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Chapitre V

En dehors de la France, la houille blanche a été aménagée dans la plupart des pays qui ont beaucoup d'eaux courantes et peu de charbon.

Nous donnerons dans le présent chapitre un tableau des industries hydroélectriques pour chacun des Etats où ces industries sont aujourd'hui activement exploitées, exception faite pour quelques pays sur lesquels les renseignements sont peu sûrs ou trop fragmentaires.

Espagne. — Les forces disponibles de l'Espagne sont évaluées, peut-être avec quelque complaisance, à 6 000 000 HP. Sur ce total, 880 000 HP environ, y compris les usines en voie d'aménagement, étaient utilisés en 1920. La plus grande partie des forces disponibles se trouvent distribuées sur le pourtour de la Péninsule, qui offre, à la fois, les plus fortes hauteurs de chute et le régime pluviométrique le plus favorable. Par une coïncidence des plus heureuses, c'est aussi sur la périphérie que se trouvent groupées les populations les plus serrées et les principaux foyers industriels. L'industrie hydroélectrique trouve donc son emploi sur place ou à faible distance. Le plateau est moins heureusement partagé. Il possède cependant de puissantes réserves et quelques intéressantes installations. 1. Les Pyrénées fournissent plus de la moitié des forces aménagées dans la Péninsule. Leurs usines se répartissent tout le long de la chaîne, avec une densité très inégale. Les plus importantes se rassemblent le

long des affluents de droite du Sègre, et sont la propriété de deux puissantes sociétés (fig. 11).

L'une de ces sociétés, Y Energia Electrica de Catalutla, soutenue par un groupe financier franco-suisse, a aménagé le rio Flamisell, affluent de droite de la Noguera Pallaresa. Le Flamisell, régularisé par un groupe de lacs de forte altitude, actionne deux usines de haute chute : Gapdella (40 000 HP) et los Molinos (20 000 HP), et, un peu plus bas, une troisième, qui vend son courant (20 000 HP) à l'Energia Electrica.

L'autre, la société Fuerzas y Riegos del Ebro, filiale d'une puissante firme canadienne, a entrepris l'aménagement de la Noguera Palleresa, du Sègre et de l'Ebre. Elle exploite actuellement quatre centrales : Pobla de Segur (3200 HP) et Talarn (36 000 HP) sur la Noguera, Camarasa (36 000 HP) et Seros (65 000 HP) sur le Sègre. Et elle prévoit l'aménagement de deux autres usines, une en amont sur la Noguera à Barcedana qui donnerait 56 000 HP, et une autre, en aval, sur l'Ebre même, à Fayon. La centrale de Fayon utiliserait les eaux de l'Ebre au point où, ayant rassemblé le tribut du Sègre, des Noguera et du Ginca, c'est-à-dire de presque toute la chaîne pyrénéenne, il s'engage dans les défilés de son cours inférieur. Un barrage retiendrait une réserve de 850 millions de mètres cubes. L'usine donnerait 150 000 HP, et au delà.

Les deux groupes d'usines envoient leur courant vers la Catalogne. Les deux réseaux se recouvrent partiellement. Toutefois le « réseau des Français » dessert plus particulièrement le Nord de la province et s'étend surtout dans la zone industrielle (Gérone, Mataro, Sabadell, Barcelone). Le t réseau des Canadiens » paraît devoir se développer davantage au Sud, vers Tarragone. La Catalogne reçoit un supplément d'énergie, au Nord, du Ter et du Llobregat (15 000 HP); à

l'Ouest, del'Esera (40 000 HP) et du Ginca (3000 HP). Ce sont les exigences grandissantes des villes et des industries catalanes qui expliquent le remarquable efiort qui a abouti à raménagement de ce premier groupe, au moins aussi puissant que les usines du versant français. Les autres rios descendus des Pyrénées sont beaucoup moins exploités. Le Gallego fournit 12 000 HP à Saragosse; l'irati, le Goni, qui portent leurs eaux au rio Aragon, desservent la région àe Pampelune. C'est, en tout, 25 000 HP environ pour les deux provinces d'Aragon et de Navarre. Il faut atteindre le cours supérieur de l'Ebre pour trouver des établissements, plus ramassés dans une région plus industrielle : 25 000 HP encore, utilisés, partie dans le pays même, partie sur la côte basque.

2. La côte espagnole du golfe de Biscaye, abrupte et arrosée de pluies abondantes, jette à la mer une foule de petits rios aux eaux violentes et régulières. Leur aménagement se poursuit avec activité, de la frontière française au cap Finisterre. Deux groupes sont particulièrement intéressants. Dans la province de Santander que dominent les hauts sommets des penas de Europa, le Gandara, la Besaya alimentent un réseau de distribution qui dessert Santander et ses environs et se prolonge à l'Est jusqu'à Bilbao et au delà. Dans les Asturies,les affluents du Nalon sont également aménagés; ils desservent Gijon et Oviedo.

3. Le Jucar, descendu de la bordure orientale du plateau castillan, est fameux par l'irrégularité de ses eaux et la violence de ses crues, menace périodique pour la Huerta. Il est cependant une des rivières les mieux utilisées de toute l'Espagne. Il actionne la puissante usine de Molinar (28 000 HP). Sur l'un de ses affluents, le Cabriel, l'usine de Villora donne encore 16 000 HP. Et une troisième est en projet au confluent

des deux rïos. La Sociedad H'tdroelectrica Espaiîola, qui exploite ces établissements, assure la distribution de l'énergie à Valeace, à Alicante et dans la Huerta et envoie son courant jusqu'à Madrid, k 255 kilomètres.

Plus au Sud, le Guadalaviar, le Guadalhorce,. le Ouadiero, le Guadalquivir, descendus de la Cordillère

bétique, fournissent quelques milliers de rhevaux aux villes de la. côte et à la vega de Grenade.

k. Sur le plateau, un seul fleuve, le Tage, a <^té partiellement aménagé. Il le doit à la présence d'une grosse agglomération, Madrid, dont les besoins sont considérables. Sur le fleuve même, à son confluent avec le Guadiela, l'usine de Bolarque, la plus puissante station de l'Espagne intérieure, fournit à la capitale 1^000 HP. Les tributaires du Tage descendus de la Guadarrama ne sont pas restés inutilisés, I.e Man^anarès, dont l'indi-

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gence excitait la compassion ironique de Théophile Gautier, a été aménagé par un puissant barrage et donne 10 000 HP; le Lozoya, 6000 HP. La Guadiana et le Douro ne fournissent que quelques milliers de chevaux aux petites villes de la Nouvelle et de la Vieille Gastille. Le Douro, bien alimenté dans les paramos de Soria et par les affluents qu'il reçoit du Nord, est un des fleuves de la Péninsule les plus riches en forces hydrauliques. De grands travaux y sont projetés.

L'aménagement des cours d'eau espagnols a nécessité la construction de barrages-réservoirs destinés à assurer la régularisation des débits. Ceux de la Noguera (Talarn), du Jucar, du Tage (Bolarque), du Manzanarès sont particulièrement considérables. La topographie se prête aisément à ce genre de travaux, les cours d'eau coulant le plus souvent au fond de gorges étroites et profondes, barrancos ou gargantas, creusées au travers du plateau ou dans les chaînes bordières. La plupart de ces ouvrages répondent à une double fin : la production de l'énergie et l'irrigation.

La plupart des usines espagnoles sont des centrales qui alimentent des réseaux de distribution. Les transports, la circulation des tramways urbains et suburbains, l'éclairage surtout font une consommation considérable d'énergie. Madrid et Barcelone peuvent compter parmi les villes les plus brillamment éclairées de l'Europe. Un faible contingent est consacré à l'industrie. Mais il est vraisemblable que la houille blanche trouvera en Espagne un débouché illimité dans l'électrification des voies ferrées et dans l'irrigation des terres sèches de l'intérieur, éternelle préoccupation des économistes de la Péninsule.

L'Italie. — L'Italie a aménagé 1 300 000 HP environ sur un total disponible de 8 000 000 HP. Les usines forment deux groupes de très inégale importance :

1" Au Nord, le long de la bordure alpine, les cours d'eau descendus des Alpes alimentent des usines de haute chute et, à leur débouché en plaine, quelques usines de basse chute. La plus grande partie de ces forces se trouve concentrée dans les vallées du Piémont et de la Lomhardie. Ces deux provinces oat, en effet, aménagé tout près de 700000 HP, c'est-à-dire plus de la moitié du contingent total des usines italiennes. Le Trentin, fort négligé sous la domination autrichienne, ne donne que 50000 HP. La Vénétie en a équipé 80 000.

Les rivières les mieux aménagées sont, de l'Ouest à l'Est, laMaira, dont les centrales (70 000 HP) contribuent à la traction des convois sur le réseau électriflé de l'Etat et alimentent des réseaux de distribution; la DoireRipaire, qui dessert Turin et la région industrielle du Canavèse; la Doire Baltée. Celle-ci possède des aptitudes exceptionnelles, car elle descend des plus puissants massifs des Alpes, le Grand- Paradis, le Mont-Blanc et le Mont-Rose. Elle donne déjà plus de lOOOOOHP, et deux de ses usines dépassent 20 000 HP: Montjovet (20 000) et Pont-Saint- Martin un de ses affluents, la Lys. La Doire Ba donner beaucoup plus. La Sesia est utilisé ment dans son cours inférieur pour l'alir réseaux qui desservent les industries texti Les usines de la Toce, dont l'aménagement par la ligne du Simplon, fournissent un < 70 000 HP et alimentent des réseaux de di

La Lombardie, très peuplée, riche en ii tiles, a commencé de très bonne heure 1':

de ses cours d'eau. Elle a installé d'abor de basse chute, sur les rapides que les ai rières morainiques imposent aux affluents Pô. Ainsi furent construites, il y a vingt ai centrales de Vizzola (20 000 HP) sur le '

Paderno (15 000 HP) sur l'Adda. D'autres furent aménagées, dans leur voisinage, sur les mêmes cours d'eau, et sur rOglio. Elles forment un premier groupe d'usines, d'une puissance qui dépasse largement 100000 HP et dont la régularité est assurée par les grands lacs de la bordure alpine, le lac Majeur, le lac de Gôme, le lac d'Iseo. La plus puissante (40 000 HP) est celle de Resega, sur l'Adda (amont de Paderno).

Ce n'est que plus tard que l'industrie s'attaqua aux cours d'eau de la région montagneuse pour y installer des usines de haute chute. Elles fournissent aujourd'hui le plus fort contingent des forces aménagées. L'Adda rassemble 70 000 HP auxquels il convient d'ajouter le contingent des usines suisses du Poschiavino (55 000 HP) . L'Oglio, dans sa vallée moyenne, possède quelquesunes des plus puissantes usines de l'Italie. La plus élevée. Isola, utilise les eaux du petit lac d'Arno et, sous une chute de 915 mètres, donne 45 000 HP. Elle est la première de l'Italie par. la hauteur de chute, et la seconde par la puissance. C'est, pour l'Oglio et ses affluents, plus de 100 000 HP encore.

Dans leTrentin, seul l'Adige supérieur actionne des usines d'une certaine importance, les deux établissements de Merano-Balsano (26000 HP). Le Trentin dominé sur toute sa longueur, du Nord au Sud, par les massifs de l'Œtzthal, de l'Ortler et de l'Adamello, a des disponibilités considérables que les Italiens s'apprêtent à mettre en valeur. Les aptitudes de la Vénétie, beaucoup moins favorables, ont été mieux utilisées. Les usines de haute chute actionnées par le lac de Santa- Groce et par la Gellina fournissent 50000 HP auxquels il faut ajouter 15 000 HP pour les usines de basse chute installées sur l'Adige à la hauteur de Vérone.

2^ L'Italie péninsulaire a des cours d'eau rapides, violents et, en certaines saisons, très abondants. Mais

leurs débits sont des plus inégaux, comme il arrive à toutes les rivières des pays méditerranéens. Leur utilisation n'est possible que dans la mesure où l'on réussit à leur assurer des réserves pour les périodes d'indigence, c'est-à-dire pour l'été. Les Italiens ont aménagé un nombre considérable de barrages-réservoirs dans l'Apennin toscan. Ils ont entrepris en Sardaigne la création d'un énorme bassin alimenté par le Tirso et projettent l'aménagement d'un véritable lac artificiel dans le massif granitique de la Sila, en Galabre.

La Ligurie et la Toscane rassemblent, chacune, près de 80 000 HP. La presque totalité des forces aménagées en Ligurie provient des trois usines de la Roya. L'une de ces usines, la plus voisine des sources, San- Dalmazzo, au pied du col de Tende, est équipée pour 57 000 HP. C'est la plus puissante de toutes les centrales italiennes* Elle partage ce puissant contingent entre la traction des chemins de fer et la vente sur la côte Ligure. Les usines de l'Apennin toscan sont installées sur les deux versants de la chaîne, le long des cours d'eau qui descendent les uns vers le Pô (Parma, Enza, Reno), les autres vers la mer Tyrrhénienne (Magra, Serchio). Toutes sont régularisées par des bassins artificiels. La plus puissante est l'usine du Serchio (17 000 HP). Les usines de l'Apennin toscan desservent l'arsenal de la Spezzia, les carrières de Carrare, Florence et la Toscane septentrionale, Bologne et l'Emilie.

L'Italie centrale a aménagé 250 000 HP. Elle rassemble le plus puissant foyer de forces hydrauliques qui se rencontre sur les bords de la Méditerranée. Les succès remportés par la houille blanche dans cette partie de la péninsule s'expliquent par l'accroissement des hauteurs de chute le long de l'Apennin central, mais surtout par le régime beaucoup plus régulier des cours d'eau, nourris aux sources qui jaillissent sur

tout le pourtour du massif des Abruzzes. Trois groupes d'usines sont particulièrement intéressantes : 1** Sur la Pescara, tributaire de l'Adriatique, les deux puissants établissements de Tre Monti et de Piano d'Orte (ensemble 45 000 HP) et, sur un affluent, Bussi 10000 HP ; 2* sur le Velino et la Nera, Collestatle, Papigno, Narni et cinq autres moins importantes, donnent ensemble près de 120000 HP; 3« le Farfa et l'Aniene, affluents du Tibre comme la Nera, fournissent encore près de 50 000 HP. Les plus puissantes sont celles de l'Aniene, Subiaco, Castelmadama et Tivoli.

Les usines de l'Italie centrale consacrent leur tribut à des fabrications (l'électrochimie pour la Pescara, la métallurgie à Terni, pour le Velino) et à l'alimentation des réseaux de distribution. La Pescara envoie son courant jusqu'à Naples. L'Aniene, les célèbres cascatelles de Tivoli, les fraîches et puissantes eaux jaillies des monts de la Sabine assurent l'éclairage de Rome.

L'Italie méridionale et la Sicile sont moins bien partagées que l'Italie centrale. Cependant, les cours d'eau descendus des massifs de l'intérieur actionnent un grand nombre de petits établissements qui contribuent à l'alimentation des villes de la côte : Salerne, Amalfi, Reggio de Galabre, Catane. De grands travaux sont en outre projetés.

La houille blanche doit beaucoup à l'Italie, dont les physiciens et les ingénieurs ont très largement travaillé pour elle. En revanche, .l'Italie doit beaucoup à la houille blanche, car elle est totalement dépourvue* de charbon, et ce sont les eaux courantes qui lui fournissent l'énergie qui lui fait défaut. On s'explique aisément les progrès très rapides que les industries hydroélectriques ont faits en Italie, surtout dans les années qui ont précédé la guerre. La participation des banques allemandes a largement facilité la mise en valeur des

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magnifiques ressources hydrauliques du royaume.

Les usines italiennes alimentent des réseaux de distribution, éclairent les villes et actionnent des tramways. En outre elles assurent la traction des convois sur une partie du réseau de l'Etat'. Mais leur fonction la plus intéressante et, sans doute, la plus utile, c'est leur fonction industrielle. La houille blanche actionne aujourd'hui à peu près toutes les usines italiennes. Dans le Nord, les fabrications textiles, filatures et tissage de la soie, de la laine, du coton sont tributaires de la houille blanche, à Turin, à Biella, à Côme, à Milan. Et il en est de même pour les industries chimiques, pour les constructions mécaniques, à Turin, à Gênes, à la Spezzia. L'industrie cotonnière, notamment, et la métallurgie en ont reçu une impulsion décisive. La plupart des foyers industriels, en Piémont et en Lombardie, sont situés en plaine, ou au débouché des vallées, et reçoivent par des réseaux de distribution l'énergie venue des centrales de ta montagne. L'utilisation du courant, à l'inverse des Alpes françaises (' ""--■ -fait donc au dehors, le plus souvent. Dans l'I sulaire, la houille blanche se consacre enco part considérable aux fabrications. Ternî ei métallurgique de premier ordre. Les usines cara fabriquent l'aluminium et les produits

Suisse. — Le Service Fédéral des Eaux modérément les forces disponibles à 4 moyens, dont 1200 000 environ sont i équipés.

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