1491, détenu par Maximilien et ses successeurs, c'est-à-dire par l'Autriche, et est encore jusqu'à ce jour détenu

^ Voir siirtout le procès de frontière de 18P.2. Areli. Nat. Chanc. Hong. 1832. 2743.

* Musée National de Hongrie. Cod. Sec. ~>M. Fol. Lat.

^ La matière de ces procès de frontières de Styrie a été dressée et élaborée par H. I. Biderniann : Die Grenze zwisclien Ungarn nnd Steiermark. Urkunden und Acten- Auszlige mit einleitenden Bemerkungen. Beitràge zur Kunde

44 P. Teleki et A. Domanovszky

par l'Autriclie, entravant systématiquement la tâche des comniÎRsions de rectifications de frontières déléguées dans cette question.

La situation économique de la Hongrie Occidentale.

L'industrie de la Hongrie Occidentale serait infailliblement vouée à la ruine par l'annexion à rAutriche. Tous les établissements industriels de ce territoire sont, à l'exception de cinq, affiliés à une grande entreprise autrichienne. La grande industrie autrichienne elle-même n'a pas assez de matières premières ni assez de charbon pour subvenir à ses besoins ; il est donc naturel qu'elle négligerait les établissements affiliés qu'elle n'entretient que pour avoir plus de relations en Hongrie. Elle les supprimera donc et la population industrielle qui, dans cette contrée, monte à 23'5"/o ^^ la population totale, se trouvera en face de la ruine.

Les Autrichiens prétendent aussi que cette contrée est très importante au point de vue de l'approvisionnement de Vienne en matière de sucre. Ce n'est pas exact. Il y a trois sucreries dans le territoire en question: Czinfalva, Félszerfalva etNagyczenk. L'essentiel n'est pas le lieu où se trouve la sucrerie, mais l'endroit d'où elle tire les betteraves. Les betteraves, dont ces trois sucreries se servaient entre 1898 et 1915, provenaient en grande partie (61%) des territoires habités par des Magyars. La sucrerie de Nagyczenk, située dans la commune du même nom qui, quoique tout près de la frontière, est habitée exclusivement par des Magyars, destinés à être annexés

à r Autriche, tire 767o de ses betteraves de villages magyars. Ce n'est que dans le comitat de Moson que nous trouvons plus de paysans de langue allemande qui cultivent en grande quantité la betterave sucrière, laquelle, toutefois, tend vers la sucrerie de Bruck en Autriche, de sorte que, si l'annexion s'effectuait, les sucreries hongroises tirant les betteraves des contrées magyares, les trois sucreries du territoire annexé se trouveraient sans betteraves et seraient vouées à la ruine. L'Autriche n'atteindrait donc pas son but, qui est de couvrir son besoin de 2 millions de qtiintaux de sucre par la production des sucreries du territoire qu'elle veut annexer, ses sucreries à elle ne produisant qu'un peu plus du dixième de la consommation.

En ce qui concerne la question de l'agriculture, le résultat de l'annexion serait que l'Autriche étendrait ses difficultés à elle au territoire annexé. La Hongrie Occidentale est passive dans les denrées principales, surtout en céréales, ^ont le manque monte annuellement :

dans le comitat de Vas à . 30,000 q. „ „ „ y, Sopronà 67,600 „

, la ville „ , à 72,000 „

et ce n'est que le comitat de Moson qui a un peu d'actif (5,600 q.), de sorte que le manque total monte à plus de 160,000 q.

En graines fourragères la quantité manquante est:

dans le comitat de Vas ... de 33,700 q. „ Sopron . . „ 65,700 „ „ la ville „ . . „ 27,000 „

En déduisant l'actif du comitat de Moson (32,000 q.), il nous reste un manque de 9-1,400 q.

46 P. Teîeki et A. Domatiovszky

Le manque en pommes de terre est:

dans le comitat de Vas. . de 119,000 q.

„ „ „ „ Moson . „ 67,000 „

A Soprou ...... „ 10,000 „,

soit 196,000 q. au total, et il en est de même pour les produits moins importants.

Le surplus d'aliments allant à Vienne provenait pour la plupart des contrées do la Hongrie Occidentale habitées par des Magyars. Le territoire habité par les Wendes (Slaves) couvre à peu près son besoin en céréales, mais nous y trouvons un manque en fourrages (49,000 q.), en pommes de terre (27,600 q.), etc.

Le bilan agricole nous apparaît très clair si nous jetons un coup d'oeil sur les j^&'^^'^ssions données cette année x>our l'achat de semences. Il n'y eut qu'un seul district habité par des Magyars qui avait besoin d'en acheter, tandis que les districts mixtes achetèrent en semences 1,700 q. de céréales et 670 q. de graines fourragères et les districts de langue allemande 4,500 q. de céréales et 1190 q. de graines fourragères.

La quantité de blé, distribuée à la population qui n'en était pas pourvue, nous montre également un aspect très caractéristique. On a dû distribuer ces derniers dix mois dans les

de blé

districts magyars (188,800 habitants) 9,249 q.

„ à langues mixtes (80,800 „ ) 13,209 „

„ allemands (78,200 „ ) 24,529 „

le district wende (48,600 „ ) 1,615 „

Les districts de langue allemande du comitat de Sopron reçurent du centre de la Hongrie, en 1916/17, 515, eu 1917/18, 360 wagons de farine.

ce qui monte à 60Vo respectivement à 937o de la provision totale mise à la disposition du comitat entier.

Le commerce de toute cette contrée serait également détruit par l'annexion, surtout celui de la ville de Soprou, ainsi que celui des communes tout le long de la voie ferrée des Chemins de fer du Sud, dont le revenu principal provient du commerce intermédiaire entre les territoires magyars producteurs et les consommateurs autrichiens. La ville de Sopron souffrirait tout spécialement, car c'est là un grand centre administratif qui perdrait par Taunexion la plupart de ses grandes institutions, bureaux, etc., comme, par exemple, la Direction des Postes et Télégraphes, la Chambre de Commerce, 'Ecole Militaire, une partie de ses écoles secondaires, etc.

En décidant de l'annexion, il paraît que personne u'a pensé à l'intérêt du territoire même. Les Autrichiens revendiquent ces comitats à un point de vue purement égoïste et ne servant que le parti politique des „ Allemands Nationaux" (Deutsch-Nationale Partei), dont le but est de réunir tous les Allemands dans le même Etat; en un mot, de servir les intérêts du pangermanisme. Leur argument principal est l'identité de la langue, quoique le peuple allemand de la Hongrie Occidentale ne soit ni styrien, ni autrichien. Il a, dans sa langue, un trésor d'originalités tout-à-fait étonnant et qui prouve bien plus la connexion avec les Francs et les Flamands qu'avec n'importe quel autre peuple. Il n'est que naturel qu'il ait adopté plusieurs mots et expressions des Autrichiens, ses voisins, ainsi que des Magyars ; néanmoins sa langue reste un idiome distinct de celui des Autrichiens. Ce peuple a toujours été fidèle à la Hongrie et a toujours pris

48 1\ Teleki.et A. Domanovszky

part loyalement à toutes les guerres de la Hongrie. Môme dans ses chansons, qui sont toujours le miroir le plus fidèle de l'âme populaire, on ne trouve pas une place où il veuille se séparer de la Hongrie ou bien où il y ait un seul mot de désobligeant ou de malveillant pour les Magyars.

Le parti chrétien- socialiste s'est fait un étendard de l'annexion déjà décidée, espérant en profiter vis à-vis du parti des démocrates-socialistes. Le fait est que, durant le bolchévisme, la tendance de cette contrée, par haine du bolchévisme menaçant, était plutôt séparatiste, tandis que depuis l'écroulement du communisnîe et depuis que l'orientation politique de l'Autriche va de plus en plus vers la gauche, l'opinion du peuple s'est vite ravisée, son refroidissement momentané a cessé et il veut rester fidèle à la Hongrie. Le Conseil Suprême n'a qu'à effectuer le plébiscite pour se persuader do la vérité de cette affirmation.

Dernièrement, c'est le parti des démocrates-socialistes qui exige fortement l'annexion.

La Délégation de la Paix autrichienne n'a demandé que le plébiscite, et les Puissances Alliées et Associées lui ont donné le territoire sans faire voter le 'peuple! C'est le plus grand résultat obtenu par le Gouvernement Autrichien et c'est pourquoi le parti qui est encore actuellement au gouvernement tient à l'annexion, quoiqu'il reconnaisse très bien l'erreur au point de vue de l'alimentation et que ce territoire nouvellement acquis ne lui causera que des difficultés. Le reste de ses arguments n'est pas tenable, car par exemple son objection que la capitale ne serait qu'à une portée de canon de la frontière, n'est qu'un cas qui se répète souvent dans les petits Etats ; pensons à Belgrade, à Copenhague, à Helsingfors, à Genève, etc.

n faut reconnaître toutefois que l'Autriche n'a pas un seul homme politique important — placé au-dessus des intérêts des partis politiques et qui voie un peu plus loin — qui prendrait au sérieux cette annexion. Ils la considèrent avec une réserve excessive, car ils ont peur que cela n'empoisonne les rapports entre l'Autriche et la Hongrie et que le peuple magyar ne refuse de donner son concours à l'alimentation de l'Autriche.

Pourquoi faut-il que le seul succès obtenu par la Délégation autrichienne soit arraché au corps déjà si déchiré de la Hongrie?

Pourquoi faut-il que la Hongrie soit encore punie d'avoir combattu, en 1848 — 49, pour les principes de Kossuth qui voulait l'alliance avec les grands États occidentaux, et dut, n'étant aidée de personne, succomber sous les coups de l'absolutisme autrichien et du tzarisme ? Vaincue et écrasée, la Hongrie a été annexée à l'Autriche et obligée, après 18 ans d'esclavage, de faire un compromis avec elle pour recouvrer du moins une partie de sa liberté. La Hongrie ne peut pas être rendue responsable de ce que, dans ces conditions, elle a été entraînée à faire la guerre en compagnie de l'Autriche, à laquelle elle était liée, et par cela même, de l'Allemagne.

L'annexion serait donc profitable, il est vrai, au pangermanisme, mais, somme toute, ce serait une injustice historique envers la Hongrie, car l'Autriche n'a sur ce territoire ni droits historiques, ni géographiques, ni économiques; l'annexion pour l'Autriche n'est qu'une question de prestige et nullement une nécessité, tandis qu'elle serait une perte désastreuse pour la Hongrie ayant déjà tant souffert.

Nous prions le Conseil Suprême de changer

50 P. Teleki et A. Domanovszky

sa décision prise dans le Traité de la Paix avec l'Autriche et de nous laisser (s'il le désire, par la voie d'un plébiscite impartial) ce territoire qui, depuis plus de mille ans, est hongrois par le fait, par le coeur et par ses intérêts vitaux.

La population hongroise de la région contestée par l'Autriche.

La Hongrie Occidentale n'a jamais [été conquise ni soumise par les Hongrois ; elle est, depuis miile ans, un territoire hongrois, protégé et défendu par les Hongrois, souvent au prix de leur sang. Ses habitants d'origine allemande n'ont pas été assujettis par les Hongrois, leur pays n'a jamais été occupé par eux; ce sont soit des fugitifs, (émigrés) venus volontairement d'autres pays pour y chercher jusqu'ici un refuge contre des persécutions politiques, économiques ou religieuses, soit des descendants de colons immigrés, appelés autrefois par le monarque et fixés ici où ils jouirent, dès l'abord, de privilèges particuliers. Comme partie du royaume hongrois, la Hongrie Occidentale a toujours occupé une position à part. Ses localités principales portaient le titre privilégié de «villes royales libres" : ainsi Pozsony, Sopron, Kôszeg, Kismarton et Ruszt; cette dernière fut également élevée à cette dignité quoiqu'elle n'eut qu'une population de mille âmes à peine.

La région limitrophe de la Hongrie Occidentale est, sous le rapport industriel et inteîfectuel, la plus riche et la plus florissante de toute la Hongrie; les usines qui y ont été construites — Uj-

falu, Ligetfalu etc. — sont parmi les plus importantes du pays. Toutes les principales localités de cette contrée possèdent des écoles de premier ordre ; quelques-unes comme Sopron sont devenues de véritables foyers de civilisation, possédant un grand nombre d'établissements d'instruction^ tels qu'on en trouve peu en Europe.

Il est indiscutable, et prouvé d'ailleurs par la statistique, que la Hongrie Occidentale est la partie du pays où l'on trouve le moins d'illettrés. La Hongrie Occidentale a, du reste, donné le jour à de nombreuses célébrités dans le domaine des sciences et des arts.

Ses habitants allemands ont toujours su apprécier cette situation privilégiée. Il n'y eut jamais ici aucun courant pangermaniste ou autre de même genre, et surtout aucun courant anti-hongrois.

Les populations de race allemande de cette contrée se sont, à travers les siècles, toujours pleinement identifiées avec colles de race hongroise et, de concert avec elles, ont constamment, à l'heure du danger, sacrifié leur vie, leurs biens et leur sang pour la patrie commune. Ainsi, sans remonter bien haut, lors de la révolution de 1848 où, non seulement les Allemands de la Hongrie Occidentale, mais tous les Allemands du pays, sans exception, prirent les armes, et unis à leurs frères hongrois, luttèrent contre l'Autriche pour l'indépendance et la liberté du pays.

Mais, dans le domaine politique également, cette population s'est toujours^ solidarisée avec les Hongrois. Lors des élections, ces arrondissements choisissaient en grande majorité des députés de nuance nationale hongroise.

Le Leitha forme une séparation naturelle entre la Hongrie Occidentale et l'Autriche. La nature a ici, comme au Nord, créé, par les Carpathes, une

52 P. Teleki et A. Domanovszky

frontière naturelle qu'aucune volonté humaine ne pourra jamais eflfacer; les conditions économiques forceront de tous temps les États et les peuples à la reconnaître.

Comme on peut le voir par ce court exposé, ni les raisons historiques, ni les circonstances géographiques ou politiques, non plus que la volonté populaire ne militent en faveur de la séparation de la Hongrie Occidentale d'avec la mère-patrie. Mais les considérations économiques eUes-mêmes s'élèvent contre la réunion à l'Autriche.

La réunion de la Hongrie Occidentale à l'Autriche signifierait la ruine du commerce et de l'industrie. Les fabriques de la Hongrie Occidentale sont, pour la plupart, des succursales de grandes entreprises autricliiennes et ont été établies en un temps où il était question d'une barrière douanière entre l'Autriche et la Hongrie. Ces succursales furent fondées pour satisfaire aux besoins de la Hongrie et grâce à un appui matériel considérable de l'Etat Hongrois.

Les entreprises industrielles les plus importantes de la région contestée (fabrique de conserves et usine de décortication à Kirâlyhida, filatures de jute et usines de tissage et deux fabriques de produits chimiques à Ujfalu, fabriques de rubans à Szarvkô et à Vimpâcz, fabriques de tissus imperméables, de cotonnades et de lainages à Lajtaszentmiklôs, une fabrique de tapis, deux fabriques de tubes pour cigarettes, une d'articles en caoutchouc, une brasserie, une fabrique de produits alimentaires, une usine métallurgique, plusieurs briquetteries à Sopron, fabriques de couvertures et de tapis à Pinkafô, ainsi que les sucre-

La Hongrie Occidentale ˧

ries et raffineries de sucre de Félszerfalva, de Nagyczenk et de Czinfalva) ont, à l'exception de cinq, toutes été fondées par des capitaux autrichiens et sont, pour la plupart, des succursales de grandes entreprises analogues autrichiennes. En cas de réunion de cette contrée à l'Autriche, toutes ces entreprises sans exception seraient très prohablement forcées de cesser leur exploitation^ vu que V Autriche n'est pas en mesure de pourvoir de force motrice ses propres usines, car l'Autriche manque aussi bien de charbon que de matières premières.

L'Autriche produit actuellement, au total, environ seize millions de quintaux de charbon, tandis qu'elle en exige pour ses besoins cent vingt millions de quintaux. Dans de telles conditions, comment ce pays serait-il en mesure de pourvoir aux exigences de son industrie?

Mais, même si l'approvisionnement en charbon était possible, il resterait encore une difficulté presque insurmontable, à savoir l'acquisition des matières premières indispensables à la fabrication, et qu'il faudrait faire venir de l'étranger. L'importation de ces matériaux reviendrait et pour bien des années encore, à un prix bien trop élevé pour qu'on pût espérer ^ faire concurrence aux produits manufacturés des États de l'Ouest et de l'Amérique.

Qu'en serait-il, par contre, si cette région restait attachée à la Hongrie?

Dans les limites de son territoire actuel, la Hongrie a produit, en 1913, 54.040,876 q. de charbon, et 49.496,458 q. en 1915. On peut espérer que, dès que les circonstances auront acquis plus de stabilité, le faible niveau actuel de production s'élèvera peu à peu, de sorte que les besoins du pays en charbon étant couverts, ceux de la région

54 P. Teleki et A. Domanovszky

si industrielle de la Hongrie Occidentale seraient assurés.

Même en ce qui concerne les matières premières, la Hongrie, plutôt riche en produits du sol et pauvre en industrie, serait mieux à même que l'Autriche d'approvisionner les fabriques lui restant.

Ce qui se passe dans l'industrie du sucre en fournit la meilleure preuve : L'Autriche consomme annuellement plus de deux millions de quintaux de sucre. Les quatre sucreries qu'elle possède encore, ne lui en fournissent qu'environ 200,000 q. Cet écart devrait être couvert par les trois sucreries Félszerfalva, Czinfalva es Nagyczenk de la Hongrie Occidentale, ce qui cependant est complètement impossible, non seulement à cause de la pénurie de combustible, mais encore et surtout par le fait que les sucreries étant réunies à l'Autriche, elles seraient séparées des terrains leur fournissant la betterave. Car toutes les sucreries de la Hongrie Occidentale tirent leurs betteraves de la partie orientale des comitats de Sopron et de Vas.

De dix-huit fermes productrices de betteraves que possède par exemple la principale de ces sucreries, la Soc. An. de Nagyczenk, trois seulement resteraient dans le territoire annexé ; les autres sont situées en territoire purement hongrois.

Ces trois fermes ensemble ne pourraient fournir tout au plus que 150,000 q. de betteraves, alors que la seule usine susnommée en réclame au moins un million de quintaux. De sorte que ces fabriques seraient forcées d'interrompre leur activité, car il est plus que probable qu'après un tel démembrement du pays, les contrées hongroises ne consentiraient pas à approvisionner de betteraves les sucreries autrichiennes.

Ces betteraves iraient ainsi aux fabriques hongroises. On vient justement de prendre des mesures pour le rétablissement de la sucrerie de Buk partiellement incendiée pendant la guerre et qu'on veut remettre en activité.

En cas d'annexion, toutes les branches d'industrie de la Hongrie Occidentale déclineraient de même rapidement; tandis que restant en Hongrie et favorisées par cet État, abondamment pourvues des riches matières premières du pays, elles pourraient prendre un brillant essor.

Il est clair que le commerce lui-même souffrirait de la réunion à l'Autriche ; la ruine de l'industrie aurait pour conséquence directe le recul du commerce : La ville de Sopron, de même que toutes les localités de la ligne du Chemin de fer du Sud situées en Hongrie, vivaient presque exclusivement du commerce des céréales, fruits, bétail, qu'elles tiraient des riches campagnes hongroises pour les livrer à V Autriche. Ce commerce de transit disparaîtrait avec V annexion. Le commerce de Sopron, principale ville de la Hongrie Occidentale, souffrirait en outre énormément d'une autre conséquence de l'annexion : la forte diminution de sa population. Par le fait que toutes les institutions hongroises, qui ont des ramifications en Hongrie proprement dite, quitteraient forcément la ville, sans que le Grouvernement Autrichien puisse de sitôt prendre des mesures pour les remplacer, la direction des postes et des télégraphes, celle des douanes, la chambre de commerce, l'école réale militaire, l'académie des mines et forêts, la faculté de théologie évangélique, ainsi qu'au moins trois des six écoles secondaires se transféreraient dans une ville hongroise, sans pouvoir être remplacées par des institutions analogues. Car Sopron con-

56 P. Teleîd et A. Domanovszky

stitue, non seulement pour la Hongrie Occidentale, mais pour une vaste région hongroise, un centre intellectuel, administratif et économique; cette situation avantageuse disparaîtrait aussi avec l'annexion.

La réunion à l'Autriche comporte par conséquent pour cette contrée la ruine du commerce aussi bien que de l'industrie.

Il resterait donc, comme dernier et seul argument en faveur de l'annexion, la question de l'approvisionnement de l'Autriche par la Hongrie Occidentale si riche en produits du sol.

C'est d'ailleurs ce qui fit que la question de la Hongrie Occidentale ne devint à vrai dire une actualité que dans le courant de la guerre mondiale, alors que Vienne était acculée à la famine et que des hommes politiques mal informés ou des agitateurs donnaient à entendre ou même affirmaient que la Hongrie Occidentale aurait un excédent de production suffisant pour améliorer sensiblement l'approvisionnement de l'Autriche ou plutôt celui de Vienne.

11 est cependant bien facile de démontrer la fausseté d'une telle manière de voir. En effet, il ne saurait être question de surproduction, spécialement en ce qui concerne les céréales, pour lesquelles la Hongrie Occidentale accuse un déficit et nullement un surplus, car la partie allemande de la Hongrie Occidentale est justement la région montagneuse ; elle produit beaucoup de vin, mais peu de blé. Les Allemands de la Hongrie Occidentale ont toujours dû s'approvisionner en bonne partie de céréales chez leurs voisins hongrois et spécialement dans la plaine de la Râba (Raab) ; les grandes quantités de farine, de pommes de terre et d'autres comestibles livrés en contre-

bande à Vienne proviennent aussi, pour la plus grosse part, des régions hongroises précitées. Les marchés des principales localités de la Hongrie Occidentale et spécialement de Sopron sont abondamment pourvus de céréales et de bétail fournis également par les districts voisins purement hongrois.

Voici, à l'appui des faits ci-dessUs, quelques données et chiffres qui pourront au besoin être contrôlés sur place ou au service de l'approvisionnement.

Les districts à majorité allemande du comitat de Sopron : ceux de Nagymarton, de Felsôpulya et de Sopron — y compris la ville de Sopron — ont demandé au Gouvernement Hongrois de leur livrer, pour l'année courante, 1476 v^agons de céréales, quantité qu'ils ont déjà reçue en partie.

Les districts de Felsôôr et de Németujvâr sont aussi très faibles en ce qui concerne la production de céréales et exigent pour leurs besoins en farine un fort supplément, fourni de même par la région hongroise. Ces exigences sont d'autant plus marquées cette année, où la récolte était mauvaise dans le comitat de Vas et faible dans les districts de Kismarton et de Sopron.

Le comitat allemand de Moson par contre, a si bien épuisé de ses céréales le district purement hongrois de Csorna, qu'on émet à juste titre des craintes au sujet du propre approvisionnement de ce district pourtant si productif.

Pour les années écoulées également, la statistique donne des résultats pareils. Les districts allemands susnommés du comitat de Sopron reçurent pour l'année 1916 17, 515 wagons et pour 1917/18, 360 wagons de farine, ce qui représente respectivement les 80% et les 93% de la provi-

Qin-n +ntQlo rJo ■PoTnnQ Tnîan A 1r> /lîa«/\cii+î/\Ti Art

58 P. Teleki et A. Domanovszky

comitat entier, quantité qui est encore loin de couvrir la demande calculée d'après la cote par tête de population.

Sous le rapport des céréales, les districts allemands du comitat de Vas offrent le même caractère passif: à ceux de Kôszeg, de Felsôôr, de Németujvâr et de Szentgotthârd furent livrés pour l'année 191-7/18, 97 wagons de céréales, sans compter que, grâce aux certificats d'achat, une bonne partie de la population s'approvisionnait elle-même directement, ce qui augmente encore sensiblement la quantité mise à leur disposition.

Une réunion de la Hongrie Occidentale à l'Autriche non seulement n'améliorerait pas l'approvisionnement de l'Autriche et de Vienne, mais encore occasionnerait de nombreux désavantages à Vienne et aux Allemands de la Hongrie Occidentale, car par l'isolement des contrées fertiles hongroises, en provoquant ce conflit avec la population hongroise justement pendant cette difficile période de transition, au moment où les questions de l'approvisionnement et des communications sont semées de difficultés, on rendrait très problématique l'exportation de produits en Hongrie Occidentale et par elle à Vienne, et très probablement même cette exportati'on serait-elle, pour un certain temps du moins, complètement interrompue. D'autant plus que les Tchéco- Slovaques attireraient à eux, par leur réseau de chemins de fer, d'importantes quantités de produits des régions hongroises de la ligne Gryôr-Szombathely. La provocation d'un conflit entre l'Autriche et la Hongrie à cause de la séparation de la Hongrie Occidentale, pourrait en outre avoir de funestes conséquences pour l'industrie de cette contrée, qui perdrait non seulement la plus grande partie de la Hongrie comme

débouché, mais encore la possibilité d'une exportation convenable dans la direction des Balkans.

Il faut donc reconnaître qu'une telle solution de la question de la Hongrie Occidentale, loin d'avantager l'une quelconque des parties intéressées, léserait au contraire tout le monde et créerait ici une sorte d'Alsace-Loriaine qui serait une cause de discorde éternelle entre tous les voisins.

Il serait bon de remarquer aussi que les 307o environ de la population de la Hongrie Occidentale soi-disant allemande sont des Slaves ; ceux-ci, peu à peu gagnés aux sentiments d'indépendance de leurs voisins Tchéco- Slovaques et Yougoslaves, ne manqueraient pas d'être à demeure un objet de troubles irrédentistes.

Nous sommes d'ailleurs absolument acquis à l'obligation d'octroyer à la population de la Hongrie Occidentale tous les droits équitables, intellectuels et de langue qu'elle réclame et qui lui sont dus ; et ceci dans le même esprit que la paix a mis en oeuvre dans les cas analogues.

Il nous est impossible d'exprimer ici tous les arguments qui plaident contre un démembrement du pays, séparant la Hongrie Occidentale Allemande de la mère-patrie, et nous osons espérer qu'il sera donné aux représentants de ces contrées et de leurs habitants l'occasion de pouvoir, en lieu compétent, exprimer oralement aussi et d'une manière plus détaillée leur manière de voir, avant qu'on prenne, sur leur sort, une décision définitive. Si, toutefois, contrairement à notre attente, et. pour une raison ou pour une autre, cette possibilité ne pouvait nous être accordée, nous formulerions notre requête en ce sens que la population elle-même, par un plébiscite libre se faisant sous le contrôle d'un neutre, soit appelée à donner

60 P. Teleki et A. Domanovszkp

son avis au sujet de son propre avenir. Cette dernière demande sera d'aiUeurs énergiquement appuyée par l'autre partie intéressée, l'Autriche Allemande, dont les deux partis gouvernementaux ont, à plusieurs reprises, solennellement proclamé ce principe et qui, dans leur projet officiel de constitution pour l'Autriche Allemande, se sont définitivement rangés à cette opinion que le sort de la Hongrie Occidentale Allemande doit être tranché par le plébiscite.

Nous voulons encore attirer l'attention sur le fait que, depuis la chute du bolchévisme, il règne en Hongrie Occidentale une tranquillité et un ordjre parfaits. Il n'y a donc aucune raison de charger l'Autriche ou quelque autre Puissance d'une occupation précipitée du pays sous le prétexte du r*^tablissement de l'ordre.

Publications sur la situation de Hongrie mutilée.

La Hongrie. Cartes et notions géographiques, histc

ques, ethnographiques, économiques et intellectuellj Les peuples de la Hongrie- Par Aloyse Kovécs. Au lieu d'un, trois États de nationalités. Par Alo>

Kovécs.

Les droits historiques de la nation hongroise à 11

tégrité territoriale de son pays. Extrait du livre

dr. Jean Karécsonyi.

La vérité sur la Hongrie et sur la politique magye

par Guillaume Prôhle.

Le problème de la Hongrie, les femmes hongroi^

aux femmes du monde civilisé.

Carte de géographie économique de la Hongrie. D|

sinée d'après les données officielles par Françj

Fodor.

Les monuments de l'Architecture hongroise. Par Etier

Môller. (Avec illustrations.) La Hongrie condamnée à être mutilée. Par le dr. Eugé

Lechner. (Avec illustrations.) La Hongrie du Sud. Par le comte Paul Teleki. La question wende. Par A. Mikola et J. Melich. La question ruthène. Par le comte Etienne de Csé| La question slovaque.

La Hongrie Occidentale. Par le comte Paul Telekil

Alexandre Domanovszky.

La question de la Transylvanie.

La question des Bounievatz et des Chokatz-

Ces publications sont en vente chez H. LE SOUDIER FERD. PFEIFER

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