‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 7 sur 57 · XL · texte numérisé non relu

XL

Résumons les faits que nous venons d'établir et la pensée qui en sort.

Les Magyars arrivent en Pannonie et en Dacie avec un culte qui leur est propre. Ils conservent ce culte un siècle durant, tant qu'ils gardent leur caractère barbare et aventureux. Mais, du moment où ils commencent leur établissement définitif, ils laissent venir le christianisme de Test, de l'ouest, du nord et du sud. De nombreuses conversions s'effectuent parmi eux, rapidement et presque sans difficulté. Il n'y a d'opposition que lorsque l'on prétend imposer le christianisme à la nation entière. Cette opposition païenne existe pendant près de cent ans. Elle attaque brutalement; brutalement on l'anéantit.

La Hongrie est définitivement cathoUque. Pourquoi ne se fit-elle pas grecque? Par bonheur, d'instinct elle pencha du côté de l'avenir, vers l'Occident. Si elle avait adopté le schisme oriental, peut-être eût-elle subi la domination otrtomane avec Byzance , la Moldo-Yakchie , la Serbie et la Rascie ; peutrétre aussi eût-elle plus aisément abjuré son christianisme sans chef en favexu* de l'islamisme tout-puissant. Et alors, qui donc aurait sauvé l'Europe, le monde, au

(1) Cette belle réforme appartient à la diète de Szeged.

ET LE GATÏOUCiSMI. 05

siècle quinzième? Où se serait arrêté le Turc? A Vienne? Non, plus loin encore; il aurait pu franchir les Alpes; il aurait pu passer le Rhin.

Que l'Occident sauyé remercie la Hongrie d'avoir jadis été catholique. Heureusement encore elle ne daigna point Tètre jusqu'au délire. Dès l'an 1000, les rois hongrois ont im a concordat. » Ils savent le conserver, et toujours ils préservent l'Eglise nationale de la tyrannie des pontifes itahens. La théocratie, qui élève et abaisse les souverains, détruit et crée des royaumes, ne peut, sur les rives du Danube, qu'exercer une influence religieuse. Ici, son ambition effrénée rencontre une digue qu'elle ne peut briser. Un prince? ceci est aisé à rompre. Mais un peuple? cela ne se renverse point. La papauté, en Hongrie, est perpétuellement confinée entre les Umites de son domaine sacré. Jamais elle n'envahira le terrain poUtique, qui n'est point à elle.

Au moyen âge, la nation hongroise a donné au monde l'exemple de l'indépendance cathohque. Aux temps modernes, elle lui fournit le type de l'indépendance reUgieuse.

Epuisée pour la défense du culte orthodoxe, elle se jette dans les bras de l'hérésie nouvelle. Libérale, avide d'inconnu, c'est-à-dire d'avenir et de vie, elle s'enthousiasme pour les prédications luthériennes. Mais bientôt, en défendant sa nationaUté que l'on menace, elle s'aperçoit qu'elle croit à ce que professe cette Allemagne, dans laquelle de force on prétend la fondre. Donc elle embrasse la sérieuse doctrine qui Itd est apportée de France, de la terre déjà féconde où l'idée commence à verdir. Donc elle se fait calviniste.

Mais ne sera-t-elle point ambitieuse, comme la Germanie de Luther? Ne sera-t-elle point fanatique conmie la Genève de Calvin ?

Page 1