‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 19 sur 57 · U HONGRIE ET L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

U HONGRIE ET L'AUTRICHE

Quand les Tartares envahirent la Hongrie en 1241 , Bêla iV, vaincu et dépossédé de son royaume, alla chercher un asile auprès de Frédéric, duc d'Autriche. Celui-ci profita de la circonstance poxu* rançonner son hôte et le contraindre à lui céder trois des comitats de la Hongrie occidentale respectés par les barbares, grâce à leur éloignement. Après avoir recouvré son trône et rendu quelque vigueur à son peuple épuisé, Bêla n'oublia point qu'il devait punir ce chrétien déloyal qui avait insulté et lâchement exploité une respectable infortune. 11 s'allia contre lui avec ses voisins le duc de Carinthie et le roi de Bohème , et toute l'Autriche fut mise à sac. Près de Neustadt eut Heu cette bataille vengeresse où périt le dernier héritier mâle de la maison de Babenberg (1246).

Les alliés se hâtent de mettre la mtiin sur cette succession

— Oui, qu'il soit notre roi 1 qu'il soit notre roiI Oint à la tête, au pouce droit, dans la paume de la main et sur les épaules, le roi reçoit la couronne de Tarchevêque d'Esztergom, qu'assistent les autres prélats hongrois. Les barons viennent lui remettre les différents insignes de la royauté. Le clergé entonne un bruyant « Te Deum. » Le roi sort de la cathédrale; à pied, il ti'averse la ville, et dans une autre église, assis sur un trône, il fait trois chevaUers. Ensuite il monte sua* un cheval blanc, répète devant la foule le serment qu'il a prêté par-devant la diète , sort de la ville, suivi de magnifiques cavalcades, et descend siu* le bord du Danube. Là s'élève la acolUne royale. » U la gravit au galop de son cheval en brandissant son épée vers le nord, le midi, l'orient et l'occident, attestant ainsi qu'il défendra vaillamment son royaume contre tous ses ennemis, de quelque côté qu'ils viennent (1).

On comprend sans peine la haute portée de ces brillantes cérémonies. La diète y joue le principal rôle. C'est elle qui pose les conditions, moyennant lesquelles elle offre le trône (2). C'est elle qui, par sa présence et son autorisalion, permet à l'archevêque d'Esztergom , représentant de Dieu, du pape et du clergé dans le royaume, de verser l'huile sainte sur le front de l'élu. C'est elle qui confère au Palatin, premier des nobles, dépositaire et conservateur des constitutions, le pouvoir nécessaire pour octroyer au

(t) Voyez sur le couronnement des rois de Hongrie : Péterfi concilia Hungar., P. I; Kaprinay, Hist, diplomat., P. II; Istuànfi, 1. XXl;KatOQi, Hvtt, crit.^ 1. 1, p. 51 , Idcboffer, Annales Eccl. Hung,, 1. 1, P. III, p. 273, etc. — Le couronnement des reines donnait lieu à une cérémonie particulière. On ne se servait point pour elles de la couronne de saint Etienne. Marie d'Anjou et Marie-Thérèse furent seules inaugurées avec ce diadème : aussi les historiens leur donnent -ils le titre de rot. Les femmes des rois recevaient une couronne spéciale, et Tévéque de Vcszprim la leur imposait. Elles prêtaient serment comme leurs maris. (Pray, Dissert, de sancto Ladislao, 109.)

(2) Souvent des conditions particulières étaient imposées au prince avant son inauguration. (Voyez par ex. : le décret d'Albert, 1439, et ceux de Szi« lagyi, 1438, et d« Wladislas U, 1 190, etc.)

ET L*ACTRIGHE. 121

concéder à titre perpétuel et les passe à son fils Albert, plus tard roi des Romains.

Ainsi commence, humble et soutenue, cette création du hasard, cette trop fameuse maison d'Autriche qui faillit conquérir l'Europe à l'aide de ses mariages et de ses ruses, et qui ne réussit qu'à l'ensanglanter par ses éternelles querelles de famille. Placés désormais sur les frontières de la Hongrie, les Habsbourgs oubUent vite combien ils lui doivent. Dès l'origine, ils songent à s'acquérir ce beau pays danubien, si riche en mines et en moissons, en bestiaux, en hommes, si utile par conséquent pour arriver à dominer l'Allemagne , à peser lourdement sur la pohtique de l'univers. Afin d'atteindre ce but, aucun moyen, — justice ou injustice, force ou ruse, — ne sera par eux négligé.

Sachant que la Hongrie est en proie aux troubles civils, Albert saisit aussitôt Soprony, KOszeg, dix-huit villes, et les enclave dans son duché. Rodolphe, moins juste envers son fils qu'à l'éçard d'un roi de Bohème, se garde bien de se souvenir des bons procédés du souverain magyar et ne met point l'usurpateur au ban de l'Empire. Au contraire, il le soutient, et à l'avènement du dernier descendant mâle d'Arpâd, le conquérant, il rajeunit sans vergogne des vieux droits oubliés que, suivant lui, la majesté impériale se serait acquis sur le royaume hongrois.

Or, il est bon d'expUquer ici que la Hongrie d'autrefois ne permit à aucun prince étranger d'exercer sur elle une suprématie quelconque. ?{ous avons vu comment elle combattit l'investiture papale. Elle ne lutta pas moins contre l'influence grecque, de 1161 à 1174. Ouant au Saint Empire romain, ses prétentions ne furent pas plus acceptées que celles de Rome et de Byzance, Elles remontent au second roi, à Pierre, qui, détrôné par ses sujets parce qu'il avait violé leurs lois, fut rétabU par Henri III, et lui fit hommage de ses Etats, sans avoir obtenu le consentement

— Om, qu'il sorr notre roi ! qu'il soit noihk roi!

Oint à la tête, au pouce droit, dans la paume de la main et sur les épaules, le roi reçoit la couronne de Tarcbevéque d'Esztergom, qu'assistent les autres prélats hongrois. Les barons viennent lui remettre les différents insignes de la royauté. Le clergé entonne un bruyant « Te Deum. » Le roi sort de la cathédrale; à pied, il traverse la ville, et dans une autre église, assis sur un trône, il fait trois chevaliers. Ensuite il monte sur un cheval blanc, répète devant la foule le serment qu'il a prêté par-devant la diète , sort de la ville, suivi de magnifiques cavalcades, et descend sur le bord du Danube. Là s'élève la «c colline royale. » Il la gravit au galop de son cheval en brandissant son épée vers le nord, le midi , l'orient et l'occident, attestant ainsi qu'il défendra vaillamment son royaume contre tous ses ennemis, de quelque côté qu'ils viennent (1).

On comprend sans peine la haute portée de ces brillantes cérémonies. La diète y joue le principal rôle. C'est elle qui pose les conditions, moyennant lesquelles elle offre le trône (2). C'est elle qui, par sa présence et son autorisation, permet à l'archevêque d'Esztergom , représentant de Dieu, du pape et du clergé dans le royaume, de verser rhuile sainte sur le front de l'élu. C'est elle qui confère au Palatin, premier des nobles, dépositaire et conservateur des constitutions, le pouvoir nécessaire pour octroyer au

(1) Voyez sur le couronnement des rois de Hongrie : Péterfi concilia Hangar., P. I; Kaprinay, Hist. diplomat., P. II; Isluànfi, 1. XXI; Kutona, Hvit, crit., 1. 1, p. 51, lacboffer, Annales Eccl. Hung., 1. 1, P. IH, p. 275, etc. — Le couronnement des reines donnait lieu à une cérémonie particulière. On ne se servait point pour elles de la couronne do saint Etienne. Marie d'Anjou et Marie-Thérèse furent seules inaugurées avec ce diadème : aussi les historiens leur donnent -ils le titre de rot. Les femmes des rois recevaient une couronne spéciale, et Tévéque de Vcszprini la leur imposait. Elles prêtaient serment comme leurs maris. (Pray, Dissert, de sancto Ladùlao, 109.)

(2) Souvent des conditions particulières étaient imposées au prince avant son inauguration. (Voyez par ex. : le décret d*Albert, 1439, et ceux de Szilûgyi, Uj8, et d« Wladislas il, 1 i90, etc.)

prince, avec la majesté divine, la puissance humaine, qui provient du peuple. Enfin, c'est toujours la diète, le peuple, par délégation, qui reçoit et retient le triple serment prêté par son nouveau chef, avant, pendant et après l'inauguration.

S'il y est fidèle, il régnera longtemps heureux et tranquille. Mais, s'il y manque, la nation se lèvera contre le parjure et le contraindra à la loyauté, si elle ne le détrône. C'est son droit. Pourquoi l'une des parties observerait-elle le pacte que l'autre viole ? Le droit de résistance à la tyrannie est formellement attribué à la nation par l'article xxxi de la « Bulle d'or. » La nation en usa toutes les fois qu'elle eut un souverain qui ne sut pas la comprendre et qui prétendit élever son sceptre iJar-dessus les limites fixées par la Loi.

Sans compter les rois chassés, il en est deux que les Magyare emprisonnèrent et ne relâchèrent (pi'en lesobUgeant à de nouvelle^ promesses : Ladislas le Cuman et Sigismond. Ce dernier, le fameux empereur qui donna un sauf-conduit à Jean Huss, fut saisi par les nobles dans son propre palais, à Bude, — 28 avril 1399. — Enfermé d'abord dans la forteresse de Visegrâd, puis remis à la garde de Gara, il ne recouvra sa liberté qu'après dix-huit mois de détention et moyennant l'aboUtion de tout ce qu'il avait fait d'inconstitutionnel (1).

Donc, la tyrannie fut toujours odieuse aux Hongrois. Mais ik n'entourèrent la royauté de tant d'entraves légales que pour l'empêcher de dégénérer en despotisme , non point pour rendre nulle son influence. Elle fut grande, en efTet, sous Etienne, Ladislas 1, Kâlmân, Charles, Louis I et Mathias, par exemple, parce que ces princes, sachant

(l^ Thuroczi, Chrome. P. IV, cap. ix cl x. — Windcck, Hist. Sigwn, cap. vi,LUt, Garaian Sigism. ap. Pray, Ann, reg, td an. 1406.

ainsi, ni l'Autrichien lui-même, ni le Bohémien, ni le Magyar. Longtemps, en les amusant avec de petits traités sans conséquences, Frédéric garde le prince sans cesse réclamé. Menacé par la force, il fuit à Rome; mais son couronnement, traîné en longueur, se termine encore trop tôt. Les mécontents l'affament dans Xeustadt, et ne se retirent qu'avec Ladislas. Le pupille est rendu. Mais la Sainte Couronne? Ladislas n'en a que faire. 11 fut couronné jadis. Ladislas meurt. Mathias est élu roi par la diète du Râkos. Des révoltes ébranlent le nouveau trône. Frédéric n'a point l'air d'y tremper, mais il laisse les révoltés le proclamer roi; il leur permet même, à Xeustadt, de poser quelques minutes le diadème stéphanique sur sa tête blanchie. Mathias, aussi habile, plus jeune et plus vigoureux, s'alUe avec Albert VI, mécontent de son frère, et pousse une reconnaissance armée par delà les frontières occidentales de ses Etats. Epouvanté, l'empereur offre la paix, non point sans de longues tergiversations, et à des concUtions tellement exorbitantes qu'elles en deviennent absurdes. Mathias acceptera quand même, car il lui fiiut à tout prix la Sainte Couronne. Elle est donc enfin rendue à la Hongrie, la précieuse Couronne; mais Frédéric et Mathias s'appelleront mutuellement père et fils, et celui-ci ne pourra point se remarier, vu que sa femme, la fille de Po(Uébrad, est mortellement malade et stérile, et qu'il doit laisser sa succession à celui qui daigne le nommer son enfant. Frédéric n'oubUe pas non plus de se fah'e céder certaines villes, au moins provisoirement, et des sommes beaucoup plus fortes que celles prêtées jachs contre le gage restitué (1 ). Naturellement Mathias, qui fut un grand, un brave, un glorieux roi, s'empressa, dès 1473-77, d'arracher à Frédéric sa renonciation à la succession hongroise, et d'épouser Béatrix de

(1) Voir dans Pray, rengagemcnl et la redcHiion de la Sainte Couronne, aux aouées 1440 et 1463.

Xaples, qui, par malheur, ne lui donna point d'héritier. Il fit plus. Frédéric continuant, malgré les pacifications renouvelées, à ourdir des intrigues, Mathias l'en punit cruels lement : il entra triomphant dans Vienne le 1" juin 1485, et y resta jusqu'à sa mort.

Alors refleurirent les espérances autrichiennes. Frédéric échoua tout d'abord : la candidature de son fils MaximiUen ne fut point agréée par les Ordres de Hongrie. Ensuite pourtant il eut plus de succès. Maximilien reprit son Autriche presque sans coup férir. Wladislas II, pauvre prince qui n'avait ni capacité, ni courage, ne défendit pohit les conquêtes de son prédécesseur, et se laissa imposer sans résistance la honteuse paix de Presbourg, — 8 novembre 149i. — S'il mourait sans héritier mâle ou après le décès de son héritier, le trône hongrois reviendrait à MaximiUen ou à ses descendants.

Cette paix ne fut point ratifiée par la diète. EUe excita de violents mui-mures. On leur imposa silence en temporisant. Même, peu à peu, on gagna quelques magnats qui apposèrent leure signatures au traité : leurs signatures étaient sans valeur, puisqu'ils n'étaient point les délégués reconnus de la nation. Le secret s'éventa. La noblesse hongroise se réunit sur le Râkos — 1505 — et protesta en décrétant que désormais aucun étranger ne pourrait régner sur elle.

Aussitôt MaximiUen envahit la Hongrie, ravage les comitats frontières. Wladislas , épouvanté , s'empresse de renouveler à Vienne la paix de Presbourg — 1506 — et, cette fois, il obtient de plus nombreuses adhésions, parce qu'il vient de lui naître un fils et que l'on craint moins d'engager un avenir, peut-être éloigné. L'inauguration de Louis 11 calme un peu les colères nationales, car elle semble rmiier l'espoir des Ilabsboiu-gs. Ceux-ci se hâtent d'obtenir pour l'archiduchesse Marie, fille de Philippe 1", la niaiu du nouveau roi.

Ce n'est point en vertu de tant d'alliances et de traités, sans aucune sanction légale de la part du peuple hongrois, que r Autriche obtint enfin la couronne de saint Etienne. Elle la dut d'abord à la faiblesse de la Hongrie, sur laquelle les Turc« s'étaient mes après le désastre du 26 août 1526, et qui cherchait partout une protection puissante, fût-ce même en Allemagne. Elle la dut surtout aux ^divisions intérieures, à la haine implacable du Palatin Bàthori contre Jean de Zapolya, que les nobles venaient d'élire roi (1). Elle ne la prit point par droit d'hérédité ou de conquête. Elle la reçut des membres de cette diète incomplète, que le Palatin avait réunie à Presbourg le 25 novembre. Elle la consei'va en triomphant de Zapolya, en prenant Bude et en faisant inaugurer l'élu, Ferdinand I, à Albe-Royale, le 3 novembre 1527.

Et FercUuand, remarquons-le bien, après avoir longtemps hésité à venir prendre possession d'un État aussi compromis, ne se l'acquiert que pour lui seul, non pas pour sa race. De plus, il est obhgé, comme st*s prédécesseurs, de jurer lldéhté aux constitutions étabUes, notamment à la « Bulle d'or » d'André II , y compris l'article xxxi (2) . La Hongrie à demi-morte, avait encore pu rassembler «issez de forces pour ne point abandonner sou indépendance au frère de Charles-Quint.

(i) Et eotte éketion éUit tout tiissi légale que celle de Ferdinand. — Consultez les actes de la conférence d'Olmûtz, où furent débattues les prétentions opposées de Zapolya et da prince autrichien, 1527, Pray, Ann. reg,, P. V, 136*167.

(2) « Nos Ferdinandus, etc., juramus per Deum vivum , per ejus sanclissimam genitricem , etc., quod nos ecclesias Dei, Dominos prnlatos, barones, uobilaa , civitates libéras , et omnes regnicolas in suis iinmunitatibus et libertatibus, joribus, priviiegiis et antiquis bonis, et approhatis consuetudiuibus conservabimus, omnibusque jnslitiam facierous ; Serenisximi condam Andreœ rtffi» Décréta observabimus ; fines regni nostri Hungariœ , et quse ad illud quocumque jure aut tilulo pertinent, non alienabiinus, nec minuemus» sed quoad poterinius, augebimus et extendemus , onmiaque alia faciemus qusecumque pro bono pnblico , ac incremento omnium statuum , ac toUus regni nostri Hungariœ juste facere potcrimus, etc. ■ (Le serment de Ferdinand I'»" est tout au long dans le Code hongrois, édition de 1822, p. SiO).

« Oq a vu la maison d'Autriche travailler sans relâche à opprimer la noblesse hongroise. Elle ignorait de quel prix elle lui serait un jour. Elle cherchait chez ces peuples de Targent qui n'y était pas; elle ne voyait pas des hommes qui y étaient. Lorsque tant de princes partageaient entre eux ses Etats, toutes les pièces de sa monarchie, immobiles et sans action, tombaient, pour ainsi dire, les unes sur les autres; il n'y avait de \ie que dans cette noblesse qui s'indigna, oubUa tout pour combattre, et crut qu'il était de sa gloire de périr et de pardonner (1). »

Oui, voilà bien le vrai caractère des rapports de la Hongrie avec ses maîtres allemands : inépuisable avarice d'un c6té, inépuisable prodigaUté de l'autre. Mais ce n'est pas tout. On ne prétendit pas prendre au peuple hongrois seulement son or. Le peuple gentilhomme s'en serait à peine inquiété. On désira plus, ses constitutions, sa naUonaUté même. On prétendit tuer son libéralisme inné, en en brisant les armes, les lois antiques. On rêva d'éteindre les ardeurs de sa race par l'absorption germanique, lente ou précipitée, habile ou brutale. Telle fut la constîuite étude de Ferdinand T' et de ceux qui régnèrent après lui. Jamais ils n'y renoncèrent. Jamais les Hongrois ne leur permirent le succès. La lutte trois fois séculaire de la Hongrie contre l'Autriche est un sanglant calvaire, au sommet duquel trône, non pas la mort, mais la vie (2).

(i) Montesquieu, Esprit des lois,}. VIII, chap. ix.

(9) Nom nom proposons de raconter un jour, en détail, VUvttoire de Cin* surrection perpétuelle de la nation hongroise contre la maison d'Autriche. Nous en ramassons les matériaux. Nous en étudions le plan. Pour le moment, nous esquissons rapidement le tableau , que, peu b peu, nous achèTeroos ; il importe , tout d'abord , que le public ait des idées géuéralee qui lui donnent le irrai sens de Tbistoire de Hongrie et l'excitent b vouloir la

EmbaiTassé en Allemagne par le protestantisme, Ferdinand ne pouvait guère profiter de l'effroyable faiblesse de la Hongrie au commencement du seizième siècle. N'étant point préparé à l'action, il commit une al)surde imprudence; il ne dissimula pas ce qu'il voudrait faire. Ainsi, tout en achetant la paix aux Turcs, tout en cédant à Zàpolya, son rival , le titre de roi et la meilleure moitié de son royaume, sur le sol hongrois il se hâte d'étabUr à poste fixe ses prétoriens allemands qui n'y avaient été que provisoirement admis, dans le but unique de chasser les OsmanUs; et ces soldats, plus logiques que leur maître, s'empresssent de démontrer par leurs déprédations et leurs actes arbitraires qu'il leur a été permis de se croire campés en pays conquis.

En même temps, les lois jurées sont timidement, mais très-réellement méconnues. La magistrature palatine, à laquelle l'Autriche doit sa nouvelle couronne, a l'honneur d'être la première institution attaquée. Voici comment. En 1535 Bâtliori meurt. On oubUe de convoquer les Ordres pour l'élection d'un palatin. Des murmures se font entendre. On ti'U'de encore. Les murmures continuent, augmentent. Aloi's — 1554 — on réunit une diète et l'on y souffre de mauvaise grâce la nomination de Nâdasdi. Celui-ci, bon patriote, comprend son mandat. 11 entrave les projets impériaux, proteste hariUment contre les usiu^pations du ministère viennois. A sa mort, en 1562, on négUge de lui faire donner un successeur, on invente un Ueutenant royal, et, sans l'avis des États, on en confie les pouvoirs à l'archevèque-primat d'Esztergom, Nicolas Olâh, que l'on croit assez influent pour tromper ses compatriotes, assez dévoué pour n'agir que dans l'intérêt de Tempereur. Par la même

connaître à fond. Que les historiens et les critiqaes nous pardonnent donc la sécheresse de ce trop bref résumé. Nous posons ici des jalons, qu'il fallait poser, cor les temps vont vite, et le travail marche lentement.

occasion, comme le sénat, qui siège à Presbourg, menace de devenir très-génant et Test un peu déjà, on restreint son autorité, on lui enlève ses prérogatives, et la chancellerie de Vienne peu à peu s'empare de la plupart des affaires hongroises, qu'elle traite germaniquement.

Donc, on espérait dès l'origine habituer la Hongrie à subir une domination étrangère, plus ou moins dissimulée. Mais le nombre considérable des citoyens qui persistent à être fidèles à Zapolya malgré la débiUté de son caractère ; l'aUiance du roi national avec le Turc, dont la suzeraineté parait moins insupportable aux Magj^ars que la protection autrichienne (1) ; enfin l'attachement obstiné que les Transylvains lui témoignent, d'abord à lui-même, ensuite à sonfils Jean Sigismond ; ces faits prouvent assez combien grand est déjà le mécontentement public.

Trop faible pour lutter contre une opposition qui de jour en jour se généralise jusque dans les comitats les plus rapprochés de l'Allemagne, Ferdinand s'empresse de revenir sur la plupart de ses essais de despotisme. Il permet à la Transylvanie de se constitue? en principauté indépendante. Il laisse les Turcs s'installer dans sa capitale de Bude et de nouveau leur achète la paix. A l'abri pour quelques années des attaques orientales, il convoque une diète en 1563, et moyennant des concessions complètes il obtient des représentants des quelques provinces hongroises qui lui appartiennent encore, l'élection légale et l'inauguration de son fils aîné.

Maximilien continue la pohtique paternelle à peu près de la même manière. Les hautes charges sont tenues vides. La soldatesque s'installe dans les villes et villages, s'y paye aux dépens des citoyens. Les ministres de Vienne s'attribuent la direction de la plupart des affaires, et les conseils

(I) Cette comparaiftoa fut publiquement faite par les Hongrois eux-mêmes. Voir les art. ii, iir. iv, t, du décret de 1539; xxxxf, xxxtii, du décret de 1ÎSÔ3.

de guerre usurpent la juridiction ordinaire des petits et grands tribunaux. Joignez à cela les extorsions financières les plus désordonnées, et vous comprendrez comment la défiance se perpétue. Néanmoins le roi n'a qu'à faire sonner bien haut le perpétuel danger turc, la honte de la patrie à demi subjuguée , qu'à signer l'abolition des mesures extraconstitutionnelles, qu'à feindre de réparer les dommages les plus signalés, et presque sans peine il emporte l'élection anticipée de Rodolphe, qui, comme son père et son grand-père, avant d'être inauguré — 1572 — jure de conserver et de respecter saintement les constitutions anciennes, voire même le redoutable trente elunième article de la « Bulle d'or (1). w

Rodolphe, trop occupé sur les tours et dans les caves de son château de Prague, ne s'inquiète guère de ce qui se passe en ses bonnes terres de Hongrie. 11 abandonne le soin des affaires poUtiques à ses ministres allemands, qui, n'ayant point prêté le serment de leur maître, ne se croient point moralement obligés à le tenir à sa place. Il confie le bon entretien des choses reUgieuses aux Pères de la Société de Jésus, pieux apôtres fort accommodants, qui jamais ne jurent qu'avec la ferme résolution d'enfreindre leur promesse. Pour lui-même, il se réserve de relire de temps k autre les actes pubUcs que ses agents préparent, et de les contre-signer, si l'astrologie et l'alclûmie lui permettent de prendre un peu de repos.

Naturellement, en Hongrie comme ailleurs, tout va de mal en pis. La dignité de Palatin est encore en vacance. La plupart des autres charges importantes sont dans le mime cas : un grand nomJ[)re d'évêchés manquent d'évêque; beaucoup de comitats réclament leur comte. Faute de membres et faute de pouvoir, le sénat de Presbourg

(I) Un le règB6 de ces deax princes dans Istuànfi, Pray et Katona. Voir sdftotit lea déereta des diètéa dans le Code botigrois.

ET L'AUtRIOHE. i3i

est deTcnti un rouage mutile de cette machine gouvernementale qui, pièce à pièce, se rouille et se démonte. Les diètes ne sont presque jamais convoquées, et les cours de justice, qui ne s'assemblent cpi'à de rares époques, sont à peine composées de la moitié des juges désignés par la loi. L'administration entière, germanisée, vient de Bohême et y retourne, ne fait rien pour le pays, qu'elle accable et moleste, et n'agit que dans l'intérêt de l'empereiu', dont sans cesse elle doit rempUr les insatiables creusets.

En même temps les troupes allemandes s'accumulent en Hongrie, tantôt sous prétexte de surveiller la Transyl* vanie troublée, tantôt pour reculer devant une invasion turque. Elles finissent par s'y étabUr à poste fixe. Il est d'usage de leur promettre une belle solde et de la leur payer par hasard. La Hongrie est fertile; ses habitants passent pour être riches. Que les soldats de l'empereur ravagent les terres du roi! qu'ils pillent et violentent à leur aise! qu'ils enlèvent les meilleurs vins des caves parti* cuUères! qu'ils fouillent les écuries, y choisissent les plus beaux chevaux! qu'ils se servent du butin pour leur propre usage ou qu'ils le vendent en plein marché (1 ) ! ils n'ont à craindre ni les punitions disciplinaires, ni même les remontrances officieuses; leurs chefs les encouragent, souvent mettent la main à la besogne et se réservent toujoui-s la part du lion. De gré ou de force, officiers inférieurs ou supérieurs, ils entrent dans les maisons, dans les châteaux, emportent d'assaut une hospitaUté qui ne leur est point offerte, et, l'épée à la main, savent la rendre trèsgénéreuse. Quiconque, noble, bourgeois ou serf, ose résister aux brutahtés des miUtaires, est traîné devant leurs tribunaux, jugé rapidement, exécuté non moins vite.

Et ce n'est rien encore. Aux exactions delà soldatesque,

(i) V. art. I, décret nr» de Rodolphe ; 3 et 24, décret tii ; 33, décret ix ; 2 décret xiY ; 12 et 14, décret xr.

le fisc vient ajouter les siennes : propriétés ecclésiastiques et séculières, biens des nobles ou possessions des villes, il saisit tout à la moindre contestation ; il augmente les impôts, les répartit, les recueille arbitrairement; à tort et à travers il cite, juge, condamne et confisque. La Hongrie est littéralement saccagée.

Un riche magnat, Etienne Illéshâzi, refuse de céder au fisc trois villes qui font partie de son domaine ; le fisc cite le magnat par-devant la cour nationale de Presbourg. Les juges ne veulent point le déclarer coupable de lèse-majesté, et pour ce, le noter d'infamie, livrer par conséquent toute sa fortune au trésor. L'empereur invente un tribunal extraordinaire, siégeant à Vienne, et composé d'étrangère. L'obéissant tribunal condamne Illéshâzi, qui s'enfuit en Pologne (1).

§ IV

Tant d'injures et tant de hontes ne pouvaient être subies par une nation libre et brave. De vives réclamations furent adressées à l'empereur, qui fit la sourde oreille. La Hongrie ne se laissa point endormir par le silence ; elle insista, et, comme on ne se hâtait pas de lui faire droit, elle prit les armes et se choisit pour chef Etienne Botskai. Effrayé, Rodolphe réclama les secours de l'Empire ; mais, en les lui refusant, la diète germanique servit la cause de la justice. La Hongrie fut donc bientôt tout entière au pouvoir des patriotes révoltés. Pour ne point la perdre, l'empereur dut céder au plus vite.

L'archiduc Mathias, qui, dans son propre intérêt, avait ménagé les Hongrois, fut chargé par son frère de traiter avec Botskai. Mathias se montra exce^ivement concihant.

(1) Istoàn6,L.XXXUI.

ET L'AITAIGRE. 133

La Pacification de Vienne (1) s'ensuivit. Plus haut, nous en avons énuméré les clauses religieuses, qui fondaient sur le Danube la liberté de la conscience. Ses clauses politiques ne sont pas moins importantes. Une amnistie complète est proclamée pour tous les faits de la dernière guerre, — guerre légale, entreprise conformément à l'article xxxi de la « Bulle d'or. » — L'autonomie du royaume est hautement reconnue ; le roi jure de nouveau de respecter inviolablement les anciennes lois et immunités des Ordres, sans exception aucune. Les charges publiques, livrées aux étrangers, seront rendues aux nationaux, et eux seuls pourront obtenir l'administration des finances et le commandement des places fortes et des provinces. Un Palatin sera élu à la diète prochainement convoquée. Le roi, toujours absent, ne pouvant régner par lui-même, l'archiduc Mathias gouvernera en son nom et conformément aux lois ; il devra surtout arrêter et réprimer vigoureusement la licence des troupes allemandes séjournant sur le territoii'e hongrois.

La déclaration de cette paix éteignit la résistance. Botskai rentra en Transylvanie, et Mathias gouverna avec assez d'habile tolérance pour être aimé des Hongrois et aidé contre Rodolphe, auquel il arracha la succession autrichienne ; mais sa popularité n'empêcha point la diète qui l'élut de prendre, même contre lui, de sérieuses garanties. Avant et après son inauguration, en 1608, elle lui donna llléshâzi pour Palatin, et le contraignit à la confirmation et au développement admirdstratif de tout ce qui avait été signé à Vienne deux ans auparavant (2).

Mathias régna tranquillement, parce qu'il ne se montra

(1) Voir cette pacification, insérée tout aa long, à titre de loi fondamentale, dans le Codex jutHs Hungarici. — Conclue leiî3juin par l'arcliiduc Mathias et les députés Bottkaiens, elle Tut ratifiée le 6 août par l'cniperear, et ani« picinent expliquée le 26 septembre 1(K)6.

{i) Mathiee If, Décréta ante et po^t coronationem.

point bûstile à la nation. Il put aussi , grâce à d^adroits ménagements, consener à sa .maison ce beau pays danubien, que sans lui elle aurait perdu pour jamais. Autrefois il. avait fait déshériter Ferdinand de Styrie par Léopold; même, aux dépens de ce jeune prince il s'était acquis, à la pointe de Tépée, la Hongrie, la Bohême, l'Autriche et l'Empire. Sans enfant, comme son frère, perdant, jour par jour, sa santé et son activité, il se décida à choisir pour successeur celui qu'il avait dépouillé. Présenté par lui à la diète de Presbourg, Ferdinand II fut élu roi. Mais comme les Hongrois, généreux partisans de la liberté de conscience, se défiaient beaucoup de cet élève chéri des jésuites, non-seulement ils lui réclamèrent, lors de son inauguration, le triple serment habituel, l'approbation de tous les articles de la pacification de Vienne et de la «Bulle d'or» d'André 11 ; ils le contraignirent eu outre à signer et à jurer dix-sept conditions bien précises, dont voici le sens exact:

I. InviolabiUté des libertés, privilèges, statuts, coutumes et droits généraux et particuUers du royaume.

II. Il sera satisfait à tous les griefs de la nation dans de? diètes convoquées au moins une fois tous les trois ans,

III. Les affaires hongroises ne seront traitées que par des ministres hongi^ois ; et nul ne pourra être traîné devant les tribunaux étrangers.

lY. Les charges seront confiées aux seuls nationaux.

V. Point de tribunaux dits « commissions extraordinaires. » Toute justice sera rendue dans les formes usuelles.

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