IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE
à Debreczin, le Bebreczeni Ellenôr (le Contrôleur de Debreczin) dont le rédacteur en chef est le jeune nouvelliste Guillame Karczag1 et le directeur est le très fécond et illustre romancier Arnold Yértesî : J à Gyor, le Gyôry Kôzlôny (l'Organe de Gyor) qui existe depuis vingt-neuf ans, dirigé par M. Alexandre Czeji; à Kaposvâr, le Somogy, existant depuis vingt et un ans, fort bien dirigé par M. Etienne Robozi : à Pécs (Funf-Kirchen), le Pècsi Figyelô (l'Observateur de Pécs) dirigé par M. Joseph Kiss, qui ne doit pas être confondu avec le poète du même nom; à Déva, le Hunyad, dirigé par Jean Szitds, etc.
1 Un volume de ses nouvelles a paru l'année dernière à Budapest à la librairie Révaï, sous le titre: Ma es mindzg.
2 On lui attribue plus que six cents nouvelles et plusieurs romans, entre autres: Par chemins perdus; L'école de la misère: Un mariage splendide ; L'Orient, etc. M. Vértesi, né le 16 août 1836 à Erlau, s'enrôla à l'âge de treize ans dans les bonveds. Dès que la révolution fut étouffée, il passa à Pest pour étudier la médecine et la loi; mais il finit par se dédier entièrement à la littérature. A vingt ans, il débuta avec la nouvelle intitulée : Le roi des Maures. En 1859, il publia deux volumes de nouvelles historiques ; en 1861, il entra dans le journalisme; en 1867, il prit la direction du Pesti Ilirlap, organe appartenant alors à l'opposition dont M. Tisza était le chef; en 1870-71, étant malade, il fit un voyage en Italie, où il apprit la langue italienne, retrouva la santé et rencontra l'aimable compagne de sa vie. Dans sa maison hospitalière à Debreczin nous avons rencontré toutes les notabilités de la ville.
Ce court exposé peut suffire à indiquer quel développement a pris en Hongrie la presse politique. Les hommes politiques les plus marquants, les écrivains les plus éminents n'ont pas dédaigné de consacrer leur temps et leur plume au journalisme. Les journalistes sont, par conséquent, devenus une caste considérable. Ils se sont même constitués en société pour fonder une caisse commune, donnant droit à une pension pour ses membres. Ce qui est digne de remarqué comme d'éloge c'est l'esprit de camaraderie qui règne dans ce clan distingué, malgré la divergence des opinions et la vivacité des polémiques.
La presse hongroise jouit, au fond, d'une très grande liberté et n'en abuse point. Les procès de presse sont assez rares. Parmi tous ces journaux, nous n'en avons pas trouvé un seul vraiment radical et encore moins socialiste ou révolutionnaire. La majorité des journaux, on l'aura remarqué, exprime les idées de l'opposition; mais cette opposition n'a jamais un caractère anarchique. On vise seulement à renverser un ministère qu'on ne juge pas assez libéral, et les plus hardis ne vont que jusqu'à faire des vœux pour la séparation définitive de la Hongrie et de l'Autriche. Il n'y a peut-être que deux députés et deux journalistes qui se passeraient même de l'union personnelle et préféreraient une constitution républicaine à un régime monarchique. La presse hongroise est donc très modérée de ton et d'allures. Elle n'est peut-être pas aussi bien disci-