‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 16 sur 57 · XY · texte numérisé non relu

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Les rois du moyen âge étaient inaugurés à Albe-Royale (Saékes-Féhervâr) ; ceux des temps modernes à Presbourg (Posony). Mais ici ou là les cérémonies eurent toujours le même sens.

Quelques semaines auparavant, une diète générale est convoquée par le Palatin. Dès qu'elle est réunie, elle procède à Télection des barons dont les dignités sont vacantes. Ensuite parait le « sacré diplôme royal, j> par lequel le futur roi s'engage à respecter les droits des Ordres et à ne pas abolir les constitutions fondées par ses prédécesseurs.

Tous les préparatifs terminés, la diète se rassemble dans la cathédrale de la ville, où le couronnement va avoir lieu. Reçu par le clergé sous le portail de la basiliqne, le prince est conduit processionnellement au maltre-autel. Devant lui marchent le grand chambellan, portant la double croix

apostolique ; le grand ofQcier de la table royale, portant le manteau bleu de ciel ; le grand échanson, portant le glaive ; le grand trésorier, portant le sceptre, et enfin le Palatin, portant la couronne* Divers officiers de la cour tiennent en main les sandales, les gants, le ceinturon militaire, te col^ lier. Vanneau, la pomme d'or, tous les saints ornements que revêtit Etienne le jour où le duché magyar devint royaume de Hongrie. Dès que le prince est arrivé au pied de l'autel, il s'agenouille, et les cérémonies religieuses commencent telles qu'elles sont décrites dans le i< Pontifical romain. »

Pendant que les prélats célèbrent la messe, le roi se lève, et, étendant la main sur l'Evangile , jure fidélité à la religion catholique, respect aux droits acquis du clergé, des barons, magnats, nobles, bourgeois, colons, jobbagions et paysans; il s'engage , par le Dieu vivant, la Vierge, les patrons du royaume et tous les saints, à gouverner avec justice et selon les constitutions nationales, spécialement suivant la « Bulle d'or » octroyée par André II (1) ; à conserver les frontières acquises et à reconquérir les provinces perdues; en uin mot, à maintenir sauf l'honneur de la Sainte Couronne. Le serment prêté, on habille le roi de plusieurs des vêtements stéphaniques : on le couvre du manteau. Alors le Palatin gravit les degrés de l'autel, prend des mains de l'archevêque la couronne, que celui-ci s'apprêtait à poser sur le front de l'élu, et, debout, la voix haute, il crie trois fois :

— VOULBZ-VOUS, DÉSEREZ-VOUS, OBDONNEZ-VOUS QUE CELUI-CI SOrr COURONNÉ ROI?

Et les assistants répondent au milieu de mille acclamations :

(1) Voyei eotre totres le sennetit de Gfaarlet-Robert dans Roller/ Hist, Efmcopatfis Qtn'ntfne'Ecdes. l. II, p. 287, el ceux de Ferdinand I", Dfc/W. i3i7, el de Ferdinand V, Dea^et. 1830. In corp. juri^ Hunffnrici,

16 U CONSTITDTION Om, QU^IL SOIT IfOTBE BOI ! Qu'iL SOIT NOTRE BOl!

Oint à la tête, au pouce droit, dans la paume de la main et sur les épaules, le roi reçoit la couronne de Tarchevêque d'Esztergom, qu'assistent les autres prélats hongrois. Les barons viennent lui remettre les différents insignes de la royauté. Le clergé entonne un bruyant « Te Deum. » Le roi sort de la cathédrale ; à pied, il traverse la ville, et dans une autre église, assis sur un trône, il fait trois clievaUers. Ensuite il monte sur un cheval blanc, répète devant la foule le serment qu'il a prêté par-devant la diète , sort de la ville, sui>i de magnifiques cavalcades, et descend sur le bord du Danube. Là s'élève la « colline royale. » 11 la gravit au galop de son cheval en brandissant son épée vers le nord, le midi , l'orient et l'occident, attestant ainsi qu'il défendra vaillamment son royaume contre tous ses ennemis, de quelque côté qu'ils viennent (1).

On comprend sans peine la haute portée de ces brillantes cérémonies. La diète y joue le principal rôle. C'est elle qui pose les conditions, moyennant lesquelles elle offre le trône (2). C'est elle qui, par sa présence et son autorisation, permet à l'archevêque d'Ësztergom , représentant de Dieu, du pape et du clergé dans le royaume, de verser l'huile sainte sur le front de l'élu. C'est elle qui confère au Palatin, premier des nobles, dépositaire et conservateur des constitutions, le pouvoir nécessaire pour octroyer au

(1) Voyez sur le couronnement des rois de Hongrie : Pélerfi conciiia Hungar., P. I; Kaprinay, /ft>^ diplomat,, P. II; Istuànû, I. XXI;Katoa&, Hist. crit,, 1. 1, p. 91, Inehoffer, Annales Eccl. Hung., 1. 1, P. III, p. 275, etc. — Le couronnement des reines donnait lieu à une céréiuonie particulière. On ne se serrait point pour elles de la couronne de saint Etienne. Marie d*Anjou et Marie-Tliérèse furent seules inaugurées avec ce diadème : aussi les historiens leur donnent -ils le litre de roi. Les femmes des rois recevaient une couronne spéciale, et révèque de Vcszprim la leur imposait. Elles prêtaient serment comme leurs maris. (Pray, Dissert. de sancto Ladislao, 109.)

l2) Souvent des conditions particulières étaient imposées au prince avant son inauguration. (Voyez par ex. : le décret d'Albert, 1439, et ceux de Szilàgji, H^, et da Wladislas U, 1490, etc.)

prince, avec la majesté divine, la puissance humaine, qui provient du peuple. Enfin, c'est toujours la diète, le peuple, par délégation, qui reçoit et retient le triple serment prêté par son nouveau chef, avant, pendant et après l'inauguration.

S'il y est fidèle, il régnera longtemps heureux et tranquille. Mais, s'il y manque, la nation se lèvera contre le parjure et le contraindra à la loyauté, si elle ne le détrône. C'est son droit. Pourquoi l'une des parties observerait-elle le pacte que l'autre viole? Le droit de résistance à la tyrannie est formellement attribué à la nation par l'article xxxi de la « Bulle d'or. » La nation en usa toutes les fois qu'elle eut un souverain qui ne sut pas la comprendre et qui prétendit élever son sceptre jJar-dessus les limites fixées par la Loi.

Saus compter les rois chassés, il en est deux que les Magyars emprisonnèrent et ne relâchèrent qu'en les obUgeant à de nouvelle^ promesses : Ladislas le Cuman et Sigismond. Ce dernier, le fameux empereur qui donna un sauf-conduit à Jean Huss, fut saisi par les nobles dans son propre palais, à Bude, — 28 avril 1399. — Enfermé d'abord dans la forteresse de Visegrâd, puis remis à la garde de Gara, il ne recouvra sa liberté qu'après dix-huit mois de détention et moyennant l'aboUtion de tout ce qu'il avait fait d'inconstitutionnel (1).

Donc, la tyrannie fut toujours odieuse aux Hongrois. Mais ils n'entourèrent la royauté de tant d'entraves légales que pour l'empêcher de dégénérer en despotisme, non point pour rendre nulle son influence. Elle fut grande, en effet, sous Etienne, Ladislas I, Kâlmân, Charles, Louis I et Mathias , par exemple , parce que ces princes , sachant

(1^ Thuroczi, Chrome. V. IV, cap. ix cl x. — Windeck, Hist. Sigùnn. cap. IV. Utt. Garaian Sigism, ap. Pray, Ann, reg, ad an. 1406.

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