II. — LA HONGRIE ET L ITALIE. Oo
gols, les dispersent et méritent qu'on dise d'eux qu'ils sont « des anges envoyés du ciel pour le salut du roi. » Le dernier des Frangipane tombe, victime de la tyrannie autrichienne, pour avoir vaillamment défendu les droits de la noblesse magyare (1071).
Le dernier des Arpàd, le roi André III, fils de la noble vénitienne Tomasina Morosini, i était né et avait été élevé à Venise pendant l'exil de son père. Il dut garder des sympathies pour sou pays natal, puisque nous lisons qu'il appela des Italiens en Hongrie et qu'il leur conféra de grands privilèges ; deux citoyens florentins surtout furent comblés par lui. 2
Tous les Arpàd ont signalé leur règne par des' concessions aux Italiens. Les villes italiennes possédaient une bourgeoisie intelligente, active, entreprenante qui avait besoin d'une plus grande expansion.
1 Les Morosini ont eu ensuite de nombreuses alliances avec l'aristocratie hongroise. Une Morosini vient de mourir à Venise sans testament. Sa fortune, composée de plusieurs millions, est passée à ses plus proches parents qui se trouvent être non pas des Morosini de Venise, mais les comtes Szâpâry de Hongrie.
2 « Aucli Andréas III, der Letzte aus dem Hause « Arpàd, scheint sich fur die Bergbaugegend besonders « zu interessiren. Anstatt der Hunts, Forgachs und Ba- « lassas, welcbe bislier als Hauptgrund besitzer, Herren « und Obergespâne der ganzen Gegend, auch. deren « Berggrafen waren, macbte er seine aus Italien mit- « gebracbten Anhanger, die Florentiner Balduin und « Merculin, zu Berggrafen. » Ipolyi, Geschichte der Stadt Neusold. "Wien, 1875.
La Hongrie fut un large débouché pour cette bourgeoisie. Les Italiens étaient toujours désirés par les fils d'Arpàd. Dès qu'ils arrivaient, les Magyars trouvaient immédiatement à utiliser leurs talents artistiques et industriels, ainsi que leur entente du commerce. Ces bourgeois italiens se mariaient souvent dans le pays qui les hébergeait et s'y fixaient ensuite à jamais. Cette immigration italienne du temps des Arpàd a été des plus bienfaisantes pour la Hongrie.1 On ne saurait, peut-être, en dire autant de celle qui eut lieu, le siècle suivant, pendant la domination des Anjous. La cour des gentilshommes français et napolitains qui suivaient le roi Charles-Robert d'Anjou, nommé roi de Hongrie par l'intervention du pape Boniface VIII, apporta en Hongrie seulement des habitudes de.luxe et des éléments de trouble. La fierté des Magyars se trouva, en outre, froissée par l'ostentation avec laquelle les Napolitains de la suite du prince angevin voulaient leur faire comprendre qu'ils tenaient leur roi des mains du pape. Aussi une vive protestation de la part de toute la noblesse éclata-t-elle, lorsque au milieu de la diète solennelle de 1308 le légat Gentile de Montefiore
1 Sous les Arpâd, lo nombre des familles étrangères, surtout allemandes et italiennes étail déjà si grand, que le chroniqueur du roi Ladislas, Simon de Keza, pouvait écrire, en 1260, toute une dissertation sur les familles étrangères de la Honerie.