‹ La honte de l'EuropeChapitre 9 sur 18 · LA CONTRE-ÉPREUVE · texte numérisé non relu

LA CONTRE-ÉPREUVE

18 août 1876.

Non sans douleur, je veux supposer un instant que la dépèche de Berlin extraite de la Correspondance universelle soit sans fondement ; non sans regret pour l'empereur Alexandre II, je veux admettre qu'au contraire il soit vrai que la Russie ait déclaré à l'Autriche qu'elle n'interviendrait pas en faveur des huit millions de chrétiens aspirant à s'affranchir du joug abrutissant et désastreux d'un gouvernement qui ne compte en Europe que douze cent mille musulmans ; non sans humiliation pour les six puissances garantes de l'exécution du hatli-chériff de février 1856, je veux condamner ma plume à garder le silence sur tous les actes de barbarie que commet le gouvernement turc, pour punir les populations chrétiennes de ce qu'il n'a tenu à leur égard aucun des engagements solennels qu'il avait pris ; non sans indignation et sans irritation difficiles à contenir, je veux attendre que ces populations vaincues aient été noyées dans le sang, moissonnées par le typhus, la misère et la faim : après ?

Après ?

Qu'aura gagné le gouvernement turc à avoir ainsi semé la mort et la dévastation sur son propre territoire, au lieu de se borner à vendre aux populations, justement mécontentes de son impuissance à les protéger efficacement, le droit de se gouverner elles-mêmes, moyennant le payement d'un

3C QCrESTIOIKS DE L^AXXÉ£ iSTS.

tribut aanel ({a* il eét pa capitaliser et délégiuirà ses créanciers, ce fui 1 eût aidé à tenir ses derwer* aga^ments et à convertir ainsi en £iillite simple sa banqaerooÊe firandnlense?

A ^pel résultai rînjnsli&ibie conduite de» puisances garantes du faatti-c&ériiF de Ëvrier 1856, déekré par elles de a HALTE VALELR ^ , aurar^-elle abouti, sinon à rendre de plos en pbis intolérable la situation des huit miUuHis de chrétiens de la Turquie d'Europe» et à prolonger indéfiniment la durée d'un sujet de discorde intemaÉMHiale, d^inquiétude politique et d'instabilité européenne ^

Puisque Famputation de la Turquie d'Kirope, qui ne compte que douze cent mille musulmans, n^est qu'une question de temps, n'eùt-^l pas mieux valu en finir tout de suite?

Les puissances garantes du traité de mars 1856 auront* elles jamais une occasion plus propice que celle qui leur était offerte par le gouvernement turc ayant emprunté à TEurope quatre milliards et trouvant tout ampW d'agir comme s'il ne lui devait rien ?

Maintien à perpétuité d^une domination ignare qui est la ruine de toutes les provinces sujettes, en Europe, de la Turquie : — telle est la contre-épreuve qui démontre péremipto^ rement la justesse de la politique que je soutiens et «pii a pour elle les ardentes sympathies du peuple russe et la généreuse ^probation du peuple anglais, hautement exprimée par lord Russell*.

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