IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE
pliné '. Lorsque l'opposition, qui dispose d'un si grand nombre de journaux, livre bataille au ministère, elle ne songe pas assez à diriger les attaques dans la presse et dans le parlement avec un esprit de suite, une méthode bien arrêtée et dos mouvements concentriques. Il nous a paru que, dans la presse comme dans le parlement, chaque publiciste comme chaque orateur engage un duel pour son propre compte. Ces passes d'armes peuvent être brillantes; les coups feront tous mouche; mais l'ensemble nous fait l'effet d'une pétarade qui se traîne, qui tient la place en émoi, mais ne l'oblige certes pas à se rendre. L'intérêt du public se porte, sans doute, sur la presse de l'opposition ainsi que sur les discours éloquents des députés de la gauche; les uns et les autres sont évidemment sympathiques à la masse; , mais le manque de discipline ne laisse aucun espoir de voir l'opposition, telle qu'elle est, arriver au pouvoir. Elle ne pourrait l'atteindre que si les adversaires eux-mêmes venaient â elle, s'ils reconnaissaient loyalement les services qu'elle peut rendre au pays et s'ils partageaient de bonne grâce avec elle, dans l'intérêt public, la direction des affaires. Quod est in voiis.
Un Ministre de la renaissance.
Si de nos jours il était permis d'adopter pour devise le motto mon nom est légion, M. Tréfort aurait plus que tout autre le droit de faire graver ces paroles sur son écusson. Sa légion se compose de tous les ouvriers de l'intelligence, de tous les professeurs et de tous les maîtres de la Hongrie. Son armée est toute-puissante ; elle gagne toutes les batailles qu'elle livre, et aucune de ces batailles n'est sanglante. M. Tréfort a créé cette armée en grande partie ; et c'est lui qui la guide, l'inspire, l'encourage et la protège. Aucun général en chef n'a jamais poussé aussi loin l'amour pour ses compagnons d'armes que ce grand lutteur qui combat pour la lumière. Jamais on n'a vu une entente aussi complète et aussi constante entre les soldats et leur capitaine.
Il y a treize ans que M. Auguste Tréfort dirige l'administration de l'instruction publique et ces treize
années ont suffi pour faire de la Hongrie un des pays les plus civilisés de l'Europe. Son beau-frère le baron Eôtvôs 1 avait ouvert avant lui ce chemin lumineux; mais la mort l'enleva lorsque ses réformes étaient à peine initiées. M. Tréfort en sa qualité d'amie de confident, de compagnon d'exil le plus cher du défunt, fut jugé par le comte Andràssy l'homme le plus digne de le remplacer. Le but des deux beauxfrères était le même ; tous deux voulaient relever par la culture nationale la grandeur du pays ; seulement la diversité de leurs tempéraments leur fit employer dans cette œuvre des moyens différents. Les tendances du baron Eôtvos étaient plus poétiques et plus idéales : M. Tréfort se maintenait fidèle à la politique du grand Szétchenyi, attachant une haute importance à l'augmentation des forces matérielles de son pays et au progrès de l'économie nationale. On cite encore aujourd'hui un mot prononcé par M. Tréfort en 18G7, au lendemain de la formation du premier ministère constitutionnel. Rencontrant un ami intime dans le vieux palais du Gouvernement à Bude, M. Tréfort indiqua tout à coup les deux portes qui mènent au ministère de l'instruction et au ministère des travaux publics en disant : « L'avenir de la Hongrie se trouve derrière ces deux portes. Les écoles et les chemins de fer ! Voilà le programme de notre avenir ; voilà le levier
1 Ils avaient épousa doux sœurs Rosty.