‹ La houille blancheChapitre 12 sur 12 · CÔTE-NORD ET LABRADOR · texte numérisé non relu

CÔTE-NORD ET LABRADOR

Ce que l'on désigne généralement sous le nom de Côte- Nord consiste dans cette grande étendue de terrains et de côtes comprise entre la rivière Portneuf, à 146 milles de Québec et Natashquan. Le reste de la côte, de l'intérieur du territoire jusqu'à Blanc-Sablon, qui est la limite de la province de Québec à l'est, forme ce que l'on est convenu d'appeler le Labrador canadien. C'est, à proprement parler, la continuation de la Côte Nord du Saint-Laurent, embrassant, en totalité, une longueur de plus de sept cents milles.

Toute la richesse de la Côte Nord et du Labrador canadien consiste dans ses rivières, ses forêts, ses pêcheries, ses mines de fer, ses immenses territoires de chasse et ses innombrables forces hydrauliques.

La forêt comprend principalement l'épinette blanche et l'épinette noire, c'est-à-dire les meilleures essences qui entrent dans la fabrication de la pâte abois. C'est en outre le territoire par excellence de la houille blanche, puisque nous avons là plus de cent rivières, dont quelques-unes sont de véritables fleuves, et presque toutes coupées par d'incomparables cascades^

Cette région où tant de richesses sont accumulées est encore à peine connue. Le jour ne saurait tarder pourtant

où l'industrie, soustoutesses formes, sentira le besoin d'utiliser toutes ces forces si longtemps insoupçonnées.

Nous nous bornons à indiquer ici les principales rivières dont on pourrait aisément utiliser les ressources hydrauliques.

Rivière du Sault- au- Mouton. — Cette rivière que l'on rencontre à trente-trois milles de Tadoussac, dans le comté du Saguenay, mesure 54 milles et est accessible aux bateaux plats à marée haute.

Sur son parcours, on a relevé plusieurs pouvoirs hydrauliques, et notamment une cascade de soixante pieds de hauteur qui tombe dans le fleuve. Le flottage du bois peut s'effectuer aisément sur presque toute la longueur de la rivière.

Rivière Portneuf. — A 146 milles de Québec et à neuf milles à l'est du Sault-au-Mouton.

Il y a ici plusieurs cascades d'une certaine importance. La première chute est à quatre milles de l'embouchure de la rivière. Elle mesure une hauteur de quarante pieds et une longueur de deux cents pieds. Un expert qui a fait des mesurages estime que le volume d'eau passant sur l'écluse actuellement construite dans cette rivière est d'environ 165,700 pieds à la minute.

La seconde chute, à deux milles plus haut que la première, est une succession presque ininterrompue de cascades, mesurant de dix à quinze pieds de hauteur chacune, mais pouvant donner dans l'ensemble une hauteur totale de 70 pieds.

Les principaux bois bordant cette rivière sont le sapin, le bouleau et l'épinette noire.

Une grande scierie est actuellement installée dans le village de Portneuf.

Rivière Sault-au- Cochon. — A huit milles à l'est de la rivière Portneuf, avec un bon havre assez rapproché.

Des experts ont établi que la puissance motrice des différentes cascades de cette rivière pouvait donner plus de deux mille chevaux-vapeur.

Les cascades de cette rivière ont été affermées à un industriel de Montréal, M. J. P. Mullarkey.

Rivière Laval. — A soixante milles en bas de Tadoussac, et à deux milles du Sault-au-Cochon.

A vingt milles de la côte, cette rivière forme trois chu-

tes qui se suivent à peu de distance et où Ton peut construire, sans trop de frais, des scieries ou d'autres moulins.

Rivière Bethsiamis. — Cette rivière, longue de 260 milles, se jette dans le Saint-Laurent, à 170 milles en aval de Québec.

Bordée de montagnes, cette rivière dont le volume d'eau est énorme, est coupée par des chutes nombreuses et souvent très élevées. On en rencontre quelques-unes qui ont cent pieds et plus de hauteur.

Il s'est fait autrefois de grands chantiers de bois le long de ce cours d'eau.

Rivière Manitou. — Cette rivière tombe dans le golfe Saint-Laurent, à quinze milles à l'est de la rivière au Bouleau.

A deux milles de son embouchure, le cours de cette rivière, dont le volume d'eau est considérable, forme une magnifique cascade de cent treize pieds de hauteur. C'est l'une des plus remarquables chutes de la Côte-Nord.

Les goélettes et les bateaux peuvent pénétrer, à marée haute, jusqu'à la chute, où se trouve un site avantageux pour un moulin.

Rivière aux Outardes. — Quoique moins étendue que sa voisine, la Manicouagan, la rivière aux Outardes n'en reste pas moins l'un des plus grands cours d'eau qui se déversent dans le Saint-Laurent.

M. l'arpenteur Bignell, qui en a fait le relevé, estime sa profondeur moyenne à huit pieds, avec une largeur variant de sept à quinze chaînes.

Les principales chutes se trouvent à sept milles et demi de la mer et de la Pointe-aux-Outardes.

La hauteur de ces cascades est d'environ deux cents pieds. Elles peuvent produire, d'après l'expertise qu'en a faite M. J.-C. Langelier, en 1901, 180,992 chevauxvapeur.

La navigation n'offre pratiquement aucun accès à ces chutes, mais il serait facile de les mettre en communication avec celles de la Manicouagan au moyen d'un tramway ou cîiernin à lisses.

La forêt qui borde cette rivière dont le cours atteint trois cents milles, vaut celle de la Manicouagan. Le bois de pulpe y est surtout très abondant. On pourrait en retirer, d'après les explorateurs officiels, deux cordes à l'acre, ce qui représenterait un total de 9,400,000 cordes.

Rivière Manicouagan. — C'est Tune des grandes rivières de la côte nord du Saint-Laurent qui sollicite plus que jamais l'attention des industriels.

Elle a un cours de 350 milles qu'interrompent de nombreuses cascades et se trouve située à 205 milles de Québec.

La hauteur des premières chutes situées à 12 milles de l'embouchure de la rivière est d'environ 85 pieds, et, d'après l'estimation qui en a été faite, ces belles cascades pourraient produire une force motrice de 331,000 chevaux-vapeur.

D'autre part, la puissance de la deuxième chute est évaluée à plus de 500,000 chevaux-vapeur, et celle de la troisième, à 65 milles de la mer, à 265,000 chevaux-vapeur.

Les experts ont également reconnu que toutes ces immenses forces hydrauliques étaient d'une utilisation relativement facile.

En 1906, un syndicat français a affermé les premières chutes, mais l'exploitation n'en est pas encore commencée.

Il n'est pas superflu de noter que la forêt de la région qui est presque inépuisable, comprend des bois de différentes espèces : bouleau, épinette blanche, tremble, épi, nette noire, peuplier, baumier, sapin, merisier, cyprèspin blanc, etc.

Rivière Pentecôte. — Cette rivière, grossie des eaux de nombre de petits lacs, est située à 300 milles de Québec et à neuf milles de TIle-aux-Œufs.

Il y a, à son entrée, un havre commode pour les petits vaisseaux.

Cette rivière compte deux cascades importantes, depuis son embouchure jusqu'au lac Misticarpin.

L'industrie du bois a donné naissance ici à un village assez considérable.

Actuellement, les concessions forestières des deux côtés de la rivière sont exploitées par la compagnie Pentecost Lwnber.

Rivière des Rochers. — Placée à vingt milles environ de la rivière Pentecôte. Son cours est d'un peu plus de 150 milles, et elle se jette à la mer par une série de chutes dont la hauteur varie entre vingt et quatre-vingts pieds.

Les pouvoirs hydrauliques fournis par ces chutes sont depuis quelques années la propriété de MM. Mossom,

Boyd et Compagnie, d'Ontario, mais ne sont pas encore exploités.

Rivière Marguerite. — A 287 milles de Québec et à douze milles, à l'ouest, du village des Sept-Iles.

C'est une des belles rivières de la Côte-Nord. Elle est navigable pour les goélettes et les bateaux jusqu'au premier rapide.

Des deux cascades que l'on rencontre près de son embouchures, il s'en trouve une mesurant soixante-quinze pieds de hauteur.

Ces sources d'énergie sont devenues depuis 1903 la propriété de la compagnie North Sliore railway and Navigation qui a installé au village des Sept-Isles une immense pulperie, qui a coûté près de deux millions de piastres.

La rivière Marguerite, ainsi que ses tributaires, sont boisés en épinette blanche, de bonne qualité et en grande quantité.

Rivière Grande Mecatina. — Ce cours d'eau situé à 578 milles de Québec coule à travers les montagnes des Laurentides et se jette dans le golfe Saint-Laurent, à 40 milles environ en amont de la rivière Saint-Augustin.

Cette rivière traverse vingt-deux lacs, et çà et là se rencontrent des cascades qui atteignent jusqu'à cinquante pieds de hauteur.

La Petite- Mecatina. — La rivière Petite-Mecatina a une longueur d'environ cent milles et compte, sur son parcours, cinq à six cascades très importantes.

Rivière Manitou. — Cette rivière tombe dans le Saint- Laurent, à 360 milles de Québec.

A deux milles de son embouchure, le cours de cette rivière dont le volume d'eau est considérable, forme une magnifique cascade de cent treize pieds de hauteur. C'est l'une des plus belles chutes de toute la Côte-Nord.

C'est aussi un excellent cours d'eau pour le bois de commerce. On peut compter cinquante milles de territoire sur quatre à cinq milles de profondeur, bien boisés en épinette blanche autour des lacs et des tributaires et le long de la rivière.

Rivière au Tonnerre. — A 376 milles de Québec. Elle est navigable en canot jusqu'à près de quarante milles de la chute. Les experts reconnaissent que les cascades fournies par ce cours d'eau ont une importance réelle pour l'industrie.

Rivière Mingan. — Située à 390 milles de Québec. C'est Tune des belles rivières de la Côte-Nord. Elle peut se remonter en canot jusqu'à une distance de cinquante milles.

Ses nombreuses chutes donnent d'excellents pouvoirs hydrauliques.

Rivière Romaine. — Les quatre chutes de cette rivière sont de véritables petits Niagaras pouvant produire toute l'énergie dont on a besoin pour manufacturer la pulpe et le papier, et exploiter les mines de fer dont ce territoire est richement pourvu.

Fleuve Hamiïton. — Ce fleuve qui se déverse dans l'Océan Atlantique forme la ligne séparative entre le nord de la province de Québec et l'immense territoire de l'Ungava qui doit être bientôt annexé à notre province.

Sa longueur est d'environ 700 milles et ses chutes sont les plus majestueuses et les plus considérables de toute l'Amérique. D'après M. Low, de la Commission Géologique du Canada, les eaux des grandes chutes de Hamiïton se précipitent en ligne droite d'une hauteur de 312 pieds, alors que toutes les chutes consécutives en cet endroit forment une hauteur de 700 pieds. M. Low estime que ces immenses cataractes, autrement plus puissantes que celles du Niagara qui ont déjà une réputation mondiale, pourraient fournir une force motrice de neuf millions de chevaux-vapeur 1.

RÉGION DE L'ABITIBI

Cette région du nord de Québec qui vient à peine d'être explorée — et encore ne l'a-t-elle été que partiellement — a laissé voir que nous possédions là des sources de richesses à peu près ignorées et des forces incalculables capables de mettre en branle les plus grandes industries du monde.

On sait déjà que toute la partie nord de Québec est arrosée par de puissantes rivières qui s'appellent la Nottaway, la Rupert, le East Main, etc.

D'après les mesurages de l'ingénieur O'Sullivan, la Nottaway écoule 4,000,000 de pieds cubes d'eau à la minute, et la Rupert 3,000,000. La Nottaway accuse en

1. Il a été dressé une petite carte snr laquelle sont localisés, en couleurs, les principales sources d'énergie qui se rencontrent sur nos rivières. On peut obtenir un exemplaire de cette carte en s'adressant au ministère des Terres et Forêts, à Québec.

outre une longueur de quatre cents milles et mesure, en plusieurs endroits, près de son embouchure, environ une lieue de largeur.

La Rupert sort des lacs Mistassini, arrose une vallée de 1,150 milles carrés et vient tomber dans la baie James après avoir fourni une course de plus de 275 milles.

La rivière East Main, d'une longueur de plus de 450 milles, se déverse vers l'Ouest dans la baie James.

Rivière Nottaway. — Mais revenons à la Nottaway qui fixera peut-être, l'une des premières, l'attention du monde industriel, lorsque le vaste territoire qu'elle baigne sera sillonné par le chemin de fer.

Sur les soixante premiers milles, à partir de sa source à la " Hauteur des Terres ", se rencontrent plusieurs pouvoirs hydrauliques d'une force variant de 250 à 750 chevaux, et dix milles plus bas, au Flower Hill Portage, il y a des cataractes de 66 pieds, se terminant par une chute perpendiculaire de 14 pieds, le tout d'une capacité de 30,000 chevaux. Dix milles en aval, les chutes de Kiash Sibi, hautes de 30 pieds, peuvent produire une force de 13,000 chevaux-vapeur, et une couple de milles plus bas, il y a un autre pouvoir de 4,000 chevaux. L'affluent du lac au Goëland, à environ 135 milles de la " Hauteur des Terres ", donnerait, par un seul barrage, une force de 85,000 chevaux. A partir du lac Mattagami, la Nottaway, par ses chutes et ses grandes cascades, pourrait fournir les pouvoirs hydrauliques suivants : à 150 milles de la " Hauteur des Terres ", 50,000 chevaux; à 175 milles, 106,000 chevaux ; à 200 milles, 275,000 chevaux ; à 230 milles, 400,000 chevaux.

En résumé, sur un parcours d'une centaine de milles, la Nottaway peut apporter une force collective qu'il n'est pas téméraire d'évaluer à un million de chevaux-vapeur.

Rivière Rupert. — Les sources d'énergie de la rivière Rupert ne sont pas moins puissantes. Ainsi, les chutes de Smoky Hill, qui se trouvent à la tête de la marée, ont une hauteur de 52 pieds et une force de 300,000 chevauxvapeur. Sur les cinquante milles suivants, en remontant le cours de ce fleuve, les principaux pouvoirs hydrauliques disposent respectivement des forces suivantes : chute du Portage- du- Chat, 74 pieds de hauteur, 419,025 chevaux ; chutes des Quatre- Portages, une de 63 pieds, 340r 000 chevaux ; une de 80 pieds, 453,000 chevaux, une de

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32 pieds, 175,000 chevaux ; une vingtaine de milles plus haut, les chutes d'Oat-Meal Portage, 18 pieds de hauteur, 100,000 chevaux ; encore vingt milles plus haut, chute de 60 pieds, 339,813 chevaux. Ces sept pouvoirs hydrauliques, dispersés sur un espace d'une cinquantaine de milles, représentent une énergie collective de plus de deux millions de chevaux-vapeur.

Sur YEast Main, qui coule parallèlement à la Rupert, une cinquantaine de milles plus au nord, se rencontrent également des pouvoirs hydrauliques d'une grande capacité.

Parlant de ces trois immenses rivières, M. J.-C. Langelier, dans sa brochure intitulée: Richesse forestière de la province de Québec, fait observer qu'à l'extrémité sud-est de la baie James et dans un rayon d'une centaine de milles, l'on trouve des pouvoirs hydrauliques capables de fournir à l'industrie une somme de forces motrices excédant quatre millions de chevaux-vapeur.

Il est à peu près superflu d'ajouter que toutes ces rivières de la région nord de la province baignent d'immenses territoires riches en mines et en forêts.

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