‹ La houille blancheChapitre 29 sur 55 · LA PRODUCTION DE V ÉNERGIE ÉLECTRIQUE · texte numérisé non relu

LA PRODUCTION DE V ÉNERGIE ÉLECTRIQUE

Comparées aux Alpes, les Pyrénées offrent, au point de vue hydraulique, un double désavantage. Etant moins élevées, elles ont, dans leur ensemble, moins de hauteur de chute et moins de pente. Et pour des raisons qu'il n'est pas inutile d'indiquer, elles ont aussi des débits moins abondants.

L'infériorité des débits pyrénéens, comparés à ceux des Alpes, s'explique beaucoup moins par la différence des précipitations que par celle de l'altitude et de la structure. Les Pyrénées ont des pluies et des neiges aussi abondantes que les Alpes, peut-être même plus copieuses, mais elles sont à la fois moins hautes et moins développées en profondeur. Il en résulte que la somme totale des précipitations y est inférieure, et que les vastes névés, les longs et puissants fleuves de glace y sont à peu près inconnus. Mieux arrosées, les Pyrénées ont moins d'eau que les Alpes.

D'autre part, ces eaux ne se concentrent pas, parce que la structure du massif s'y oppose. Les vallées qui descendent des Pyrénées, toutes parallèles, conduisent leurs déversoirs séparément vers la plaine. Très rares sont les dépressions intérieures, les faisceaux de vallées convergentes qui rassemblent les torrents et provoquent la formation de puissants collecteurs. Ce n'est qu'au sortir de la montagne que les eaux se rencontrent. Mais

LES PYRÉNéES 89

cette concentration est, à la fois, incomplète et tardive. Tandis que les rivières descendues des Alpes occidentales se réunissent dans un collecteur unique, qui est le Rhône, celles qui proviennent du front pyrénéen se répartissent vers deux mers et se dispersent. Quand, sur certains points, il arrive qu'elles se rassemblent, c'est alors la pente qui fait défaut. A Toulouse, au confluent de l'Ariège, la Garonne n'est plus qu'à 129 mètres d'altitude, et il lui reste encore 300 kilomètres à parcourir pour atteindre l'Océan*. Aussi n'a-t-elle, en aval de cette ville, qu'une assez faible valeur hydraulique. Plus à l'Ouest, le même fait se répète, très aggravé. Les Gaves de Pau et d'Oloron, qui ont, séparément, de beaux débits, ne réunissent leurs eaux et ne rejoignent celles de l'Adour que dans la zone des marées. Et c'est plus bas encore que viennent les atteindre la Bidouze et la Nive. Au point de vue dynamique, tous ces cours d'eau sont autant de déversoirs distincts.

Ainsi, en plaine comme en montagne, les rivières pyrénéennes sont, dans leur ensemble, incontestablement moins avantagées que les rivières alpines. Il n'en reste pas moins vrai que les Pyrénées sont un réservoir de forces de premier ordre. Dressées au-dessus des plaines océaniques, elles sont un très puissant condensateur et reçoivent en abondance les pluies et les neiges. Elles ont de très fortes pentes. Leurs torrents, creusés le plus souvent dans la roche en place, ont une fixité de lit qui facilite les installations et en diminue le prix de revient. La dureté des terrains dans lesquels ces lits sont établis, la rareté des éboulis et des cônes de déjections, la modération des érosions, assurent à la plus

1. Au confluent de la Saône, Lyon est à 160 mètres d'altitude et à 260 kilomètres de la Méditerranée.

grande partie de leurs eaux une pureté inconnue de celles des Alpes. Enfin, si les Pyrénées ont peu ou pas de glaciers, leurs lacs, très nombreux et situés à de fortes altitudes, servent de régulateurs à leurs torrents et à leurs usines.

Conditions topographiques de la production

d'énergie électrique. — Les Pyrénées, envisagées comme bordure des plaines, sont moins une chaîne de montagnes qu'un front de plateaux qui, réduits à leurs éléments les plus simples, se décomposent en bandes parallèles se relayant de l'Est-Sud-Est à l'Ouest-Nord- Ouest, et se dressant l'une après l'autre au-dessus du bassin de l'Aquitaine. Cette structure a pour effet de grouper les principales hauteurs françaises dans la région occidentale de la chaîne.- Un puissant massif granitique et primaire, dominé par des sommets de plus de 3000 mètres (Gampbieil, Pic-Long, Néouvieille) et prolongé au Nord par le Pic du Midi de Bigorre, se dresse en avant du front, presque d'un seul jet, au-dessus des plaines gasconnes. C'est donc à l'Ouest que régnent les plus fortes altitudes générales. A l'Est du Néouvieille, les hauteurs s'abaissent et se tiennent, sans exception, au-dessous de 3000 mètres.

Mais l'altitude absolue n'est pas le seul élément à considérer. Il faut aussi tenir compte de la pente. Les vallées pyrénéennes, qui sont, dans leur généralité, des vallées transversales, présentent dans leur profil en long une convexité très accusée, beaucoup plus accusée que la plupart des vallées alpines du versant français. Dans leur partie supérieure, les pentes sont extrêmement raides et peuvent aller jusqu'à 80 pour 1000 et au delà. Plusieurs d'entre elles sont des vallées suspendues, souvent munies de bassins lacustres, d'ouïes, raccordées par de véritables abrupts avec la vallée principale. Telles sont les profondes entailles qui, des

hauteurs du Garlitte et du haut massif d'Andorre, débouchent au-dessus de l'Oriège, de l'Ariège et du Vicdessos, les déversoirs des lacs du Néouvieille, ou encore la brusque rupture de pente qui raccorde le bassin glaciaire de Lescun avec le fond de la vallée d'Aspe. C'est au pied de ces raides déclivités que l'industrie hydroélectrique trouve ses plus grandes hauteurs de chute : 940 mètres à Orlu, 800 à Oo et à Gaillaouas, 715 mètres à Eget.

Au-dessous, les pentes diminuent, mais restent très suffisamment inclinées et très inégales. Creusées au travers de bandes de consistance différente, la plupart des vallées pyrénéennes sont, en effet, formées d'une succession de bassins étages où les eaux s'attardent, et de défilés où elles se hâtent. Cette irrégularité du profil en long facilite l'installation de barrages et de chutes. Aussi les petites industries se sont-elles de préférence fixées d^ns cette partie des vallées. Aujourd'hui, les industries hydroélectriques apparaissent à leur tour, attirées surtout par la déclivité de la pente générale, qui reste forte encore (44 pour 1000 sur le Gave d'Azun, entre Arrens et Argelès; 28 pour 1000 sur le Gave d'Ossau, dans la traversée du Hourat). C'est la région des moyennes chutes (200 mètres, 100 mètres, 50 mètres), avec des débits déjà grossis par l'effet d'une première concentration des eaux.

Enfin au débouché de la vallée, le torrent entre en plaine. Ici, la pente diminue, les eaux se ralentissent, le lit s'élargit et souvent manque de fixité. Ce sont des conditions défavorables. Aussi la valeur hydraulique de l'Ariège, entre Pamiers et Toulouse, celle de la Garonne, en aval de Carbonne, sont-elles fort diminuées. Il en est de même de l'Adour, dans la plaine de Tarbes, et du Gave de Pau, entre Nay et Orthez.

Pourtant, il s'en faut de beaucoup que cette région

soit déshéritée à l'égard des forces. D'abord, c'est la zone des gros débits, celle où les torrents se rassemblent. D'autre part, ces torrents, devenus des fleuves, rencontrent des obstacles. A l'Est, c'est la chaîne du Plantaurel et des Petites-Pyrénées, que la Touyre, l'Ariège et l'Arize franchissent respectivement à Lavelanet, à Foix et au Mas-d'Azil. Au centre et à l'Ouest, ce sont les grands cônes de déjections : Lannemezan, Ger, Buzy, au contact desquels les cours d'eau sont arrêtés, coudés et rejetés latéralement, la Neste et la Garonne vers l'Est, les Gaves de Pau et d'Ossau vers l'Ouest. Dans le parcours nouveau qui leur est imposé, ceux-ci rencontrent les plis calcaires latéralement disposés sur le front de la chaîne. Il les franchissent par des défilés étroits et fortement inclinés qui sont un des traits distinctifs de l'hydrologie pyrénéenne : défilé de la Garonne, entre Lestelle et Boussens, à travers les plis décrochés de Sainl-Martory ; étroite vallée du Gave de Pau, entre Lourdes et Nay; canyon sinueux "du Gave d'Ossau, entre Arudy et Oloron. Enfin, tout à fait à l'Ouest, au point où les calcaires crétacés et tertiaires affleurent une dernière fois avant de plonger sous les molasses et les argiles, ce sont les pittoresques parcours du Gave de Pau, d'Orthez à Bellocq, et du Gave d'Oloron, entre Narp et Sauveterre.

Il règne ainsi, le long de la lisière pyrénéenne, une rangée presque continue de défilés très favorables à l'aménagement de barrages et de prises d'eau. De bonne heure, ils ont attiré l'activité industrielle. Les usines hydroélectriques, qui sont en train d'en prendre possession à leur tour, ne font que succéder à des ateliers, déjà anciens. C'est la région des basses chutes et des gros débits, dont il sera question plus loin.

Les pluies et les neiges. — Nous sommes encore assez mal renseignés sur le régime des condensations

pyrénéennes Les pluviomètres ne sont ni assez nombreux, ni toujours bien placés. La plupart sont installés dans le fond des vallées ; certains, comme le poste de Sencours, que l'on a si souvent cité, sur des versants plus ou moins abrités des vents humides. D'autre part, il n*est pas douteux que les appareils utilisés n'ont fourni, sur l'enneigement, que des données très incomplètes. Il en faut conclure que des observations plus nombreuses, faites avec soin et sur des points convenablement choisis, donneront des résultats sensiblement diÉPérents et probablement supérieurs à ceux que l'on a jusqu'ici acceptés.

Cependant, en dépit de lacunes trop certaines, on peut dès à présent se faire une idée à peu près suffisante de l'alimentation des cours d'eau pyrénéens. Elle se définit par les traits suivants : *

1® Les Pyrénées reçoivent, de l'Océan surtout, des précipitations très abondantes, peut-être supérieures à celles des Alpes.

2^ Ces précipitations sont de plus en plus copieuses à mesure que l'on s'avance de l'Est à l'Ouest, c'est-à-dire que l'on se rapproche de l'Atlantique.

3® L'abondance des condensations subit aussi l'influence de l'exposition. Les vallées pyrénéennes étant, pour la plupart, orientées Sud-Nord, les versants qui les encadrent sont respectivement orientés à l'Ouest et à l'Est. Les premiers sont très arrosés, les autres beaucoup plus secs. Les observations faites entre 1888 et 1910 au lac d'Orédon ont révélé une chute moyenne de 1320 millimètres de pluies et de neiges, tandis que dans le haut Louron, le poste de Caillaouas, exposé au Nord- Ouest, enregistrait, entre 1900 et 1910, 2 m. 720.

Ainsi se succèdent de l'Est à l'Ouest et alternativement, régions sèches et régions humides. Il n'y a pas à proprement parler un « écran pyrénéen », mais une

série d'écrans qui correspondent aux façades extérieures des massifs dressés entre les vallées. La disposition des hautes chaînes, en retrait les unes par rapport aux autres, favorise en outre certains versants plus directement interposés au-devant des souffles océaniques. Trois zones semblent particulièrement bien pourvues : le Montcalm et le massif Ariégeois (Aulus, l m. 580) ; le Néouvieille-Pic-Long-Pic du Midi (Observatoire, 1 m. 809 ; Sencours 2 m. 295) ; la région occidentale (Laruns 1 m. 760).

4^ Dans l'ensemble de la chaîne, les pluies les plus abondantes tombent en deux périodes : avril-juin, octobre-novembre. Aux deux extrémités de la chaîne, apparaît un troisième maximum en saison froide (janvier surtout).

Les glaciers et les lacs. — Les glaciers n'ont, dans les Pyrénées, qu'une très faible étendue. Leur superficie totale atteint tout au plus, et sur les deux versants, 40 kilomètres carrés. Les seuls cours d'eau français qu'ils alimentent sont la Garonne, avec ses tributaires, la Pique, la Neste d'Aure et le Louron; le Gave de Pau, avec ses affluents les Gaves d'Ossoue, de Héas, de Barada, du Bastan et d'Arrens. Ces glaciers sont tous de petites dimensions et de faible débit. Cependant leur influence, loin d'être négligeable, se fait très nettement sentir sur le régime des cours d'eau qu'ils contribuent à alimenter.

Si les Pyrénées ont peu de glaciers, elles ont, en revanche, beaucoup de lacs. Un très petit nombre, situés en bordure de la chaîne et à faible hauteur, sont des lacs de barrage morainique, peu étendus et peu profonds. Tous les autres sont des lacs de forte altitude, des cavités excavées par les glaciers sur le pourtour ou à l'intérieur des grands massifs archéens ou granitiques. Trois de ces massifs sont particulièrement

favorisées : à l'Est, le massif du Garlitte, troué d'innombrables cavités, de toutes formes et de toutes dimensions; au centre, en territoire espagnol, la région lacustre du Val d'Aran, drainée par la Garonne Orientale; à l'Ouest, enfin, dans la zone d'alimentation de la Neste, du Gave de Pau et de l'Adour, le massif du Néouvieille, le plus connu et le mieux aménagé de tous. Beaucoup d'autres rivières sont alimentées par des lacs. Il n'est guère de torrent qui ne s'attarde en quelque cavité lacustre, tantôt occupée par la masse profonde des eaux, tantôt abandonnée par elles, presque toujours facile à aménager pour la régularisation de son déversoir.

Dans leur état actuel, les lacs pyrénéens sont des bassins de médiocre superficie. Le plus grand, le lac de Lanoux, dans la région du Garlitte, n'a que 84 hectares. Mais la modicité de leurs dimensions est compensée à la fois par leur nombre et par leur profondeur. Le massif du Néouvieille en a, pour sa part, cinquantesix; le Garlitte, une cinquantaine, pour le seul versant oriental. Leur profondeur est considérable, et certains d'entre eux sont de véritables gouffres. Le lac Bleu ou de Lesponne atteint 120 mètres; le lac de Gaillaouas, 100 mètres; le lac d'Artouste, 85 mètres. Leur contenance totalisée est donc énorme. Les quatre lacs d'Orrédon, Aumar, Aubert et Gap de Long, dont la Neste de Gduplan est le déversoir, retiennent à eux seuls 20 millions de mètres cubes d'eau. Si l'on ajoute que l'altitude de ces lacs est considérable, que le plus grand nombre se trouvent situés entre 2000 mètres et 2500 mètres, rarement au-dessous, on imagine aisément ce que représentent d'énergie latente ces énormes masses d'eau suspendues dans l'intérieur des hauts massifs. Ce sont des réserves de force d'une magnifique valeur, qui ont, sur celles que fournissent les glaciers,

ravantage d'être toujours et immédiatement disponibles, à n'importe quel moment de l'année et à n'importe quelle heure du jour.

Débit et régime des cours d'eau pyrénéens. —

Le moment n'est pas encore venu où l'on pourra caractériser par des chiffres définitifs le régime des cours d'eau pyrénéens. Cependant on peut dès à présent se faire une idée assez exacte de la question.

Dans la région montagneuse, les débits s'accroissent régulièrement de l'Est à l'Ouest*. Les rivières roussillonnaises sont peu abondantes. La Têt, à Thuès, ne roule guère que 6 mètres cubes par seconde, et c'est la plus riche. L'Ariège, à Tarascon, a 40 mètres cubes ; le Gave de Pau, à Lourdes, 37 mètres cubes au moins. Beaucoup plus significatifs encore sont les débits moyens annuels par kilomètre carré de chaque bassin : 2 1 litres pour la Têt (Fontpédrouse) ; 23 pour l'Aude (Puyvalador) ; 37 pour l'Ariège (Tarascon) ; 48 pour le Salât, dont les affluents de droite sont très bien alimentés; 38 litres, à Arreau, pour la Neste, masquée à l'Ouest; 44 pour le Gave de Pau (Saint-Sauveur) ; près de 48 pour le Gave d'Ossau (Eaux-Chaudes); 57 pour le Gave d'Aspe. Ces derniers chiffres ne sont pas inférieurs à ceux que l'on obtient pour les rivières savoyardes et dauphinoises. Ils sont très supérieurs aux chiffres observés dans les Alpes au Sud du Pelvoux.

En plaine, les eaux se concentrent et les débits s'accroissent. A Carbonne, après qu'elle a reçu le Salât et l'Arize, la Garonne roule 127 mètres cubes; à Portet, en aval du confluent de l'Ariège, 214 mètres cubes. A Orthez, le Gave de Pau a 96 mètres cubes; le Gave

1. Nous donnons ici le débit moyen annuel, ou module, sensiblement supérieur au débit caractéristique moyen que nous avons indiqué dans un autre travail.

d'Oloron, grossi du Saison, guère moins. Si l'on totalise ces derniers débits, on obtient un chiffre sensiblement égal à celui de la Garonne, pour une aire de drainage moins étendue.

Le régime, comme le débit, des cours d'eau pyrénéens subit, de l'Est à l'Ouest, de très sensibles modifications.

Les torrents descendus des Pyrénées méditerranéennes sont assez bien pourvus d'eau en hiver, tandis que l'été est la période d'étiage. Les hautes eaux se produisent au printemps (avril-mai). Il y a une seconde montée, plus courte, en octobre et novembre, et parfois une troisième en janvier.

Dans la région centrale, il existe deux périodes de hautes eaux. La première, la plus longue, est celle de la fusion des neiges. Elle s'encadre entre le 15 mars et le 15 août. La seconde se place entre le 15 septembre et le 15 novembre. Elle estprovoquée par les premières neiges, presque aussitôt fondues, et par les pluies qui accompagnent toujours l'équinoxe d'automne. Des deux périodes de basses eaux, l'une se place entre le 15 novembre et le 15 mars ou le début d'avril. C'est la plus longue. L'autre, beaucoup plus courte, s'encadre entre la fin de juillet et le milieu de septembre.

On voit qu'il existe, entre les hautes eaux d'été et les hautes eaux d'automne, une sorte de palier. Ce palier est d'autant plus haut et plus court que les régions qui alimentent le cours d'eau observé sont plus élevées, mieux pourvues de neiges et de glaciers (Lys, Nestes, Gave de Pau) ; d'autant plus bas et plus long que les sommets sont plus bas et que les glaciers font défaut (Ariège, Salât, Gave d'Aspe).

Arrivés en plaine, les cours d'eau issus des Pyrénées centrales ont, tous, leur principal étiage en été. C'est le cas de la Garonne, à Carbonne et à Toulouse; du

Cavaillès. — Houille Hanche. 7

Gave de Pau, à Orthez. C'est qu'ici le tribut des glaciers disparaît et se perd dans la masse des eaux pendant la saison chaude, tandis que les pluies prédominent sur les neiges pendant la saison froide.

Quant aux rivières descendues des Pyrénées occidentales, Saison, Nives, elles ont trois périodes de hautes eaux : une période principale correspondant à la fusion des neiges, commençant en mars comme dans la région centrale, finissant plus tôt (fin juin ou mijuillet) ; une seconde, s'étendant de la fin de septembre vers la fin de novembre; enfin une poussée supplémentaire, courte, mais très iiette, en plein hiver (janvier ou février). Les basses eaux se placent en décembre, en mars et en été (juillet à septembre). Les plus basses sont celles de l'été.

U. — DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES USINES HYDROÉLECTRIQUES (fig. 6)

La région orientale. — La région orientale est la moins arrosée de toutes. Les partie^ basses sont sèches, avec des pluies d'automne et d'hiver, courtes et violentes. Sur les sommets, les neiges fondent tôt, et les glaciers manquent. En revanche les massifs dominants reçoivent des pluies et des neiges abondantes. Les lacs sont nombreux et les conditions topographiques excellentes. Formée de hauts massifs dressés au-dessus de bassins effondrés, la région orientale dispose de hauteurs de chute tout à fait remarquables à une si faible distance de la mer, de gorges profondes, de défilés étroits, de brusques ruptures de pente. Si l'on ajoute que cette région si bien douée confine à des plaines riches, à des villes nombreuses, on comprendra aisément qu'elle ait été la première aménagée en vue de la

es

en

en M

co M

production en grand et de la vente du courant électrique.

Les torrents inférieurs actionnent pour la plupart de petites usines, scieries, pressoirs à huile, moulins, papeteries. Les installations de haute puissance sont concentrées sur deux cours d'eau, descendus du Garlitte, l'Aude et la Têt.

L'Aude est le plus abondant des cours d'eau de la région. Sur son cours supérieur fut aménagé, entre 1899 et 1901, la première usine pyrénéenne à grande puissance, l'usine de Saint-Georges (3200 HP), sise à Axât, au débouché des belles gorges du même nom. Deux autres établissements ont été récemment mis en marche : Gesse (10 000 HP) et Escouloubre (9000 HP). Les trois usines, propriété de la Société Méridionale de Transport de Force, fournissent de force et de lumière plus de cent communes de l'Ariège, des Pyrénées-Orientales et surtout de l'Aude, Lavelanet, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Perpignan. Elles passent leurs pointes à la Société Pyrénéenne d'Energie Elec^ trique et à la Société Hydroélectrique Roussillonnaise , c'est-à-dire aux réseaux de l'Ariège et des Pyrénées- Orientales.

Ce groupe important sera complété par deux autres usines, l'une en amont d'Escouloubre à Garcanet ((»500 HP) ; l'autre à Belvianès, en aval de Saint- Georges, au débouché du défilé de Pierre-Lys. La Société de Transport de Force disposera ainsi de cinq usines en escalier, solidaires, qu'elle se propose de régulariser par un réservoir aménagé dans la haute vallée, à Puyvalador. La plus basse groupera les excédents des trois autres et les utilisera pour des industries électrochimiques.

La Têt, alimentée par le Garlitte, dispose d'un vaste régulateur, le bassin de la Bouillouse, ancien lac a

LES PXltÉT«CE!9 .-■-.-, —, -, - - 101

moitié comblé, que l'on a récemment reconstitué au moyen d'un barrage de retenue. Quatre usines se succèdent au-dessous de ce bassin ; les usines de la Gassagne et de Fotitpédrouse fournissent à la' Compagnie des Chemins de fer du Midi une force d'environ 10 000 HP, qu'elle emploie à la traction de ses convois sur la ligne de Perpignan à V i U e franc h e-de-C on fient et à Bourg- Madame. A Villefranche, un petit établissement de 600 HP, à Vinça un quatrième (750 HP) fournissent de la lumière aux communes de la vallée et de la force aux lignes de tramways.

La Compagnie des Chemins de fer du Midi envisage actuellement l'utilisation plus complète de la section comprise entre les Bouillouses et Olette, par la création d'un nouveau réservoir de 12000000 de mètres cubes au Pla des Aveillans et l'aménagement de trois usines qui seront installées respectivement au P)a des Aveillans, à Fontpédrouse et à Olette. (L'usine de la Cassagne est appelée à disparaître). La puissance totale installée de ces trois centrales dépasserait 75 000 HP.

Enfin le Tech supérieur actionne deux petitesstations (Puig-Redon et Pas-du-Loup) d'un total de 1200 HP consacrés à la traction et à l'éclairage.

La région centrale. — U est nécessaire de distinguer, ici, les usines établies en montagne, dans les vallées, et les usines de la lisière pyrénéenne.

A] Les vallées. — La vallée de l'Ariègc était encore, en 1917, la mieux pourvue d'installations ét< de toutes les Pyrénées. H s'en faut, cependan soit la plus favocisée au point de vue des fore certaines circonstances sollicitaient l'industrii électrique ; l'irrégularité du profil en long, c ruptures de pente dans la partie haute des val lacs de forte altitude, les facilités de transpon

de la voie ferrée de Toulouse à Ax-les-Thermes, enfin et surtout, l'existence d'un marché actif dans la région toulousaine toute voisine et dans des industries locales restées vivantes. On s'explique ainsi qu'elle ait pris sur les autres vallées pyrénéennes une certaine avance.

Dans la partie haute de son cours, TAriège actionne d'abord l'usine de l'Hospitalet (1000 HP), installée pour le creusement du tunnel de Puymorens, en attendant que la fin des travaux la laisse disponible pour une autre destination. Plus bas, sur l'Oriège, l'usine d'Orlu, inaugurée en 1910, est alimentée par le torrent de Gnôles, déversoir du lac de Naguilhes, qui lui parvient par une chute de 936 mètres, une des plus hautes du monde. Elle fournit une puissance momentanée de 17 500 HP. Aux époques des basses eaux, elle dispose des réserves du lac de Naguilhes (1854 m.), et du lac d'En Beys, relié au précédent par un tunnel. La Société Pyrénéenne d'Energie Electrique ^ qui l'exploite, dispose en outre de trois usines actionnées par le Tarn, avec lesquelles l'usine d'Orlu marche en parallèle. Elle vend de la lumière et de la force motrice à 160 communes de l'Ariège, de la Haute-Garonne, du Gers, du Tarn-et- Garonne, de l'Aude et du Tarn. Elle actionne les tissages de Lavelanet et atteint les régions industrielles d'Albi et de Garmaux, de Castres et de Mazamet, se rattachant ainsi aux usines d'énergie électrique du Massif Central.

En aval d' Ax-les-Thermes, l'Ariège actionne l'établissement de Perles-et-Castelet (3000 HP) qui, avec les calcaires d'Ussat, produit du carbure de calcium. Dans la vallée du Vicdessos, l'importante usine d'Auzat, alimentée par les eaux de plusieurs torrents et par deux lacs aménagés en réservoirs, emploie ses 16 000 HP à la production des chlorates, de l'aluminium et du carbure de calcium.

LES PVRÉKÉBS 103

Au-dessous du confluent de l'Ariège et du Vicdessos, Mercus (5500 HP) produit des matières abrasives (corindon artificiel), destinées à la Tabrication des meules dites émeri. A Saint-Paul-de-Jarrat, Saint- Antoine (2000 HP) est une ancienne papeterie où la Société Métallurgique de l'Ariège a installé des fours électriques pour la fabrication sur place de fontes synthétiques. C'est déjà une usine de basse chute.

Ainsi l'Ariège supérieure et ses affluents foui^issent dès à présent 50 000 HP environ. Ce total sera prochainement doublé. En effet la Compagnie des Chemins de fer du Midi prépare l'aménagement de la haute Ariège .et de plusieurs de ses affluents au moyen de trois usines échelonnées et conjuguées. Etablies respectivement à Saillens, Mérens et Ax-les-Therraes, elles donneront ensemble (i5000 HP environ et auront pour régulateur commun le grand lac de Lanoux, dont les réserves, portées à kk raillions de mètres cubes, seront détournées vers le torrent des Bésines et vers l'Ariège par un souterrain. D'autres projets visent l'aménagement de la chute de Siguer et des affluents du Vicdessos.

Plus humide que la région de l'Ariège, celle du Salât est cependant moins favorisée, car elle a des débits moins concentrés, moins de hauteur de chute et peu de lacs. D'autre part, la voie ferrée ne pénètre ' '"

de Saint-Girons. Aussi l'aménagement des foi liques eat-il, dans la haute région du Cou:

peu avancé. Les établissements les plus imp deux usines de 500 HP chacune, l'une, à C le haut Salât, consacrée à la fabrication de la nique de bois; l'autre à Ustou, destinée au de la blende et de la galène.

Sur le cours moyen du Salât, les instali plus nombreuses, sans être plus puissant toutes d'anciennes fabriques, papeteries poui

qui se sont pourvues d'un outillage électrique et qui ne disposent que de basses chutes. Telles sont, en amont de Saint-Girons, l'usine de la Moulasse et ses annexes, qui produisent du papier à cigarettes pour la maison Bardou-Job ; les moulins et les papeteries de Saint- Girons et de Saint-Lizier, et, plus bas, à Sentaraille, l'usine de Lorp, très ancienne papeterie, célèbre dans les fastes de la houille blanche pour avoir été le berceau d'Aristide Berges. Aucun de ces établissements n'atteint actuellement 500 HP.

Il n'en est guère autrement de la vallée du Lez. Les usines de blende et de galène de Seintein disposent, pour le traitement de leurs minerais, d'une force de 500 HP ; celle d'Arrout, pour la traction des tramways du Castillonnais, en fournit 700 HP ; une papeterie d'Engomer, 400 HP. Le reste ne compte guère. Au total, les vallées du Salât et de ses affluents n'ont encore attiré aucun établissement de grande puissance.

Avec la Garonne et ses affluents supérieurs, nous abordons la région la mieux douée des Pyrénées, celle des hauts massifs, des glaciers et des lacs. L'aménagement en est très inégalement avancé.

Sur la Garonne elle-même, on ne peut guère citer que deux usines, l'une, établie au Plan d'Arrem, tout près de la frontière; l'autre, installée à Eup, dans le voisinage des carrières de Saint-Béat, auxquelles elle fournit de la force motrice, toutes deux, usines de basse chute et de faible puissance. Autant dire que le fleuve est complètement inutilisé. Il offre cependant aux industries hydroélectriques d'exceptionnelles possibilités : de fortes altitudes, de hautes vallées suspendues, des lacs nombreux. Seulement tout ce domaine est en territoire espagnol. On ne peut guère citer, dans la vallée d'Aran, qu'une usine en construction, à Glédès, sur la Garonne.

Il n'en est pas de même dans le domaine de la Pique.

LES PÏHÉ.NÉES 105

Ici le progrès a été très rapide. Jusqu'à la guerre, la seule installation notable avait été l'usine de la Picadère. sise tout près de Luchon au débouché delà \allée de rOne. chargée d'assurer l'éclairage de Luchon, et la traction du funiculaire de Superbagnères. Les travaux qui vier de s'achever sont d'une tout autre envergure. Ils onl fait surgir du sol trois grandes usines. Deux, écheli nées en amont de Ludion, sur la Pique, donnent respectivement 10 000 HP et 8000 HP. Une troisième, placée sur l'One, au-dessous de la Picadère, emprunte les eaux du lac d'Oo, amenées en souterrain au-dessus d'une conduite forcée de 800 mètres de hauteur. Ce dernier groupe, dit dulac d'Oo, fournit 15000 HPà 20000 HP. C'est un des plus puissants des Pyrénées.

Il y a ainsi, dans la région luchonnaise, trois usines conjuguées. Les deux premières, alimentées par les hautes eaux de printemps et d'été, envoient leur courant à la troisième. Celle-ci ne donne son plein effort qu'aux époques de basses eaux des deux premières [janvier-février, fin août-septembre) . Le reste de l'année, elle ne fournit que le supplément d'énergie nécessaire au fonctionnement à pleine puissance de l'ensemble des groupes. Le lac d'Oo est donc aménagé comme régulateur, non des débits hydrauliques, mais du courant électrique. Il rend à l'ensemble des trois usines conjuguées le même genre de services qu'une usine thermique de secours. On obtient ainsi une puissance régulière de 15 000 à 20 000 HP.

Ce puissant contingent d'énergie est ([uelques kilomètres plus bas, à Marignac, < lise d'abord au débitage des bois qu'il tri planches, madriers, traverses, brosses et d'reuvre. Les déchets, distillés, donnent c produits les goudrons végétaux, le méthyle, chauK, le charbon. Le charbon est à son to

à la préparation du carbure de calcium avec les calcaires du pays. Enfin une dernière installation permet d'extraire l'azote atmosphérique et, par combinaison avec le carbure de calcium, d'obtenir la cyanamide. Ces établissements de Marignac sont la propriété de la Compagnie d'Electricité industrielle qui exploite, en outre, aux portes de Luchon, une petite fabrique de carbure de calcium. C'est donc à l'électrochimie que se consacrent les usines de la Pique.

A l'Ouest de la Pique, la transformation est extrêmement rapide dans la région qui s'ordonne autour du grand massif du Pic-Long et du Néouvieille. Grandes hauteurs de chute, précipitations abondantes, forts débits, régularité assurée par les glaciers, et surtout par un ensemble de profondes cuvettes lacustres, toutes les conditions se trouvent rassemblées pour faire, de ce groupe de vallées et de hauts sommets, une région privilégiée entre toutes. Nous la décrivons en faisant, de l'Est à l'Ouest, le tour du massif qui en est le centre.

Dans le domaine de la Neste, que nous rencontrons tout d'abord, les premières installations se fixèrent au-dessous d'Arreau, en aval du confluent des deux Nestes (Aure et Louron), le long de la voie ferrée. Ces usines sont récentes, mais antérieures à la guerre. Une prise d'eau établie à Arreau alimente, quelques kilomètres plus bas, l'usine de Beyrède-Jumet, dont les 8000 HP sont utilisés par deux fabriques voisines, construites, l'une à Beyrède-Jumet, pour la préparation du ciment Portland artificiel, du silico-manganèse et des ferro-alliages ; l'autre à Sarrancolin, pour la production d'abrasifs (aloxite). Plus en aval, à Hèches, une ancienne papeterie transformée en usine hydroélectrique a produit pendant toute la guerre de la fonte synthétique aciérée avec les tournures venues des usines à projectiles.

C'est dans la partie haute de la vallée, sur le cours des deux Nestes, que se trouvent aujourd'hui rassemblées les plus puissantes des usines pyrénéennes. Leur installation a été rendue plus rapide et plus complète qu'ailleurs par le fait qu'avant même l'ouverture des

[, les lacs du Néouvieille (Orcdon, Aumar, Auberl] et du Louron (Caillaouas) à peu près complètement aménagés ei retenue. Les travaux, commentés dès 181 pour objet, non la production de l'éner^ mais la régularisation, pour les besoins de de la Neste et des rivières du plateau de unies par le canal de Sarrancolin. Au i

guerre imposait la construction rapide d'usines de grande puissance, ces travaux se trouvaient à peu près entièrement achevés et l'on disposait d'une réserve aménagée de plus de 26 millions de mètres cubes. On comprend combien l'installation des usines s'en trouva facilitée. Aujourd'hui il est entendu que les réserves des lacs servent à une double lin : les besoins de l'agriculture et ceux des industries hydroélectriques.

C'est la Neste d'Aure qui a reçu les usines les plus importantes. La principale est celle d'Eget (fig. 8). Elle est alimentée par un bassin en voie d'achèvement, l'Oule, ancien lac comblé que l'on reconstitue au moyen d'un barrage. Le courant de l'Oule, grossi par une partie des eaux d'Orédon, est amené au-dessus de l'usine d'Eget, dont il atteint les turbines par une chute de 715 mètres. L'usine, installée pour 35 000 HP, est la plus puissante des Pyrénées. Sorties des turbines et unies à celles de la Neste supérieure, les eaux sont reprises immédiatement . et conduites à Saint-Lary où elles donnent 20000 HP, puis à Arreau, dans un dernier établissement actuellement en voie d'aménagement, 15 000 HP. Il y aura ainsi dans la vallée d'Aûre trois usines en escalier. Il y en aura quatre, le jour où sera construite l'usine supérieure d'Eget (20000 HP). De ces quatre établissements, l'un, le plus puissant, appartient à la Compagnie des Chemins de fer du Midi ; les trois autres à la Société de la Penarroya. Tous bénéficient des réserves lacustres du Néouvieille, aménagées, non pour actionner une usine de secours comme celle du lac d'Oo, mais pour donner de l'eau aux torrents pendant les périodes d'étiage.

La vallée du Louron aura trois usines. La plus haute, alimentée par les eaux des lacs de Pouchergues et de Caillaouas, sera installée pour fournir, sous 860 mètres de chute, 15 000 HP au moins. Les deux autres, presque

JaiNE'D'EcEi (Meste d'Avbe), e de haute chute ',C1. Saludat),

achevées, sont, situées à Loudenvielle et à Bordères. Elles donnent respectivement 10 000 HP.

Les trois sections de la Neste, Aure, Louron et Neste inférieure, fourniront un total déplus de 130 000 HP. Ce sera le triple de toutes les forces aménagées dans les Hautes-Pyrénées en 1916. L'énergie produite par l'usine d'Eget est destinée à la traction des convois sur le réseau du Midi. Les autres usines de la Neste et du Louron n'ont pas encore reçu de destination définitive. Une partie de leur courant continuera à alimenter les établissements de Lannemezan que l'Etat vient de louer à l'industrie privée. C'est donc encore à l'électrochimie que les forces de la Neste seront consacrées. U restera un contingent considérable qui sera vraisemblablement mis en distribution.

Le rôle de l'Adour comme pourvoyeur de forces motrices a toujours été considérable. C'est lui, et les canaux qu'il alimente, qui actionnent les ateliers de Bagnères-de-Bigorre : scieries, fabriques de meubles et de vagons, marbreries, tissages de laine. L'industrie hydroélectrique proprement dite est représentée par les deux établissements de Chiroulet et de Mbntgaillard. Le premier utilise les eaux du lac Bleu et donne un millier de chevaux qui fournissent de la lumière aux communes voisines et de la force motrice à plusieurs usines bagnéraises. Le second est un établissement de basse chute installé sur l'Adour à quelques kilomètres en aval de Bagnères. Il ne produit guère que 500 HP, mais il concourt à l'éclairage d'un groupe important de communes du plat pays et au fonctionnement de l'arsenal de Tarbes. Sur le cours supérieur du fleuve, une usine récemment construite à Gripp donne 4000 HP dirigés sur Bagnères-de-Bigorre et Tarbes. Deux autres établissements sont en projet : l'un en amont du précédent ; l'autre en aval, près du bourg de Campan.

- Le Gave de Pau et ses affluents présentent les mêmes aptitudes que le groupe à l'Est du Néouvieille. Mais ils sont encore à peine utilisés. En dehors des petites usines du Pont-de-la-Reine (Gave de Pau) et de Galypso (Gave de Gauterets), qui fournissent un millier de chevaux chacune aux tramways de Pierrelitte à Luz et à Gauterets, on ne peut signaler que deux établissements, dont l'un, il est vrai, est actuellement le plus puissant des Pyrénées. L'usine d'ïzaby ou de Villelongue donne, sous une chute de 535 mètres, une force de 5600 HP, employée à la fabrication du silico-manganèse. A Soulom, la double usine des chemins de fer du Midi réunit* dans un même bâtiment des groupes électrogènés actionnés par les deux Gaves de Pau et de Gauterets sous des chutes dont les différences de hauteur (113 m. et 250 m.) sont compensées par l'inégalité respective des débits. Les 20 000 HP de Soulom assurent dès à présent le fonctionnement des divers embranchements du réseau du Midi, la traction des tramways de la Bigorre et les fabrications de l'usine nitratière que la Société Norvégienne de l'Azote a installée dans le voisinage immédiat. Le Gave d'Arrens actionne deux médiocres établissements : Arrens, actuellement sans emploi, et, Arras (900 HP), qui, associé avec l'usine de Montgaillard sur l'Adour, fournit de la lumière et de la force aux plaines voisines de la Bigorre et du Béarn.

Au total, cette partie des Hautes-Pyrénées ne donne guère plus de 30 000 HP. Mais d'importants travaux sont en voie d'exécution ou en projet. Les usines les plus puissantes seront celles du Gave de Pau. La Société Norvégienne de l'Azote en aura, pour sa part, deux : l'une à Gèdre, au confluent des Gaves de Pau et de Héas ; l'autre, à Luz. Elles donneront respectivement une force de 10 000 HP et de 15 000 HP, qui sera

Utilisée dans l'établissement de Soulom. Les autres

projets comportent l'utilisation du Bastan et des lacs septentrionaux du Néouvieille, enfin l'aménagement des Gaves de Gauterets et d'Arrens, avec la régularisation des lacs qui les alimentent (Estom, Gaube, M igouélou) . Les travaux projetés dans le domaine du Gave de Pau tripleront le total des forces actuellement aménagées et laisseront encore de larges disponibilités.

Le cours supérieur des autres Gaves a été jusqu'ici à peu près inemployé. La seule installation qui mérite une mention est l'usine dite des Forges d'Abel, sur le haut Gave d'Aspe. Régularisée par le lac d'Estaens, et primitivement destinée à fournir l'énergie nécessaire au percement du tunnel du Somport, elle a actionné pendant la guerre la petite usine à munitions d'Eygun. Elle ne fournit guère que 2000 HP. Mais la région béarnaise est trop bien douée, trop richement pourvue de neiges et de pluies, pour rester plus longtemps en dehors du mouvement qui entraîne l'ensemble des Pyrénées. De grands travaux sont aujourd'hui en cours d'exécution ou en projet dans les deux principales vallées, Ossau et Aspe.

La haute vallée d'Ossau recevra trois usines : la première en amont de Gabas; la seconde, à Miégebat, entre Gabas et les Eaux-Chaudes j la troisième, au débouché des gorges du Hourat, entre les Eaux-Chaudes et Laruns. Elles disposeront respectivement de 773 mètres, 380 mètres et 204 mètres de chute. Leur régularisation sera assurée par le lac d'Artouste, aménagé en réservoir annuel avec une capacité utilisable de 16 millions de mètres cubes, et par deux réservoirs journaliers. On estime que la vallée d'Ossau pourra fournir une puissance permanente de 55 000 HP, avec des installations pour 130 000 HP. La plus grande partie servira à la traction des convois sur le réseau du Midi; le surplus, à

des usages industriels. Les travaux sont en cours d'exécution.

Le Gave d'Aspe et sou affluent, le Lourdios, actionneront, de leur côté, six usines conjuguées, la plus haute étant celle des Forges d'Abel, appelée à être complètement remaniée ; la plus basse, l'usine d'Asasp, à 8 kilomètres d'Oloron; la plus puissante, l'usine d'Eygun-Lescun. Celle-ci, alimentée par les Gaves d'Aspe et de Lescun, serait installée pour donner 31000 HP. Les usines étagées de la vallée d'Aspe, régularisées par tout un système de lacs et de bassins, fourniront 50 000 HP avec des installations pour 85 000 HP. Une seule est actuellement achevée, l'usine d'Esquit (4500 HP).

La lisière pyrénéenne. — Au-dessous du défilé de Mercus, l'Ariège quitte la zone dite « de i'Ariège » et traverse un bassin qu'elle a encombré de ses dépôts. Puis elle franchit le Plantaurel par les deux défilés de Foix et de Saint- Je an -de -Verge s- Elle est désormais dans la région des basses chutes. L'industrie hydroélectrique s'y est aisément installée. Foix possède une pelile usine, de création toute récente, destinée à l'éclairage de la ville. Plus bas, le Plantaurel franchi, s'échelonnent quatre établissements : Crampagna, las Rives, las Myanes et Guilhot, propriété de la Société Métallurgique de l'Ariège, à laquelle ils fournissent la force motrice pour ses usines de Pamiers, 6000 en moyenne. L'usine de Bonac assure le f< des tramways de la région.

A l'Ouest de l'Ariège, les petites in Mas-d'Azil forment un autre chaînon de chutes qui jalonnent la lisière pyrénéeni qui lui fait suite, le plus remarquable de de la Garonne et de ses affluents, la Nés

Venue du Sud, la Garonne rencontre à' Cavaillès. — Houille blanche.

premières pentes du plateau de Lannemezan, qui la rejettent à l'Est dans le prolongement de la Neste, coudée elle-même depuis Labarthe. Elle coule à travers une plaine en forme de bassin qui Oit longtemps un grand lac de bordure, la plaine de Rivière, au delà de laquelle elle franchit la bande de calcaires crétacés et tertiaires, prolongement occidental des Petites-Pyrénées. Entre Lestelle et Boussens, le fleuve traverse cet obstacle par un défilé de 15 à 20 mètres de profondeur, au milieu duquel il est rejoint par le Salât. Ainsi, de Labarthede-Neste à Boussens, sur la Neste, la Garonne et le Salât, se succèdent une série de sites très favorables à Taménagement de chutes et d'usines. L'industrie n'a pas manqué de profiter de conditions aussi favorables. Les établissements qui s'y rencontrent ne sont encore, il est vrai, que d'anciennes usines modifiées et électrifiées. Mais, telles qu'elles sont, elles ne laissent pas de former un groupe intéressant et actif. Labarthe-Inard et Saint-Martory ont plusieurs papeteries dont deux disposent respectivement de près de 500 HP et de 800 HP. Sur le Salât, la fabrique de faux et d'instruments aratoires de Touille emploie pour son outillage mécanique 600 HP; l'usine à sel de Salies, 1200 HP; et les trois papeteries de la maison Lacroix (Mazères et Roquefort) , 1000 HP. Et d'autres ne tarderont pas à s'ouvrir. Déjà une fabrique installée à Mancioux, sur la Garonne, vient de s'agrandir et de porter à 3000 HP la force dont elle dispose. Cette énergie est transportée, vers l'aval, à Boussens, où elle est utilisée au traitement des eaux de Salies et à la préparation du chlore, du chlorure de chaux, de la soude caustique, ainsi qu'à la production du carbure de calcium. D'autres sont en construction ou en projet, à Valentine, à Saint-Gaudens, à Mazères. A Montsaunès, sur la Garonne, on envisage l'aménagement de 20 000 IIP.

Le projet le plus intéressant comporte la conslructïoD, entre Mancioiix et Boussens, d'une usine alimentée par les eaux de la Garonne et peut-être du Salât, et fournissant au moins 10000 HP. On ne s'en tiendra pas là. Avec sa facilité d'installation, ses importants débits, l'activité des échanges le long de la voie ferrée de Bayonne à Toulouse, la vallée n'est pas sans analogie avec certaines sections des cours du Rhin et du Rhône en aval de Constance et de Genève.

De Boussens à Toulouse, la pente diminue et le lit s'élargit. Aucune installation ne mérite d'être signalée. Il n'en est pas de même à Toulouse. Ici le débit de la Garonne s'accroît encore du tribut Je l'Ariège. Et les besoins d'une agglomération nombreuse, en assurant une abondante consommation de courant, permettent de compenser les frais d'une installation coûteuse. Aussi Toulouse possède-t-elle plusieurs usines hydroélectriques. Les plus importantes sont la papeterie du Ramier, les moulins du Chàteau-Narbonnais (500 HP) et surtout l'usine du Bazacle (5000 HP), qui assure l'éclairage de la ville et cède ses excédents à la Société Pyrénéenne d'Énergie Électrique dont elle utilise, à son tour, les pointes. La ville de Toulouse a, de son côté, récemment entrepris la construction d'un établissement équipé pour un débit de 125 mètres cubes et une puissance de 3000 à 4000 HP, destinée à l'éclairage et au refoulement des eaux d'alimentation. Les travaux sont en cours.

A Lourdes, le Gave de Pau rencontre le talus du plateau de Ger et il s'engage, comme la Garonne. ''-■"■ '~ région des calcaires en bordure, où il se rétré d'aller rejoindre plus bas, grâce aune ancienne le bassin élargi de Nay. Cette région a, de boni attiré l'industrie. Scieries, ateliers de menuiseï teries, moulins, ûlalures de laine et de colon, lourneries de chapelets s'échelonnent entie Li

Nay. La plupart sont aujourd'hui pourvus de moteurs électriques. D'autres établissements sont venus s'y joindre, plus spécialement outillés pour la production de la force et de la lumière. La petite usine de Vizens (400 HP) actionne le funiculaire du Grand Jer de Lourdes. L'usine de Peyrouse, de création toute récente, fournit 1200 HP, dont la plus grande partie est destinée à la traction des tramways de la même ville. Entre Saint-Pé et Montant, une usine de 2000 HP distribue la lumière. Enfin le groupe industriel de Coarraze, de Nay et de Mirepeix, fait, pour ses usines, une importante consommation de courant, en même temps qu'il alimente, en force et en lumière, les nombreuses agglomérations de la vallée jusques et y compris Pau. A Pau même, et au delà jusqu'à Orthez, on ne peut signaler que de très petites installations. Mais, entre Orthez et Puyoo, le long de l'étroit chenal que le fleuve a creusé à travers les calcaires, l'activité industrielle reparaît. Une usine de 2000 HP distribue la lumière et la force au Nord du Gave, jusqu'à Dax et bientôt jusqu'à Montde-Marsan. Une autre, installée à Puyoo, éclaire Saliesde-Béarn et l'alimente d'eau potable. D'autres aménagements sont en projet.

De même que le Gave de Pau, son affluent venu de la vallée d'Ossau se heurte à un front de plateau qui le rejette à l'Ouest. Arrêté à la hauteur d'Arudy par les puissants dépôts morainiques de Bescat et de Buzy, le Gave d'Ossau entreprend à son tour la laborieuse traversée des calcaires de bordure. Nul site n'est plus caractéristique que celui-là, ni plus facile à aménager. Aussi Arudy est-il devenu un petit centre industriel assez actif. Ses ateliers débitent le marbre et la pierre de taille, exploités dans les mêmes calcaires où se creuse le canyon du Gave. D'autres tissent la toile à sandales ou cardent la laine. En aval d'Arudy, le Gave

s'éloigne des agglomérations et coule dans une région d'accès difficile. Mais à Oloron, les usines reparaissenl- L.à se place un nouveau foyer d'industries, dont les plus actives sont le travail de la laine [bérets, ceintures, couvertures) , le tissage du coton et du jute (toile à sandates), la préparation des cuirs. Tous ces établissements empruntent leur force aux eaux des Gaves d'Ossau ei d'Aspe et au Gave d'Oloron qu'ils forment en se réunissant. Le prochain achèvement de la ligne Pau-Saragosse et l'aménagement hydroélectrique de la région montagneuse ne peuvent qu'accélérer le progrès économique de la région oloron ai se.

Au-dessous du Navarrenx,le Gave d'Oloron s'engage dans les mêmes formations que le Gave de Pau à Orthez. Le fossé qu'il y creuse à partir deNarp offre, lui aussi, des positions très favorables à l'installation d'usines de basses chutes. On ne peut encore, sur ce point, parler que de projets.

La région occidentale. — La région occidentale des Pyrénées se distingue des précédentes par des traits nettement accusés : l'abaissement général des sommets l'absence complète de glaciers et même de lacs; la précoce et rapide fusion des neiges; enfin l'extrême dispersion des eaux. Ce sont là des conditions défavorables. Mais, d'autre part, l'industrie hydroélectrique se trouve favorisée par l'abondance des accidents de détail le long de cours d'eau à profil très accidenté et surtout par le régime des pluies, qui sont à la fois très aboi bien réparties dans l'année.

Ces conditions s'adaptent singulièrement économique qui a toujours été marqué par la i des petites industries rurales : mouture du maïs, fabrication de sandales, tissage du co jute, travail du cuir. Entre les industries 1: triques et le travail ainsi organisé, l'accord a

Et l'on s'explique, par des raisons d'ordre économique autant que par des causes physiques, la multiplicité des petites usines productrices de force. Le groupe le plus important est celui de Mauléon (sandales, toile, tissage cje jute).

Mais les industries anciennes ne sont pas seules à demander du courant électrique. Nombreux et exigeants sont les besoins nouveaux. Bayonne, Biarritz, Saint- Jean-de-Luz font une importante consommation de lumière et de force. Les tramways et les voies ferrées d'intérêt local, dont le réseau s'accroît chaque jour dans cette région à population nombreuse et très dispersée, ont tous adopté la traction électrique. Enfin, les installations du port de Bayonne et de ses annexes, les forges et les fabriques de produits chimiques établies à l'embouchure de l'Adour réclament à leur tour le secours de la houille blanche.

C'est pour répondre à cette demande grandissante que se sont récemment installées les deux usines de Licq-Atherey et de Banca. La première, actionnée par les eaux de l'Uhaïtça ou Gave de Sainte-Engrâce, l'une des deux branches du Saison, fournit 8000 HP aux services de traction des chemins de fer du Pays basque et à divers établissements industriels, notamment aux établissements du Boucau. La seconde s'élève sur les bords de la Nive des Aldudes. Elle dispose d'une force de 4500 HP qu'une ligne de 47 kilomètres conduit à l'usine deMouguerre sur l'Adour, en amont de Bayonne. L'usine de Mouguerre concentre les courants venus de Banca et les excédents de Licq-Atherey. Elle est, en outre, une usine thermique de secours. Aux époques d'étiage (fin juin-juillet-août et septembre), elle demande aux charbons anglais, transportés par mer, le supplément de forces que les autres usines pyrénéennes se procurent, en hiver, au moyen des barrages et des lacs.

LEH PTnÉNÉBS 119

De Mouguerre partent les câbles porteurs de lumière et de force. Us desservent toute la région : Bayonne, Cambo et la vallée de la Nive; Biarritz, Saint-Jean-de- Luz et les villages du littoral; le Boucau, Cap-Breton et un groupe important de communes landaises.

L'industrie de la houille blanche est, dans les Pyrénées, de date récente. Les Pyrénées avaient cependant un passé et des traditions qui semblaient devoir favo~ riser l'utilisation rapide des ressources hydrauliques. De tout temps, les torrents de la montagne avaient travaillé pour les industries indigènes. Et, du jour où l'on avait BU se servir de l'énergie des eaux courantes pour actionner des dynamos et distribuer la lumière ou la force, les Pyrénées n'étaient pas restées en retard. Dès 1888, Toulouse s'éclairait au moyen d'une chute d'eau, la première entre les grandes villes françaises. Et, en 1901, était inaugurée, sur l'Aude, l'usine de Saint- Georges, une des premières centrales de distribution aménagées dans notre pays.

Mais, par la suite, les progrès demeurèrent très lents, et, en même temps, très inégaux. Beaucoup de petits industriels adoptèrent l'outillage électrique pour accroître le rendement de leurs turbines. D'autres, un peu partout, aménagèrent de petites chutes pour l'éclairage des villes d'eau, des communes rurales. Les grandes usines restèrent rares, presque exclusivement limitées aux vallées de la région orientale. Les vall les plus riches en eaux courantes, restèn entièrement inexploitées. La centrale de inaugurée qu'en 1913. Il en résulta un < sensible entre les aptitudes des diverse) chaîne et leur mise en valeur. Vers la fi un total de 11.5 000 HP fournis par les supérieurs à 100 HP, les trois départer

120 LA HOUILLE BLÀ^XHE

figuraient pour 75 000 HP; ceux de l'Ouest, pour 70 000 HP seulement.

La guerre a complètement modifié cette situation. D'abord, elle a plus que doublé le total des forces aménagées, passé de 145 000 HP à 350 000 environ. Et, en même temps, elle a assuré une répartition des forces beaucoup plus conforme aux aptitudes de chaque région. C'est désormais le groupe des usines de l'Ouest, celles de la Pique, des Nestes, du Gave de Pau, bientôt celles de la Garonne et des Gaves béarnais, qui occupent la première place et fournissent le plus fort contingent d'énergie. Les établissements à l'Est de la Garonne, ceux du Salât, de l'Ariège, de l'Aude, des rivières roussillonnaises se trouvent désormais nettement distancés. Quant aux usines de basse chute qui, de Poix à Orthez, jalonnent la lisière montagneuse, elles bénéficient du progrès général. Leur facilité d'accès, le régime plus égal des eaux qu'elles utilisent semble, dès à présent, les destiner à jouer un rôle de fixation pour les industries pyrénéennes. Toulouse en est le poste avancé. Elle s'organise et s'outille pour devenir la capitale industrielle de la région. Elle sera pour les Pyrénées ce qu'est Grenoble pour les Alpes.

Bibliographie sommaire.

Ministère de l'Agriculture. Direction générale des EAUX ET FORÊTS, 2* partie. Service des grandes forces hydrauliques (région du Sud-Ouest). Comptes rendus et résultats des études et travaux.

Voir aussi H. Cavaillès. La houille blanche dans les Pyrénées françaises (Annales de géographie, t. XXVIII, p. 425-468, 15 novembre 1919).

M. SoRRE. Les Pyrénées. Paris, 1922 (collection Armand Colin).

Page 1