RUSSELL
Non, non, cela n'est pas admissible ; non, non, cela n'est pas vraisemblable, surtout si le gouvernement russe, si Tempereur Alexandre, dont la parole loyale commande universellement la conflance la plus absolue, avait, avant de tirer son sabre du fourreau, solennellement renouvelé sa déclaration devant l'Europe de ne s'attribuer, en marchant au secours de ses coreligionnaires, d'autre avantage que la gloire de faire cesser une abominable boucherie d'hommes, de femmes et d'enfants.
Donc la Russie , en prenant résolument, quoique tardivement, l'initiative mentionnée ci-dessus dans la Correspondance universelle j ne courrait absolument aucun risque.
Quel risque courrait-elle ? Quel risque de conflagration générale ferait-elle courir à la paix de l'Europe ?
— Aucun, aucun.
Qu'elle n'hésite donc plus ! Assez, assez d'hommes mutilés, massacrés, de femmes violées et éventrées, d'enfants hachés en morceaux ou vendus, de cadavres non inhumés «emant le typhus et la peste, de villes incendiées, de populations entières sans abri, chassées de leurs champs, séparées de leurs troupeaux et réduites à mourir de &im !
Je sais par cœur le traité du 30 mars 1856 et son inséparable annexe le hatti-chériff du 18 février; je connais donc l'objection que pourrait hasarder une diplomatie sans entrailles et sans cœur, sans indignation et sans élan ; mais loin d'être contraire à l'acte d'humanité d'Alexandre II, cette objection sans fondement en serait l'éclatante justification.
Non, non, que la Russie n'hésite pas I que la Russie n'hésite plus I
Les martyrs de 1876 n'ont pas moins de droits à la restitution de leur liberté et de leur nationalité que les Grecs de 1825 célébrés par lord Byron, le vicomte de Chateaubriand, le général Foy, soutenus, à cette époque, par toute la presse
européenne, et délivrés à Xavarin, le 20 octobre 1827, par les escadres combinées d'Angleterre, de France et de Russie.