‹ La honte de l'EuropeChapitre 6 sur 18 · VII · texte numérisé non relu

VII

l'intégrité de l'empire ottoman

17 août 1876.

Je laisse à Técart la Turquie d'Asie et l'Afrique, où les musulmans sont au nombre de 22 niillions et les chrétiens an nombre de 3,500,000.

n QVESriOKS de L'ANKÉE I876.

11 ne i'agit ici que de la Turquie d'Europe où, non compri« lef provinces tributaires, les musulmans sont au nombre de 1,200,000 et les chrétiens au nombre de

Iji Turquie d*Europe n'est qu'un faisceau de populations vaincues et asservies. De quelles populations vaincues et asservies se compose^t'il ?

Il se décompose ainsi qu'il suit :

Albanie ;

Dosnie ;

Bulgarie ;

Candie et iles de TArchipel -,

Croatie ;

Herzégovine ;

Roumélie ;

Thessalie.

I/Albanie , sous Scanderbferg , jusqu'au quinzième siècle, avait résisté héroïquement aux Turcs; ce n'est qu'au seilième siècle qu'elle succomba sous leur nombre ; mais les Albanais, restés chrétiens, n'ont discontinué de protester contre cette dénomination dégradante.

La Bosnie, à plusieurs reprises, sous Voulkan, sous Etienne Tvarko, avait été un Etat indépendant , elle ne cessa de Tétre qu'en 1528, après avoir été incorporée à l'empire ottoman par Soliman II.

La Bulgarie, dont le dernier roi, Sisman,fut tué par Bajazet 1*', compte à peine 300,000 musulmans sur 4,500,000 chrétiens grecs et 60,000 catholiques, ensemble 4,560,000.

Candie, Tile de Crète, possédée successivement par les Génois et les Vénitiens, qui la gardèrent jusqu'en 1669, est tombée, après vingt«cînq ans de guerre , au pouvoir des Turcs, contre lesquels elle s'est soulevée en 1866, et sous lesi|uel8 elle frémit de nouveau.

La Croatie turque forme avec la Bosnie Teyalet de Bosna.

L^Herzégovine, avant d'être cédée à la Turquie par TAurjche,.en 1699, avait fait successivement ' partie intégrante de la Croatie, et de la Bosnie.

La Roumélie, formée de Tancienne Thrace et de la Macédoine, après s^élre appelée, en 1204, le royaume de Thessalonique, après être revenue aux empereurs grecs, a été une conquête des Turcs ottomans , laquelle date du quatorzième siècle.

La Thessalie , après avoir été un royaume indépendant sous Boniface de Montferrat , un des principaux chefs de la croisade , est devenue , en 1365 , Tune des proies des Turcs.

Si le Sultan cessait de régner à Constantinople, ce qui pourrait arriver de pis aux provinces qui forment son faisceau européen, ce serait de rentrer en possession de l'autonomie que chacune d'elles a possédée, sauf à former d'abord entre elles une confédération, et plus lard à s'unifier, ainsi que cela est arrivé en Allemagne. Avant le décret de Ratisbonne de 1803, T Allemagne se composait de 517 États, qui furent successivement réduits à 147, à 31 et enfin à 24. Les noms de ces 517 États ne sont plus que des épitaphes inscrites sur les dalles mortuaires de cet immense cimetière qui s'appelle orgueilleusement l'Histoire.

Où serait Tobjeclion ? où serait le mal , si le détroit des Dardanelles . était désarmé et neutralisé conformément k ce principe : la mer libre comme l'air , et si Constantinople, occupé par une garnison européenne dont le contingent serait fourni par chacune des puissances garantes du traité de mars 1856, était déclaré ville libre et port franc?

Nous avons tous grandi et vieilli dans la pensée que Constantinople était la clef de voûte de « l'équilibre européen » ; des hommes tels que l'empereur Napoléon I*' et le grand Chatham l'avaient proclamé ; cela avait suffi pour que le monde entier le répétât sans examen et le crût sur parole.

90 QUESTIONS DE LAKKtK

Cependant rien n'était, rien n'est encore moins vrai.

Le jour où la Turquie d'Europe sera ensevelie dans le méoie tombeau que l'ancien royaume de Pologne , la Russie, quoi qu'on en ait pu dire, n'en sera pas plus forte, et l'Angleterre ni la France n'en seront pas plus faibles. Auront^elles à la mer un vaisseau de moins ? leurs manu£EU> tures et leurs fabriques auront-elles de redoutables rivales de plus ? Loin de là ! de fertiles provinces qui ne consommaient pas consommeront ; elles feront mieux encore, elles produiront, elles exporteront, elles échangeront contre des objets de luxe relatif des objets de consommation journalière qui commencent à n'être plus assez abondants sur le marché anglais et sur le marché français, ce qui se traduit par un excès dans l'élévation des prix.

Le jour où la Turquie d'Europe, traversée par le Danube, baignée par une multitude de fleuves, bordée par la mer Noire , la mer de Marmara et la Méditerranée, aura changé de nom et de gouvernement, le jour où elle aura enfin les routes, les chemins de fer, les canaux qu'elle pourrait et ^levrait avoir, quel vaste et fertile champ d'opérations elle offrira aux capitaux anglais et français à la recherche de placements sûrs ! quelle transformation ! quelle transfigura*^ lion ! quel bienfait pour toute l'Europe !

— Mais l'équilibre européen, que deviendra-t-il ?

— Qu'esl-il devenu depuis que la Confédération germanique qui, en 1815, avait succédé à la Confédération du MÎtt, mslîluèe en 1803 par l'empereur Xapoléon I", a cessé 4>xister ?

QiA^esl^il devenu depuis que le Piémont , ayant absorbé le «Ofuune kniihardo-vénitien^ le grand-duché de Toscane, le ducàe de Pteme,. le ducàé de IHodéneJe royaume desDeu- Skik»> le» Dais pomtificuttx» et èlaUi à RooBie sa capilile» a fwraM' «e gjnmà royauiaie de vîitgl-sepi utllioas d' 4|ui pucW €• ymni WMa : mdlîe ?

Qa 'est-il devenu depuis que la Prusse » t'élMii emparée des trois duchés du Sleswig, du HoIsIm €f de Lauenbourg, du port de Kiel, du royaume db Hanovre , de Télectorat de Hesse, du duché de IhMMV, de la ville libre de Francfort, — j'en oublie drtriMment , — de TAlsace et de la Lorraine , du eminandeinent militaire de toutes les armées germflrff oes, a formé ce grand empire de quarante et un Actions d'habitants qui se nomme triomphalement Tempire d'Allemagne ?

En vérité, il serait temps de changer de vocabulaire diplomatique et de ne plus employer inconsidérément des mots qui , ne signifiant plus ce qu'ils avaient justement signifié, n'ont plus de sens.

L'équilibre européen ayant cessé d'exister, comment pourait-il être détruit, parce que le nom de la Turquie serait eflacé de la carte de l'Europe ?

Je pose la question à la diplomatie européenne qui n'a pas perdu l'habitude de parler sans rire de ^ l'intégrité de l'empire ottoman » , comme si cetle intégrité existait encore depuis que la Grèce est devenue un royaume, depuis que la Moldavie et la Valachie , s'appelant la Roumanie , ne sont plus reliées à lui que par le fragile lien d'un faible tribut, et depuis que les traités d'Ackerman et d'Andrinople ont consacré l'autonomie de la Serbie !

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