VI. — LE PARLEMENT ET L'ELOQUENCE
la démocratie hongroise. Son honnêteté à toute épreuve, sa droiture, son amour désintéressé de la patrie lui ont valu ce suffrage de l'opinion publique.
Toutefois on aurait tort de se représenter ce nouveau Caton comme un homme rude et grossie;-. M. Irànyi est fier sans être dur, impétueux sans aigreur, puritain sans pruderie. Il suffit de le regarder et de l'entendre pour s'en convaincre. Sa conversation est des plus agréables, son langage toujours poli et ses manières des plus distinguées. Il a entrevu son idéal politique en 1848; il l'a. poursuivi sans relâche et le poursuit encore. Les travers de la vie l'ont éprouvé, mais non pas changé. L'exil a même contribué à développer sa culture, à aiguiser son intelligence et â donner à ce Magyar une conception plus haute de l'humanité. L'usage du monde a fait de l'ancien tribun un véritable gentleman, à la mise toujours correcte, au maintien irréprochable. Sa tète pense comme celle de Mazzini, avec lequel on pourrait lui trouver un faux air de ressemblance. Il est pauvre et, cependant, très indépendant; car non seulement il sait faire suffire â ses besoins limités ses modestes appointements de député, mais nous tenons d'un de ses amis, qui est aussi son caissier, qu'il fait chaque année des épargnes pour se permettre le luxe d'un voyage à l'étranger. Tous les partis le respectent et le vénèrent. Cet idéaliste convaincu, dont la vie a toujours été fidèle aux principes qu'il professe, possède de nombreux amis et ne
compte pas, que l'on sache, un seul ennemi. Né à Toporcz le 24 février 1822, M. Irànyi passa ses examens d'avocat à Budapest en 1842. Nommé député en 1848, il lut un des secrétaires de la Chambre et suivit la diète et le gouvernement â Debreczin d'abord, plus tard â Szegedin et â Arad. La veille de la reddition des armes à Vilâgos, M. Irànyi interpella le nouveau dictateur Gôrgey sur les conditions de la capitulation projetée. Le dictateur lui ayant reproché d'avoir contribué avec Kossuth â la ruine du pays, Daniel Irànyi répondit fièrement que l'histoire en déciderait. L'histoire a maintenant reconnu que Grôrgey suivait cette politique de conciliation avec l'Autriche qui caractérisa le commencement de la révolution, tandis que l'idéal de Kossuth et d'Irànyi n'étant pas encore mûr ne pouvait se réaliser alors et ne se réalisera peut-être jamais, ou seulement dans un avenir assez éloigné. Après le désastre, M. Irànyi fut condamné à mort et erra, déguisé, dans différentes contrées de son pays pendant cinq mois. En mars 1850, il traversa enfin la frontière et, de pérégrination en pérégrination, parvint à se réfugier en France, où le comité hongrois, présidé par le comte Ladislas Teleki, le choisit pour secrétaire, et où il donna des leçons de langue pendant qu'il approfondissait la science économique et qu'il défendait dans la Presse, le Siècle, Y Opinion Nationale et autres journaux parisiens la cause de son pays. En 1855, il commença à écrire, en collaboration avec. M.C.-L. Chassin,