II. — LA HONGRIE ET I. 'ITALIE
beaucoup trop de rhétorique en Italie; nos déclamateurs nous ont nui de plus d'une façon; la boursouflure a été pendant longtemps la véritable gangrène de notre littérature. Nous sommes enfin revenus de fout cela et nous ne nous laissons plus prendre à ce jeu de mots ronflants et creux. Nous pensons bien qu'on veut rendre responsable le Magyar d'une situation politique qui n'a pas été créée par lui et qui est le résultat d'une longue série de circonstances, dont il est impossible de retrouver l'enchaînement et dont les auteurs échappent au jugement de l'histoire.
Ces liens de sympathie -existent donc, et ce ne sera certes point par des insinuations qu'on pourra les briser. Ils existent, d'ailleurs, aussi pour d'autres causes que nous allons énumérer et qui prouveront que les Italiens et les Hongrois ne sont pas aussi étrangers les uns aux autres qu'on le pense ou qu'on le dit.
L'histoire a souvent rapproché les deux peuples; et si, plus d'une fois, c'est par la guerre qu'ils se sont revus de près, le choc des armes a presque toujours été suivi de rapports pacifiques, dont les deux nations ont bénéficié.
Les Hongrois n'ont certes pas la prétention d'avoir rendu â l'Italie tout le bien qu'ils en ont reçu dans les siècles passés. Barbares, ils venaient se polir dans un pays civilisé; pauvres, ils rentraient dans leurs pays riches de nos dépouilles, après leurs campagnes italiennes. C'est des Italiens qu'ils avaient appris à
La Hongrie politique et sociah'. 4
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se loger plus convenablement, à vivre plus confortablement, et nous oserions même dire, à manger et à boire. Car, n'en déplaise au patriotisme de nos aimables amphitryons de la Hongrie et de la Transylvanie, nos études de gastronomie comparée nous ont fait tirer la conclusion qu'une grande partie de ce que les Hongrois appellent leur cuisine nationale n'est qu'un mélange de cuisine slave, de cuisine allemande et de cuisine italienne. C'est par les princes de la maison d'Anjou, passés de Naples en Hongrie, que plusieurs plats napolitains ont été introduits et ont pris droit de cité en Hongrie. Il semble en outre définitivement prouvé que les vignobles du -fameux Tokaï, dont une espèce se rapproche de notre meilleur vin de Capri et l'autre de notre meilleur lacryma-christi, sont d'origine napolitaine.
Si les Hongrois n'ont rien apporté aux Italiens, lorsqu'ils les visitaient les armes à la main, ils ont cependant eu le grand mérite de savoir les attirer dans leur patrie et de les y retenir par leur génie hospitalier. Un grand nombre d'Italiens, après avoir vu les Hongrois dans la péninsule, ont dû éprouver une certaine confiance pour ces barbares qui ne venaient pas seulement s'enrichir et s'amuser, mais aussi s'instruire en Italie, et auxquels on reprochait rarement des actes de cruauté. Le fait est qu'après chaque invasion guerrière de Hongrois en Italie, il y a eu un courant d'émigration pacifique d'artisans et de marchands italiens en Hongrie.