II. — LA HONGRIE ET L'iTALTE
Il parait que les émigrations italiennes dans la Pannonie ont commence à l'époque des Huns et continué dans celle des Longobards et des Francs. Les armées ayant frayé le chemin, les Italiens en profitèrent pour établir des relations de commerce avec la région située entre le Danube et la Theiss. Mais, ce n'est crue sous le règne de Bérenger, au Xm0 siècle, après les incursions des Hongrois en Italie, que nous voj^ons l'émigration italienne en Hongrie prendre de vastes proportions.
Aucun peuple n'a jamais été plus accueillant pour l'étranger que le hongrois. Le génie international est dans sa nature et dans ses habitudes ; il est pour ainsi dire consacré dans ses constitutions politiques. Le grand roi saint Etienne l appela en Hongrie un grand nombre d'Italiens pour construire des églises, des couvents et des palais. On donnait à ces artisans le nom de Latins, et ils obtenaient de grands privilèges, connus sous le nom dejjr/ra lalîna. Quelqu'un dut reprocher au roi toutes ces faveurs accordées à des étrangers; mais le roi civilisateur répondit par cette admirable sentence qui se trouve dans l'épître adressée à son fils Emmerich et qui étonne vraiment dans un siècle de si grande barbarie: Regnum unîus linguœ, unius moris, imljecille et fragile est; sentence qui a surtout un grand sens dans la bouche d'un roi de Hongrie désirant civiliser et renforcer son peuple par
1 Couronna en l'année 1000, mort en 1038.
l'adhésion sympathique et l'annexion d'autres peuples plus avancés dans la culture que le sien.
Le roi Etienne examinait lui-même les différentesbâtisses pendant leur construction, encourageait les architectes, recommandait la solidité, s'intéressait à l'ornementation.
La ville métropolitaine de Gran, ' la Rome, ou du moins le Cantorbéry de la Hongrie, et depuis longtemps la résidence du cardinal primat fut, en grande partie, l'œuvre des Italiens,2 qui dans le XI"18 siècle formaient à eux seuls la majorité de la population. A Stuhhveissenbourg, 3 la résidence royale, le plus grand nombre des habitants était représenté par les Italiens. A Grossvvardein, 4 il y avait à demeure une colonie d'Italiens pour la construction de la cathédrale. Ces ouvriers habitaient une partie de la ville, la principale, appelée, alors comme à présent, Olaszi, c'est-â-dire des Italiens.5 On retrouve aujourd'hui encore plusieurs localités hongroises qui portent ce nom, en souvenir des Italiens qui les ont habitées. Près de-
1 Esztergom en hongrois, Strigonium en latin.
* Les Lombards étaient en majorité. Le fondateur de l'abbaye de Tata fut aussi un Lombard, le comte de Sanseverino.
3 En hongrois Székesfehérvcu; en latin Alba regia.
* En hongrois Nagy-vârad.
5 L'auteur du Carmen miserubile, qui avait décrit, vers, l'année 1210, l'invasion des Mongols et le siège de Grosswardein, était un Italien habitant de cette ville, la chanoine Rogerio.