AVANT-PROPOS
La brochure que je détache du volume qui paraîtra à la fin de Tannée 1876 est la seconde que je publie sur la Turquie, dont le maintien en Europe met en question pour la seconde fois, depuis moins de vingt-cinq ans, la paix du monde.
J'en ai publié une en 1854 , dont les conclusions étaient différentes.
Cette brochure était intitulée :
SOLUTIONS DB LA QUESTION d'oRIENT.
A cette époque, sur la foi des autorités réputées les plus irrécusables , je partageais la double erreur commune :
Je croyais que l'empire russe voulait s'approprier Constantinople , prendre et garder les clefs des Dardanelles.
Je croyais que l'empire ottoman, n'ayant plus d'in-
vin AVANT-PROPOS.
quiétude sur son intégrité et son indépendance, allait et pouvait se réformer.
Cette croyance était aussi celle du peuple anglais ; il ne Ta plus^ et je ne l'ai plus.
Le 29 mai 1853, lord John Russell disait à la Chambre des Communes :
La politique bien arrêtée du gouvernement anglais consiste à maintenir inviolable la foi des traités et à soutenir l'intégralité et Tindépendance du gouvernement turc.
Le 3 août 1876 > à vingt-trois ans de distance» le même lord Russell écrit au Times :
Si nous ne pouvons empêcher les Turcs d'être cruels et barbares, nous devrions nous allier avec la russie et com- BINER LES MOYENS d'accompur NOTRE BUT. La devise du parti tory, c'est la liberté civile et religieuse sur toute la surface de la terre.
Et plus de cinq cents meetings ont déjà fait écho à la parole de l'ancien ministre des affaires étrangères, qui, s'il a eu le tort d'écarter, en novembre 1863, la proposition de Congrès adressée par le gouvernement français à tous les gouvernements étrangers, en vue du désarmement général , a eu le mérite , en janvier 1860, d'attacher honorablement son nom à la signature du traité avec la France , traité fonda-
mental du libre échange, et, en juin 1863, à la restitution spontanée à la Grèce des îles Ioniennes,
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grand exemple donné qui n'a pas encore porté ses Fruits, mais qui les portera, car il a prouvé qu'il y a des abandons de territoire qui, loin de l'aflaiblir, fortifient TÉtat qui les fait volontairement.
Depuis 1853, la lumière s'est faite à tous les yeux sur l'impuissance absolue du gouvernement ottoman à tenir aucun des engagements successifs qu'il a solennellement pris, notamment par son hattichérifT du 18 février 1856, engagements de l'exécution desquels sont demeurées solidairement garantes TAutriche, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, la Prusse et la Russie.
Il a accumulé emprunts sur emprunts.
Qu'a-t-il fait de tout l'argent que lui ont confié l'épargne britannique et l'épargne française, sur la foi de garanties qui se sont tout à coup évanouies?
Il l'a follement et criminellement dilapidé.
Le chiffre de sa banqueroute frauduleuse dépasse quatre milliards.
Quelles illusions assez opiniâtres pouvaient résister au triste spectacle si longtemps prolongé de cette démence héréditaire et incurable de sultans , se succédant sans qu'aucun changement de règne changeât rien à la désolante condition des huit millions de chrétiens , leurs sujets en Europe , et à la barbarie de l'impôt, condamnant à la pauvreté et à la stérilité un sol riche et fertile qui ne demande pour enrichir
les popolatioii» qui le poMèderont qa un pea de travail et des voies de commonir ation , de tranqiort et d'échanges I
A ces sultans qui dépensent foUonent les miDions de TAngleterre et de la France à se construire des palais qu'ils démolissent après les avoir bâtis > Fidée, snaeilée pnr ramonr^ropre national, n'est pas m&me venoe de redresser, de paver et de balayer les mes de Constantinople !
En 1853, avant qoe j^eosse fait paraître ma bro^cbnre, M. Vaillant, fondateor du edUége interne de Bocbarest, en avait aussi publié une intitulée : Solution m la Qufinoii D'OainiT (1), où il était dit :
U ii*y a plus de Tnrks barbares, comme il ii*y a plus de Francs ni de Teutons ; mais il y a une Turkie qui se police et chei laquelle Vapj^&tion du tanzimat ne fera hienioi phês fu^un peuple des 21 mSU&ns de musulmans ei des là milUans de ekréHens qui forment la population de ce vaste empire.
Cette opinion était en contradictioa avec ceHe qu'exprimait alors en ces termes H. Jobn Lemoinne :
Nous voulons bien que le Sultan ait les meilleures inteu» tions du monde, qu*il soit bvmain, bienfiiisant, dément; cela ne prouve qu'une chose : c*est qu'il est un incrédule, on sacrilège et un traître envers sa religion. S'il est oné de
(I) Fc/ff, ehév Seribe et GoyoC.
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toutes les vertus chrétiennes, c'est qu'il n'est plus qu'un &UX musulman. S'il pratique la tolérance, alors il est déjà perdu, car le principe, la force et la vertu de l'islamisme, c'est l'intolérance. Le Coran ne repose que sur le principe de la guerre à mort, de la guerre éternelle aux inGdëles ; il défend aux croyants de s'arrêter dans leur œuvre de conquête et de carnage avant que le monde entier ait été soumis à l'islamisme. Le jour donc où le chef des croyants a fraternisé avec un chien de chrétien et qu'il atraité avec lui d'égal à égal, ce jour-là il a apostasie, et en principe il a abdiqué. Le Sultan n'a pas même le droit d'être tolérant : les deux lois ennemies ne peuvent rien s'accorder. L'islamisme est un dogme, un système tout d'un bloc ; on ne peut rien en détacher ; il fiiut tout conserver ou tout anéantir.
Elle était surtout en contradiction avec celle de M. de Maistre, se résumant ainsi :
Les Turcs sont aujourd'hui ce qu'ils étaient au milieu du quinzième siècle, des Tartares campés en Europe. Rien ne peut les rapprocher du peuple subjugué, que rien ne peut rapprocher d'eux. Là, deux lois ennemies se contemplent en rugissant; elles pourraient se toucher pendant l'éternité, sans pouvoir jamais s'aimer. Entre elles point de traités, point d'accommodement, point de transactions possibles. L'une ne peut rien accorder à l'autre, et ce sentiment même qui rapproche tout ne peut rien sur elles. De part et d'autre, les deux sexes n'osent se regarder, ou se regardent en tremblant comme des êtres d'une nature ennemie, que le Créateur a séparés pour jamais. Entre eux est le sacrilège et le dernier supplice. On dirait que Mahomet II est entré hier
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dans la Grèce, et que le droit de conquête j sévît encore dans sa rigueur primitire. Spectateurs dédaigneux et hautains de notre ciiîlisation, de nos arts, de nos sciences, ennemis mortels de notre culte, ils sont aujourd'hui ce quMls étaient en 1454, un camp de Tartares assis sur une terre européenne. La guerre contre nous est naturelle, la paix forcée. Dès que le chrétien et le musulman viennent à se toucher, Tnn des deux doit périr.
Le l^^oiars 1854, lord Oarendon, alors ministre des affaires étrangères, terminait son discours au Parlement par cette déclaration expresse :
\i TAngleterre ni aucune autre puissance chrétienne ne rempliraient dignement les importants devoirs qui leur sont aujourd'hui imposés, elles ne consulteraient pas les intérêts du sultan lui-même , si elles ne saisissaient pas cette occasion d*assurer à la population chrétienne de Turquie des droits égaux et une justice égale , et de préparer la voie au progrès et à la prospérité dont la civilisation chrétienne dotera cet empire.
Le 14 décembre suivant , lord Stratford de Red* cliffe , ambassadeur delà Grande-Bretagne à Constantinople, parlant an Sultan, lui disait :
La récompense que V Angleterre espère des sacrifices qu'elle pourra être obligée de faire pour défendre Tindépendance de la Turquie , c*est non-seulement le triomphe d'un principe
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européen, mais encore un système d'améliorations suivies et progressives dans la condition des sujets turcs de toutes les classes.
Et le Times, en donnant place à ces paroles , les faisait suivre de ceUes-ei :
Nous enregistrons ces paroles parce que, plus les événements nous poussent à soutenir la Turquie contre les Russes, moins nous devons perdre de vue les droits des sujets chrétiens de la Turquie. Quelque désir que nous ayons deprolonger l'existence de V Empire ottoman, nous ne pouvons y parvenir qu'en obtenant pour les chrétiens de Turquie des droits positifs et palpables, en leur persuadant qu'ils peuvent considérer comme des amis les gouvernements de France et d'Angleterre. Nous nions que la Russie ait droit au protectorat exclusif des sujets chrétiens de la Porte, et nous réclamons pour le reste de l'Europe un intérêt égal à leur progrès et leur bien-être* La difficulté est de faire comprendre aux populations chrétiennes que, tout en soutenant la souveraineté de la Porte, nous désirons obtenir pour elles une réforme complète de leur condition. Une fois convaincu de cette vérité, le peuple grec, avec son énergie et son intelligence, pourrait être plus facilement disposé à soutenir TAngleterre et la France qu'à se ranger du côté de la Russie. Si le peuple grec, au contraire, est contraint de regarder les puissances comme ses adversaires, il se placera sous la protection que la Russie pourrait lui départir.
Dans la position actuelle, alors que nous sommes également intéressés à soutenir la Turquie contre la Russie et les
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prétentions des races chréliennes contre la domination turque, il n'y a qu*une marche à sniTre, c*est celle tracée par lord Siradford de Redcliffe. Nous devons subordonner Vassistance que nous donnons au Sultan à la condition qu'il donnera d'amples droits à ses sujets chrétiens ^ et nons pourrons placer ces droits sous la protection, non de la Russie, mais de TEurope.
Partageant cette confiance de lord Clarendon et de lord Stratford de Redclifle, partagée par le Times, ma conclusion de 1854 était celleci , que je reproduis textuellement :
Une grande et propice occasion se présente de dénationaliser les détroits en les universalisant : ce serait de déclarer le détroit des Dardanelles entièremenl libre , et de montrer par cet éclatant exemple comment , sous des mains habiles , Tobstacle peut devenir moyen.
Dira-t-on qu*une telle politique serait la lente absorption de la Turquie par la civilisation ? Si , en effet, la Turquie ne pouvait subsister que par le despotisme et le fanatisme , ce ne serait pas moi qui regretterais qu'elle disparût ; mais , j'en ai la ferme conviction, la certitude morale, dès que la Turquie ne sera plus tiraillée en tous sens par des diplomates jaloux de faire parler d'eux au loin , rivaux d'influence on égarés par des animosités personnelles ; dès qu'elle ne sera plus le champ de bataille diplomatique où se tâtent, se mesurent, se heurtent, se contrecarrent, se contredisent l'Autriche , TAngleterre , la France et la Russie désœuvrées ; dès que la Turquie n'aura plus d'inquiétude sur son existence
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efficacement garantie, elle, qu'on aocosail d'être on cadavre, achèvera , en marchant d'un pas sur et rapide dans les voies du progrès, Téclatante démonstration qu^elle vient de donner à l'Europe étonnée.
Si la Turquie a trouvé d'abondantes ressources, si elle s'est imposé d'immenses sacrifices pour la défense de sa nationalité, elle saura trouver des ressources non moins abondantes, elle saura s'imposer des sacrifices non moins grands pour fonder sa prospérité. Il suffira, pour l'y décider, qu'elle apprenne que , dans ce siècle de concurrence industrielle et de rivalité commerciale , la paix est devenue pour les nations immobiles une épreuve plus redoutable que la guerre ; il suffira qu'elle sache que maintenant l'accomplissement de tous les progrès est pour tous les peuples une question de vie ou de mort.
A qui les vingt-trois années qui se sont écoulées depuis l'an de guerre 1853 ont-elles donné raison?
Est-ce aux apologistes du gouvernement ottoman, est-ce à M. de Lamartine, est-ce au duc de Valmy, est-ce à M. Ubiccini, est-ce à M. Vaillant, précité, est-ce à lord Clarendon , est-ce à lord Stratford de Redcliffe, est-ce au Times y est-ce à moi-même ou est-ce à M. John Lemoinne et à M. de Maistre?
Le hatti-chérifT de Gulhané , le tanzimat-kairiie , et le hatti-chérifT de 1856, la mort de cent mille Français et de cinquante mille Anglais et Piémontais, immolés au salut de Tempire ottoman, et les trois milliards qu'a coûté l'expédition de Grimée, ont-ils
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Fait tt un seul et même peuple, égal en droits, des musulmans et des chrétiens de cet empire » ?
Le gouvernement ottoman a-t-0 fait entrer a la population chrétienne de Turquie dans la voie de progrès et de prospérité de la civilisation chrétienne »?
L'Angleterre a-t-elle reçu a la récompense de ses sacrifices n ?
L'Europe a-t-elle obtenu « la réforme complète de la condition des sujets chrétiens de la Turquie placés désormais sous sa protection » ?
Si ces hattichérifis, si le sang versé et les milliards dépensés n'ont réussi qu'à perpétuer les mêmes abus et les mêmes excès, le même despotisme et le même servilisme, la même insouciance , la même ignorance et la même démence, ai-je eu tort de faire comme le peuple anglais, ai-je eu tort de répudier l'illusion et de me rendre à l'évidence ?
Je me borne à poser la question. Le lecteur y répondra.
Emile de GIRARDIN.
Paris, le 22 leptembre 1876.
LA
HONTE DE TEUROPÉ
LA TURQUIE d'EUROPE DEVANT l'eUBOPE
27 mai 1876.
Financièrement, la Turquie n'existe plus comme gouvernement; politiquement, elle ne saurait tarder à être rayée de la carte d'Europe comme nation.
N'ayant plus de finances , n'ayant plus de crédit , ne pouvant plus emprunter à aucun taux d'intérêt, si usuraire qu'il passe pour être, si insuffisant qu'il soit en réalité, où désormais puiserait-elle l'argent impérieusement nécessaire à la solde de son armée, de sa flotte, de son administration, en admettant même que le sultan Abdul-Aziz-Khan ait payé ses folles dépenses au prix de la perte de son trône et de sa. vie?
Même le failli de bonne foi , le failli excusable , le failli que des événements improbables et imprévus , que des cas de force majeure ont contraint de déposer son bilan, ne peut franchir l'entrée de la Bourse sous peine d'expulsion ; une égale rigueur ne serait-elle pas de toute justice à Tégard des gouvernements que d'impardonnables dilapidations, des déficits accumulés, des budgets fictifs, des emprunts gaspillés, ont conduits à faire banqueroute ? Les inscriptions de
t QUESTIONS DE L'ANNÉE 1876.
rente , lei obligations que tels goaveraements n*ont réossi à émettre et à placer qu'en abusant de la crédulité d*ane multitude de petits préteurs , qu'en faisant luire à leurs yeux des garanties frisant Tescroquerie et le stellionnat , ces inscriptions de rente sans réalité, ces obligations sans gage ne devraientF-elles pas être impitoyablement radiées de la cote de toutes les Bourses où le respect des engagements n'est pas un vain mot? Ambassadeurs ou ministres plénipotentiaires accrédités près ces gouvernements ne devraîenf-ils pas être l'objet d'un rappel publiquement motivé et fermement maintenu jusques à réhabilitation? Au lieu de cela, que se passe-t-il et que voit-on? S'U arrive que tel État banqueroutier change son ambassadeur ou son ministre plénipotentiaire, le nouvel envoyé est reçu en grande pompe, avec le cérémonial d'usage, et les paroles les plus flatteuses lui sont officiellement adressées.
J'entends à tout propos et hors de propos opposer journellement à la doctrine de la liberté la doctrine de Tautorité. Quel respect veut«on que les peuples aient pour les gouvernements, lorsque ceux-là voient ceux-ci pousser si loin le mépris de leurs engagements les plus formels , le manque de bonne foi et d'absence de probité? L'impunité dont ces gouvernements jouissent n'est-elle pas la plus dangereuse de toutes les écoles d'immoralité?
Encore , si les gouvernements qui payent exactement ce qu'ils doivent se bornaient à recevoir plus ou moins pompeusement et à complimenter plus ou moins emphatiquement les ambassadeurs ou les ministres plénipotentiaires de puissances insolvables ! Hais , non , là ne s'arrête pas leur injustifiable tolérance.
L'empire ottoman s'écroule.
Que font les grandes puissances chrétiennes?
Le laissent-elles s'écrouler, heureuses que l'Europe soit enfin délivrée de cet anachronisme régnant ?
— Non ; elles font au contraire tout ce qu'elles pieuvent en retarder la chute , comme si cette chiite devait avoir des coaiéquences moins graves , dans cinq ans , dans dix ans, dans vingt ans « qu'aujourd'hui ou qu'en 1854.
Est-ce que, loia de perdre de son importance, la question de la liberté des mera et de la neutralisation des détroits n'est pas appelée à en acquérir une de plus en plus grande dans l'avenir , car le libre échange est encore au berceau ?
Je n'eusse pas approuvé que l'Autriche et la Russie intervinssent prématurément à mains armées en iaveur de THerzégovine et de la Bosnie , aspirante l'autonomie qu'ont acquise la Grèce, l'Egypte , la Serbie et la Roumanie; mais j'eusse compris de la part de toutes les puissances chrétiennes une éclatante et suprême manifestation d'ardentes sympathies en faveur de l'affranchissement 'de leurs coroligionnaires trop longtemps courbés sous le joug musulman. Cette éclatante manifestation , dont il eût été tout simple que la Russie donnât l'exemple et prit l'initiative, eût suffi , je n'en doute pas, pour dicter à la k Sublime Porte » (vieux style ) des résolutions très-différentes de celles qu'elle a prises. Sans argent et sans crédit pour payer ses troupes, qu'eût-elle fait, qu'eûtelle pu &ire si, encouragés par les sympathies hautement avouées des puissances signataires du traité du 30 mars 1856, le Monténégro et la Serbie eussent pris parti pour leurs frères opprimés? Qu'eût-elle répliqué si, à ces observations, ces puissances eussent répondu :
tt Avant d'aller verser le sang des chrétiens , vos sujets , (i commencez donc par faire honneur à vos engagements , a commencez donc par assurer le payement régulier des ft dettes au remboursement desquelles vous avez affecté ce garanties sur garanties, que vous n'avez pas le droit de K reprendre sans suitoriser contre vous le soulèvement de u l'opinion européenne indignée ! Si vous roulez qu'on vous
k QLESTIOXS DE L'AXXEE 1876.
ft traite en natioo, sojez àomt ne Dation qui mérite ce nom ! a Sof^ez «kmc lùi gomreffsenient qui ne soit pas la dilapida* & tien et la démence ! v
Au lien de tenir an ^ divan ? ce lan^ge de la probité et de rhamanité, qn'ont bit rAntriche et la Russie? Elles se sont efforcées d^empécher le Uontenejro et la Serbie de se soulever et de prendre bit et cause pour rHenégovine et la Bosnie.
A mon avis, c*est une faute, une très^grande fiiute que l'Autriche et la Russie ont commise. Si , au début de la question , r Autriche et la Russie Teussent résolument » très-résolument posée dans les termes que je viens d*indiquer, elle se fût résolue d'elle-même. En se résignant tout de suite | l'amputation de THerzégovine et de la Bosnie , Tempire turc eût échappé à la gangrène qui menace de l'emporter, et toute crainte de conflagration européenne se fût évanouie. Uieux que cela , cette crainte ne fût pas née, et S. H. l'empereur de Turquie n'eût pas donné à S. A. le vice-roi d'Égj'pte , son vassal , le contagieux exemple de la banqueroute frauduleuse, que celui-ci s'est empressé de suivre.
A quoi , sinon à embrouiller encore plus l'écheveau ottoman , à quoi a servi , à quoi pouvait servir la fameuse Note du comte Andrassy, dépourvue de toute sanction? Lorsqu'un État a été impuissant à tenir ses engagements les plus formels et que les causes de cette impuissance sont plus que jamais demeurées les mêmes, quelles garanties efficaces peut-il donner qu'il tiendra ses nouveaux engagements plus exactement que les anciens?
A mon sens, l'Allemagne, l'Autriche et la Russie, en cette circonstance, n'ont pas agi . en grandes puissances sérieuses. Aussi n'ont-elles abouti qu'au plus piteux avortement ; elles n'ont abouti qu'à la prolongation de l'état de guerre intestine qu'elles voulaient abréger, et qu'au désaccord entre elles et l'Angleterre.
Ce qu'il y avait à faire, on ne l'a pas fait. Maintenant, que peut-on et que doit-on faire?
Il n'y a point à hésiter : il faut par la pensée devancer l'inévitable ; il faut considérer la chute de l'empire turc en Europe comme étant un fait déjà accompli , et sa succession comme étant déjà ouverte, afin de n'être pas à la met ci des incidents et des événements lorsqu'ils éclateront, afin de les diriger et de n*étre pas entraînés par eux.
L'Angleterre, désorientée , boude et s'isole. Il faut la laisser bouder et sisoler. Mais ce qui importe surtout, c'est que la France s'abstienne de faire cause commune avec elle et de se mettre de moitié dans son isolement. Rien avec elle, rien contre elle. Le gouvernement français serait sans excuse s'il oubliait l'immense et nouveau service que lui a rendu l'an dernier le gouvernement russe. Service pour service. Il faut, quelle que soit la résolution à laquelle celui-ci s'arrête , que le cabinet de Saint-Pétersbourg puisse compter absolument sur le cabinet de Versailles. A tout prix , il faut empêcher qu'une alliance EXCLUSIVE se noue et se resserre entre les deux illustres chanceliers : le prince GortschakofiT et le prince de Bismarck. lA serait pour nous le danger, le grand danger. Si elle est judicieuse, si elle est clairvoyante, si elle est vigilante , si elle est prévoyante, notre politique extérieure doit tendre de tous ses efforts à cette quadruple alliance :
L'Allemagne ;
La France ;
L'Italie ;
La Russie.
Les quatre cabinets de ces quatre puissances n'ont qu'à agir de concert pour être sans conteste les arbitres du sort de l'Europe. Il dépend d^eux , sans courir le plus petît risque de guerre , non de rétablir l'ancien équilibre européen de 1815, mais d*opérer le nouveau partage de l'Europe , qui en
6 QUESnOKS DE L'ANNÉE 1876.
permettrait le désarmement , plas nécessaire encore à TiUleflMgne et à Jltalie qu'à la France et à la Russie.
Loin d*avoir rien à redouter et rien à perdre dans la transforjBQiation de Tempire turc, quelle qu'elle soit, nous ne pouvons qu'y gagner.
Que pottrrion»-nous y perdre ?
La Russie , donnant un démenti à ses dédarations itératives de 1830 et de 1853 , dont les événements , depuis quarante ans, ont attesté la sincérité, la Russie, prit-elle possession de G>nstantinople , ne fermerait assurément pas le détroit des Dardanelles. Pourquoi, et à qui le fermerait-elle? Hormis la marine russe , quelle autre marine militaire ou marchande est sérieusement intéressée au libre passage de la mer Noire dans la Méditerranée et de la lléditerranée dans la mer Noire ?
Les autres puissances n*ont qu'à assister, les bras croisés, au spectacle de Técroulement , en Europe , de cet empire turc, que TAngleterre et la France, au prix de Texistence de cent cinquante mille de leurs meilleurs soldats et de plus de trois milliards de francs , ont commis la &ute, en 1854, de vouloir soustraire à la fatalité de sa destinée; l'Europe attentive doit prévoir le cas où le gouvernement ottoman serait impuissant à empêcher le massacre, regorgement de ses sujets non musulmans; oh! alors, il n'y aurait plus à rester les bras croisés ; il y aurait lien d'intervenir sans aucune hésitation et sans aucun retard ; alors ce ne serait pas l'intervention, ce ne serait pas la guerre, ce serait le châtiment.