‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 30 sur 57 · LA PAIX DE SZEGËD · texte numérisé non relu

LA PAIX DE SZEGËD

Les prodigieuses victoires de 1443 remplirent d'espérance rOccident catholique. Elles lui prouvèrent que le Turc n^était pas invincible, et TOccident eut honte alors d'avoir si longtemps tremblé devant le Croissant.

Bientôt, en effet, pluï^ieurs nations se déclarèrent hautement contre lt»s OsmanUs et envoyèrent des ambassadeurs à W'iadislas de Pologne, a général en chef de l'armée du Christ, » pour le féhciler de ses victoires et l'encourager à poursuivre la guerre. Des députés de Venise, de Gènes, du fastueux duc de Bourgogne, Philippe, et de l'empereur byzantin, Jean Paléologue, vinrent à la cour de Bude, et promirent de la part de leurs maîtres un secours efficace et d'amples subsides. En même temps, le souverain pontife mandait aux Hongrois que le prince de Karamanie, alUé secret de la chrétienté, se soulevait contre le sultan, son suzerain, et occupait Amurath en Asie; que Georges Castriot (Skander-bcg) désertiiit l'armée turque^ revenait à la vraie foi, et, dans sa principauté paternelle d'Albanie, s'apprêtait à combattre les blasphémateurs de Jésus; enfin, qu'une flotte considérable, frétée par les nations catlioliquc'S, s'a^st^nblait à Caîette, et qu'elle était destinée à îiller hitercepter le passage des Turcs d'Asie en Europe par l'Ilellcspont '1;.

(Ij Kalona, t. Xni, p. -2(iK.

r.UOISADE VARNÉMENNE. i*5

{ es i'êlicitaliouîi, ros proiiK^îS^t^s et ce* nou\ elles, auxquelles se joignaient les excitations des vainqueui*s et surtout les plaintes de (Jeorgi^s Brankovich , qui n'avait encore ni recouvTé s<'s Klats,ni revu ses lils, (^ngagèientWhulislasà recommencer Texpédition si malheureusement interrompue.

Néanmoins, il dut hésiter avant de prendre à cet égard une décision définitive. Les troubles excités en Hongiûe par Elisabeth, et après sa mort par Frédéric, n'étaient pas complètement apaisés. Giskra occupait toujours certaines villes du nord, et rempereiu» ne paraissait avoir renoncé ni à ses prétentions ni à ses intrigues. Quant à la Pologne, elle se trouvîdt dans une situation bien plus déplorable encore. Sa licencieuse aristocratie profitait de l'absence du roi pour mener TÉtat à sa guise et se livrer h ses fantaisies les plus tyranniques. Des nobles, issus des familles les plus vieilles et les plus distinguées, se faisaient voleurs de grands chemins. Un duc d'OpoUe, Boleslas, allait détrousser les bourgeois dans les foires. Des séditions éclataient sur divers pohits, surtout dans l'orageuse Lithuanie. Les dernières hordes tartares i^avageaient la Russie Rouge, la Podohe et les contrées environnantes. Des S(ngneui'S polonais, délégués par leurs pairs, vinrent suppUer le roi Wlailislas de dîdgner s'occuper quelque peu des affaires de sa patrie. Mais, négUgeant ses intérêts propres au profil de la chrétienté, le jeune prince ne s'inqidéta que médiocrement de cette démarche. Tout entier à la guerre timpie , il convoqua une dicte hongroise à Szeged.

L'assemblée se montra belUqueuse et vota des impAts extraordinaires afin ([u'il fut possible d'entreprendre une expédition n()U\(»lle. Le roi, souteiui par l'opinion publi- ({Ue, attendit patiemment Tarrivée di*s si^cours promis par retrancher et commenta lui-même se^ préparatifs sur la plus vaste édielle. Ihmyadi fut principalement chargé de ce soin.

296 JEAN DE HCMTAD.

Cepeadant les troubles augmentaieut en Pologne, et les citoyens rédamaieut de plus en plus instamment Tintervention nécessaire du souverain. Wladislas, ému des supplications de son peuple , se serait rendu à son appel , si Julien Césariui et George Braukovich ne l'avaient retenu, lui objectant que son unique préoccupation devait être le salut du monde chrétien. A^'ladislas s'excusa donc auprès des Polonais et les pria de lui envoyer des troupes.

Quelques mois plus tard le roi de Hongrie put écrire au pape que tout était prêt, qu'il eût eu conséquence à remplir ses promesses, à envoyer des subsides et à faire avancer la flotte vers les Dardanelles. D'autre part, il avertit l'empereur de Byzance qu'incessamment il entrerait en campagne, et pourrait le rejoindre aux confins de laThrace et de la Macédoine (1).

Les choses en étaient là. Amurath, qui avait contraint les révoltés karamanieus à conclure une trêve, venait de rentrer dans son palais d'Andrinople. Sa sœur, femme de Mahmud-Tsclielebi, fait prisonnier par Jean de Huiiyad, >iiit l'implorer et lui redemander son époux. Le mélancolique sultan écouta ses supplications; très-euuuyé d'ailleui*s lie ces luttes continuelles qui répugnaient à son caractère inactif, il se décida à conclure la paix avec les Valaques, les Serbes, les Hongrois et les Polonais. Dans ce but, il en- Aoya des émissaires à George Brankovich. Ceux-ci, sous prétexte d'agiter la reddition des fils du despote et le rachat des Ottomans captil's, lui firent entrevoir qu'il pourrait recouvrer ses États s'il les aidîiit à amener la conclusion d'un traité. De prime abord, Brankovich considéra ces ouveilûres comme des pièges, mais peu à peu il y réflécliit, et brûlant du désir de revoir ses fils, qui gémissaient aveuglés au fond d'un cachot, il alla tromer Hunyadi et le consulta.

(1) Callimachi, L. II.

CROISADE YARNÉNIENNE. â97

Jean se fiait à ses succès et à ses talents; il croyait aussi à la sincérité des promesses papales. Mais Tinimitié de Frédéric m, qui retenait le fils posthume d'Albert et la Sainte Couronne, et Tincertitude du sort qu'il avait déjà lui-même éprouvée, lui faisaient craindre, soit une trahison allemande, soit un revers dans la guerre turque; il avait peur qu'un échec, même sans importance, servit de prétexte à des révolutions sanglantes, et il préférait obtenir à la Hongrie par la paix ce qu'il lui désirait par la guerre. 11 accueillit donc avec faveur les confidences du prince serbe, et l'engagea à demander aux émissaires ottomans quelles seraient les conditions d'une trêve. Ceux-ci répondirent qu'ils les poseraient honorables pour les uns comme pour les autres.

Jean et Georges, satisfaits, s'adressèrent alors au roi. Ils l'engagèrent à ne point opposer un refus irréflchi à de semblablesavances et l'amenèrent à accepter poui* le Ij juin, en la ville de Szeged, une entrevue avec les ambassadeurs du sultan (1).

Au jour convenu, le chancelier d'Araurath, renégat grec, accompagné d'une suite de cent personnes, entra dans Szeged. Il s'adressa d'abord à Hunyadi, le considérant comme le deuxième roi de Hongrie : le plus brave lui semblait devoir être le plus puissant. Hunyadi eut beaucoup de peine à détromper l'ambassadeur, et il l'introduisit auprès du souverain véritable (2).

Au milieu d'une nombreuse assistance de barons et de nobles, le (iree expU((ua l'objet de sa mission. Le sultan, son maitre, dcmandidt la paix, non pas parce cju'il se dé-

(t) Callimachi, L. II. — Hamnier, L. X.

(2) Teleki, l. I. p. 39i. — Engel, l. IH, p. 74, el Uaprès lui Hainiuer.

298 JEAN DE HINYAD.

fiait de ï^a piiisisuiH'o et parce qti'il avait été >aincu; car six mois de revers ne pouvaient abattre une nation aussi formidable que la nation des Turcs. Amurath désirait la suspension des liostilitj's, parce rpril voulait jouir d'un peu de calme. Jadis, vainqueur, il avait proposé la paix àAVladislas. Vîdncu, il la lui offrait de nouveau aux mêmes conditions que précédemment. 11 euirageait les chrétiens à ne piis se laisser ébloiûr par leurs premiers succès, à ne point oublier combien la fortune est changeante.

Quand Torateur ottoman eut terminé son discoure, des applaudisst^ments se tirent entendre. Cédant à cette manifestation de Topiniou publique» , Wladislas répondit qu'il daignerait écouter et discuter les conditions apportées au nom d' Amurath.

Le roi, ses consi^illers et les délégués du sultan eurent plusieurs entre\ues. On eut (|U(»l({ue peine à s'entendre. Les Hongrois et les Polonais voulaient la Bulgarie. Les Turcs la leur refusaient. De plus, W'IaiUslas hésitait, craignant que les somerains, se> alUés, ne l'accusassent de trahison. Mais ces alliés ne prouvant leur alUance par aucun acte, si ce n'est par des promesses qui, le printemps déjà écoulé, ne se réalisaient point, il céda aux suggestions intéressées du despote serbe, aux conseils patriotiques du vajvode transylvain, et se décida à traiter. On s'an'éta de part vi d'autre aux conditions suivantes : Une trêve de dix ans, la Serbie et la Herczegovine restituées àGeorge Brankovich, auquel ses lils seraicuit rendus; la Yalachie soumise, comme» par le passé, à la suzeraineté du roi de Hongrie; une rançon diî 70,000 ducats, payée par Mahmud-Tschelebi; les prisonniers mis en lil)erté (1).

Accepté par le roi le 12 juillet, ratifié parla diète le lo du même mois, ce traité, résultat des hautes actions de

(\) Calllmaclii, L. lU. — Hanimer, L. X.

CROISADE VARNÉNIENNË. 299

Huiiyadi, aussi avantageux ciu'utile pour la Hongrie comme pour la Pologne, dut être signé et solennellement juré le \ août.

Ici se présenta une dii'ficulté. Le pléîiipotentiaire dWmurath désirait que le serment fût prêté par les chrétiens sur l'hostie consacrée. L'n prélat failUt tout compromettre en criant au sacrilège. Plein de bonne volonté et de confiance, le Twc n'insista point, et il fut convenu que Ton jurerait, les uns sur le Koran, les autres sur l'Évangile. Les Ottomans étendirent la main droite et promirent par Mahomet d'exécuter ce qui avait été convenu. Les chrétiens à leur tour, — le roi, Georges, Hunyadi, et quelques autres témoins (i), — levèrent la main droite et s'engagèrent par Jésus-Christ à conserver la paix décennale inviolablement et saintement.

Le noiice du pape, JuUen Césarini, demeura silencieux sur son siège (1). Donc, il approuvait ce qui se parache^ vait devant lui.

Les ambassadeurs ottomans venaient de prendre congé du roi Wladislas, lorsque arrivèrent des courriers apportant des lettres du cardinal François-Albert Gondolmieri et de l'empereur d'Orient, Jean Paléologue. Le prélat florentin mandait (pie la flotte des croisés, dont il était amiral, allîiit mouiller dans les eaux de l'Hellespont; que les Turcs, occupés en Asie par les Karamaniens, y avaient transporté pres(pie toutes leurs forces, et (pie par conséquent leui*s provinces européennes se trouvaient dégainies : il excitiiit le souverain polonais à ne point laisser échapper une occasion qui pouvait ne se représenter ja-

.1} ïcleki. t. I, p. 408.

(i) Calliniaehi, L. \\\,

dOO JEA> DE HINYAD.

mais, à sui>Te l'exemple de ses alliés, à marcher contre Fennemi. Le message de la cour de Constantinople confirmait ces nouvelles, engageait Wladislas à se défier des propositions pacifiques apportées par le renégat grec, lui annonçait que les troupes byzantines étaient prêtes à se réunir aux troupes hungaro-polonaises , et enfin sVfi'orçait de démontrer qu'il serait déloyal de Tabandoimer, lui qui, à causes des conventions préétablîtes, avait r(*f usé les avances très-avantageuses du sultan. D'autres épîtres suninrent successivement, fîiisant prévoir le prochain envoi des soldats et de l'argent promis, ainsi que la diversion de trente mille Albanais sous les ordres de Skander-beg, excitant toujours les Polono-Hongrois à entrer en campagne immédiatement (1).

Le roi de Hongrie, très-embarrasst*, demanda conseil à la diète réunie à Szeged. La lecture des pièces diplomatiques y produisit un effet sui'prenant. Les mêmes esprits cjui avaient accueilli la paix avec tant de joie, se repentirent d'avoir suivi leur premier mouvement.

Que faire? 11 est possible de cluisser eufin hors d'Europe les contempteurs de la vraie foi , il est potsilile de déUvrtT à jamids le sol magyar de ses éternels dévastateurs; et les épées resteraient oisives dans le fourreau? Lorsque apparaîtront lescroisésde l'Allemagne, delaFrance et de l'ItaUe, commc^nt leur refuser un appui? comment leur répondre : Nous ne sommes jilus drs >ùtres? Déjà les alUés de la Hongrie se sont mis en maiche. S'ils sont attaqués, ne serait-il pas ignominieux de ne point courir leur porter secours?

L'assemblée, en proie à tant (fidées, hésitait et se désespérait. Des paroles de rupture furent prononcées. Rompre LA TRÊVE, tel était en effet le mot de la situation. Quand à

(1) Pray, Annales, P. iU. p. l(V-l I.

CROISADE VARNÉNIENNE. 301

granil'peine il eut été dit, tous les yeux se tournèrent vers Jean de Hunyad. Qu'en pensidt le héros?

Hunyadi déclara hautement, au nom de la sainteté du serment, au nom du salut de la Hongrie, Qu'a n'eut pas

FALLU ENGAGER TÉMÉRVIREME.YT SA PAROLE A l'eNNEMI, ET QU'UNK FOLS DONNÉE, LA PAROLE ÉTAÏT LNVIOLABLE (I).

(îeorges Brankovich joignit ses protestations à celles de Hunyadi. La loyauté trouva des partisans. Mais l'intérêt en conservait encore de plus nombreux. La diète se divisa.

Alors le chef spirituel de la croisade, le représentant du pape, représentant de Dieu, se leva, se tourna vers les assistants et parla ainsi :

« Le traité qui semble avoir été conclu avec les Turcs sera, je l'espère, nul et sans effet. Néanmoins, j'eusse préféré qu'on s'en abstint. Non pas qu'il faille croire qu'en poursuivant la guerre, nous violerions un droit et un serment. Non. Mais à poser et à décider des conditions, nous avons perdu du temps, et ce temps nous eût été très-favorable pour continuer la campagne.

« Dès l'oriiiine, je m'y serais opposé, si je n'avais trouvé vos esprits trop enclins à la paix : je n'ai pas osé croire que nïon discoure vous entraînerait à agir selon mon a\is. En outre, je savais que toutes ces nouvelles, qui vous soiit aujourd'hui apportées, sur la faciUté d'écraser en Europe les Turcs, occupés et retenus par la guerre asiatique, vous seraient annoncées peu après. J'ai mieux aimé que par d'autres vous crussiez à ces faits, au heu de les compromettre en les prédisant intempestivement : vous eussiez pu penser que je les inventais, et que je les lançais comme de vaines espérances. A présent, suivant mon vouloir, l'assurance de votre triomphe vous est arrivée d'autre part que de moi ; la réahté de ce qu'on vous écrit est acceptée par

(1) Non tehcre dandam fidem «osti, et oatam minime violajidam. — Gallimacbi, L. II. — Katoua, t. XUI. p. 308 et suiv. — Pray, P. \\\, p. ii-28.

302 JEAN DE HINYAD.

VOUS, autant que je le souhaitais, comme Tindique assez votre regret actuel. Eu conséquence, je crois devoir expliquer s'il ne faut pas entreprendre cette guerre, dout tousvous comprenez l'urgence, car vous tenez à consener et la gloire acquise, etvotre salut et votre liberté; s'ilfautrentrepreudre, dis-je, malgré le pacte arrêté des deuxcôtés, quel qu'il soit (1 ;.

a Je vois la plupart d'entre vous tenus en suspens par LES VAINS MOTS DE FOI ET DE TRArTÉ, délibérant moins sur C(^ qu'ils veulent faire que sur ce qui est juste. Comme si quelques paroles irréfléchies, mutuellement échangées par espérance et par crainte, méritaient le nom et l'inviolahilil*; d'un traité (2) !

« Pour qu'il y ait, de droit, traité, il est indispensable que ce qui a été commencé par les gens élus à cet effet soit confirmé, non point par une acceptation verbale, mais par l'accomplissement dos conventions. Or, dans le cas présent, il manque d\d)ord l'autorité de ceux qui ont fait la paix, et ensuite ifcst pas survenue l'exécution du contrat. Donc, la dénomination seule et les cérémonies d'un traité, un acte inconsidéré! Cela n'a de valeur qu'autant que les choses promises ont dégagé les paroles données.

« Je veux commencer par ce qui paraît être le point capital (le la discussion. Je dirai donc : Peut-être le roi était-il libre de traiter, de conclure la paix avec les Turcs, aussi longtemps qu'il avait dirigé la lutte aux risques et périls de cet illustre royaume, aussi longtemps que, sans auxiUaires étrangers, il avidt garanti le salut pubUc et la majesté de la république chrétienne. Mais, dès qu'il lui plut de communiquer aux auU-es princes chrétiens le projet et le plan de

^ (*^ *^^ ï^ceat nc»t ne gcri, posl qualcincumquc hanc olrinque fœ-

dens iransaciionem

(2) Video eiiim plerosque, inanibus fîdei ac fœderia nominibus auspeusos, intra se non tum quid facere velint, quant quod a;quum ail, délibérâmes : quasi vcrba qua?aum inconsulta, pcr spem metumque mutuo jacUU. uomea sancutatemque fœderia obtineant

CnulSADE \ARNÉMtNNE. 30:^

la guerre, il lui fallut aloi*s a'iuterruuipre les hostilités que du consentement de ceux-là niiMues, avec les secoui's et sous les auspices desquels ildevait paraclie>er IVntreprise. Au reste, aNant comme après Tadjouctiou d'une iu*mée éti'augère, Taffaire ne dépendait pas seulement du roi. Traiter avec des

HOMMES DE CETTE ESPÈCE, MÊME E>TRER EN RELATION QUELCONQUE AVEC EUT, CELA NE TIENT PAS CONTRE LES ORDRES DU SOUTERALN PONTIFE (1).

« Ajoutez que les conditions agréées par l'ennemi n'ont en rien été remplies [ij. Ainsi donc, quand bien même nous n'alléguerions aucun motif, tout ce qu'on prétend a\oir été dit et fait se tromerait anéanti.

« Néanmoins, puisque la sincérité des conventions, violées par les Turcs, n'a point confirmé la loyauté et la sainteté du pacte, on doit comprendre que le roi se trou\e délié de sa promesse solennelle, quelle qu'elle ifiit, et même que les propositions et arrangements des ambassadeurs qui sont >enus nous demander la paix, ne sont que ruses et fraudes (3j.

« Si l'ennemi avait voulu conclure un traité stable, régulier, si sa requête et son acceptation jurée devaient être franches de tout dol , n'eùt-il pas eu d'autre plénipotentiaire à nous envoyer qu'un homme (jui lui est étranger par la langue, la race, les mœurs, enfin, sauf la religion simulée, par toute lamaiûère de vivre? un honniie qui, au nom des Turcs, ne pouvait promettre, et partant rien stipuler avec vérité, avec bonne foi, avec honneur (4) ! Alors,

(1) Sed ut res tota, non socus atque ante adjunctani sibi aliorum princtpum nianuin, régis tantunimodo fuistel : nedum fœdus cuui ejusmodi hominum génère; sed nullius oninino rei coiumercium inirc licuit et initum non tenet, injussu Pontificis maximi.

(2) Hue adde suMieptas abhostecondiliones, minime explctas esse

(3; per doium et simulalionein proposiia iransuctaque esse sin-

gula

(i) hominem lingua, gcnere, moribus el denique, prœter simulalaui

religioneni, toU vil» ratione ab ipso alienuiu ? qui nibii \ere, religiose, ac sanctc a Turcis promiliere, neque ex diverse siipulari posset

304 JEAN DE HINYAD.

ne serait-on pas libre, en cas de besoin, de rejeter et d'improuver sans vergogne toutes ces conditions et toutes ces promesses?

« Je vais plus loin. 11 répugnait au sultan de faire jouer par un homme de sa nation la comédie d'une telle supplique, et il trouva moyen de sauvegarder sa dignité en ne chargeant pas un des siens d'une démarche humiliante, au-dessous de sa grandeur accréditée, de sa vaillance et de s(»s forces : il ne vouUit pas non plus que notre roi pût se glorifier d'avoir entenduun jour le Turc suppliant. De plus, comme dans l'affaire entière il y avait beaucoup de tromperies à effectuer, il pensa que nous ne devions pas être plus facilement déçus que par un ambassadeur, peu auparavant notre coreligionnaire, et cela, afin que les faits, qui par eux-mêmes ne méritaient pas assez de créance, descendissent en notre esprit, cachés sous le voile de la religion.

c< Du reste, si ce qui lui plaisait était admis, l'ennemi songeait à s'en ttîuir au traité. Dans le cas contraire, il espérait de cette fiction de concorde retirer du moins un avantage : pomoir, en attendant, se préparer à reprendre la guerre un peu plus tard. Voilà ce qui s'est passé. La preuve :

LE DÉLAI AU BOlY DIQUEL LES CONDITIONS DU TRAITÉ DEVAIEM ÊTRE MISES A EXKCITION, CE DÉLAI s'eST VAINEMENT ÉCOULÉ (1).

« Je sais ([ue le despote, et surtout Hunyadi, ont une si grande expérience et habileté des choses de la guerre, que je ne pourrais pas avancer que tout se passe de la sorte, si eux-mêmes ils n'en avident la persuasion. Mais Georges désire voir ses fils libérés, recouvrer son titre et ses biens perdus. Jean se défie des aUiés, il ne croit pas qu'ils amèneront des auxiliaires à la guerre future. Et voilà pourquoi, je le pense, ils n'ont pas été aussi clairvoyants qu'ils pou-

(t) Ou» iia esse indicat friistratus terminus eorum omnium, que

per fcedus ab ipso fieri oporiebat.

CROISADE VARNÉ3UENNE. 305

vaienl l'être, et n'ont point pénétré dès l'abord le piège caché sous d'insinuantes promesses. Au reste, le crédit et l'autorité de n'impoile (pii ne doivent l'emporter dans vos esprits sur la vérité ■ i\

« Vous le comprenez, un tel pacte n'est obligatoire pour persoHue, soit qu'il ait été mené à fin sans droit, soit que l'ennemi, n'en ayant point rempli les conditions, l'ait frauduleusement annulé. »

Après a>oir ainsi posé le point principal : l'invalidité du traité conclu avec Amurath, Julien Césarini, passant à un autre ordre d'arguments, attacjua les âmes catholiques de ses auditeurs par leurs côtés les plus vulnérables.

« Quand bien même, ajouta-t-il, il serait constant que * tout a été fait légitimement par le roi , que rien n'a été fait insidieusement par l'ennemi, il est constant aussi, — vous en souvenir est un devoir, — qu'uN serment vous ▲ LIÉS AIT CHRÉTIENS, appelés et admis à partager les périls de la guerre, un peu avant l'époque où vous avez sigué la paix avec les Turcs. Donc, la délibération se trouve acculée dans cette impasse : la foi jurée ne peut être maintenue d'un côté et de l'autre. Il faut choisir (2).

« 11 ne convient à personne d'hésiter sur le serment auquel de préférence chacun doit demeurer fidèle , sur le lien qui vous noue le plus fortement. Or, qu'y a-t-il de commun entre vous et cette sorte d'ennemis, dont vous différez par l'état, par les mœurs, par toutes les habitudes de la vie? Et qu'y a-t-il entre vous, chrétiens, qui ne soit

(1) Cetenim, non débet cujusqiiaai gratia, aut aactoritas apud anîmum ve- »truni plus Talere, quam Tentas

(2) Et quom deiiberatio testra in angusliis inclusa sit, ut data fides minime posait utrinque subsisiore; sint que allerutrt dcferendi

aW iSAM DE HINYAD.

de la plus étroite parenté ? Eu effet , si je passe sous silence la marche commune Vers Timmortalité , les temples , les sacrifices, les tombeaux, les cérémonies et les saints mystères, qui vous conj oignent les uns aux autres par une intimité beaucoup plus proche que si la nature avait uni vos corps en leur donnant pour auteurs les mêmes père et mère, ceux qui peu auparavant ont envoyé leur flotte dans THellespont, en vous communiquant leurs forces, en entamant la guerre avec vous, ne vous ont-ils pas Ués à eux par d'indissolubles entraves? Ne serait-ce pas une éternelle honte, une infamie, une ingratitude que de vous résigner à violer une semblable alliance ?

« C'est pourquoi , d'un côté, ceux qui ont communes avec vous toutes choses humaines et divines; qui viennent, récemment encore, d'y ajouter un bienfait en vous amenant des secoure; qui, afin que nulle promesse ultérieure ne s'interpose entre vous et eux, vous contraignent par tant de parentés divines et humaines à ne pouvoir les abatidonner sans commettre un inexpiable crime; de l'autre côté, un ennemi inhumain, perfide, qui s'éloigne de vous non-seulement à cause de la guerre , mais par la différence de religion, de culte, d'adoration; qui méprise, et, s'il peut, viole tout ce qui pour vous est sacré; AtQiTEL

ON NE PEIT DONNER SA PAROLE S.iNS CRLME ET SANS SCÉLÉRATESSE, NI, QUAND ON CROIT l' AVOIR DONNÉE, LA TENIR, SANS SE RENDRE

PLUS COUPABLE ENCORE (1). Ou uc doit pus longtemps déUbérer s'il faut marcher avec ceux-là, ou s'en tenir aux conventions passées avec ceux-ci.

« Si vous perstH'érez à accepter le traité, vous êtes joués, puisque l'autre partie contractante n'en exécute point les conditions; et, en outre, souillés par un impardonnable forfait, perdant la gloire acquise dans la précé-

(t) culqtie nec darl fldes potult, absqne nefario eriniine, née post-

quaiii data crcditur, potest sine gratiori culpa scrvari. ...

CROISADE VARNF'.MENNE. 307

dente compagne; chargés des malédictions de tous les HONNÊTES GENS, \ous traînerez une existence infjime ! Si, au contraire, foulant aux pieds un pacte en lui-même impie, nul et non ayenu , vous vous unissez à vos loyaux amis, vous bravez le danger auquel ils se trouvent, de par vous, exposés; alors vous reconquerrez, à l'avantage du salut général qui, partant, deviendi*a vôtre, une gloire immortelle, les avantages mentionnés dans le traité de paix , et bien plus encore , toutes les possessions européennes de la sauvage nation des Turcs.

ce Je parlerais de la facilité d'exécuter ces choses, si je ne vous jugeais assez persuadés par les lettres de l'empereur grec et du cardinal François. Leur autorité est d'autant plus considérable qu'ik se trouvent plus rapprochés de l'ennemi et jugent des faits à leur portée. Mais l'énorme épouvante des Turcs, que leur ambiissadeur n'a pas pu dissimuler assez , vous doit mieux exciter que tout discours à saisir \igoureusement l'occasion. La perdant, vous seriez forcés, méprisés et abandonnés par tous, de subir sans honneur et avec plus de risques, sur le sol même de la patrie, cette lutte dans laquelle depuis longtemps vous vous êtes recotmus inégaux , puisque vous imploriez l'assistance des étrangers. »

Alors Césarini , à l'aide d'une longue argumentation , fit ressortir l'omnipotence du droit papal; et, cela dûment étabU, il termina son discours par ces paroles solennelles :

a Au NOM DU SOUVERAIN PONTIFE, CE TRAITÉ, QUEL QU'a SOITy JE LE BRISE ET l'aBROGE. Le ROI ET TOUS AUTRES INTÉRES- SÉS, JE LES DÉLIE DU SERMENT QU'iLS ONT PRÊTÉ KJJX TURCS (1).»

(1) Pontificis se maximi auctoritate id fœdus, qualecunique esset, rescindere et abrogare; regemque et cieteros, quorum intererat, a juramenlo et sponslone, quam Turcis fecerant absolYere. [Ex Callimachl De rébus a Viadislao Polonorum atque Hungarorum rege gestis, libro tertio, apud

aoe JEAN DE HINYAD.

Un frémissement d'enthousiasme parcomiit l'assemblée , des acclamations éclatèrent de toutes parts. — La guerre! la guerre! criait -on. Portons secours à nos alliés en péril 1 Sacrifions nos fortunes plutôt que de manquer à la parole que nous leur avons doimée ! Il y va de notre renonmiée ! il y va de notre honneur ! Mieux vaut mourir pour la reUgion que de croupir dans la honte , violateurs de la foi jurée aux hommes, jurée à Dieu (Ij !

Ainsi parlaient les nobles mag> ars et polonais réunis î\ Szeged.

Ému, troublé, Wladislas ne fut pas assez fort pour résister à l'entraînement général. 11 consentit à la ruin ture du traité. George Brankovich, après avoir hésité encore quelque temps, se rangea enfin dans la majorité. 11 ne restait plus qu'une opposition à dompter, mais cette opposition était de la plus haute importance. Hunyadi se refusait à un parjure ! Le cardinal, le roi et les principaux seigneurs de la cour le circonvinrent, lui répétèrent mille fois que le traité conclu avec les Turcs n'étiût qu'un faux traité, lui énumérèrent les chances heureuses de l'expédition, moyen sûr de délivrer à jamais des musulmans la chrétienté en danger, lui promirent le royaume de Bulgarie, conquis bientôt par sa vaillance, et surtout firent appel à son amour pour sa patrie, à sou respect pour son roi , à sa vénération pour le pape, à sa haine contre Mahomet, à sa piété ferv'ente pour Christ , son Dieu. Harcelé, mais non

Schwandtner. Scriptoresrer. Hungaric. et Mursiioti. Saiplores rer. Itaiicarum]. Ce discours» que nous avons traduit teiiuellcmcnl du chroniqueur, nous semble h peu près officiel. 11 est au moins exact quant aux pensées et à Tordre. Callimacbi vécut à la cour de Kasiiiiir, le frère et le successeur du malheureux Wladislas. 11 put donc être uidé dans sa narration par nombre de témoins oculaires irrécusables. Peut-être même assista t-il en personne à la diète de Szeged et à la bataille de Varna, ainsi que le prétend Hammer, sur la foi d'autres historiens. De ce fait nous n'avons point rencontré la preuve authentique ; nous ne pouvons donc le considérer que comme possible. (1) Callimachi, 1. c.

CROISADE VARNÉNIENNE. 309

convaincu, perdant toute volonté et toute conscience, Jean de Ilunyad s'abaissa devant les prescriptions infaillibles du successeur de saint Pierre, et de nouveau mit son bras valeureux au service du roi et du peuple hongrois, décidés à tenter l'aventure. Il avait déjà risqué sa vie. Xe devait-il pas risquer même son honneur pour le triomphe de la vraie croyance (1) ?

Etrange spectacle! Des chevaliers braves, des peuples forts, loyaux d'ordinaire comme la lame de l'épée frappant m fîic(», et qui tout à coup se parjurent, parce qu'un prêtre le leur ordonne, au nom d'un autre prêtre, coiffé de la tiare, le(piel juge et décide au nom de Dieu! Doit-on les .accust»r, ces chevaliers devenus félons, ces peuples devenus traîtres? Non. L'historien comprendra leur infamie, suite d'une erreur. 11 plaindra leur probité inconsciente qui s'affaisse. Il n'aura de haine ou de mépris que contre ces hommes qui, îibusant de leur autorité et de leur influence, ont perverti des natures droites et les ont entraînées dans le chemin de l'improbité.

Ne reprochez donc pas à Wladislas et à Ilunyadi, ne reprochez pas aux deux nobles nations magyare et polonaise d'avoir indignement violé une paix, à loisir disculée, acceptée et confirmée après longue et mûre réflexion. Que la responsabiUté en remonte et reste acquise à qui de droit. Si ceux qui, la veille, la main étendue sur l'Évangile , ont juré par Jésus-Christ de ne plus combattre pendant dix années, le jour suivant, de cette

(I ' Pray, Katona, C^olliin., I. v. — Paliiia, Sofùùt Humjariœ, P. H, p. 254- %M, lirélend que Hunyuili n'a j-iiiiais ronscnii k la rupture du traité. — De O^rantlo, Ui Transtiflranie, l. I,ch. x, présente Tatceplalion de Hunyadi comme un dévouoHKMU à la ciusc nirôtienue. — M. Teleki, Hunyadififi Kora, t. F, p. ir>8, croit que Jean céda ii l'empire de ses idées religieuses.

aïO JEAN DE HU]!«YAD.

nn'iTio main, ont brandi le fer, à qui le crime? A ce cardinal, qui silencieux alors qu'il fallait élever la \oix et crier : Je proteste ! a tout à coup pris la parole, l'occurrence passée, a rompu et mis à néant ce qui s'était accompli en sa présence, ce qu'il avait approuvé en se taisant. Mais Julien ('ésarini lui-même ne serait-il pas jusqu'à un certidn point excusable, étant considéré son désir passionné de parfaire la délivrance du monde chrétien, étant admis ce fanatisme religieux dont l'exaltation l'enivrait?

Peu importent les hommes. Tout gît dans les principes. Que Juhen ait ou non agi avec sincérité, il y a un coupable. Ce n'est pas l'instrument. C'est la cause : c'est le cathoUcisme.

En celte grave circonstance, voyant en jeu ses plus chers intérêts, le cathoUcisme utihsa les armes les plus incisives de sa vieille poUtique. Il avait affaire à des croyants. Il lui fut extrêmement facile d'emporter d'assimt des volontés esclaves d'un dogme. Lisez attentivement le discours de Césarini. C'est un modèle du genre. Laissez couler cette éloquence d'égUse, sonore, tortueuse, qui endort les esprits au bruit des mots, les fascine , les égare ; pénétrez au-dessous, jusqu'au fond. Le même style et la même dialectique sont de mode encore aujourd'hui, en plein dixneurième siècle.

Premier fait. — Les nouvelles venues de l'étranger présagent le succès d'une guerre immédiatement entreprise.

Ceci est >Tai. Tous les auiUteurs le sentent. A Kunobizsa, Jean de Hunyad ne s'était-il pas avec raison opposé à la retraite ?

Deuxième fîdt. — La trêve entre le roi des Hongrois et le sultan d(^s Tartes n'a pas de Vtaleur ; il ne fait pas appliquer A yVELnlES PAROLES IRRÉFLÉCHIES LES VAINS MOTS Dfi FOI ET DE TRAITÉ, LES CONDITIONS AC.RÉÉES PAR l'eNNEIII n'aTAiNT i3>l RIEN ÉTÉ REMPLIES.

CRUliîADE YAHNËNIENNE. ail

Premier infiiiuuge. — En ce momeuMà même les 01t(»maus retiniient leurs troupes de la Serbie et de la Herczegoviue, les fils de (Jeorgcs Braukovich et les autres prisonniers étaient rendus à la liberté.

Troisième fait. — Le traité n'est qu'une embûche : dol ET FEAUDC ! Les Turcs, obtenant ce qu^ils désiraient, s'en tiendraient aux termes de la convention ; dans le cas contraire, UTILlSERàlENT CETTE FICTION DE CONCORDE POUR SE PRÉ- PARER A LA LUTTE.

Second mensonge. — Amurath, douloureusement affecté de la mort de son fils aine Salaeddin, abandonnait tout le gouvernement à Kalil-Pacha, et se retirait en son palais de Magnésie , pour vivre dans le calme et la solitude.

Quatrième fait. — Le pacte avec les Turcs, même étant considéré comme sérieux, ne peut subsister, un pacte « antérieur,» contradictoire, existant entre les Magyaro-Polonais et les États d'Occident.

Allégation insidieuse et quelque peu mensongère.

Sur quelles pièces diplomatiques repose le pacte entre les chrétiens ? Sur aucune. Naturellement, il y a alliance entre les Polonais, les Magyars et les autres peuples qui adorent Jésus et haïssent Mahomet. Mais pour qu'une alliance soit effective et engage les alliés, il faut qua les uns et les autres aient uni, non pas leurs desseins, mais leurs forces miUtaires contre l'ennemi commun. Or, les Hongrois et les Polonais ont-ils ou n'ont-ib pas entrepris avec leurs propres forces l'expédition de 1443? Qui les aida? Quelques volontaires çà et là recueillis, librement venus, non envoyés. Qui fit une diversion en leur faveur? Personne. De plus, dès le retour de Wladislas à Rude, on promit des secours efficaces, de l'argent, des soldats. Les avait-on donnés an printemps, à l'époque avantairrnsc pour entrer iMi campajifiie? Ne voyant rien venir,

312 JEAIÏ W HUNYAD.

habitués d'ailleurs à la légèreté des promesses romaiDes, les Polono-Magyars n'étaient-ils pas fondés à se défier, à prendre leurs précautions? Depuis un siècle déjà ils luttent pour la cause chrétienne, les chrétiens ne les aidant que par hasard; n'ontrils pas le droit de se reposer un peu, d'accepter le repos honorable qu'on leur offre?

Péroraison ; Au nom du pape,' le xnArrÉ du 12 juillet est

Page 1